En mars 2023, Kateryna, étudiante ukrainienne, revenait sur son arrivée en France face à l’obligation de fuir son pays aux prémices de l’invasion russe. Depuis, Kateryna a obtenu son Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Médicales à l’université de Caen Normandie, et est aujourd’hui interne en pédiatrie au CHU de Caen. Elle revient sur le chemin parcouru lors de ces dernières années.
Dans quel contexte avez-vous débuté votre formation à l’université de Caen Normandie ?
Je suis originaire de Marioupol, en Ukraine. Depuis l’enfance, j’ai toujours été intéressée par les sciences. Au moment de choisir mes études, j’ai hésité entre la biologie et la médecine, mais j’ai choisi le parcours médical car j’aime le côté relationnel qu’il permet. Dans ce but, j’ai déménagé à Kiev à l’âge de 16 ans pour débuter ma formation à l’Université nationale de médecine Bogomolets suite à l’obtention du concours d’entrée. En février 2022, la guerre a débuté brutalement en Ukraine alors que j’arrivais à la fin de ma 5e année d’études. Ma ville était détruite et j’ai rapidement été séparée de ma famille. Je suis alors arrivée en France, en Normandie, où j’ai été hébergée à Bagnols-de-l’Orne par des amis de ma famille. J’ai rapidement pris la décision de reprendre mes études. J’ai postulé à plusieurs formations, et ai été acceptée en 4e année du Diplôme de Formation Approfondie des Sciences Médicales (DFASM) à l’UFR Santé de l’université de Caen Normandie, ce qui correspond au début de l’externat de médecine qui dure 3 ans. J’ai alors eu l’opportunité d’alterner entre des cours théoriques et des stages au CHU de Caen.
De quels accompagnements avez-vous bénéficié dans le cadre de votre arrivée à l’université ?
En parallèle de mes études de médecine, j’ai suivi des cours de français au Carré International de l’université pour améliorer mon niveau. J’avais déjà débuté l’apprentissage du français en Ukraine, mais ce soutien linguistique m’a été très bénéfique. J’ai aussi été accompagnée par un médecin libéral lors d’un stage à Alençon pour acquérir des notions de français propres au secteur médical. Enfin, la faculté de médecine de l’université a suivi mes démarches administratives liées à mes études.
Quels ont été les défis rencontrés durant vos études, et les moments les plus marquants ?
Le plus grand défi rencontré durant mes études reste l’exigence de la formation médicale. Les années d’externat comme d’internat nécessitent un investissement constant, une grande rigueur et la capacité de mettre temporairement certaines distractions de côté afin de me consacrer pleinement à mes objectifs. J’ai été particulièrement marquée par la réussite de mes premiers examens en français après six mois de formation à UNICAEN : une étape symbolique de mon premier passage dans la vie étudiante. Du côté professionnel, mon stage de Faisant Fonction d’Interne en neurochirurgie a également été déterminant, car il a représenté concrètement le début de ma vie de médecin.
Quelles expériences professionnelles ont marqué votre formation ?
Pendant l’externat, donc de la 4e à la 6e année du diplôme, nous devions réaliser 12 stages de 1 à 2 mois chacun, choisis en fonction des spécialités qui nous intéressent. J’ai réalisé mes stages au CHU de Caen et dans des hôpitaux de la région : ils m’ont permis de découvrir concrètement le métier de médecin, d’être au contact des patients et d’acquérir les bases dans différentes spécialités pour déterminer un peu mieux ce que je souhaite faire par la suite. Je participais notamment aux examens cliniques, aux entretiens avec les patients et au suivi de leur prise en charge.
À la fin de ces études, j’ai passé le concours national de fin d’études qui se déroule sur trois jours, avec des épreuves écrites et orales. Le classement national détermine ensuite l’ordre de choix des spécialités. Suite à l’obtention du concours, j’ai travaillé comme Faisant Fonction d’Interne (FFI) : j’ai réalisé un stage au CHU de Caen en tant qu’interne en neurochirurgie, une spécialité qui m’attirait particulièrement. J’ai pu assister au bloc opératoire, effectuer mes premières gardes, et suivre les patients en préopératoire et en postopératoire. Cette expérience a été vraiment formatrice et m’a permis de mieux comprendre le rôle et les responsabilités d’un interne.
Que faites-vous aujourd’hui ?
Je suis aujourd’hui interne au service de pédiatrie, toujours au CHU, en première année. Je ne pensais pas m’orienter vers cette spécialité durant l’externat, mais un stage de deux mois a complètement changé ma vision. La pédiatrie est une discipline très large et transversale. Elle offre de nombreuses possibilités d’exercice, en pédiatrie générale ou hospitalière, avec des patients allant de la néonatologie à l’adolescence. Je trouve que le relationnel avec les enfants est très fort, et particulièrement réparateur. L’internat de pédiatrie dure cinq ans, avec des stages de six mois principalement au CHU, des possibilités d’échanges inter-CHU ou à l’étranger, et une formation théorique organisée par le CHU et la faculté de médecine de Caen. Pour cette étape de mon parcours, j’ai eu l’opportunité de changer d’hôpital, mais les liens humains, la qualité de la formation et l’environnement de travail à Caen m’ont convaincue de rester !
Quelle organisation recommanderiez-vous aux étudiants et étudiantes en médecine ?
La méthode de travail reste très personnelle et propre à chacun. Durant les études de médecine, nous sommes tous bien entraînés à nous investir dans l’apprentissage théorique, mais ce qui fait réellement la différence, c’est l’implication en stage, notamment à travers l’examen clinique au lit du patient. Ayant été d’abord formée en Ukraine, où l’approche pédagogique est différente, j’ai conservé mes habitudes d’apprentissage en arrivant ici. Par exemple, je n’utilise que très peu de tableaux ou de schémas : je privilégie des ouvrages qui expliquent le raisonnement médical et la pensée clinique, afin de mieux comprendre le patient dans sa globalité.
Que diriez-vous aux étudiants et étudiantes qui commencent un nouveau cursus universitaire en France ?
N’ayez pas peur de prendre votre décision et de vous lancer ! Choisir une voie qui nous passionne réellement est essentiel, d’autant plus lorsque les conditions autour sont difficiles. La passion devient alors un pilier qui permet de surmonter ces obstacles. En restant investi et constant, chaque effort finit toujours par être récompensé !