Chapitre 34

Capitulum XXXIIII1caput 32 1536.

Escinus [l’oursin ; le rémora1Ce chapitre est le premier à présenter la confusion entre oursin (Echinoidea Leske, 1778) et rémora (Remora remora Linné, 1758), qu’on retrouvera ailleurs. Cette confusion, qui repose sur la paronymie, est ancienne : dans l’œuvre de Pline, le rémora s’appelle echeneis (Plin. nat. 9, 79) ; la proximité phonétique de ce terme avec celui d’echinus a entraîné une confusion entre les deux animaux dans l’esprit des lecteurs. Celle-ci est avérée dans l’œuvre de Thomas de Cantimpré, qui consacre au rémora un long chapitre intitulé De echino (TC 7, 31), et chez Albert le Grand (AM 24, 48 (31)) ; elle est totale dans l’Hortus sanitatis puisque le chapitre Escinus, comme celui intitulé Ethenay vel echyni, mêle sans les distinguer des observations sur l’oursin et le rémora, comme s’il s’agissait du même animal, ainsi que le suggère la conjonction vel du titre.] [+][AM 24, 48 (31) [-]][+]

Escinus2estinis 1491 Prüss1. [+][AM 24, 48 (31) [-]][+]

Renvois internes : Escinus : cf. Achandes, ch. 1 ; Ericius, ch. 29 ; Ethenay vel echyni, ch. 36 ; Icinus marinus, ch. 44.

Lieux parallèles : VB, De echenei vel echino (17, 49) ; De eodem (17, 50) ; De medicinis ex eodem (17, 51) ; De icino marino (17, 58) ; TC, De echino (7, 31) ; De ericio (7, 33) ; AM, [Ericius] (24, 50 (33)).

poisson

[1] Albert le Grand dans le De animalibus. [] AM 24, 48 (31)L’escinus [le rémora] appartient à l’espèce des cancri d’un demi-pied2Cette indication provient sans doute d’Isidore de Séville (Isid. orig. 12, 6, 34 : echenais paruus et semipedalis pisciculus, « l’echenais, tout petit poisson d’un demi pied » (André 1986, 200)) et annonce la confusion entre l’oursin et le rémora, patente dans le dernier paragraphe de ce chapitre.. Autour de la couronne3Le texte de Pline permet d’éclaircir cette étrange indication : il ne s’agit pas d’une couronne, mais de la ville de Torone (Toronen), en Chalcidique, où l’on trouve des oursins blancs (Sphaerecinus granularis Lamarck, 1816)., ces animaux [les oursins] sont blancs ; ils ont des piquants en guise de pieds et la bouche au milieu du corps ; ils sont d’une couleur verdâtre, et ressemblent, à peu de chose près, au scorpion4Cette affirmation vient sans doute d’une interprétation abusive d’informations données par Plin. nat. 9, 99-100. Pline commence par rapporter une croyance selon laquelle les crabes [cancri] morts se transforment en scorpions lorsque le soleil traverse la constellation du Cancer (Plin. nat. 9, 99). Juste après (Plin. nat. 9, 100) il ajoute qu’« au même genre appartiennent les oursins [echini] » (De Saint-Denis 1955, 69).. Dans la bouche, ils ont de gros piquants à la place des dents5Il s’agit sans doute d’une indication qui remonte à l’Aristote latin mais dont les éléments auraient été très mal interprétés : Iricius vero habet quinque dentes intra os et inter illos habet partes carnosas loco linguae, « L’oursin possède cinq dents à l’intérieur de la bouche et entre les dents des parties charnues qui tiennent lieu de langue » (Arist. HA 530 b 25-26 MS).. Ils font cinq œufs, qui sont très amers6De Saint-Denis 1955, 131, explique qu’il ne s’agit pas des œufs mais des ovaires (ovaria) de l’oursin, disposés en étoile, qui forment la partie mangeable.. Cet animal est toxique et ne peut être mangé7C’est exact pour l’espèce d’oursins blancs mentionnée ci-dessus..

