V. De muliere quae in monasterium [1] sancti Michaelis nequibat [2] ascendere

V. De la femme qui ne pouvait monter au sanctuaire Saint-Michel [1]

1. Fama miraculorum beati Michaelis quae fiebant in Monte Tumba ubique terrarum crebrescente, concurrebant illuc innumerabiles utriusque sexus ac condicionis catervae. Inter quos advenit [C/f.141v] quidam vir [3] a Burgundiae partibus, secundum caducos mundi honores homo potentissimus liberalibusque studiis non mediocriter instructus. Hic itaque a custode monasterii petiit sibi [D/f.22v] ostendi Revelationem ipsius loci; qua perlecta, maxima ductus veneratione loci unum minimum lapidem ex eodem Monte tulit, cum licentia ejusdem custodis, quem inde rediens domi pro benedictione secum detulit. Deinde in nobiliori castro [a'/f.34v] suae ditionis juxta domum suam pulcherrimam ecclesiam construxit ipsumque lapidem ponens in altare pro reliquiis eandem basilicam in honore sancti Michaelis solemniter dedicari fecit. Ubi etiam duodecim, ut ferunt, constituit canonicos, quibus tantum unde cuncta necessaria [4] haberent dapsiliter delegavit de proprio. Qui omni reliquo vitae suae tempore rerum omnium potitus est prosperitate eandemque basilicam in summa semper habuit veneratione.

1. Comme la renommée des miracles que le bienheureux Michel réalisait au Mont Tombe se répandait par toute la terre, accouraient en ce lieu d’innombrables groupes d’individus de l’un et l’autre sexe et de l’une et l’autre condition [2]. Parmi eux arriva un homme originaire de Bourgogne, un personnage très important selon les dignités éphémères de ce monde et parfaitement formé dans les arts libéraux. Cet homme demanda donc au gardien du sanctuaire de lui montrer le livre de la Révélation de ce lieu [3] : comme cette lecture avait suscité chez lui une très grande vénération pour cet endroit, il prit une minuscule pierre du Mont, avec la permission du gardien, et, retournant chez lui, il l’emporta comme une relique [4]. Ensuite, dans le château le plus illustre [5] de sa juridiction, il fit édifier une très belle église à proximité de sa demeure, et, déposant la pierre sur l’autel en guise de relique, il fit dédicacer cet édifice solennellement en l’honneur de saint Michel. Il y établit également, à ce que l’on rapporte, douze chanoines auxquels il accorda à profusion, en le prélevant sur son patrimoine, tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Et, durant tout le reste de sa vie, il connut la réussite dans toutes ses entreprises et manifesta sans cesse la plus grande vénération envers ce sanctuaire.

2. Ubi autem sensit sibi adesse vitae terminum, uxori suae idem studuit committere monasterium: «  Nosti, inquit, o conjux carissima, quali patrono haec nostra dicata sit [5] basilica cujusve prosperitatis nobis hactenus extiterit causa. Hujus ergo, oro, sollicite curam habeto nullaque vitae commoda tibi defutura, si haec feceris, [D/f.23r] scito. Quod si neglexeris, cum aeternorum damno praesentium quoque bonorum penuria multaberis.  » Hic itaque, plenus [6] dierum bonorumque operum, vitam finivit, tribus filiis suis haeredibus sibi [7] substitutis. Conjux vero ejus [8] aliquandiu delegatae sibi ecclesiae curam habuit, sed deinde aliis intenta in brevi postposuit. Filii denique sui, pro primatu paterni honoris longam invicem habentes contentionem, relictam sibi paene pessum dederunt haereditatem. Deinde malis adjicientes pejora quisque eorum quod potest sibi vendicat ex his [9][a'/f.35r] quae ipsi ecclesiae eorum pater concesserat. Ita ergo eadem basilica, a pio patre [10] habita in summa [11] veneratione, divini cultus privata est honore pravorum filiorum malignitate. Per hujus etiam duo sibi contraposita ostia ipsius mulieris mensae inferebantur fercula atque quia domui, ut dictum est, vicina erat, canibus domus cubile facta fuerat ejusdem matronae negligentia.

