Etudier le climat urbain pour mieux adapter les villes

Doctorante au laboratoire Identité et différenciation de l’espace, de l’environnement et des sociétés (IDEES), Celine Zangerl consacre ses travaux à un enjeu central de la transition écologique : le climat urbain et ses effets sur nos conditions de vie. À l’occasion de la Journée européenne du doctorat, découvrez son parcours illustrant un exemple concret de recherche-action ancrée au sein de son territoire.

Entre transmission et engagement environnemental

Née en Autriche, Celine Zangerl arrive en France en 2018, animée par l’envie d’enseigner et devient alors assistante de langue dans le secondaire à Caen. Une première expérience marquante, qui nourrit durablement son intérêt pour la transmission. « Ce qui m’intéresse, ce sont les échanges, les discussions. Enseigner, ce n’est pas seulement transmettre un cours, c’est partager et construire une compréhension commune. »

Initialement inscrite en licence LLCER allemand à l’université de Caen Normandie, elle réoriente progressivement son parcours vers la géographie, portée par un intérêt croissant pour les enjeux environnementaux. Elle choisit alors de mener de front deux formations, avant de s’engager pleinement en master de géographie, parcours environnement. C’est à ce moment que son sujet de recherche se précise : les îlots de chaleur urbains, déjà au cœur de ses travaux de master, et aujourd’hui au centre de sa thèse.

Comprendre le climat urbain pour agir sur le territoire

Ses travaux portent sur un phénomène désormais bien identifié : l’îlot de chaleur urbain. Dans les villes, les températures peuvent rester significativement plus élevées qu’en milieu rural, surtout la nuit, avec des conséquences directes sur la santé et le confort des habitants. « L’îlot de chaleur urbain, ce n’est pas simplement une différence de température entre les milieux urbains et ruraux, c’est bien plus complexe que ça. Plus on l’étudie, plus on voit qu’il varie de quartier à quartier, et même de rue à rue. A chaque échelle, on voit des gradients et des mécanismes différents. »

Sa thèse, menée au sein du laboratoire IDEES dans le cadre d’un dispositif CIFRE avec le Pôle métropolitain Caen Normandie Métropole, vise à comprendre le fonctionnement des îlots de chaleur urbains à différentes échelles spatiales et temporelles. Elle s’appuie pour cela sur un territoire d’étude élargi, incluant Caen mais aussi plusieurs villes couvertes par le schéma de cohérence territoriale (SCoT), comme Douvres-la-Délivrande, Falaise, Thury-Harcourt ou encore Évrecy. Grâce à un réseau de stations météorologiques voué à se déployer largement sur ces espaces et à des modélisations numériques, elle étudie l’influence de différents facteurs comme le mode d’occupation du sol, la morphologie urbaine et les conditions météorologiques sur l’intensité des îlots de chaleur urbains.

Au-delà des données physiques, elle s’intéresse également au « climat vécu », c’est-à-dire à la manière dont les habitants perçoivent la chaleur en fonction de leur environnement immédiat, prenant ainsi en compte le côté sensible de la pratique de l’espace urbain. « L’objectif, c’est de comprendre où et quand le stress thermique est le plus important, pour pouvoir agir concrètement. »

Une thèse entre recherche, action et ouverture internationale

Le dispositif CIFRE dans lequel s’inscrit sa thèse constitue un véritable cadre de collaboration entre le monde académique et les acteurs du territoire. Accueillie à la fois au sein du laboratoire IDEES et du Pôle métropolitain Caen Normandie Métropole, Celine Zangerl mène une recherche directement connectée aux enjeux opérationnels de l’aménagement.

Pensé pour rapprocher la recherche et le milieu socio-économique, ce dispositif permet ici de mobiliser des données scientifiques au service des politiques publiques locales, en particulier sur des questions liées au changement climatique et à la transition écologique.

« Le but, c’est vraiment de rapprocher le milieu académique et le milieu non académique. On a plein de choses à apprendre les uns des autres. » Les travaux de sa thèse ont ainsi vocation à alimenter directement les réflexions stratégiques du territoire, notamment en matière d’aménagement urbain et d’adaptation au réchauffement climatique, en proposant des solutions autour de la végétalisation, de la gestion de l’eau ou encore de la circulation de l’air en ville. Les résultats de sa thèse guideront donc les décideurs pour formuler des préconisations d’aménagement dans le cadre du nouveau SCoT « Air énergie climat » qui sera adopté d’ici 2030.

Soucieuse de conserver une dimension internationale, Celine Zangerl a également initié une cotutelle avec l’université de Würzburg. Cette collaboration lui permet de croiser les approches scientifiques et de bénéficier de leur expertise en termes de modélisation climatique. De plus, les recherches menées par l’équipe de Würzburg se concentrent sur l’intégration d’un modèle climatique urbain dans le jumeau numérique de la ville, un projet particulièrement innovant d’un point de vue à la fois scientifique et opérationnel.

Le doctorat, une expérience exigeante et stimulante

Curiosité, autonomie, persévérance : pour Celine, le doctorat représente un véritable engagement intellectuel et personnel. « Chaque jour, on découvre quelque chose de nouveau. Et chaque réponse amène de nouvelles questions » Animée par le double intérêt pour la recherche et l’enseignement, elle envisage de poursuivre sa carrière dans le monde académique, avec l’ambition de devenir enseignante-chercheuse.

À celles et ceux qui hésitent à se lancer, elle recommande avant tout de s’interroger sur leur motivation et leur capacité à s’investir dans la durée. Choisir un sujet qui fait sens, qui suscite un réel intérêt, reste selon elle est essentiel pour maintenir l’enthousiasme tout au long de la thèse. « Il faut en discuter avec d’autres doctorants, comprendre ce que c’est vraiment. Et surtout, être curieux et motivé. »

Elle rappelle également qu’il n’existe pas de parcours type pour s’engager dans un doctorat : au-delà des résultats académiques, c’est la curiosité, la rigueur et l’envie d’explorer un sujet en profondeur qui font la différence. La thèse s’inscrit avant tout dans une dynamique de long terme, où la passion pour son sujet devient le véritable moteur.

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