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1° région du sud ou de l'olivier (suite)

Le Roussillon est aussi accidenté que la Provence. On y distingue : 1 ° la salanque ou terrain salé, voisin de la mer ; 2° la plaine, qui s’étend jusqu’aux Albères, au Canigou et aux Corbières, et dans laquelle les arrosages maintiennent partout une admirable fraîcheur ; 3° la montagne, où l’on rencontre de très-beaux sites, des vallées solitaires, des forêts séculaires, des gorges profondes et escarpées, d’effrayants précipices, des ruisseaux inépuisables et des canaux d’arrosage. Sur divers points, la fraîcheur des ombrages, l’éternelle verdure des chênes lièges, des oliviers, du genêt d’Espagne, de l’agavé, des lauriers-roses, du laurier-tin et du tamarix gallica, qui s’avance d’une part jusqu’à Carcassonne, et de l’autre jusqu’à Valence (Drôme), et la douceur de la température pendant une grande partie de l’année, rendent très-agréable le séjour dans la plaine et les vallées.

Les montagnes appartenant à la région présentent six zones agricoles et botaniques parfaitement caractérisée par les plantes qu’on y observe :

La première, la zone de l’oranger, est décorée par le citronnier,l’oranger, la cassie, le caroubier, le palmier, le poivrier, si remarquable par l’élégance de son feuillage et ses jolies grappes couleur corail rose, et l’acacia longifolia, si curieux par ses fleurs citronnées, plantes qui végètent très-bien en pleine terre à Hyères, Cannes, Vallauris, Nice et Menton, localités riveraines de la Méditerranée, qui subissent continuellement l’action d’un soleil sicilien.

La seconde zone, la région du pin d’Alep, est caractérisée par la présence du pin d’Alep, de l’olivier, du grenadier, du laurier-rose, du pistachier, du jujubier, de l’azerolier, du lentisque, de l’arbousier, du chêne liège, du chêne yeuse, du chêne kermès, du myrte, du genêt d’Espagne et du genévrier de Phénicie. Comme dans la zone de l’oranger, les arbres toujours verts se marient agréablement au rosier bengale toujours fleuri.

La troisième zone, la zone du mûrier, commence à 600 ou 700 mètres et s’élève jusqu’à 1,000 mètres d’altitude. On y rencontre le mûrier, la vigne, le chêne rouvre, le châtaignier, le pin sylvestre, le hêtre, le sapin, puis le buis, la lavande, le thym, le genêt cendré, le cytise à feuilles sessiles, le fustet et les coronilles. Les céréales y sont cultivées, ainsi que les pois et les haricots.

La quatrième zone, la zone subalpine, atteint jusqu’à 1,800 mètres ; elle est à la fois pastorale et forestière. 0n y voit croître le hêtre, le sapin, l’épicéa, le pin à crochets, puis la gentiane jaune, l’arnica des montagnes, le lis martagon, l’aconit, etc. On y cultive encore le seigle, la pomme de terre et le lin.

La cinquième zone, la zone alpine, s’élève jusqu’à 2,500 mètres. On y remarque en abondance l’épicéa, le pin à crochets, le mélèze, le pin cembro, l’aune vert, puis les pâturages, dans lesquels on observe très-peu de plante annuelles. La zone alpine est la région pastorale par excellence.

La sixième zone, la zone des neiges perpétuelles  commence à 2,500 mètres d’altitude.

   Les vallées ne sont pas moins productives et moins agréables que la base des collines. Celles que l’on rencontre dans les Basses-Alpes, les Cévennes, le Vivarais, le Roussillon et le bas Dauphiné, sont remarquables par le coup d’œil qu’elles présentent. Ici, elles sont décorées par l’olivier, le figuier, le mûrier ou l’amandier et une foule d’arbrisseaux indigènes, qui se distinguent par la beauté et l’élégance de leur feuillage, et par le riche coloris et le suave parfum de leurs fleurs ; ailleurs, elles s’effacent sous les tranquilles ombrages des lauriers-roses, des myrtes, des jujubiers, des pistachiers, des azeroliers et des arbousiers ; plus loin, elles s’élargissent et deviennent de véritable plaines, soumises à l’assolement biennal ou à des rotations plus longues, et comprenant des plantes industrielle d’une culture lucrative. C’est ainsi qu’à Tarascon et à Saint-Remy on cultive la cardère ; aux environs d’Avignon de Montueux, d’Orange, de Sorgues, etc. la garance ; près de 

Carpentras, le safran, et au Grand-Gallargues, la maurelle outournesol.