2. Quand il comprit qu’il était au terme de sa vie, il veilla à confier le sanctuaire à sa femme: « Tu sais, dit-il, ma très chère épouse, à quel protecteur notre église a été dédicacée et quelle prospérité nous lui devons jusqu’à ce jour. Prends-en donc grand soin, je t’en supplie, et sache bien que tu ne manqueras d’aucun des avantages de l’existence, si tu fais cela; mais, si tu négliges de le faire, alors la privation des biens éternels s’ajoutera également en punition à la perte des biens présents. » Ainsi, riche de jours et de bonnes œuvres, il termina sa vie, après avoir institué ses trois fils comme ses héritiers. Durant quelque temps son épouse prit soin de l’église qu’il lui avait confiée, mais, ensuite, occupée à d’autres tâches, elle eut vite fait de la négliger. Ses fils enfin, en se livrant à une longue rivalité entre eux pour jouer le rôle prépondérant dans l’honneur paternel, dissipèrent presque totalement l’héritage qu’il leur avait laissé. Puis, ajoutant aux malheurs des malheurs plus grands, ils revendiquent chacun ce qu’ils peuvent des biens que leur père avait concédés à cette église. Ainsi donc, le sanctuaire, que leur père avait tenu pieusement dans la plus grande vénération, fut privé de l’honneur d’abriter le culte divin, en raison de la perversité de ses fils dépravés. Qui plus est, on passait par deux des portes de l’église [6] , situées l’une en face de l’autre, pour apporter les plats sur la table de cette femme, et, par sa négligence, cette dernière avait fait du sanctuaire, proche de sa demeure, comme nous l’avons dit, un abri pour les chiens de la maison.

3. Post multorum itaque annorum decursionem venit eadem mulier ad eundem [D/f.23v] sancti Michaelis Montem, [C/f.142r] unde, ut dictum est, suus maritus detulerat lapidem, et quasi immemor suae praedictae negligentiae ad templum sancti Michaelis cum suis properabat ascendere. In latere autem ipsius Montis sancti Stephani ecclesia habetur [12], juxta quam [13] per aliquot [14] gradus ad majus monasterium ascenditur. Huc ipsa veniens cum suis, ubi primum gradum [15] ascendit, vehementer ingemuit atque se quasi [16] membratim disrumpi [17] ac retrorsum per brachia perque crura trahi dixit. Quae cum retro rediisset [18] duarum fere ulnarum spatio, nihil doloris sensit omnino; sed, cum iterum voluisset ascendere, confestim retro rediit, clamans se duplicato urgeri dolore. Fit itaque maximus ad id spectandum concursus. Ex omnibus ipsius villae vicis uterque sexus ad videndum confluxit.

3. De nombreuses années s’étaient écoulées quand la femme se rendit au Mont Saint-Michel, d’où son mari avait, comme on l’a dit, rapporté une pierre, et, oublieuse qu’elle était de sa négligence, elle montait d’un pas pressé en compagnie des siens vers l’église Saint-Michel. Or sur la pente du Mont se trouve [7]l’église Saint-Étienne, près de laquelle commence par quelques marches la montée vers le sanctuaire supérieur. En arrivant à ce niveau avec les siens, dès qu’elle monta la première marche, elle poussa des hurlements de douleur: c’était, disait-elle, comme si on lui rompait les membres un à un et qu’on la tirât en arrière par les bras et les jambes. Dès qu’elle eut reculé d’une distance d’environ deux aunes [8], elle ne ressentit absolument plus aucune douleur, mais quand elle voulut à nouveau monter, elle recula aussitôt, en criant qu’elle était accablée par une douleur deux fois plus violente. Un attroupement considérable se forme alors pour regarder ce qui se passait. Les gens des deux sexes affluèrent de toutes les rues du village pour voir cela.