[1] Albertus in libro De naturis animalium3La majeure partie des informations des trois premiers paragraphes vient, sans doute par l’intermédiaire de Thomas de Cantimpré (TC 7, 31, 28-32), de Pline (Plin. nat. 9, 100) : Ex eodem genere sunt echini, quibus spinae pro pedibus. Ingredi est iis in orbem uolui, itaque detritis saepe aculeis inueniuntur. Ex his echinometrae appellantur quorum spinae longissimae, calyces minimi. Nec omnibus idem uitreus color. Circa Toronen candidi nascuntur, spina parua. Oua omnium amara, quina numero. Ora in medio corpore in terram uersa. Tradunt saeuitiam maris praesagire eos correptisque opperiri lapillis, mobilitatem pondere stabilientes ; nolunt uolutatione spinas atterere. Quod ubi uidere nautici, statim pluribus ancoris nauigia infrenant.. [] AM 24, 48 (31)Escinus4escynus AM estinis 1491 Prüss1. est5est post genere hab. AM. de genere cancrorum semipedalium6semipedalis AM.. Circa coronam sunt candidi, aculeos quosdam pro pedibus habentes et ora in medio corpore ; et sunt colore quasi vitrei et paene in scorpionis effigie, loco dentium graves in ore habentes aculeos. Ova faciunt quinque numero, et sunt amarissima. Est autem venenosus nec7ne 1491 Prüss1. comedi potest.

Propriétés et indications

Operationes

[2] A. [] AM 24, 48 (31)Ce poisson [l’oursin] annonce les tempêtes : en effet, quand il sent que la force des vents augmente, il saisit un caillou au fond de l’eau et se tient solidement à lui comme à une ancre8Bien qu’on trouve souvent des oursins fixés à une pierre, ce phénomène est sans rapport avec l’annonce des tempêtes. Cette croyance remonte à l’Antiquité (par exemple Ael. NA 7, 33)..

[2] A. [] AM 24, 48 (31)Hic piscis praenuntiat tempestates : sentiens enim materiam ventorum elevari, de fundo rapit lapidem stabiliens se ad ipsum sicut ad anchoram.

[3] B. [] AM 24, 48 (31)Et quand les marins voient cet escinus [oursin] tirer un caillou, eux-mêmes à leur tour jettent l’ancre pour immobiliser leur bateau.

[3] B. [] AM 24, 48 (31)Et cum hunc lapidem escynum trahere vident8ludent 1491 Prüss1. nautae, etiam ipsi per anchoras9per anchoras : anchoris AM. figunt naves.

[4] C. [] AM 24, 48 (31)Il arrive que ce poisson, l’escinus9Ici commence la confusion entre l’oursin (echinus, escinus) et le rémora (echenais, echineis), qu’on retrouvera notamment dans tout le chapitre 36, Ethenay vel echyni. Pline (Plin. nat. 9, 79) délivrait déjà ces mêmes informations : Est paruus admodum piscis adsuetus petris, echeneis appellatus. Hoc carinis adhaerente, naues tardius ire creduntur, inde nomine inposito, « Il y a un tout petit poisson, vivant d’ordinaire dans les pierres, appelé echeneis. On croit qu’en s’attachant aux carènes des vaisseaux, il retarde leur marche, d’où le nom qui lui a été attribué » (De Saint-Denis 1955, 63) ; voir aussi Plin. nat. 32, 2 : Tamen omnia haec pariterque eodem inpellentia unus ac paruus admodum pisciculus, echenais appellatus, in se tenet. Ruant uenti licet, saeuiant procellae, imperat furori uiresque tantas compescit et cogit stare nauigia, quod non uincula ulla, non ancorae pondere inreuocabili iactae. Infrenat impetus et domat mundi rabiem nullo suo labore, non renitendo aut alio modo quam adhaerendo. Hoc tantulo satis est, contra tot impetus ut uetet ire nauigia, « Néanmoins toutes ces forces, alors qu’elles poussent dans le même sens, un seul et minuscule poisson, appelé remora [echenais], peut les contrecarrer. Les vents ont beau se ruer, les bourrasques se déchaîner, il commande à leur fureur, entrave de si grande puissance et contraint les navires à s’arrêter, ce que ne sauraient faire aucunes amarres ni des ancres d’un poids insurmontable ; il met un frein aux élans et dompte la rage des éléments, sans aucune peine, sans effort contraire, sans faire autre chose que s’attacher. C’est bien peu et cela suffit contre tant de forces déployées pour empêcher les navires d’avancer » (De Saint-Denis 1966a, 22-23). Les Anciens étaient fascinés par la force du rémora qu’ils exagéraient au point de lui accorder le pouvoir d’arrêter les navires. [le rémora], arrête un navire : en effet, en s’attachant sous la coque, l’escinus arrête un navire de deux cents pieds, voire davantage, avec tout son équipement ; il résiste à la poussée des vents, si puissante soit-elle, au point que rien, ni l’habileté, ni la force brute, ne parvient à le faire bouger.

