Au coeur des recherches sur les sociétés et les espaces ruraux

Lieu : Amphithéâtre de la MRSH
Début : 07/03/2017 - 14:30
Fin : 07/03/2017 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Philippe MADELINE et Jean-Marc MORICEAU
  • Les marins des paroisses littorales et rurales : des terriens comme les autres ? Le cas des côtes nord de la Bretagne au XVIIIe siècle , par Emmanuelle Charpentier (Maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Toulouse 2)
    Résumé
    « Le nombre des pescheurs de Plérin que nous avons vérifié [...] se monte à 40 personnes, dont plusieurs d'entre eux sont classés, et quelques-uns navigateurs terreneuviers, ceux qui ne sont point dans ce cas sont tendeurs à la basse-eau et pescheurs de pied dans la baye [de Saint-Brieuc], ces derniers sont aussi comme ceux de Pordick [Pordic] petits laboureurs et occupés à la culture de leurs terres, quelques-uns aussi s'employent à la pesche pendant toute l'année et n'ont point d'autre profession ». C'est dans ces termes que François Le Masson du Parc, « Inspecteur général des pêches du poisson de mer » pour les provinces de Normandie, Flandres, Picardie et Bretagne, évoque en 1731 les pêcheurs de Plérin, près de Saint-Brieuc. Dans l'exercice de sa mission, il se heurte à une difficulté concrète : recenser les pêcheurs de chaque paroisse dont les activités s'entremêlent en illustrant toutes les possibilités qu'offre la situation d'interface du littoral à ses habitants. Ces opportunités, entre terre et mer, brouillent les identités, notamment dans les vastes portions de littoral occupées par les paroisses rurales. La possibilité de choisir et de naviguer entre horizon terrestre et horizon maritime incite à s'interroger sur la place des gens de mer au sein des sociétés littorales et rurales, sur les côtes nord de la Bretagne au XVIIIe siècle. Contre toute attente, pour une province réputée maritime, les gens de mer apparaissent peu dans les villages littoraux où ils sont minoritaires et divisés par d'importants écarts sociaux et de revenus, l'opulence étant rarement atteinte. Aussi se pose la question des choix sous-tendant le basculement dans une carrière maritime : répondent-ils à une réelle vocation ou bien à la saisie d'opportunités par les individus ? Une fois ce choix établi mais jamais définitif, les ménages de gens de mer doivent faire face à l'absence et à l'irrégularité des revenus, contraintes inhérentes aux métiers maritimes : cela donne lieu à des stratégies de (sur)vie dans lesquelles les épouses de marins prennent toute leur place et gagnent davantage d'autonomie dans une société qui considère encore les femmes comme des mineures juridiques.
     
  • Hétérogénéité sociale des agriculteurs et embourgeoisement des céréaliers, par Gilles LAFERTÉ (Directeur de recherches en sociologie, INRA-Dépt Sciences Sociales - CESAER Dijon)
    Résumé
    Que sont devenus les agriculteurs et les agricultrices dans la société française ? Cette question mérite l’attention des sciences sociales tant le secteur agricole a connu des évolutions majeures ces 50  dernières années. Certaines sont connues, comme le déclin démographique et les changements technico-économiques de leurs exploitations. En revanche, lorsqu’on s’intéresse aux agriculteurs et aux agricultrices eux-mêmes, on s’aperçoit que leur origine sociale, leur formation scolaire, leur trajectoire professionnelle, leurs revenus et leurs patrimoines, leur mode d’habitat, et plus généralement leurs modes de vie, leurs pratiques sociales, politiques et culturelles restent peu analysés. Il s’agit dans cette communication de repositionner les diverses fractions des groupes agricoles vis-à-vis des autres groupes sociaux à la fois à l’échelle des espaces sociaux localisés où résident les agriculteurs et dans la structure sociale nationale. On découvre alors la très grande diversité sociale du « monde agricole » avec des fractions qui appartiennent à la bourgeoisie quand d’autres vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ensuite, à partir d’une enquête récente nous reviendront sur l’embourgeoisement de fractions des agriculteurs, les céréaliers, à partir notamment de l’analyse de leur patrimoine et de leur mode d’habitat.