Comment repérer, écouter, et alerter autour des situations d’enfants en danger ? Pour sensibiliser les professionnels et bénévoles au contact avec des mineurs, le pôle d’Enseignement et de recherche enfants et adolescents en danger présente un module de sensibilisation gratuit en ligne. Un travail inédit en France qui s’intègre pleinement dans le plan de lutte contre les violences faites aux enfants 2023-2027.
Un langage commun pour faire face aux situations d’enfance en danger
Les situations de danger représentent 10 à 15 % des mineurs. Ces situations difficiles à concevoir, à repérer et à accompagner impliquent pourtant de nombreux secteurs : secteur sanitaire, travail social, éducation, justice, bénévoles, périscolaire… Faire des ponts entre les professionnels et partager ses inquiétudes dans ces situations s’avère donc parfois complexe.
Ainsi, pour développer une culture commune autour des situations d’enfance en danger, le pôle Enseignement et recherche enfants et adolescents en danger (PEREAD) de l’université de Caen Normandie propose un module de sensibilisation dédié. Centré avant tout sur l’intérêt de l’enfant, ce module prend en compte la diversité des professionnels intervenant dans le champ de l’enfance, à tous les niveaux.
« Il s’agissait de mettre une marche entre « je ne sais rien » et « je suis formé », explique Martine Balençon, pédiatre médecin légiste et directrice scientifique du pôle d’enseignement et de recherche Enfance en danger. Parce qu’il permet de penser et de concevoir les violences, ce module représente donc cette marche qui permet d’accéder aux situations de violences sur mineurs . »
Lancé le 1er octobre 2026, cette sensibilisation de 6 heures s’adresse à tous les professionnels et bénévoles au contact d’enfant. Entièrement à distance et gratuit, il est également valorisable dans le cadre professionnel grâce à la délivrance d’un open badge. La formation est composée d’un tronc commun ainsi que d’éléments plus spécifiques du travail social du champ sanitaire et des métiers du monde judiciaire. Les apprentissages sont eux-mêmes découpés en 3 étapes, comme dans une situation réelle : repérer, écouter et alerter.
Une collaboration interprofessionnelle qui porte ses fruits
Le module de formation Enfance en danger est avant tout construit sur une véritable dynamique collective et collaborative. À l’initiative de la Direction générale de la cohésion sociale, ce projet s’est conçu en partenariat étroit entre l’université de Caen Normandie, la Société française de pédiatrie médico-légale et Make.org association. Ont également travaillé main dans la main intervenants et intervenantes issus de différents horizons professionnels et institutionnels : l’UFR Santé, l’équipe du Service d’appui à la pédagogie (CEMU) de l’université de Caen Normandie, l’EREN, des professionnels du monde judiciaire, du travail social et des usagers partenaires. Du côté de l’Université, les membres du PEREAD ont assuré le pilotage opérationnel du projet dans ses dimensions pédagogiques et techniques, de la coordination de la production des contenus à leur déploiement sur la plateforme de formation de l’établissement.
Cette coopération nécessaire permet de mettre en lumière les dynamiques propres à chaque secteur mais aussi systémiques. Pour Martine Balençon, une telle approche est indispensable pour comprendre au mieux non seulement la manière dont la situation des enfants peut évoluer mais aussi le regard que chacun des professionnels posent dessus : « pour pouvoir repérer, il faut pouvoir voir, et pour voir il faut pouvoir concevoir donc penser les violences ». La sensibilisation joue donc un rôle crucial pour permettre aux professionnels et aux bénévoles de penser les violences et le danger et d’avoir des réflexes adaptés.
Pour ce projet pilote à l’échelle nationale, la réussite est au rendez-vous : en quinze jours, le module compte déjà 2305 inscrits et inscrites ! Situés dans toute la France métropolitaine, les participants et participantes sont issus de différents secteurs professionnels : santé, social et médico-social en majorité, mais aussi enseignement et éducation ainsi que judiciaire. La variété des profils et les premiers retours témoignent de l’interdisciplinarité du dispositif.
« Une majorité estime pouvoir transférer les acquis de cette formation à leurs activités professionnelles, et surtout mieux comprendre les autres professionnels », explique Nadège Poisson, ingénieure pédagogique en charge du projet pour l’université de Caen Normandie. « C’est un lancement très encourageant en faveur d’une meilleure prise en compte des mineurs en danger et de leur santé ! »