Richesse et pauvreté dans les campagnes

Lieu : MRSH, salle SH 027
Début : 09/11/2010 - 14:30
Responsable(s) scientifique(s) : Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau

Au programme :

  • Emmanuelle BONERANDI (Maître de conférences à l’école Normale Supérieure de Lyon), Démasquer la pauvreté rurale : éléments d’analyse spatiale en regard de la territorialisation de l’action sociale. Approche à partir du département de l’Ain
     
  • Mireille TOUZERY (Professeur d’histoire moderne à l’Université de Paris Est-Créteil), Le projet de dîme royale de Vauban (1707) : du souhait de protection des paysans à la construction d’un bouclier fiscal 
     

Résumé : Le tricentenaire de la mort de Vauban en 2007 a donné lieu à la première édition complète des Oisivetés, titre sous lequel le Maréchal de France de Louis XIV avait lui-même rassemblé ses œuvres (sous la direction de Michèle Virol, Champvallon, 1721 p.). Dans ce cadre, Mireille Touzery a donné une nouvelle édition du Projet de dime royale, un des textes les plus fameux de Vauban. Elle y pratique pour la première fois une confrontation systématique des manuscrits et surtout s'y livre à une analyse proprement fiscale de ce Projet, dans son temps, alors qu'il a été jusque ici ou instrumentalisé avec une lecture confinant parfois au contre-sens (quand au XIXe siècle, les économistes libéraux veulent faire de Vauban l'un des leurs par exemple) ou donné brut sans commentaire, ou intégré dans une histoire des idées larges. Par delà l'apport déjà repéré d'outils neufs (cartes, statistiques) au service d'un projet administratif, cette étude met en valeur l'originalité de la démarche de Vauban qui tente de dissocier le social et le fiscal, approche impossible puisque le social est largement le résultat de données politiques qui s'expriment en termes fiscaux. Le projet a néanmoins le mérite d'ouvrir à des questions nouvelles et principalement à l'analyse du fonctionnement de l'Etat en termes économiques.

Mais, Vauban n'étant pas révolutionnaire mais partie prenante tant du régime absolutiste que de ses élites sociales, il est intéressant de constater que son projet, mu par un désir d'efficacité fiscale au service de la puissance du roi via la prospérité de la majeure partie de ses habitants, paysans, du fermier au manouvrier, aboutit, sous un habillage conceptuel nouveau (l'économique), à renforcer l'ordre social du temps. On constate donc d'une part la force quasi mythologique mais illusoire de l'idée de prélèvement en nature, que le maréchal lui-même ne cesse d'amender au fil de ses pages, et d'autre part la prégnance de la structure socio - politique de l'Ancien régime comme donnée de l'outillage mental du maréchal de France. C'est ainsi qu'un des multiples résultats de son projet serait la consolidation des ordres privilégiés par la mise en place de fait d'un bouclier fiscal, pour reprendre une expression de l'actualité politique d'aujourd'hui.

 

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