D’origine afghane, né en Iran, Jawad Haidari prépare actuellement une thèse de doctorat en sciences du langage au laboratoire CRISCO. Ses recherches, en écho à son expérience de l’exil, visent à aider les apprenants à surmonter leurs difficultés dans l’apprentissage de la langue française.
Comment s’est dessiné votre parcours jusqu’au doctorat ?
Je suis d’origine afghane et je suis né en Iran, où j’ai effectué ma licence et mon master en langue et littérature françaises. J’ai commencé à enseigner le français en 2015 dans des instituts de langue et en ligne. J’ai eu la chance de bénéficier du programme UNIV’R – Couloir universitaire, dédiée aux réfugiés : c’est ainsi que je suis arrivé en France en 2023. Le Carré International et le centre Euraxess de l’université de Caen Normandie m’ont accompagné dans les différentes étapes de mon installation, de mon inscription et de mon intégration à la vie universitaire. J’ai suivi le master Sciences du langage, parcours Didactique du français langue étrangère : mon mémoire portait sur les difficultés liées à l’apprentissage des langues, en particulier du français. J’ai évolué dans un environnement académique stimulant, ce qui m’a donné envie de poursuivre en doctorat, au laboratoire CRISCO.
Vous préparez une thèse sous la direction de Pierre Larrivée et de Yaru Wu. Quels sont les enjeux de vos recherches ?
Dans le cadre de ma thèse, j’étudie comment la langue maternelle (le persan) et la première langue étrangère apprise (généralement l’anglais, en Iran) influencent l’apprentissage de la prononciation d’une deuxième langue étrangère (en l’occurrence, ici, le français). Nous cherchons à déterminer si les apprenants persanophones ayant un bon niveau d’anglais parviennent à mieux prononcer le français. Nous analysons à la fois les sons communs aux trois langues et ceux qui, au contraire, sont spécifiques à l’une d’entre elles — comme le [y], qui n’existe qu’en français.
Comment avez-vous construit votre protocole de recherche ?
L’objectif est de recueillir des enregistrements d’au moins 60 personnes dont la langue maternelle est le persan et dont la première langue étrangère est l’anglais – la moitié résidant en Iran, et l’autre en France. Ces productions orales seront ensuite comparées à celles de locuteurs francophones natifs. La principale difficulté, aujourd’hui, réside dans la collecte des enregistrements en Iran : l’accès à Internet est coupé depuis janvier 2026 et les universités ainsi que les écoles de langues sont actuellement fermées. Il y a évidemment beaucoup d’incertitudes à l’heure actuelle.
Quelles sont vos hypothèses de travail ?
L’une de nos hypothèses est que l’apprentissage de l’anglais pourrait faciliter la prononciation de certains groupes consonantiques, comme [bl] ou [pl], par exemple, qui peuvent être difficiles pour des persanophones, notamment en début de mot. Nous cherchons ainsi à mieux comprendre ces influences afin de proposer des pistes pour améliorer l’enseignement et l’apprentissage du français. Ce qui me motive, c’est avant tout le désir d’aider les apprenants à surmonter leurs difficultés afin de faciliter leur apprentissage et leur intégration.