Jean-Christophe Varin, directeur adjoint et directeur qualité de l’usine Orano la Hague, a rejoint le réseau national des ambassadrices et ambassadeurs du doctorat. Trente ans après avoir soutenu sa thèse à l’université de Caen Normandie, il met aujourd’hui son expérience au service d’une meilleure visibilité et reconnaissance du doctorat.
Qu’est-ce qui vous a conduit à faire un doctorat ?
Après des études de physique à l’université de Caen, j’ai intégré l’école d’ingénieurs ENSICAEN, où je me suis spécialisé en chimie organique. Une fois mon diplôme obtenu, j’ai entrepris une thèse en sciences physiques. Mes travaux de recherche visaient à répondre à une problématique industrielle rencontrée au GANIL : il s’agissait de développer un traitement chimique de surface afin de rendre hydrophiles des membranes de microfiltration produites par bombardements de films de polycarbonate avec des ions lourds.
Je n’avais pas envisagé le doctorat, au départ : c’est une opportunité qui s’est présentée et que j’ai saisie. L’idée de mener des recherches avec une finalité industrielle me paraissait très stimulante. J’ai soutenu ma thèse en 1992. En parallèle, j’ai aussi suivi un DESS en gestion (équivalent de l’actuel master 1) à l’IAE Caen afin d’élargir mon champ de compétences et d’ouvrir mes perspectives d’insertion professionnelle.
Le fait d’avoir un doctorat a-t-il été déterminant dans la suite de votre parcours ?
À l’issue de mon doctorat, j’ai rejoint l’industrie nucléaire sur un poste consacré à la sécurité et à la radioprotection – mes missions n’étaient donc pas en lien avec mon parcours de formation. En revanche, ce qui est certain, c’est que les compétences acquises durant mon doctorat m’ont permis de m’adapter rapidement et facilement aux fonctions que j’ai occupées par la suite. Le doctorat ne se résume pas à la rédaction de la thèse et à l’acquisition de connaissances scientifiques pointues. Le doctorat, ce sont des travaux de recherche menés en équipe, qui nécessitent des compétences très variées – gestion de projet, autonomie, adaptation… Un docteur qui entre sur le marché du travail n’est pas seulement un expert dans un domaine précis : il a su conduire un projet et possède déjà un haut niveau de maturité. Durant trois ans, il a fallu élaborer une stratégie de recherche, surmonter des difficultés, lever des doutes, se remettre en question, faire preuve d’innovation et de créativité, mais aussi de résilience et de pugnacité. Ce sont des qualités qui sont très recherchées dans l’industrie.
Un docteur qui entre sur le marché du travail n’est pas seulement un expert dans un domaine précis : il a su conduire un projet et possède déjà un haut niveau de maturité.
Quelles sont vos fonctions actuelles ?
J’ai effectué une grande partie de ma carrière au sein de l’usine de retraitement et de recyclage de combustibles nucléaires Orano, sur le site de La Hague (Manche). Je n’ai quitté la Normandie que durant trois ans, de 2017 à 2020, pour occuper le poste de directeur sûreté environnement du groupe Orano, en région parisienne. Au fil des années, j’ai développé une expertise dans le domaine de la radioprotection, la qualité, la sûreté et la sécurité. J’ai évolué progressivement au sein de l’usine et au sein du groupe sur des fonctions techniques d’expertise et de management de grandes équipes.
Le groupe Orano intervient sur l’ensemble du cycle du combustible nucléaire – depuis l’extraction des matières premières, la conversion et l’enrichissement, jusqu’au recyclage et au traitement des combustibles usés. C’est à ce niveau qu’intervient le savoir-faire de l’usine Orano la Hague. Les combustibles utilisés dans les réacteurs nucléaires y sont acheminés pour être refroidis et traités. Nos technologies, reconnues pour leurs performances industrielles, constituent une référence au niveau mondial : l’usine Orano la Hague est le premier centre dédié au traitement des combustibles nucléaires. Ces combustibles proviennent majoritairement du parc nucléaire français, mais aussi de pays étrangers. Le traitement permet de récupérer 96% de la matière recyclable des combustibles usés. Le plutonium issu du retraitement est ensuite transporté vers l’usine Orano Melox, dans le Gard, où il sera transformé en nouveaux combustibles qui fourniront, à leur tour, de l’électricité bas carbone. En France, aujourd’hui, 10 % de l’électricité est produite avec du plutonium recyclé. À terme, avec le développement de l’utilisation de l’uranium de retraitement en complément du plutonium, il sera possible de réduire de 25% la consommation d’uranium naturelle. Cette stratégie du recyclage du plutonium participe à l’économie de la ressource, à la réduction du volume des déchets et au renforcement de notre souveraineté nationale.
Quelle est votre vision du rôle d’ambassadeur du doctorat ?
Je conçois mon rôle d’ambassadeur avant tout comme celui d’un facilitateur. Mon objectif principal est de favoriser l’insertion professionnelle des docteurs – ce qui passe notamment par une meilleure valorisation de leurs qualités et de leurs compétences. Je suis convaincu que ces profils apportent une réelle valeur ajoutée aux activités des entreprises. Je souhaite également mettre en lumière les initiatives collectives de laboratoires de recherche afin de faire connaître le potentiel de la recherche publique au service de l’industrie. C’est d’ailleurs l’une des ambitions que j’appuie au sein de Normandie Énergies – j’ai été nommé, dans ce cadre, vice-président du pôle nucléaire en 2020. Ce réseau, qui rassemble 330 adhérents, dont plus de 160 pour le pôle nucléaire, favorise les rencontres entre industriels, établissements d’enseignement supérieur et collectivités, dans le but de stimuler les partenariats et de soutenir l’innovation. Ces rencontres sont essentielles : les entreprises ont besoin de s’appuyer sur les avancées de la recherche et donc de mieux connaître les possibilités de collaborations qui s’offrent à elles.
Le MESRE lance le réseau national des ambassadrices et ambassadeurs du doctorat
Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace a réuni pour la première fois, le 28 novembre 2025, les ambassadrices et ambassadeurs du doctorat. Ce réseau, qui rassemble 42 docteurs issus de secteurs professionnels variés, illustre la diversité des parcours et des carrières possibles après un doctorat. Leur mission vise à renforcer les liens entre les établissements d’enseignement supérieur, le monde socio-économique et les territoires. Nommés pour une durée de trois ans, ils contribueront toutes et tous, par leurs actions, à mieux faire connaître le doctorat et à valoriser les compétences que les docteurs peuvent apporter dans tous les secteurs d’activité.
Aux côtés de Jean-Christophe Varin, Françoise Baillot, professeure en physique à l’université de Rouen Normandie, a également été nommée ambassadrice du doctorat pour la région Normandie.
Crédit photographique : ©ORANO Group