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Cancer du sein : « l’accès au dépistage pour toutes est une question d’équité »

  • Post last modified:24 août 2021
  • Post category:Enquête / Recherche

Face au cancer du sein, le dépistage précoce est l’une des clés pour limiter les séquelles des traitements et augmenter les chances de guérison. Mais malgré les recommandations, le taux de participation aux campagnes de dépistage reste bien en-deçà des attentes. Pourquoi une si faible participation ? Comment y remédier ? Quentin Rollet, doctorant en épidémiologie (ANTICIPE · UMR-S 1086 INSERM-UNICAEN), mène l’enquête.

Pourquoi un dépistage précoce du cancer du sein ?

Le cancer du sein est aujourd’hui le cancer plus fréquent et le plus meurtrier chez la femme. Mais c’est aussi un cancer qui se guérit de mieux en mieux. Et pour cause : le dépistage précoce, en détectant les tumeurs cancéreuses le plus tôt possible, est l’un des facteurs permettant une meilleure prise en charge. Le cancer du sein fait ainsi l’objet, depuis 2004, d’un dépistage organisé à l’échelle nationale : tous les deux ans, les femmes âgées de 50 à 74 ans reçoivent un courrier les invitant à réaliser une mammographie de dépistage, prise en charge à 100%. Pour autant, le taux de participation reste à ce jour très insuffisant : seules 50% des femmes concernées ont participé à la dernière campagne de dépistage organisé — bien loin des recommandations européennes qui s’élèvent, elles, à 70%.

Comment expliquer une si faible participation ?

C’est ici que nous intervenons ! En tant qu’épidémiologistes, nous cherchons à identifier les éventuels freins empêchant les femmes de recourir à cet examen. Il s’agit, pour nous, de mesurer les inégalités territoriales et les inégalités sociales d’accès au dépistage. L’épidémiologie s’appuie sur des données sociologiques, géographiques et économiques pour mieux comprendre les problèmes de santé publique. Les femmes résidant dans un département montagneux ou dans une zone rurale rencontrent-elles davantage de difficultés pour se rendre dans les centres de dépistage ? Où se situent les centres de radiologie ? Quels sont les effets de l’immigration ou encore de l’illettrisme ? Se faire dépister ou non est un choix personnel propre à chaque femme, qui ne doit pas être déterminé par un contexte de précarité ou d’éloignement géographique. C’est une question d’équité.

L’enjeu de votre thèse est de mesurer l’ampleur de ces inégalités face au dépistage. Avec pour objectif, à terme, de faire des recommandations ?

Je m’appuie sur les données de 41 structures de dépistage en France et en retire des statistiques qui, une fois analysées, permettront de proposer des stratégies ciblées en matière de santé publique. Je dis bien « ciblées », parce que les territoires ne sont, bien évidemment, pas tous confrontés aux mêmes inégalités. Le mammobile est un exemple de nouvelles modalités de dépistage mises en place pour aller au-devant de chaque groupe de population, en tenant compte de leurs spécificités. Le dispositif est déjà déployé dans quelques départements français, dont le département de l’Orne : le mammobile est une unité de radiologie itinérante qui se déplace dans les zones rurales pour proposer des mammographies de dépistage. L’unité ANTICIPE a mis en place un protocole de recherche pour évaluer ce dispositif proposé par l’Agence régionale de santé et mesurer son impact réel. Mes analyses sur l’éloignement géographique contribueront notamment à définir les zones de déplacement du mammobile pour bien cibler les populations susceptibles de profiter au mieux de ce dispositif. Il s’agira d’apporter les preuves de son efficacité sur l’augmentation de la participation et sur la réduction des inégalités territoriales, avant d’envisager un déploiement plus large sur le territoire français.

MT180 2020
Les 3 lauréats du concours normand 2020 (Baptiste Pileyre, Pauline Billard, Quentin Rollet), entourés des finalistes et membres du jury.

Quentin Rollet, prix du public au concours normand MT180 · édition 2020

Trois minutes pour présenter un sujet de recherche de façon intelligible pour un public non-averti, avec l’appui d’une seule diapositive… C’est le défi relevé par des doctorants et doctorantes normands au Dôme, le jeudi 12 mars 2020, à l’occasion du concours Ma thèse en 180 secondes !

Quentin Rollet a remporté les faveurs du public avec son intervention sur l’« Évaluation des inégalités sociales et géographiques de participation au dépistage organisé du cancer du sein en France » : « L’exercice est difficile mais très enrichissant. Expliquer ses travaux de recherche en public demande de la rigueur et du recul. C’est surtout le travail de préparation, en amont, qui est intéressant, pour apprendre à être à l’aise à l’oral et à structurer et synthétiser une information. » Le prix du public aurait dû permettre à Quentin d’accéder à la finale nationale du concours… finalement annulée en raison de la crise sanitaire. « Ce n’est pas grave, je suis déjà ravi d’avoir profité de cette expérience. C’est une chance de pouvoir s’initier à la vulgarisation scientifique et de bénéficier des formations qui nous sont proposées par l’École doctorale. Et être plébiscité par le public… c’est juste du bonus ! »

Cet exercice de vulgarisation scientifique est organisé chaque année par la délégation Normandie du CNRS et Normandie Université.

Cet article est à retrouver dans Prisme n°12, le journal de la recherche de l’université de Caen Normandie.