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6° région du Sud-Ouest ou du maïs (suite)

La vallée de la Garonne, où l’on admire chaque année, au mois de mai, de magnifiques productions de trèfle incarnat, de très-belles cultures de lupin blanc, destiné, après avoir été enfoui à l’état vert, à maintenir la fertilité du sol, présente aussi des prairies verdoyantes. C’est dans ces herbages qu’on élève et qu’on engraisse la race bovine garonnaise, si remarquable par son développement et son aptitude pour le travail.

Cette riche et riante vallée est voisine de la magnifique forêt de chênes lièges située sur les bords de la Gelise, et elle confine au département du Gers, si remarquable par les nombreuses collines disposées en amphithéâtre qui le sillonnent du sud au nord. Ce département produit beaucoup de blé et possède de nombreux vignobles, qui fournissent des vins de coupage et les eaux-de-vie qu’on appelle eau-de-vie d’Armagnac et eau-de-vie de la Tenarèze ; en outre, il spécule très en grand sur l’élevage de la race mulassière de la Gascogne, de l’oie de Toulouse, qui est plus forte que l’oie commune, et de la poule de Caussade. La Chalosse est aussi mouvementée ; elle possède une grande étendue de vignes qui produisent des vins communs, mais supérieurs à ceux que donnent les vignes plantées dans les dunes près le cap Breton, et qu’on nomme vins de sable. Cette contrée n’est pas très-éloignée du Béarn, ancienne province bien connue par le vin, de populaire mémoire, qu’on récolte sur les coteaux de Jurançon. Les vignes du haut Armagnac, de la plaine de Tarbes et du Saint-Gironnais sont dirigées en hautains et soutenues par des saules, des cerisiers ou des érables. Les vignes du coteau de Gan forment de charmants berceaux, et celles de Saint-Gaudens, des gobelets.

On ne peut quitter les terres arrosées par les torrents qui appartiennent au bassin du Gave de Pau, sans parcourir les fertiles et riantes vallées de Tarbes, de Bagnères, de Laruns, etc. et sans admirer les chevaux de la race bigourdane qu’on y élève, mais qui n’ont pas la souplesse et l’élégance que possédait l’ancienne race navarrine, et les belles vaches appartenant à la race béarnaise, à la race de Lourdes et à la race tarbaise ou race bigorraise, races qui sont réputées pour leurs propriétés laitières, et qu’on désigne sous le nom générique de races pyrénéennes.

La vallée de Bagnères, comme tant d’autres, conduit aux Pyrénées, où l’homme contemple toujours une nature à la fois sévère et majestueuse. C’est, en effet, un spectacle bien imposant que ces montagnes qui semblent lutter sans cesse contre les éléments pour conserver leur forme, leur élévation et leur parure: Malheureusement, la nature paraît avare de sa lumière dans cette région comme dans les montagnes alpines, et c’est à peine si toutes les vallées, si tous les versants des montagnes peuvent recevoir les rayons du même soleil. Il semble que Dieu ait dit à l’agriculteur de ces belles contrées : « Tu seras solitaire et silencieux au sein de ces montagnes, et tu rachèteras la jouissance que tu éprouveras au péril de ton existence ! » C’est, en vérité, une vie bien pénible que celle qui s’écoule au sein des contrées très-accidentées. Si l’homme, pendant les beaux jours de l’année, se complaît à la vue des rhododendrons qui décorent la cime des monts, des silènes, des narcisses, des gentianes, du thym, de la lavande et d’autres plantes, qui répandent nuit et jour des parfums délicieux dans les régions élevées ; s’il aime à parcourir les vivantes vallées limitées par des colosses terrestres se perdant dans les nuages; enfin, s’il éprouve un bonheur indéfinissable à fouler l’herbe la plus riche, le gazon le plus touffu qui tapisse la région alpine ; il frissonne de crainte et d’épouvante lorsque le ciel s’assombrit, lorsque le soleil a perdu une partie de son éclat ; c’est qu’il redoute, dans ces belles contrées comme dans les montagnes Noires, les vents impétueux, les neiges abondantes, les gelées d’automne et de printemps, et surtout les brouillards intenses, qui répandent dans son âme une involontaire émotion de rêveries et surtout de terreur !

Quoi qu’il en soit, les montagnes des Pyrénées renferment des vallées délicieuses et fécondes, des vallons agrestes et rocailleux, des montagnes abruptes décorées par la draperie noire des sapins. On y voit aussi des routes périlleuses sur le bord d’effrayants abîmes ou tracées en lacets sur les flancs des coteaux escarpés et ombragés par des noyers, des tilleuls, des hêtres, etc.; des pâturages étendus et verdoyants pendant la belle saison, et sur lesquels le pasteur salue avec joie l’aube matinale et contemple chaque soir les sommets des élévations éclairés par la pourpre éclatante du soleil couchant; des contrées où le mouvement et la vie sont sans cesse en activité, des dépressions dans lesquelles l’air est toujours embaumé par le parfum des plantes ou des arbres odoriférants. Enfin, on y admire de belles cascades et des ondes toujours blanchissantes d’écume au milieu de débris de rochers, des pics dont les sommets sont fréquemment enveloppés par des nuages, et des cimes élevées dont les dentelures disparaissent une partie de l’année sous une étincelante nappe de neige.

Les vallées appartenant aux hautes Pyrénées rappellent les belles vallées de la Savoie et de la Suisse. La riche vallée de Campan est ornée de beaux vergers et d’habitations qui apparaissent comme suspendues au milieu de champs disposés en terrasses. La vallée d’Argelès est dominée par de beaux noyers et des châtaigniers. La vallée de Barèges est belle par son aridité et son aspect sauvage, mais elle est moins intéressante que la vallée de Luchon, dans laquelle on ne cesse d’admirer des îles charmantes, que la fraîcheur entretient dans une fécondité merveilleuse. Enfin, la magnifique vallée du Lavedan, où viennent déboucher sept vallées, offre les sites les plus variés et les plus remarquables, surtout lorsqu’elle est délivrée des brouillards et qu’elle est fraîche de rosée et brillante de soleil.

Les agriculteurs de la verdoyante plaine de Tarbes et de la vaste plaine de Toulouse jouissent d’un spectacle moins grandiose, mais plus riant, à tous les moments de l’année, que le panorama qu’ont sans cesse devant eux les habitants des hautes régions alpine et pyrénéenne. A côté de la vigne, ils cultivent le blé bladette, le blé du Roussillon, le maïs et la luzerne, sur des terres préparées à l’aide de la charrue Rouquet et fertilisées avec la marne, les boues de ville, les chiffons de laine, etc. Ces belles plaines forment un curieux contraste, quand on les compare au vaste et triste plateau de Lannemezan.

 

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non
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La France agricole