[4] C. [] AM 24, 48 (31)Hic piscis escynus quandoque10quandoque : est de quo in praecedentibus diximus quod AM. detinet navim11navem 1536 navium 1491 Prüss1. : subtus enim adhaerens navi ducentorum vel amplius pedum cum omnibus ornamentis12armamentis AM. suis detinet escynus contra quemlibet ventorum impulsum, ita quod moveri nequit arte aliqua13arte aliqua : aere aliquo 1491 Prüss1 1536. vel violentia.

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1Ce chapitre est le premier à présenter la confusion entre oursin (Echinoidea Leske, 1778) et rémora (Remora remora Linné, 1758), qu’on retrouvera ailleurs. Cette confusion, qui repose sur la paronymie, est ancienne : dans l’œuvre de Pline, le rémora s’appelle echeneis (Plin. nat. 9, 79) ; la proximité phonétique de ce terme avec celui d’echinus a entraîné une confusion entre les deux animaux dans l’esprit des lecteurs. Celle-ci est avérée dans l’œuvre de Thomas de Cantimpré, qui consacre au rémora un long chapitre intitulé De echino (TC 7, 31), et chez Albert le Grand (AM 24, 48 (31)) ; elle est totale dans l’Hortus sanitatis puisque le chapitre Escinus, comme celui intitulé Ethenay vel echyni, mêle sans les distinguer des observations sur l’oursin et le rémora, comme s’il s’agissait du même animal, ainsi que le suggère la conjonction vel du titre.

2Cette indication provient sans doute d’Isidore de Séville (Isid. orig. 12, 6, 34 : echenais paruus et semipedalis pisciculus, « l’echenais, tout petit poisson d’un demi pied » (André 1986, 200)) et annonce la confusion entre l’oursin et le rémora, patente dans le dernier paragraphe de ce chapitre.

3Le texte de Pline permet d’éclaircir cette étrange indication : il ne s’agit pas d’une couronne, mais de la ville de Torone (Toronen), en Chalcidique, où l’on trouve des oursins blancs (Sphaerecinus granularis Lamarck, 1816).

4Cette affirmation vient sans doute d’une interprétation abusive d’informations données par Plin. nat. 9, 99-100. Pline commence par rapporter une croyance selon laquelle les crabes [cancri] morts se transforment en scorpions lorsque le soleil traverse la constellation du Cancer (Plin. nat. 9, 99). Juste après (Plin. nat. 9, 100) il ajoute qu’« au même genre appartiennent les oursins [echini] » (De Saint-Denis 1955, 69).

5Il s’agit sans doute d’une indication qui remonte à l’Aristote latin mais dont les éléments auraient été très mal interprétés : Iricius vero habet quinque dentes intra os et inter illos habet partes carnosas loco linguae, « L’oursin possède cinq dents à l’intérieur de la bouche et entre les dents des parties charnues qui tiennent lieu de langue » (Arist. HA 530 b 25-26 MS).

6De Saint-Denis 1955, 131, explique qu’il ne s’agit pas des œufs mais des ovaires (ovaria) de l’oursin, disposés en étoile, qui forment la partie mangeable.

