Doctorant au Centre d’études et de recherche sur le médicament de Normandie, Tryphose Hounnou travaille aujourd’hui sur une problématique au cœur d’un enjeu de santé publique : identifier de nouvelles molécules capables de lutter contre une bactérie se distinguant par sa résistance à de nombreux antibiotiques. À l’occasion de la Journée européenne du doctorat, ce portrait met en lumière un parcours façonné par la persévérance et une volonté affirmée de contribuer à la recherche scientifique.
S’adapter, comprendre, trouver sa place
Originaire du Bénin, Tryphose Hounnou y débute ses études supérieures, où il obtient le baccalauréat en 2018 avant de s’orienter vers une licence en biotechnologie pharmaceutique. Attiré par les mathématiques, il envisage d’abord de s’y consacrer, mais les contraintes académiques et les opportunités qui se présentent à lui l’amènent vers la biotechnologie. Informé dès la licence de l’existence de la bourse Eiffel, il structure son parcours en conséquence, avec une exigence forte sur ses résultats académiques. Classé major de sa promotion, il parvient à décrocher ce financement en 2023. Il rejoint alors l’université de Caen Normandie pour intégrer le master Sciences du médicament, parcours Drug Design, avant de poursuivre naturellement en doctorat en 2025.
Son arrivée en France constitue une étape marquante, riche en découvertes et en ajustements. ”D’abord il y a un choc, et après on s’adapte”, raconte-t-il avec recul, évoquant aussi bien le climat normand que les différences dans les interactions sociales. Mais très vite, l’environnement universitaire devient un levier d’intégration et de réussite. Attaché à son cadre de vie et d’études, à la fois calme et stimulant, Tryphose a trouvé sa place : “Caen est une ville agréable pour les études, je n’ai jamais eu envie de la quitter.”
Au sein de l’université, Tryphose découvre un fonctionnement plus horizontal dans les relations entre étudiants et enseignants, qui contraste avec son expérience passée. “Ici, il y a plus de proximité. Je peux poser des questions plus facilement, ce qui m’a beaucoup aidé.” Une accessibilité qui facilite les échanges et participe pleinement à sa progression.
Une recherche au cœur des enjeux de santé
Ses travaux au Centre d’études et de recherche sur le médicament de Normandie (CERMN) portent sur une bactérie particulièrement préoccupante : Acinetobacter baumannii. Présente notamment en milieu hospitalier, en particulier dans les unités de soins intensifs, cette bactérie opportuniste est responsable d’infections graves chez des patients déjà fragilisés. Autre problème : elle se distingue par sa résistance à de nombreux antibiotiques. “Mon but est de trouver de potentielles molécules qui vont devenir plus tard des médicaments pour neutraliser cette bactérie”, explique Tryphose. L’impact concret de ses travaux nourrit son engagement au quotidien dépasse la seule dimension scientifique. “J’ai la possibilité de trouver une solution pour des maladies. C’est utile pour le monde.”
Une trajectoire ambitieuse jusqu’au doctorat
Pour Tryphose, le doctorat représente plus qu’une poursuite d’études. Il s’agit d’un moment charnière, où l’on apprend à structurer sa pensée, à développer une expertise et à gagner en autonomie : “C’est ton travail, ça t’appartient.” Cette appropriation progressive du sujet de recherche s’accompagne du développement de nombreuses compétences : capacité à travailler en équipe, à présenter ses résultats, à vulgariser des notions complexes ou encore à s’exprimer devant un public scientifique.
Parallèlement, la transmission occupe une place importante dans son parcours. “Encadrer des étudiants ou envisager d’enseigner, ce sont des prolongements naturels de la recherche ; ça me permet aussi de maintenir une vision large de mon domaine en remobilisant des connaissances apprises au cours de mon cursus.”
Le chemin parcouru depuis le Bénin jusqu’au doctorat en France constitue une réelle fierté. Parmi les moments marquants, la validation du master reste un jalon essentiel, symbole de l’objectif qu’il s’était fixé en venant étudier en France. Aujourd’hui engagé dans sa thèse, Tryphose se projette déjà vers la suite, avec l’ambition de poursuivre en post-doctorat et de s’inscrire durablement dans le monde académique. À celles et ceux qui hésitent encore, il adresse un message clair : “Il faut se lancer, c’est une bonne expérience.”