Le droit : une matière vivante au service de la société

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Entre le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, et le 21 mars, marquant le début de la Semaine de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, le mois de mars est l’occasion de croiser mission sociétale et réflexion scientifique, dans le cadre du Mois de la recherche. C’est au carrefour de ces thématiques que se trouve l’engagement d’Amandine Cayol : professeure de droit privé à l’UFR de Droit de l’université de Caen Normandie, elle est aussi référente racisme et antisémitisme et chargée de mission handicap de l’université.

L’intégrité physique et psychique au cœur de la recherche

Amandine Cayol consacre ses travaux à la protection de la personne humaine, dans ses dimensions à la fois physique et psychique. S’appuyant sur la théorie dite « moderne » du droit de propriété, elle développe l’idée d’une maîtrise de la personne sur son corps. Celle-ci est notable, en pratique, en droit de la santé mais aussi avec l’émergence d’un « mouvement de définition de soi », lequel risque toutefois de conduire à considérer son propre corps comme une forme de matière première, susceptible d’être transformé à notre guise. « Dans cette perspective, le corps devient un capital que chacun peut faire fructifier, en développant ou en augmentant ses capacités, conformément notamment aux idées transhumanistes. Il ne faut cependant pas oublier qu’il reste celui d’une personne humaine, protégée par le principe de dignité. »

Ces questionnements supposent de dépasser le seul cadre juridique, de dialoguer avec d’autres disciplines, en lien avec plusieurs champs de recherche. « Je m’intéresse à ce qu’on pourrait appeler les évolutions techno-scientifiques, et à ce qu’elles présentent d’atouts et de risques pour la protection de la personne humaine. » Ainsi, Amandine Cayol collabore avec l’Espace de réflexion éthique de Normandie (EREN) sur les questions de bioéthique, et s’intéresse également aux transformations liées au progrès numérique, en particulier au développement de l’intelligence artificielle, en travaillant avec les chercheurs du GREYC autour du projet Mental AI.

Cet axe de recherche lui a d’ailleurs permis d’obtenir le financement d’une thèse qu’elle co-dirige avec Thibault Douville sur les IA émotionnelles. « Les IA sont aujourd’hui de plus en plus capables de détecter nos émotions et d’adapter leurs réponses pour donner une illusion d’humanité. Ce cas s’inscrit parfaitement dans ma problématique : ces technologies peuvent présenter des avantages, notamment pour la prévention ou le traitement de certains troubles psychiques, mais elles comportent aussi des risques d’atteinte à l’intégrité psychique, voire de modification des fonctionnements cérébraux. »

L’enjeu consiste donc à préserver ce qui fonde l’autonomie et l’agentivité des individus « Sans intégrité psychique, on peut imaginer des scénarii de sociétés de contrôle, avec des individus profondément modifiés ou manipulés, par exemple dans des logiques d’augmentation cognitive ou de transhumanisme. » Loin de la pure science-fiction, l’évolution rapide et exponentielle de l’IA amène à se questionner dès à présent : « le but est d’anticiper pour éviter d’arriver à une situation où les dérives ont déjà eu lieu. »

Rendre le droit plus accessible

Quand un glissement social ou technologique s’opère, le droit apparaît comme un outil indispensable. Tantôt garde-fou, tantôt guide de conduite, il permet de s’interroger sur les conséquences potentielles de ce glissement ; mais surtout, il peut accompagner les individus à se questionner sur leurs devoirs, leurs droits, et leurs limites. Pour porter devant le public tous ces questionnements, la médiation scientifique s’impose comme une nécessité : « Le droit peut avoir une réputation austère, faites de codes et de procédures. Je pense qu’il y a un vrai besoin de démocratisation, de vulgarisation, pour montrer que le droit est utile et au cœur de notre vie quotidienne. »

Afin d’ouvrir le droit sur la société, Amandine Cayol co-dirige avec Maria Castillo la clinique juridique de Normandie. Cette formation regroupe près d’une centaine d’étudiants et étudiantes dès la première année de licence de Droit pour les faire réfléchir sur des sujets de société sur le plan juridique, avec, à la clé, des restitutions ouvertes au grand public. « Les présentations peuvent prendre plusieurs formes : l’année dernière, on avait fait un procès fictif sur un cyborg tueur ; cette année, le procès fictif porte sur une crise sanitaire et environnementale. Par ailleurs, dans le cadre des actions égalité et diversité, nous avons un partenariat avec le pôle Violences intrafamiliales du tribunal judiciaire de Caen. Le 17 mars, la Clinique juridique restituera ses recherches lors de petites saynètes suivies de débats sur les violences au sein des couples. » La démarche est double : acquérir une expérience de recherche puis s’entraîner à la vulgariser ; l’exercice permet de sensibiliser à la fois les étudiants et les étudiantes, mais aussi le grand public.

Un engagement au sein de l’université

Pour Amandine Cayol, cette volonté d’ouverture sur la société se reflète aussi dans son rôle de référente racisme et antisémitisme, et de chargée de mission handicap. Depuis 2025, elle porte la mission de l’université de garantir l’égalité de traitement de chacun et chacune, quels que soient le genre, la couleur de peau, l’origine, la religion mais aussi l’état de santé. Elle travaille notamment avec la mission Égalité et diversité pour créer un cadre :

  • Donner une expertise lors du traitement des signalements et des dossiers, en faisant des recommandations sur ce qu’il faut faire en termes de sanctions, par exemple
  • Sensibiliser la communauté universitaire aux mécanismes de la discrimination, et lutter contre leur banalisation

Lutter contre les discriminations, c’est d’abord s’assurer que notre environnement ne participe pas à la banalisation d’idées racistes, antisémites, ou encore validistes. Pour une prise de conscience collective, la référente plaide pour la sensibilisation. « Je crois sincèrement que quand on explique le droit aux gens, il y a une prise de conscience qui s’effectue, laquelle permet d’améliorer les situations en pratique. »

Actuellement, l’université est justement en train de systématiser des référents et référentes Égalité et diversité, ainsi que des référentes et référents handicap, dans les composantes et les services : « Au niveau local, il s’agit d’établir une culture de confiance où les victimes, les témoins, ou toute personne souhaitant des informations peut se rapprocher d’un personnel. Ensuite, ces informations doivent être remontées aux directions, pour qu’elles-mêmes nous transmettent les cas pour que nous puissions intervenir. Nous avons toutes et tous un rôle à jouer, mais il s’agit de sujets difficiles que personne ne doit gérer tout seul. »

En effet, si l’université s’engage vers une culture du respect et du consentement, celle-ci doit se faire dans un cadre bien précis : « en interne, nul ne peut prendre de sanction soi-même : il faut passer par la section disciplinaire, saisie par la présidence de l’université. » Grâce à ce partage d’informations, la mission Égalité-diversité peut aussi se rendre compte des attentes et des besoins en termes de prévention et d’accompagnement, afin de cibler les thématiques prioritaires et les actions de lutte et de sensibilisation.

Et pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, l’université s’appuie sur plusieurs dispositifs existants :

Vous êtes témoin ou victime de racisme, d’antisémitisme, de validisme ou de sexisme ?
Contactez la référente discrimination par mail : referent-discrimination@unicaen.fr
Contactez la cellule d’écoute :
En complétant le formulaire de contact
En envoyant un mail : cellule-ecoute@unicaen.fr

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