Tapisserie de Bayeux : l’université veille sur l’œuvre millénaire

Depuis 2017, l’université de Caen Normandie accompagne la conservation de la Tapisserie de Bayeux grâce au SIDS, un outil permettant de suivre l’état matériel de l’œuvre dans ses moindres détails. Ce fonds numérique de référence a une nouvelle fois été mobilisé à l’occasion de son prêt au British Museum.

Le SIDS : le fonds de référence de la Tapisserie de Bayeux, développé par l’université de Caen Normandie

Tout a commencé en 2017. Cette année-là, la Fabrique de patrimoines en Normandie a mené une campagne photographique inédite de la Tapisserie de Bayeux, avec un objectif : établir un constat d’état de l’œuvre médiévale. « La Ville de Bayeux et le ministère de la Culture avaient engagé un grand projet de restructuration du musée de la Tapisserie, » précise Arnaud Daret, responsable du CERTIC, le Centre de ressources technologiques pour les technologies de l’information et de la communication de l’université de Caen Normandie. « Il s’agissait alors de documenter l’état matériel de cette œuvre particulièrement fragile, pour nourrir le projet muséographique en cours d’élaboration et ainsi trouver la meilleure façon de la conserver et de l’exposer. »
Les images obtenues ont ensuite été reconstituées et assemblées en un vaste panorama numérique, grâce à un procédé algorithmique complexe réalisé par le GREYC, laboratoire caennais spécialisé en sciences du numérique. Le résultat : un outil d’exploration, qui permet de visualiser l’intégralité de la Tapisserie. Son interface simple offre différentes possibilités de déplacement et de zoom, pour explorer l’œuvre sous tous les angles et jusque dans ses moindres détails.
Mais les équipes de l’université de Caen Normandie sont allées encore plus loin. Le CERTIC a développé un outil numérique novateur : le système d’informations documentaires spatialisées (SIDS). « Cet outil permet d’indexer des notices et d’ajouter de la documentation directement sur le panorama numérique, indique Arnaud Daret. Concrètement, les équipes de conservatrices-restauratrices ont pu annoter le panorama numérique avec toutes les altérations repérées : plis, trous, déchirures etc. » Le SIDS constitue ainsi le fonds de référence autour de l’œuvre : il rassemble, au fil du temps, l’ensemble des données disponibles sur la Tapisserie de Bayeux. L’université de Caen Normandie assure l’archivage et la mise à disposition de ces données, pour les besoins de la recherche, de la restauration et de la conservation.

L’équipe du CERTIC : Thomas Hennebert, Mickaël Desfrênes, Arnaud Daret, Jérôme Chauveau

2026 : la Tapisserie traverse la Manche

Le prêt de la Tapisserie de Bayeux au British Museum a nécessité la réalisation d’un constat d’état avant son départ, en avril 2026. Puis à son arrivée, en juillet 2026, la Tapisserie de Bayeux a une nouvelle fois été photographiée et examinée, sous le contrôle des équipes de la DRAC Normandie. « Ce nouveau constat a été réalisé avec des moyens différents puisque l’œuvre est enfin présentée à plat : la Fabrique de patrimoines en Normandie a pu réaliser des clichés haute définition, dont le rendu est bien supérieur à ceux des campagnes photographiques précédentes : cela permet de découvrir encore de nouveaux détails. Ce constat répondait également à des objectifs différents : il s’agissait de documenter tout changement d’état et tout nouveau dommage suite au transport de la Tapisserie outre-Manche. Les conservatrices-restauratrices ont ainsi augmenté le nombre de zones à surveiller de 60 000 à 90 000. Le volume de données associé est considérable. »

L’équipe du CERTIC s’est relayé sur place, pour accompagner le travail d’indexation dans le SIDS et accompagner les conservatrices réunies pour la première fois en binôme franco-anglais. Les collègues restés à Caen étaient eux aussi mobilisés une grande partie de l’été, prêts à traiter les données venues de Londres et à adapter les outils au pied levé. Du côté de la Direction du système d’information de l’université, la priorité a été donnée à ce projet hors norme : un maximum d’opérations ont été mis en pause afin de préserver les serveurs.

« Nous avions peu de temps pour réaliser ce constat. Il a donc fallu développer des interfaces sur-mesure, faciles à prendre en main sur place. Car la Tapisserie de Bayeux n’est pas une œuvre comme les autres : elle mesure 70 mètres de long, elle est très fragile et surtout, c’est une broderie ! Le tissu bouge : il peut donc y avoir une tension sur un fil qui apparait ou qui disparait. À chaque nouveau constat, les conservatrices-restauratrices repèrent de nouvelles particularités, qui viennent à leur tour enrichir le SIDS. »

Séance de captation de la Tapisserie de Bayeux, à Londres (juillet 2026) ©Arnaud Daret

Et maintenant ?

L’exposition est désormais ouverte au public, jusqu’au 11 juillet 2027. Au Royaume-Uni, c’est l’effervescence : l’exposition affiche complet jusqu’à la fin de l’année.
« Pour nous, c’est un soulagement de voir que tout s’est bien passé, et ce dans un délai aussi court. Mais nous avons bien conscience que ce n’est que le début ! La Tapisserie continuera d’être sous haute surveillance : des mesures de colorimétrie ou encore d’hygrométrie seront menées durant les prochains mois. Toutes ces données seront ajoutées à l’outil SIDS, ce qui permettra de suivre, en continu, l’état de santé de l’œuvre. »
Le CERTIC travaille déjà sur les outils qui aideront à faire les prochains constats d’état – à son départ de Londres, puis à son arrivée à Bayeux, fin 2027.

Découvrez le panorama numérique de la Tapisserie de Bayeux sur le site de Bayeux Museum

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