À la tête du Centre Mondial de l’Innovation (CMI) du Groupe Roullier, Lethícia pilote la stratégie globale d’innovation dans les domaines de la nutrition végétale et animale. Son parcours international, de la recherche académique à la direction générale, illustre la capacité du doctorat à former des leaders capables de transformer les connaissances scientifiques en solutions à fort impact pour la société.
Pouvez-vous nous parler de votre cursus universitaire avant votre arrivée à l’université de Caen Normandie ?
Mon parcours universitaire est assez long et international. Je l’ai débuté au Brésil avec une formation de technicienne en géomatique, qui consiste à collecter et traiter des données géographiques. À l’époque, cette discipline n’était pas très connue, ni l’utilisation des capteurs ou images satellites pour des applications diverses ! Depuis ce moment-là, l’innovation au service du domaine agricole attire mon intérêt et poursuivre mon parcours dans l’agriculture m’est apparu comme une évidence, car c’est un secteur majeur de l’économie brésilienne. J’ai alors intégré une grande école d’agronomie au Brésil pour suivre un parcours d’ingénieur agronome généraliste. En 3e année, j’ai eu l’opportunité de venir en France, à Lille, dans le cadre d’un double diplôme financé par le gouvernement brésilien. J’ai alors obtenu un master très transverse en bioéconomie.
Quel a été votre parcours à UNICAEN ?
J’ai réalisé mon stage de fin d’études à l’université de Caen Normandie, au sein de l’unité mixte de recherche INRAE Écophysiologie végétale, agronomie et nutritions (EVA). C’était l’opportunité de coordonner un projet de recherche en autonomie et de mieux connaître l’environnement de l’université : cette expérience m’a ouvert les portes du doctorat, notamment car j’étais encadrée par la personne qui allait devenir ma directrice de thèse.
C’est en 2019, après être retournée au Brésil suite à ce stage, que j’ai décidé de revenir en France afin de réaliser ma thèse intitulée « Effets des stress thermiques répétés sur le rendement et la qualité grainière du colza : caractérisation écophysiologique et modélisation ». Derrière ce titre complexe, le projet portait sur l’impact des vagues de chaleur sur la production du colza en France avec deux approches majeures : l’une physiologique, pour bien comprendre comment la chaleur impacte le métabolisme et la performance agronomique de la plante, et l’autre portée sur la modélisation, afin d’expliquer ces impacts par voie mathématique. J’ai soutenu ma thèse en 2022.
Pourquoi avoir souhaité poursuivre vos études en doctorat ?
J’ai choisi le doctorat car je me retrouve dans la méthode de pensée scientifique. Mon approche a toujours été de voir un défi comme une opportunité systémique et d’analyser un problème avec plusieurs scénarios. Mettre en place une démarche de pensée scientifique signifie prioriser les solutions, tester les protocoles, s’ajuster et s’adapter en permanence… Cela me plaît !
Ces trois ans étaient riches car ma thèse était très transverse : elle mêlait l’agronomie, l’environnement et la modélisation. Le doctorat m’a appris à gérer la complexité, à prendre des décisions dans l’incertitude et à piloter des projets impliquant de multiples parties prenantes. Ces compétences sont aujourd’hui essentielles dans mes fonctions de direction où je dois articuler expertise scientifique, vision stratégique et création de valeur pour l’entreprise.
Quels sont les aspects professionnalisants du doctorat qui ont facilité votre insertion professionnelle ?
Pendant le doctorat, nous avons accès à un catalogue de formations assez diverses. J’ai eu l’opportunité d’en suivre sur la prise de parole, la vulgarisation des résultats scientifiques, la mise en place de partenariats publics et privés. En dehors du contexte purement scientifique, j’ai pu participer à des initiatives complémentaires telles que « Ma thèse en 180 secondes » et les « Doctoriales » qui permettent de faire face à un public très varié. Il est intéressant de s’engager dans des initiatives en parallèle du doctorat pour compléter les compétences acquises et remettre en question son approche scientifique. J’ai aussi donné des cours magistraux pour les étudiants de M2 du master Agrosciences, environnement, territoires, paysage et forêt.
Quel est votre métier aujourd’hui ?
J’ai récemment été nommée Directrice générale du Centre Mondial de l’Innovation (CMI) du Groupe Roullier, basé à Saint-Malo. Il s’agit d’un groupe familial et international qui rassemble 10 555 collaborateurs dans le monde entier, dont 75 % sont basés à l’international, avec 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires consolidés en 2025. Le Groupe Roullier crée et développe des activités industrielles diversifiées : dans la nutrition végétale et animale principalement, mais aussi dans l’agroalimentaire et la plasturgie.
Le CMI regroupe 80 chercheurs et joue un rôle central dans l’identification des technologies émergentes, le développement de nouveaux produits et l’accompagnement des filiales dans leurs besoins en R&D. L’équipe est composée d’agronomes, de zootechnistes, de microbiologistes, d’experts en chimie, en procédés, en bio-informatique… Ces expertises sont diverses et complémentaires. En tant que Directrice générale, je pilote notre feuille de route stratégique, l’allocation des ressources ainsi que la représentation du CMI auprès de notre réseau interne et externe.
Les universités sont-elles des partenaires de recherche pour votre entreprise ?
Le CMI a une dynamique partenariale et collaborative très importante avec les universités et instituts de recherche depuis plusieurs années : nous comptons actuellement 150 partenariats actifs en R&D. À titre d’exemple, l’année dernière, nous avons signé 65 nouveaux contrats R&D, et avons plusieurs contrats-cadres actifs qui sont très structurants.
Historiquement, au sein de l’université de Caen Normandie, plusieurs thèses ont été cofinancées ou financées par le Groupe Roullier. Nous avons des publications communes, et quatre salariés actuels sont diplômés d’un doctorat UNICAEN. Nous faisons également appel à certaines plateformes analytiques au sein de l’université ayant des équipements de pointe qui nous permettent de mieux comprendre l’effet agronomique de nos produits.
Qu’avez-vous apprécié durant vos études à UNICAEN ?
J’ai beaucoup aimé la jolie ville de Caen, très riche en histoire, ainsi que sa proximité avec la mer ! À l’université, j’ai pu accéder à des cours de sport grâce au SUAPS, ainsi qu’à des terrains de tennis mis à disposition du personnel. Je garde surtout de bons souvenirs des opportunités qui m’ont été offertes : j’ai pu donner des cours de portugais à la Maison des langues et de l’international, participer à un projet photo de femmes impliquées dans la R&D…
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer en doctorat ?
Aux futurs doctorants et doctorantes : prenez le temps de connaître les laboratoires et leurs équipements, leurs équipes ainsi que votre future direction de thèse. Comme l’exercice est engageant et s’étend sur trois ans, je vous conseille de vous engager dans des projets complémentaires pour faciliter votre transition vers le monde du travail et dynamiser votre quotidien.
Dans un contexte qui évolue vite, les profils capables de faire le lien entre science, innovation et stratégie sont particulièrement recherchés. Le doctorat constitue une excellente préparation pour celles et ceux qui souhaitent accéder à des responsabilités à fort impact.
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