4. Ipsa autem, verecundia cogente, tertio iteravit ascendendi praesumptionem, sed dicto citius rediit, [a'/f.35v] clamans augmentari sibi semper dolorem [19]. Prostrata deinde solo talia astantibus aiebat cum ingenti gemitu ac suspirio: «  Testor vero Deum omnipotentem sanctumque, quem [D/f.24r] misera expetii, Michaelem me non memorari unquam istiusmodi commisisse crimen unde talem me suscipere [20] crediderim ultionem. Et quidem maritum conspicuae nobilitatis ac totius sanctitatis habui, cujus thorum – si ab hac ignominia liberer! – nunquam coinquinavi; quod si fecissem, nihil esse scelestius [21] novi. Cui etiam servans fidem [22] post obitum nullum deinceps suscepi, licet multum coacta, vel sum susceptura maritum. Ad hunc Montem sancti Michaelis absque direptione cujusquam oboli meis propriis sumptibus veni et ecce – miseram! – cum tanto dedecore ab ingressu monasterii videor arceri.  »

4. Elle, son amour-propre la poussant, eut l’audace de faire une troisième tentative, mais, plus rapidement qu’il ne faut de temps pour le dire, elle recula en criant que sa douleur augmentait toujours. Après cela, tombant à terre, elle tenait à ceux qui se trouvaient près d’elle les propos suivants, avec de profonds soupirs et de grands gémissements: « Je prends à témoins Dieu tout-puissant et saint Michel que je suis venue rencontrer pour mon malheur: je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais commis une faute qui me parût mériter un tel châtiment. Et de plus, j’ai eu un mari d’une noblesse éclatante et d’une totale sainteté, et jamais, puisse cette infamie m’être épargnée, je n’ai souillé sa couche; mais si je l’avais fait, je le sais, rien ne serait plus impie. Restant fidèle à mon mari même après sa mort, je n’ai pas repris de mari et je n’ai pas l’intention d’en reprendre, malgré de nombreuses sollicitations. Je suis venue au Mont Saint-Michel à mes frais et sans avoir dérobé le moindre sou à quiconque, et voici que, malheureuse, je me vois interdire, à ma très grande honte, l’entrée du sanctuaire ».

5. Talia perstabat memorans ac fixa manebat. Sui interea, reducentes eam ad hospitium, abbati ac fratribus celerrime retulerunt dominae suae tam triste infortunium [23]. Domnus abbas Hildebertus eundem locum strenue regebat illis diebus; qui quantus qualisve extiterit, quomodo sua industria eandem abbatiam ampliaverit, in alio opere, Deo nos juvante, liquebit. Is ergo, hoc perlato, confestim duos, Frodmundum atque [24]Hildemanum, fratrem ejus, illuc direxit monachos in sancta [D/f.24v] religione morumque probitate probatissimos. Qui veni[C/f.142v] entes et quod ei acciderat [25] diligentius considerantes coeperunt eam monere ut, si col[a'/f.36r] luvione alicujus criminalis peccati se involutam sentiret, vera confessione vel [26] paenitentia [27] se inde piare studeret; quod si faceret, accessum sacrae aedis sibi nullo modo deinceps denegandum sciret.

5. Elle ne cessait de rappeler cela en demeurant immobile. Les siens la ramenèrent alors à l’auberge et se hâtèrent de rapporter à l’abbé et aux frères le malheur si déplorable de leur maîtresse. À cette époque-là, c’est l’abbé dom Hildebert qui gouvernait d’une main énergique le monastère: quelles furent la grandeur et la valeur de cet homme et de quelle manière son activité contribua à développer son abbaye, un autre ouvrage [9] le montrera clairement, si Dieu nous accorde son aide. Donc dès que l’abbé eut connaissance de ces faits, il dépêcha sur-le-champ auprès d’elle deux moines, Fromond et son frère Hildeman, qui étaient très estimés pour leur profonde piété et l’intégrité de leurs mœurs. Une fois auprès d’elle et après un examen très attentif de ce qui lui était arrivé, ils l’incitèrent, si elle se sentait atteinte par la souillure d’un péché mortel, à en rechercher le pardon par une confession et une pénitence sincères; elle pouvait être sûre que, si elle faisait cela, l’accès à l’édifice sacré ne lui serait en aucun cas refusé.

