Le système des classes de 1665 à 1784 / La réorganisation des années 1784-1815 /
L’Inscription maritime de 1815 à 1914 / La carrière d’un inscrit / Vers la fin de l’Inscription maritime
Bibliographie

La carrière d’un inscrit

équipage Terre-Neuvas (coll. Musée du Vieux Granville) L’Inscription maritime comprend « les marins de tous grades et de toutes professions, ainsi que les mécaniciens et chauffeurs naviguant sur les bâtiments de l’État et sur les navires du commerce. » C’est un décret de 1857 qui avait décidé de soumettre les mécaniciens et les chauffeurs au système de l’Inscription maritime, faisant d’eux, officiellement, des « gens de mer », donc des marins. Ces professions s’étaient développées dans la marine civile dès les premières décennies du XIXe siècle, mais ce n’est qu’en 1856, à la suite de la guerre de Crimée, que la mécanisation totale de la marine de guerre avait été décidée.
La carrière d’un inscrit passe d’abord par les étapes suivantes : mousse entre dix et seize ans, puis novice entre seize et dix-huit ans. Ces deux catégories forment les inscrits provisoires : des apprentis marins, en quelque sorte. Puis l’on devient matelot et, donc, inscrit définitif à partir de dix-huit ans révolus. Le service militaire des inscrits est effectué entre vingt et vingt-six ans. Passée cette période de six ans, et souvent plus tôt, car une partie du service était convertie en « disponibilité », les inscrits revenaient dans la marine de commerce ou de pêche, sauf ceux qui avaient choisi d’accomplir leur carrière dans la marine de l’État. Les équipages de la flotte sont aussi recrutés au moyen d’engagements volontaires et d’affectation de conscrits (de l’armée de terre) dans « l’armée de mer ».
Les marins réunissant vingt-cinq ans de service dans la marine de l’État avaient droit à une pension complète, forfaitaire. Les inscrits de la marine de commerce et de pêche ayant effectué 300 mois de navigation (effective) touchaient une pension, dite également « de demi-solde », car elle correspondait à la moitié de la pension des marins de l’État. En 1881, cette pension de demi-solde se montait, pour les matelots de base, à 204 francs (des « francs-or ») par an. Cela représentait environ le tiers de ce que pouvait gagner un matelot au long cours en activité, qui était, lui, nourri par l’armateur. Il ne s’agissait donc que d’un filet de sécurité, qui empêchait le véritable « invalide » de tomber dans la misère. Mais, dans la France de l’époque, les inscrits maritimes étaient les seuls travailleurs manuels à bénéficier, à une telle échelle, de ce genre d’avantage.
Vers l’âge de 50 ans, les marins deviennent, en tout état de cause, des « hors service », ce qui ne les empêche pas, bien souvent, d’améliorer l’ordinaire en pratiquant la petite pêche. Leurs retraites sont toujours financées par une caisse autonome, qui prélève 3,5 % sur les salaires des inscrits et met à contribution équivalente les armateurs, tout en recevant une substantielle aide de l’État.

par Jean-Louis LENHOF et André ZYSBERG, CRHQ (UMR 6583, CNRS / Université de Caen Basse-Normandie),