En Provence, la vigne fournit les vins de la Gaude, les vins blancs de Cassis, les vins muscats de Roquevaire, les vins rouges de la Malgue ou les anciens Vins fumeux de la Gaule ; les amandiers, les amandes princesse et les amande à la dame ; les noisetiers, les avelines de la Cadière ; les pruniers, les pistoles et les pruneaux fleuris de Brignoles ; le châtaignier, les marrons du Luc ; le figuier, les figues de Marseille. C’est dans le bas Languedoc qu’on récolte le vin de Maraussan, le vin de Saint-Georges, le vin de Tavel, la blanquette de Limoux, le vin de Pomerols, le vin de Florensac, le vin de Langlade, le Picardan, le vin de Frontignan et le vin de Lunel, si renommé pour son parfum et sa douceur. Dans le Roussillon, la vigne fournit le vin de Rancio, qui rappelle le vin d’Alicante, le muscat de Rivesaltes, qui se rapproche, en vieillissant, du vin de Chypre. Dans le Comtat, on cite avec orgueil les vins de Châteauneuf-du-Pape, et, dans le Vivarais, les vins rouges et corsés de Cornas et les vins blancs de Saint-Péray. Enfin, le Dauphiné fournit le vin blanc de la côte de Saint-André, la clairette de Die, le vin de l’Hermitage et le vin de paille de Tain, dont la couleur rappelle celle de l’or.

Lorsqu’on s’éloigne des rives de la Méditerranée ou des jardins abrités d’Hyères, de Nice et de Menton, ou de Perpignan et de Port-Vendre, si bien décorés par les orangers ou les citronniers ; des cultures de jasmin d’Espagne de violette, de rose et de tubéreuse, qui ont rendu célèbres Grasse et Cannes ; des marais de Fréjus et de Cogolin, où l’on cultive le roseau canne ; de Bandol et de la Ciotat, où l’on pratique en grand la culture de l’Immortelle d’Orient ; de la plaine de Cuges et des coteaux de Roquevaire, localités qui cultivent depuis longtemps le câprier et récolter des raisins secs ; si, dis-je, on quitte la Provence et ses cultures arbustives fruitières, pour se diriger vers la région de l’Est, on n’admire plus ces arbres si remarquables dans leur port, on ne respire plus un air aussi pur, et on ne voit plus l’atmosphère remplie de cette poussière parfumée qui a fait dire si justement de l’ail du Midi, « qu’il s voit et se sent tout ensemble ; » mais on conserve le souvenir de la richesse productive du Trébon, de la plaine caillouteuse de la Crau, si curieuse par son immense étendue, ses bergeries basses et les 200,000 bêtes à laine qui y vivent pendant l’hiver ; de la fraîcheur perpétuelle de la vallée de l’Huveaune, de la richesse exceptionnelle des jolies vallées des Aygalades et du Gapeau, du charmant vallon de Saint-Chamas, des magnifiques abricots qu’on récolte dans la vallée de  Sauvebonne, la plaine de Solliès et les environs de Saint-Remy, et des fertiles plaines de la Vaunage et du Vistre ; on se rappelle aussi la Camargue et ses brouillards malsains, véritable marenne située dans le delta du Rhône., remarquable par son horizontalité, et dans laquelle on rencontre de belles cultures, des roselières,des montilles sablonneuses, des forêts de pin pignon, des lacs habités par les flamants, les macreuses et les canards sauvages ; une race bovine noirâtre indomptée et des chevaux à demi sauvages qu’on emploie pendant l’été au dépiquage des céréales ; on ne peut oublier non plus les marais d’Arles et les canaux qui les sillonnent, la vallée de la Sorgue et sa fraîcheur et ses jolis ombrages, l’araire provençal, qui sert à labourer toutes les terres accessibles à la charrue, les ouillères de la basse Provence, les vacants ou vastes dépaissances des Cévennes, le plateau du Larzac et ses nombreux troupeaux, les vignes courantes du bas Languedoc et de l’ancienne Narbonnaise ; les vins de chaudière, que produit le département de l’Hérault et qui servent à la fabrication des trois-six de Montpellier ; le miel de Narbonne, que produisent les abeilles qui butinent sur les Corbières ; les noix qu’on récolte dans le Royanez et le Diois, les produits fournis par le sumac, les remarquables cultures horticoles de Cavaillon, de Saint-Remy, d’Hyères, de Perpignan et de Pézenas; les marrons des Cévennes, les micocouliers et les platanes qui ornent si bien les promenades et les routes ; les vertes forêts aromatiques qui ombragent les monts Maures et l’Esterel, dans la basse Provence ; enfin, en s’éloignant de la Provence et du Roussillon, on se rappellera que c’est dans la région de l’olivier que le 

cultivateur comprend le mieux l’inappréciable avantage des avantage des luzernières et surtout des irrigations, qui sont pratiquées avec les eaux fournies par les canaux d’arrosage, dans le but de tempérer très-heureusement les effets désastreux d’une chaleur élevée ou l’influence néfaste du mistral ou du trémontane, vents qui sont d’une violence extrême, qui nuisent à toutes les cultures par leur action desséchante et qui obligent, dans la vallée du Rhône, à protéger les plantes délicates par des haies de cyprès pyramidal on d’arundo donax.

Toutes les productions végétales sont soutenues, dans la région, par des tourteaux ou trouilles, des débris de corne, d’os, de laine, etc. engrais qui sont indispensables, parce que les fumiers sont rares dans la région du Sud ; elles ont pour complément sur les mêmes terrains l’éducation des lapins et surtout des vers à soie, l’une des principales richesses depuis Henri IV et Olivier de Serres, des départements du Gard, de l’Ardèche, de Vaucluse et de la Drôme.

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