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Commun voyage : Clémence Leconte, la portraitiste de la Presqu’Île

  • Post last modified:22 novembre 2022
  • Post category:Culture / Vie de campus

Clémence Leconte, diplômée de l’IAE Caen Normandie, a réalisé les portraits de demandeurs d’asile faisant étape au Centre d’accueil et d’examen des situations 2ChosesLune sur la presqu’île de Caen. De ces portraits se dégagent les émotions ressenties par des êtres humains au parcours migratoire souvent tourmenté. L’exposition « Commun voyage »  est le fruit de ces rencontres.

Un projet né dans le cadre du Master Ingénierie & management de l’insertion sociale

Bénévole à la Croix-Rouge, Clémence est d’une nature altruiste – ce qui vous sautera aux yeux si vous avez la chance de la rencontrer. Elle parle des personnes qu’elle a rencontrées au Centre d’accueil et d’examen des situations (CAES) avec des étoiles dans les yeux et un sourire attendri en racontant les moments de vie partagés avec eux. C’est d’ailleurs ces moments-là qu’elle a voulu capturer avec son appareil photo en premier lieu. Des instants simples, où l’essentiel est de se parler et de se voir, de se comprendre malgré la barrière de la langue – de se rendre compte que l’humain n’est pas si différent de son voisin, après tout. Rapidement, les demandeurs d’asile, majoritairement des hommes, qu’elle photographie – ou « les gars » comme elle les appelle affectueusement – lui en demandent plus : ils souhaitent des portraits. Clémence accepte sans sourciller et se rend compte de l’effet que procure la photographie, tant à elle qu’à ses modèles. « J’aime prendre des personnes en photo car il y a quelque chose qui se passe », dit-elle. Ce « petit truc » lui donne le sentiment d’établir un vrai lien avec la personne qu’elle photographie, le genre de lien qui ne peut s’exprimer avec des mots.

Après avoir accumulé près de 1 500 photos, Clémence les présente à son chef de service, Lilian Bellet. Ce dernier y voit un vrai potentiel, et lui propose de montrer ces photos au grand public, à travers une exposition. Le fil conducteur a d’abord été le partage, puis seulement les portraits. Accompagnée d’un photographe professionnel, Patrice Olivier, Clémence a dû effectuer à contre-cœur un tri drastique et ne conserver que 27 portraits. Son objectif est de souligner le parcours de l’homme photographié, à travers son prénom et son nom, sa nationalité ainsi que les pays qu’il a traversés – à pied. Elle souhaite accentuer la souffrance physique du voyage des migrants, trop souvent passée sous silence, afin de réveiller les consciences. De même, elle tente de déconstruire le cliché concernant les nationalités des arrivants, en faisant apparaître 16 nationalités différentes parmi les 27 portraits.

Finalement, son idée est simple : présenter les migrants comme des humains et non comme des chiffres.

Des portraits pour sensibiliser le public à la situation des demandeurs d’asile

Il peut être difficile pour les hommes arrivés au CAES de créer des liens avec le personnel présent pour les aider. En effet, leur séjour est court : seulement 20 jours, au terme desquels ils seront envoyés dans l’un des quatre coins de la Normandie afin de leur trouver un hébergement. Cependant, notamment grâce aux portraits, Clémence parvient à tisser une relation avec eux. « Ils arrivent à nous donner une certaine forme de confiance », dit-elle, ce qui n’est pas chose aisée en si peu de temps. Certains portraits les montrent « souriants et sereins », car l’équipe du CAES « écrit l’histoire avec eux » déclare Clémence. D’autres, en revanche, paraissent plus dans l’attente et la réserve.

C’est donc avec une détermination sans faille qu’elle se lance dans l’organisation de l’exposition, le 8 octobre 2022. Ayant un attrait pour l’événementiel, elle organise tout de A à Z avec l’équipe du CAES. L’exposition ne dure qu’un jour mais Clémence voit les choses en grand. Elle organise un buffet pour le public, et décide de cuisiner les plats traditionnels des résidents. Elle propose ainsi 10 recettes provenant de 10 pays différents, 3 thés et 3 cafés – le tout cuisiné par les hommes et en partenariat avec le collectif La Maison. Le repas est un succès mais la cerise sur le gâteau arrive lorsque le musicien qu’elle a embauché, Jean-Richard Codjia, performe et crée une ambiance de chaleur et de partage. À travers les différents ateliers (henné, calligraphie), la symbiose est complète et l’atmosphère est détendue. La mission de Clémence est réussie : elle a pu rendre compte de la vie des migrants arrivant au CAES et ouvrir le dialogue entre le public, les résidents et le personnel de l’établissement.

Une exposition, un master en poche… et après ?

Bientôt, Clémence va partir à la Réunion pour un repos post-études bien mérité. Incertaine à propos de son avenir, elle sait cependant que la photographie y jouera un rôle. Son expérience au CAES lui a fait découvrir une réelle envie de travailler dans le social, et plus particulièrement avec les demandeurs d’asile mais avant cela, accompagnée par l’association d’éducation populaire CITIM, elle ralentit d’abord la cadence pour observer le monde autour d’elle. Pour l’instant, munie d’un billet aller simple et son appareil en main, elle part s’immerger dans une culture qui lui est inconnue, afin d’enrichir sa connaissance du monde et de la nature humaine.

Bien que Clémence soit partie sur un autre continent, son exposition reste en Normandie. Elle sera présentée à l’IAE Caen Normandie du 22 au 25 novembre et prochainement sur le campus 1.