Entre le Mexique et la France : la thèse en cotutelle, une opportunité scientifique et interculturelle

Doctorante mexicaine, Jessica Torres Cervantes se spécialise dans la catalyse et ses applications pour la transition énergétique. Dans ce cadre, elle bénéficie du soutien de deux universités : en sciences en ingénierie chimique à la Universidad Autónoma Metropolitana, au sein du laboratoire de catalyse et procédés durables (Laboratorio de catálisis y procesos sostenibles (LCPS)), et en chimie à l’université de Caen Normandie, où elle est rattachée à l’école doctorale PSIME et travaille au Laboratoire Catalyse et Spectrochimie (LCS).

La recherche comme tremplin international

Très intéressée par l’énergie et l’environnement, Jessica se penche dès le master sur la purification de biocarburants via des catalyseurs. « J’ai très vite voulu approfondir ma compréhension des phénomènes catalytiques et de contribuer à la recherche dans ce domaine. » Cette envie d’aller au-delà des résultats expérimentaux et de vraiment comprendre les mécanismes fondamentaux derrière les réactions catalytiques guide naturellement Jessica vers le doctorat. « Non seulement c’était une opportunité de développer ma curiosité scientifique, mais aussi de me former à la recherche. »

Dans cette optique, Jessica a pu bénéficier des collaborations déjà existantes entre laboratoire mexicain (le LCPS) et laboratoire français (le LCS), ainsi que d’une offre de financement de cotutelle proposée par l’ambassade de France. « C’est une combinaison de rencontres, d’opportunités et de volonté personnelle qui a rendu cette expérience possible. » Ces soutiens représentent une grande fierté pour Jessica :  « J’ai eu le sentiment que l’on croyait en mon projet et en mon potentiel. »

En effet, sur le plan professionnel, la cotutelle représente une opportunité particulièrement enrichissante, car elle permet de bénéficier de deux environnements scientifiques complémentaires : à la Universidad Autónoma Metropolitana, Jessica se forme à la synthèse des catalyseurs ainsi qu’à leur évaluation catalytique, en s’appuyant sur l’expertise de son directeur, José Antonio de los Reyes Heredia ; tandis qu’à l’université de Caen Normandie, où elle a été très chaleureusement accueillie par sa directrice de thèse, Laetitia Oliviero, elle a accès à des techniques de caractérisation avancées, notamment spectroscopiques, qui lui permettent d’aller plus loin dans la compréhension des propriétés des matériaux et des mécanismes réactionnels.

« Cette complémentarité entre la synthèse, l’évaluation et la caractérisation approfondie est, selon moi, l’un des grands atouts de cette cotutelle. Grâce à ce système, je développe une vision plus globale de mon sujet de recherche et construis un profil scientifique solide et polyvalent, tout en étant capable de faire le lien entre les différentes étapes du développement catalytique. »

La chimie au service de l’environnement

Pour Jessica, le principal moteur de la recherche est de contribuer à des problématiques contemporaines majeures : dans son cas, les enjeux sont directement liés à la transition énergétique. « L’idée est de valoriser la biomasse pour produire des carburants plus durables, en développant des catalyseurs capables d’éliminer efficacement l’oxygène des molécules issues de ces ressources renouvelables », explique Jessica. À long terme, tout l’enjeu de ce type de recherche est de réduire la dépendance aux ressources fossiles et de limiter l’impact environnemental.

Dans ce but, Jessica se concentre sur la transformation de composés oxygénés issus de bio-huiles, obtenues à partir de la bio-masse : « ces bio-huiles présentent un fort potentiel en tant que ressources renouvelables, mais leur teneur élevée en oxygène leur confère des propriétés indésirables. » Impossible donc de les utiliser directement comme carburants : il s’agit d’améliorer leur qualité en éliminant l’oxygène, afin de les rendre plus compatibles avec des applications énergétiques ou chimiques. « Pour optimiser ces matériaux pour ce type de transformation, j’étudie donc les différents paramètres qui influencent l’activité et la sélectivité catalytique. »

Lors de ces travaux, Jessica est notamment amenée à faire le lien entre les propriétés fondamentales des matériaux et leurs performances catalytiques : « J’aime particulièrement ces moments où les résultats expérimentaux commencent à faire sens, où l’on peut établir des corrélations et mieux comprendre ce qui se passe à l’échelle microscopique. » Un processus exigeant, mais aussi très gratifiant, à l’image du doctorat lui-même.

Le doctorat, plus qu’un parcours académique, une expérience humaine

Sortir de sa zone de confort et être en constante évolution, tels sont les mots d’ordre du doctorat – qui s’appliquent bien au-delà du laboratoire ! « On gagne en autonomie et en organisation, on fait preuve de créativité face aux problèmes complexes pour proposer des solutions, on apprend à s’adapter lorsque les résultats ne sont pas ceux attendus, à travailler en équipe dans un environnement souvent multidisciplinaire, et surtout à développer notre esprit critique face à l’incertitude scientifique. » Expérience formatrice à tous les niveaux, le doctorat permet de s’enrichir autant sur le plan professionnel que personnel : « J’ai découvert une autre culture, me suis adaptée à de nouveaux climat et mode de vie, et rencontré des personnes venant de différentes parties du monde. » Ces évolutions se concrétisent notamment par la confrontation à d’autres langues, comme le français et l’anglais, « un grand défi et une grande satisfaction ». Forte de cet apprentissage, Jessica peut maintenant transmettre des idées complexes aussi bien à la communauté scientifique qu’à public plus large, ce qui est essentiel dans la mission de la recherche.

Après son doctorat, Jessica prévoit de poursuivre dans le milieu académique : « J’apprécie beaucoup la recherche et la possibilité de contribuer à la formation de nouvelles générations. J’aimerais continuer à travailler dans le domaine de la valorisation de la biomasse, tout en élargissant mes thématiques de recherche vers des enjeux globaux, tels que la gestion de la ressource en eau, la capture du CO₂ ou encore la production d’hydrogène. » Pour ce faire, elle reste ouverte aux opportunités dans l’industrie, qui représentent également un cadre très stimulant pour des solutions scientifiques et technologiques concrètes.

Avec le recul, grâce au doctorat, Jessica a gagné en confiance, en autonomie, et en ouverture vers les autres et le monde : « Si vous souhaitez faire un doctorat, n’hésitez pas à poser des questions à des doctorants ou des chercheurs pour mieux comprendre les activités, les attentes et le quotidien du doctorat. Les moments de doute ou de stress font partie du voyage, mais la curiosité et la passion pour votre sujet vous donneront la force de les surmonter ! »

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