7C’est exact pour l’espèce d’oursins blancs mentionnée ci-dessus.

8Bien qu’on trouve souvent des oursins fixés à une pierre, ce phénomène est sans rapport avec l’annonce des tempêtes. Cette croyance remonte à l’Antiquité (par exemple Ael. NA 7, 33).

9Ici commence la confusion entre l’oursin (echinus, escinus) et le rémora (echenais, echineis), qu’on retrouvera notamment dans tout le chapitre 36, Ethenay vel echyni. Pline (Plin. nat. 9, 79) délivrait déjà ces mêmes informations : Est paruus admodum piscis adsuetus petris, echeneis appellatus. Hoc carinis adhaerente, naues tardius ire creduntur, inde nomine inposito, « Il y a un tout petit poisson, vivant d’ordinaire dans les pierres, appelé echeneis. On croit qu’en s’attachant aux carènes des vaisseaux, il retarde leur marche, d’où le nom qui lui a été attribué » (De Saint-Denis 1955, 63) ; voir aussi Plin. nat. 32, 2 : Tamen omnia haec pariterque eodem inpellentia unus ac paruus admodum pisciculus, echenais appellatus, in se tenet. Ruant uenti licet, saeuiant procellae, imperat furori uiresque tantas compescit et cogit stare nauigia, quod non uincula ulla, non ancorae pondere inreuocabili iactae. Infrenat impetus et domat mundi rabiem nullo suo labore, non renitendo aut alio modo quam adhaerendo. Hoc tantulo satis est, contra tot impetus ut uetet ire nauigia, « Néanmoins toutes ces forces, alors qu’elles poussent dans le même sens, un seul et minuscule poisson, appelé remora [echenais], peut les contrecarrer. Les vents ont beau se ruer, les bourrasques se déchaîner, il commande à leur fureur, entrave de si grande puissance et contraint les navires à s’arrêter, ce que ne sauraient faire aucunes amarres ni des ancres d’un poids insurmontable ; il met un frein aux élans et dompte la rage des éléments, sans aucune peine, sans effort contraire, sans faire autre chose que s’attacher. C’est bien peu et cela suffit contre tant de forces déployées pour empêcher les navires d’avancer » (De Saint-Denis 1966a, 22-23). Les Anciens étaient fascinés par la force du rémora qu’ils exagéraient au point de lui accorder le pouvoir d’arrêter les navires.

~

1caput 32 1536.

2estinis 1491 Prüss1.

3La majeure partie des informations des trois premiers paragraphes vient, sans doute par l’intermédiaire de Thomas de Cantimpré (TC 7, 31, 28-32), de Pline (Plin. nat. 9, 100) : Ex eodem genere sunt echini, quibus spinae pro pedibus. Ingredi est iis in orbem uolui, itaque detritis saepe aculeis inueniuntur. Ex his echinometrae appellantur quorum spinae longissimae, calyces minimi. Nec omnibus idem uitreus color. Circa Toronen candidi nascuntur, spina parua. Oua omnium amara, quina numero. Ora in medio corpore in terram uersa. Tradunt saeuitiam maris praesagire eos correptisque opperiri lapillis, mobilitatem pondere stabilientes ; nolunt uolutatione spinas atterere. Quod ubi uidere nautici, statim pluribus ancoris nauigia infrenant.

4escynus AM estinis 1491 Prüss1.

5est post genere hab. AM.

6semipedalis AM.

7ne 1491 Prüss1.

8ludent 1491 Prüss1.

9per anchoras : anchoris AM.

10quandoque : est de quo in praecedentibus diximus quod AM.

11navem 1536 navium 1491 Prüss1.

12armamentis AM.

13arte aliqua : aere aliquo 1491 Prüss1 1536.

Annotations scientifiques

  • Donec tempor euismod sagittis
  • Cum sociis natoque penatibus
  • Morbi tempus nulla sed quam vestibulum
  • Donec eleifend aliquam interdum