Guillaume Leguen, Yohan Lerendu, Simon Begrem, Joël Bréard, coordinateurs du projet Microphyl

Le laboratoire ABTE, lauréat du Prix Musée Schlumberger 2026

Le laboratoire ABTE est lauréat du Prix Musée Schlumberger 2026 avec le projet Microphyl, consacré à la création d’un microscope open source, « la lorgnette des micro mondes ».

Un projet de sensibilisation à la pollution plastique

Microphyl s’inscrit dans la continuité du programme de recherche participative Des Générations Plastiques, consacré à l’étude de la biodégradabilité des (bio)plastiques et à l’évolution des pratiques de consommations de ce matériau. Ce programme, co-porté par le laboratoire ABTE et Le Dôme, aborde les enjeux de la pollution plastique environnementale et de ses impacts sur la santé humaine.

 « Les plastiques sont partout et envahissent tout notre environnement », explique Joël Bréard, professeur des universités en physique des matériaux et responsable scientifique du projet. Ce constat soulève des problématiques de recherche liées aux micro- et nano plastiques, qu’il s’agit d’ouvrir à un public plus large. Comment observer cette dégradation ? Comment « rendre visible l’invisible » pour le plus grand nombre, sur l’ensemble du territoire normand ? C’est à partir de ces questions qu’est née l’idée de créer un objet nommé « la lorgnette des micro mondes », capable d’observer microplastiques et micro-organismes dans des milieux aquatiques et dans des sols.

Une continuité avec les recherches sur la pollution plastique

Joël Bréard rappelle que ce projet s’inscrit dans la continuité des recherches menées depuis 2009 par le laboratoire ABTE, notamment sur la synthèse de bioplastiques dégradables par des bactéries : « Ce qui est intéressant, c’est de mobiliser les différents acteurs de l’université. C’est vivant, avec des doctorants et post-doctorants et plus récemment avec des résidences d’artistes et de multiples rencontres. Cette science est ouverte, et l’objet est accessible à toutes et tous », explique-t-il.

Yohan Lerendu, doctorant en génie des procédés à ABTE, travaille sur la mise en place d’une méthodologie pour observer les phénomènes se produisant dans des milieux de culture contenant des bactéries synthétisant des bioplastiques. Simon Begrem, postdoctorant en microbiologie au même laboratoire, étudie quant à lui la biodégradation des (bio)plastiques dans les sols. Pour mener à bien ces recherches, ils doivent développer des outils adaptés, capables d’analyser des échantillons dans des conditions variées. « L’idée est d’observer à une échelle plus petite, précise Yohan Lerendu. Il faut réduire la taille des canaux et faciliter l’observation des systèmes d’écoulement. » Cela permet, grâce à des approches de microfluidique, de visualiser des microplastiques et des bactéries de l’ordre du micromètre.

Dans cette dynamique de médiation scientifique, la rencontre et la collaboration entre le laboratoire ABTE et Guillaume Leguen, entrepreneur et inventeur, a été déterminante. Elle débute à la suite de son projet précédent : le « plantoscope », un dispositif permettant d’observer le plancton. Guillaume Leguen a retravaillé et adapté cette technologie pour co-concevoir la lorgnette 1.0 avec ABTE. Ce projet intègre également une puce microfluidique, dont Yohan Lerendu a optimisé le système, notamment en réduisant les échelles et en concevant des canaux adaptés. Ces améliorations, directement liées à ses travaux de thèse, permettent des observations plus fines.

Un croisement entre recherche et médiation scientifique.

Pour garantir une accessibilité au plus grand nombre, la « lorgnette », microscope portatif, repose sur deux principes clés :

  • Open source : un accès libre à la documentation et à sa fabrication ;
  • Low-tech : une reproductibilité manuelle avec des matériaux simples et accessibles.

Conçue de manière modulaire, cet objet permet de visualiser du plancton, des micro-organismes et des microplastiques grâce à un système de circulation de liquide prélevé. À terme, la lorgnette devrait devenir un dispositif portatif destiné au grand public, mais aussi aux scolaires, via des mallettes d’observation distribuées dans les établissements.

Les porteurs du projet souhaitent ainsi sensibiliser, dès le plus jeune âge, à plusieurs enjeux : 1) Comprendre les ordres de grandeur du monde microscopique ; 2) Manipuler un microscope simplifié en autonomie, en dehors du cadre strict du laboratoire ; 3) Prendre conscience de la pollution plastique des milieux aquatiques et des sols à travers l’observation. « Rendre visible l’invisible » : telle est la devise du projet.

Des évolutions à venir

Ce premier prototype de lorgnette a permis de structurer le projet dans une perspective de développement à long terme. Grâce à la dotation du Prix Musée Schlumberger, l’équipe pourra concevoir une version 2.0 du microscope, plus robuste et mieux équipée, en finançant notamment le nouveau système et le temps de fabrication assuré par Guillaume Leguen.

À plus long terme, l’équipe espère que ce type de projet permettra « de produire une cartographie à grande échelle de la répartition des microplastiques dans les bassins versants, afin d’analyser leur évolution et leur impact sur la biodiversité », précise Joël Bréard.

Un projet porté par un collectif engagé

Le projet Microphyl réunit une équipe pluridisciplinaire :

  • Joël Bréard, responsable du projet, professeur des universités et directeur adjoint de l’UR 4651 ABTE
  • Simon Begrem, postdoctorant – ABTE
  • Yohan Lerendu, doctorant – ABTE
  • Ridha Mosrati, professeur des universités – ABTE
  • Heni Dallagi, maître de conférences – ABTE
  • Guillaume Leguen, coordinateur et éducateur indépendant, entrepreneur en CAE à Créacoop14
  • Didier Goux et Nicolas Elie, ingénieurs de recherche au Centre de microscopie appliquée à la biologie (CMABio3), experts en microscopie, analyse d’image et microfluidique

Pour aller plus loin

« Ces bactéries qui nous veulent du bien » Prisme 17, janvier 2025, p. 17.

« Pollution plastique : la grande expérimentation », Prisme+, 2026, p. 38.

Le concours Têtes Chercheuses distingue chaque année deux projets, dotés de 10 000 € chacun : un projet innovant de recherche participative avec le Prix UNICAEN Science & Société et un projet de médiation scientifique avec le Prix Musée Schlumberger. Découvrez le Prix UNICAEN Science & Société 2026.

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