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Posté le 05/02/2013 4686 lectures

André Pézard traducteur de Dante ou le choix inactuel et délibéré de l’archaïsme

Viviana Agostini Ouafi

 

L'exploration des fonds de l'IMEC (Institut Mémoires de l'Édition Contemporaine) fait l'objet depuis plusieurs années de travaux de l'Équipe de Recherche Littératures, Imaginaires et Sociétés (ERLIS) de l'Université de Caen Basse-Normandie. Dans le cadre de ces explorations, nous avons lancé en 2012, avec la Société d'Études des Pratiques et Théories en Traduction (SEPTET), le projet « Les traductions de l'IMEC ». Ce projet, qui aboutira en 2015 à un colloque international intitulé « Les grands traducteurs de l'IMEC », vise à valoriser les fonds des traducteurs déposés dans ces archives situées près de Caen, dans le magnifique cadre de l'Abbaye d'Ardenne.

Notre intervention ouvre la série des rencontres sur les traductions de l'IMEC avec un sujet complexe et contrasté. Pour l'italianisme français et pour la traductologie italo-française, le fonds d'André Pézard provenant du Collège de France est remarquable non seulement pour la qualité de ses études sur l'œuvre de Dante mais aussi pour les nombreux brouillons de traduction et pour leurs mises au net dactylographiées qui y sont déposés : en explorant ce fonds on pénètre dans le laboratoire du plus important spécialiste et traducteur français de Dante au XXe siècle. Ce traducteur est d'autant plus singulier qu'il propose en 1953 une traduction modernisante du prosimètre de la Vita Nuova, à savoir agréable à lire et écrite dans une prose française contemporaine élégante, et qu'il la retraduit en entier en 1965 pour l'édition complète des œuvres en italien et en latin de Dante. Cette seconde réécriture est archaïsante, et les poèmes cette fois-ci ont un rythme précis (sonnet étudié ici au plan génétique : Piangete, amanti...) : la compréhension d'une telle traduction exige la collaboration active du lecteur. Les stratégies traductives d'A. Pézard ont entièrement changé de 1953 à 1965 et il assume un tel choix dans une introduction méta-traductive d'une grande clarté. Le traducteur se fait théoricien de la traduction illustrant et défendant sa propre démarche. Quelle est la position de la traductologie française face à cette stratégie de traduction privilégiant les phénomènes d'intertextualité qui relient l'ancien français à l'ancien toscan, ce dernier métamorphosé par le génie de Dante dans le vulgaire illustre du sì ? Comment a-t-on accueilli une traduction de la Divine Comédie soumise à la scansion du décasyllabe, césuré à la quatrième, ou à la sixième, et à la dixième syllabe (6+4 ou 4+6), pour reproduire le rythme de l'hendécasyllabe italien ? Les critiques de Georges Mounin, d'Antoine Berman et d'autres vis-à-vis de ces choix traductifs montrent que, au-delà des querelles finalement contingentes opposant les sourciers aux ciblistes, une conception modernisante de la traduction s'impose comme allant de soi : indépendamment de la poétique et de la langue de l'auteur traduit, toute réécriture doit plaire au lecteur et lui faciliter la tâche de la lecture. Il s'agit d'un processus d'uniformisation où le plurilinguisme de l'original devient dans le texte d'arrivée monolingue, où l'expérimentalisme scripturaire subit une normalisation linguistique : ce qui confirme la place presque toujours subalterne et périphérique de la traduction, y compris en France, dans le polysystème littéraire d'accueil. Comme l'affirme George Steiner, derrière toute traduction il y a avant tout une conception précise de la langue traduisante. Celle d'André Pézard, humble élu du Collège de France, nous paraît une conception philologique courageuse car non conformiste. Ce n'est pas le Dante poète intemporel de l'émotion post-romantique qu'il propose dans un français « linguistiquement correct » à ses lecteurs de 1965 mais le Dante qu'il a appris à connaître par son étude assidue (sa première édition critique de la Vita nuova date de 1931) : un poète médiéval riche et complexe dont la poésie, assez difficile d'accès même aujourd'hui aux Italiens, constitue la synthèse, et le dépassement, de la culture occidentale de son époque. C'est ce dialogue des langues et des cultures dans l'espace européen médiéval que Dante a exploité et poétiquement remotivé, en prenant aussi exemple des modèles littéraires prestigieux de France. André Pézard veut faire résonner l'écho de ces modèles dans sa traduction. Pourquoi devrait-il exclure de cet espace et de ce dialogue interculturel les archaïsmes de l'ancien français ? Quelle est la place des langues d'oc et d'oïl et de la philologie dans la culture française d'aujourd'hui ? Par sa poétique archaïsante, intertextuelle et musicale de la traduction de Dante, l'italianiste et médiéviste André Pézard a déjà répondu à ces questions. Il a aussi convoqué et bien averti son lector in fabula. Toute stratégie de traduction est d'après nous légitime, qu'elle soit modernisante ou archaïsante, pourvu qu'elle indique et motive ses choix de traduction et qu'elle reste cohérente dans la pratique à ses principes.

