Saint-Vaast-la-Hougue et ses gens de mer

Une société littorale du Cotentin au XVIIIe siècle

OREP Éditions, 2020, 600 pages, ISBN 2815105462
Annick PERROT

Cet ouvrage issu d’une thèse de doctorat en histoire, soutenue devant l’université de Caen en 2018, se présente sous la forme d’une enquête menée dans une société littorale de la côte Est du Cotentin, au XVIIIe siècle, afin d’appréhender les liens qui unissent les gens de mer aux autres habitants du rivage, mais aussi de déterminer ce qui peut les séparer, dans un monde a priori tourné vers la mer.

Après un chapitre liminaire présentant les conditions d’ouverture vers le large de Saint-Vaast-la-Hougue, une première partie est consacrée à une étude de démographie historique, afin de vérifier, grâce à une analyse comparative, si les structures familiales sont identiques dans tous les foyers saint-vaastais. La reconstitution de plusieurs centaines de destinées a permis de dégager un comportement spécifique de la population maritime – qui comprend alors plus de la moitié des habitants – quand il s’agit de convoler ou lorsqu’est venu le temps de rendre l’âme.

Une deuxième partie est réservée à la vie quotidienne de ceux qui « font le mestier de la mer », en étudiant les différentes façons de tirer parti des ressources marines. La pêche à pied sur l’estran constitue alors une ressource essentielle qui nourrit la partie la plus pauvre de la population, notamment pendant les périodes de Carême, mais Saint-Vaast est avant tout un port de pêche côtier. Les pêcheurs embarqués pratiquent « la pêche salée », c’est-à-dire celle du maquereau, de la fin avril à la fin juillet et dès la maqueraison achevée, les pêcheurs saint-vaastais préparent leurs bateaux pour aller draguer les huitres entre Granville et Cancale. Elles sont ensuite déposées dans des parcs situés entre le village et l’île Tatihou pour être affinées, avant d’être transportées par bateaux jusqu’à Rouen, puis chargées sur des « flettes » (péniches) pour être vendues à Paris. Le modèle des pêcheurs partageant leur temps de travail avec des activités agricoles ne fonctionne pas à Saint-Vaast.

 A terre, des indices de leurs niveau et mode de vie apparaissent lors de l’ouverture des coffres et armoires par le notaire. Si la richesse ne prédomine pas, loin s’en faut, des cachettes réservent de jolies surprises dans les petites maisons du rivage.

Enfin, la dernière partie tend à souligner les particularités et les contraintes d’un environnement frontalier qui détermine la vie de tous les Saint-Vaastais qui doivent faire face aux dangers venus de la mer : risque de submersion marine, de descentes ennemies sur le rivage et de contagion apportée par les navires.  Toutefois, les contours identitaires du groupe des gens de mer se dessinent au moyen de signifiants spécifiques, dont le principal marqueur est constitué par un service obligatoire sur les vaisseaux du roi.  Cette sujétion les différencie profondément du reste de la population, lorsqu’aux périls du métier, il faut ajouter ceux de la guerre et de l’emprisonnement, sans oublier le poids de l’absence qui confère un statut particulier aux femmes de marins, ce qui les différencie profondément du reste de la population.

Au final, cet ouvrage contribue à combler un vide dans l’histoire des ports secondaires et la connaissance des populations littorales du Cotentin au XVIIIe siècle. Il s’agit d’un livre « érudit à la lecture allègre et plein d’heureuses surprises » grâce auquel Annick Perrot prouve aussi que les monographies peuvent s’avérer intéressantes et novatrices.