Accompagner la libération de la parole : s’engager au sein de la cellule d’écoute

Depuis 2022, dans le cadre de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à l’université, la cellule d’écoute recueille la parole et protège sa communauté. Pour mettre en lumière cette mission d’écoute indispensable, Sabine Crévits, responsable administrative du CEMU et écoutante depuis l’origine du dispositif, présente le rôle des écoutants et des écoutantes.

La cellule d’écoute, qu’est-ce que c’est ?

En 2021, Sabine Crévits rejoint la Commission égalité à sa création. En tant que référente Égalité, Sabine Crévits participe aux réunions de la commission égalité : c’est là qu’elle rejoint le nouveau dispositif de la cellule d’écoute à sa constitution, en 2022.  « J’ai toujours été sensible à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. J’avais envie de m’engager personnellement, mais sans idée précise. Rejoindre la cellule d’écoute en tant qu’écoutante m’a permis cet engagement dans le contexte de l’université. »

Pour être écoutant ou écoutante, pas besoin d’être membre de la commission Égalité-diversité : encadrée par des coordinatrices (Clémence Christin, vice-présidente Égalité et lutte contre les discriminations et Charline Tardivel, chargée de mission Égalité diversité), la cellule est constituée de membres du personnel de l’université, parmi lesquels des membres du Service de médecine préventive du personnel et du Service de santé étudiante, et des personnels volontaires.

De la même manière, tout membre de la communauté universitaire, victime ou témoin, peut saisir la cellule d’écoute par courriel ou via un formulaire en ligne : les coordinatrices réceptionnent le signalement et proposent ensuite un entretien téléphonique afin d’évaluer les besoins de la personne signalante. Lorsqu’un besoin d’écoute est identifié, elles mettent la personne signalante en relation avec un binôme d’écoute disponible.

« L’écoute est un moment permettant le recueil de la parole dans des conditions bienveillantes et confidentielles dans le but d’aider les victimes ou les témoins à rédiger leur témoignage. » – Charline Tardivel, chargée de mission Égalité diversité.

Une écoute, comment ça se passe ?

« Lors de l’écoute, nous rappelons le cadre. La confidentialité de l’échange et du compte-rendu qui en découle, le déroulé exact de la procédure, et notre rôle en tant qu’écoutant ou écoutante » – Sabine Crévits, écoutante de la cellule d’écoute depuis 2022.

En effet, le binôme n’intervient pas dans le suivi du dossier, ni dans la résolution du problème : « nous ne sommes pas là pour proposer une solution, mais pour recueillir la parole et orienter si besoin vers les ressources disponibles, que ce soit à l’université ou vers des associations ». Résoudre le problème est le rôle de la coordination de la cellule d’écoute, qui prend en charge la suite de la procédure.

L’écoute en elle-même dure généralement entre 1 heure et 1 h 30. Si le besoin de prolonger l’échange se fait sentir, un second entretien peut être proposé. Dans tous les cas, l’écoute se déroule dans un lieu neutre, dans la mesure du possible avec un personnel médico-social et un membre volontaire de la cellule d’écoute. « Ces binômes permettent la mise en commun de compétences complémentaires, explique Sabine Crévits. En tant que personnel administratif, travailler avec des professionnels du domaine médico-social, plus habitués à gérer des situations humaines est très enrichissant. »

Comment l’université accompagne-t-elle les écoutants et écoutantes ?

« Les écoutes sont inévitablement chargées en émotions : en tant qu’écoutante, il faut réussir à accueillir des récits difficiles, sans se laisser submerger, et accepter d’être touchée mais de ne pas porter la souffrance. » L’exercice demande donc de la distance, ce qui n’est pas toujours naturel. Ce véritable travail d’écoute active, à la fois bienveillante, respectueuse, et surtout sans jugement, ne va pas de soi : « On peut être attaché à la qualité des relations humaines en général, mais faire une écoute ne s’improvise pas : il faut une vraie capacité à connaître et respecter un cadre, et à adopter une posture qui permette à la fois de mettre en confiance la personne écoutée et de maintenir la distance nécessaire au recueil de son témoignage. »

Pour acquérir ces compétences, tout écoutant et écoutante doit suivre une formation dédiée. Sur 2 jours, une association spécialisée dans la lutte contre les violences leur propose autant de la théorie qu’une mise en situation. « À titre personnel, j’ai également suivi la formation aux Premiers secours en santé mentale. » Très utiles dans sa pratique, ces ressources ont notamment permis à Sabine d’appréhender chaque écoute dans son contexte particulier. « Nous sommes face à des personnes en souffrance, voire en détresse : il s’agit d’une démarche extrêmement difficile pour elles ; notre objectif est donc d’offrir un espace de parole le plus libre possible. Parfois, le simple fait d’être écouté peut déjà changer quelque chose. »

Être écoutant ou écoutante, c’est aussi apprendre à gérer une certaine frustration, celle de ne pas être là pour résoudre les difficultés, de savoir qu’on ne maîtrise pas tout et qu’il faut s’adapter. « Il arrive de recevoir une personne en danger réel, qui subit des menaces, par exemple ; mais en tant qu’écoutante, nous ne pouvons pas agir là-dessus. Accepter cette limite peut être déroutant. » La seule action que peuvent faire les écoutantes et écoutants, c’est de remonter l’urgence à la coordination de la cellule d’écoute : celle-ci peut alors prendre des mesures de sécurité immédiate (ne pas aller en cours, avoir des aménagements d’études ou de travail…). Dans chaque cas écouté, la coordination informe ensuite le binôme d’écoute des suites de la démarche.

Qu’apporte cette mission au quotidien ?

 « La cellule d’écoute est un dispositif de proximité qui permet de contribuer, à son échelle, à la lutte contre les violences qui nous concerne toutes et tous. » La rejoindre, c’est donc se sentir utile, humainement et socialement. « Grâce au suivi mis en place par la cellule d’écoute, on sait que l’écoute a permis d’aider une personne, même s’il ne s’agit que d’une étape dans un parcours souvent long et lourd à mener. » Se confronter à des situations humaines difficiles, permet également de mieux se connaître soi-même, gérer ses émotions et avoir conscience de ses limites. Pour Sabine Crévits, rejoindre la cellule d’écoute permet aussi de développer des compétences très concrètes, utiles tant au plan professionnel qu’au plan personnel : écoute active, reformulation, gestion du silence, posture non jugeante.

Aujourd’hui, Sabine Crévits a laissé sa place de référente égalité aux nouveaux volontaires ; cependant, elle exerce toujours en tant qu’écoutante, un rôle qui lui « tient vraiment à cœur ». En effet, d’année en année, plus le dispositif est connu, plus les signalements augmentent. Pour celles et ceux qui souhaiteraient s’engager au sein de la cellule, Sabine Crévits a d’ailleurs un message : « si vous hésitez, c’est bon signe : c’est que vous vous posez les bonnes questions ! Il s’agit d’une mission à prendre très au sérieux, qui demande de la solidité et de la lucidité mais qui est très enrichissante humainement. » Elle conclut :

« Il y a encore beaucoup de chemin à faire : la cellule reste donc un dispositif fondamental qui a besoin de personnes disponibles et engagées dans la lutte contre les VSS ! »

Vous souhaitez rejoindre la cellule d’écoute ? Envoyez votre candidature à l’adresse suivante : mission-egalite@unicaen.fr

Pour toute question complémentaire, vous pouvez contacter :

Victime ou témoin de violences sexistes et sexuelles ?

Contactez la cellule d’écoute de l’université :

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