Viviana Agostini-Ouafi

Posté le 04/10/2011 4188 lectures

Garibaldi inventé par Garibaldi. Idéologies, croyances, biographies, 1847 à nos jours

Dino Mengozzi

Cette conférence a été enregistrée dans le cadre du colloque intitulé L'unité italienne racontée, le Risorgimento célébré et représenté en littérature, dans l'historiographie et dans les arts, organisé conjointement par les équipes de recherche ERLIS (Caen) et GRHIS (Rouen). Ce colloque s'est déroulé...

Posté le 04/10/2011 3260 lectures

Massimo d’Azeglio homme du Risorgimento. L’écriture plurielle d’un auteur singulier

Laura Guidobaldi Pagliardini

Cette conférence a été enregistrée dans le cadre du colloque intitulé L'unité italienne racontée, le Risorgimento célébré et représenté en littérature, dans l'historiographie et dans les arts, organisé conjointement par les équipes de recherche ERLIS (Caen) et GRHIS (Rouen). Ce colloque s'est déroulé...

Posté le 04/10/2011 3814 lectures

Reflets du Risorgimento dans les premiers romans de Verga

Claire Chassagne

Cette conférence a été enregistrée dans le cadre du colloque intitulé L'unité italienne racontée, le Risorgimento célébré et représenté en littérature, dans l'historiographie et dans les arts, organisé conjointement par les équipes de recherche ERLIS (Caen) et GRHIS (Rouen). Ce colloque s'est déroulé à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de Caen du 20 au 22 septembre...

Posté le 13/04/2011 3518 lectures

Tenir des agendas : les archives quotidiennes dans les fermes françaises au XXe siècle

Nathalie Joly

Cette conférence a été enregistrée dans le cadre du séminaire annuel du pôle Sociétés et espaces ruraux de la MRSH, intitulé en 2010-2011 « richesse et pauvreté dans les campagnes ».

Nathalie Joly est maître...

Posté le 04/04/2011 4461 lectures

Ambiance de permanence et de nouveauté dans les premières pages de deux romans coloniaux contemporains

Joël July

Cette communication a été enregistrée dans le cadre d'une journée d'étude du LASLAR, consacrée à la notion de nouveauté. On a coutume d'associer la notion de rupture à l'ère moderne, qui se serait enfin dégagée de la voie tracée par les générations antérieures, en dénonçant le principe d'imitation au nom de l'attention à l'actualité,...

Posté le 04/04/2011 4029 lectures

Adverbes et axiologie dans "La Jalousie" de Robbe-Grillet

Laurence Bougault

Cette communication a été enregistrée dans le cadre d'une journée d'étude du LASLAR, consacrée à la notion de nouveauté. On a coutume d'associer la notion de rupture à l'ère moderne, qui se serait enfin dégagée de la voie tracée par les générations antérieures, en dénonçant le principe d'imitation au nom de l'attention à l'actualité,...

Posté le 04/04/2011 4317 lectures

Mille lignes pour mille-pattes

Stéphane Gallon

Cette communication a été enregistrée dans le cadre d'une journée d'étude du LASLAR, consacrée à la notion de nouveauté. On a coutume d'associer la notion de rupture à l'ère moderne, qui se serait enfin dégagée de la voie tracée par les générations antérieures, en dénonçant le principe d'imitation au nom de l'attention à l'actualité,...

Posté le 04/03/2011 3865 lectures

Le poème en prose avant le poème en prose

Jean-François Castille

Cette communication a été enregistrée dans le cadre d'une journée d'étude du LASLAR, consacrée à la notion de nouveauté. On a coutume d'associer la notion de rupture à l'ère moderne, qui se serait enfin dégagée de la voie tracée par les générations antérieures, en dénonçant le principe d'imitation au nom de l'attention à l'actualité,...

Posté le 11/06/2012 3660 lectures

Littératures autobiographiques de la Seconde Guerre mondiale : les fonds d’archives présents à l’IMEC

Claire Paulhan

Cette conférence a été donnée dans le cadre du colloque Mémoires de la Seconde Guerre mondiale : Archives et témoignages français et italiens qui s'est déroulé les 30 et 31 mai 2012 au Mémorial de Caen et à la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de l'Université de Caen Basse-Normandie.

Claire...

Posté le 21/06/2010 4577 lectures

Lexicographie bilingue : enseignement de l’italien et traduction dans deux grammaires italiennes écrites en français

Viviana Agostini Ouafi

Cette communication a été présentée dans cadre du séminaire « Réflexions autour des dictionnaires bilingues et multilingues » de l'équipe ERLIS, sous la responsabilité d'Anne-Marie Gresser et d'Élisabeth Ridel, qui s'est déroulé à l'abbaye d'Ardennes (IMEC) le 28 mai 2009.

Viviana Agostini-Ouafi est Maître de Conférences au département d'italien de l'Université de Caen Basse-Normandie où elle enseigne...

Posté le 04/05/2010 4847 lectures

La tâche du bon interprète selon Alessandro Vellutello et son édition de la Comédie chez Marcolini (1544)

Philippe Guérin

Cette communication a été enregistrée dans le cadre du colloque Routes du livre ancien italien en Normandie, qui s'est déroulé les 20 et 21 novembre 2009, à l'Institut Mémoires de l'Édition Contemporaine (IMEC). Ce colloque était organisé par Silvia Fabrizioi-Costa en collaboration avec la MRSH, l'

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