Le CERMN participe au développement d’une nouvelle classe de composés chimiques à base de bore. Les résultats ont été publiés en janvier 2026 dans la revue scientifique Angewandte Chemie.
Le bore : un outil essentiel de la chimie moderne
Les composés chimiques contenant du bore entrent dans la fabrication de médicaments, de matériaux avancés et de molécules destinées au diagnostic médical. Certains types de composés restent toutefois difficiles à produire, en particulier lorsque l’atome de bore doit être placé dans une molécule complexe. Pour pallier ces difficultés, une équipe de chercheurs suédois, français et slovènes a développé une nouvelle approche plus vertueuse, comportant moins d’étapes, générant moins de déchets et offrant une efficacité nettement supérieure.
Une collaboration avec l’université de Göteborg
Ces recherches, menées au CERMN, sont nées d’une collaboration avec Henrik Sundén, professeur de chimie organique à l’université de Göteborg. « Henrik Sundén a développé une stratégie de fonctionnalisation des liaisons C-H avec du bore, permettant de préparer des boracycles-BF₂ », précise Thomas Cailly, professeur de chimie bio-inorganique, directeur de la plateforme Imogere, directeur-adjoint du CERMN. « Les boracycles-BF₂ présentent un excellent compromis entre stabilité et réactivité, ce qui en fait des intermédiaires particulièrement polyvalents en synthèse organique. » L’avantage : ces composés sont produits à grande échelle, de manière plus simple, en moins d’étapes, sans éléments toxiques, et à un stade avancé – il est donc possible de prendre un médicament déjà finalisé et d’y ajouter de nouvelles fonctions afin de réduire ses effets secondaires ou d’améliorer son efficacité. « Cette approche est applicable à toute la chimie du bore : au CERMN, nous avons démontré qu’elle est pertinente pour faire du radiomarquage à l’iode. »
Des recherches qui s’inscrivent dans le label d’excellence Innovation en radiochimie de l’iode
En médecine nucléaire, le radiomarquage consiste à lier des atomes émettant des radiations à des molécules spécifiques, appelées radiotraceurs, permettant ainsi de suivre des processus biologiques, de diagnostiquer des maladies ou de traiter certaines affections. Les isotopes de l’iode sont particulièrement utiles dans ces applications. Le projet FEDER Label d’Excellence 2024 Innovation en radiochimie de l’iode, dont Thomas Cailly est le responsable scientifique, a pour objectif de développer une nouvelle méthode de production de radiotraceurs iodés, sur la base de cette preuve de concept déjà validée. « Les résultats publiés dans la revue Angewandte Chemie sont très ambitieux et très prometteurs ! Ils nous encouragent à aller plus loin, avec d’autres isotopes, comme le carbone-11 ou le fluor-18. » Une approche innovante qui contribue à rendre le processus de synthèse organique plus efficace et plus sobre.
Ces recherches bénéficient d’un soutien de la Région Normandie, du Centre de lutte contre le cancer François Baclesse, de Cyceron et de l’institut BB@C.