6. Contraque ipsa terribilibus sacramentis coepit asserere se non solum nullius omnino hujuscemodi [28] delicti sibi consciam esse sed nec alicujus vel levis offensionis qua id sibi crederet accidisse. Maerori enim rubore immixto hebetatae mentis oblivio cordis ei obduxerat oculos nec illius reatus sui reminiscebatur ullo modo cujus poena tali fuerat multata opprobrio. Inquiritur deinde ab ipsis utrum alicui peregrino seu monasterio sancti Michaelis quicquam injuriae ipsa vel sui, se conscia, aliquando intulerint [29]. Quae ubi monasterium Sancti Michaelis nominari audivit, protinus in se reversa, miseram se clamans graviter ingemuit atque cunctis qui aderant per ordinem retulit quomodo suus mari[D/f.25r] tus ex eodem Monte lapidem detulerit [30] sive qualiter ecclesiam in honore Sancti Michaelis construens eundem lapidem in ipsius altare posuerit [31] necnon quanta [32] cunctarum rerum prosperitate deinceps exuberaverit vel etiam quali studio curam ipsius moriens sibi delegaverit utque sua incuria filiorumque suorum pravitate deserta facta fuerit [33].

6. En réponse elle se mit à soutenir sous la foi de serments impressionnants qu’elle n’avait absolument rien à se reprocher, non seulement une faute d’une pareille gravité, mais pas même la plus légère peccadille, qui pourrait, à son avis, être la cause de ce qui lui était arrivé. La honte et l’affliction mêlées lui avaient engourdi l’esprit, apportant l’oubli qui avait voilé son regard intérieur: elle ne se souvenait absolument plus du péché dont la punition lui avait valu une telle infamie. Les moines demandent ensuite si elle ou les siens, avec sa complicité, ont un jour causé quelque tort soit à un pèlerin soit au sanctuaire Saint-Michel. Dès qu’elle eut entendu prononcer les mots « sanctuaire Saint-Michel », recouvrant instantanément ses esprits, elle se répandit en lamentations, se proclamant malheureuse, et elle raconta en détail à tous ceux qui étaient présents comment son mari avait rapporté une pierre du Mont, avec quel soin, après avoir construit une église en l’honneur de saint Michel, il avait déposé la pierre sur son autel, de quelle grande prospérité il avait bénéficié par la suite dans toutes ses entreprises et également avec quelle insistance il lui avait confié à sa mort le soin de veiller sur cette église, et comment, par sa propre négligence et par la perversité de ses fils, elle avait été laissée à l’abandon.

7. Nulli igitur venit in dubium quin tanto reatui [34][a'/f.36v] tale provenisset judicium. Coepit itaque amarissime flere, capillos sibi manibus evellere, vestes scindere et quomodo satisfacere posset ipsos monachos humiliter inquirere, asserens se quaeque extrema libenti animo suscipere, dummodo tanti excessus venia [35] a sancto sibi tribueretur Michaele. Suadent igitur ei ut sancto Michaeli voveret quod, si recepta ipsius gratia, ad propria rediret eandemque [36] ecclesiam in priorem statum pro posse restauraret. Quod illa devote in eorum praesentia fecit et eidem sancto loco quoad viveret sese delegavit. Continuo, praeeuntibus monachis, ad monasterium Sancti Michaelis liberrime ascendit atque ante sanctum [37] altare se projiciens [38] uberrimis [39] lacrymarum [D/f.25v] fontibus quod commiserat deflevit ac se ab [C/f.143r] abbate loci vel a fratribus humiliter petiit absolvi. Aliquandiu ergo ibidem remorata ob amorem ipsius [40] sancti, demum ad propria rediit et, uti devoverat, restaurandi ecclesiam pro viribus operam impendit.

7. Il ne vint donc à l’esprit de personne de douter que c’était pour une si grave faute qu’une telle sentence avait été prononcée. C’est pourquoi elle se mit à pleurer très amèrement, à s’arracher les cheveux avec ses mains, à déchirer ses vêtements et à demander humblement aux moines comment elle pouvait faire réparation, affirmant qu’elle acceptait de plein gré les châtiments les plus extrêmes pourvu que saint Michel lui accordât son pardon pour une si grande faute. Les moines lui conseillent donc de promettre par vœu à saint Michel que, s’il lui accordait son pardon, elle retournerait chez elle pour rétablir, selon ses moyens, cette église dans son état antérieur. Elle prononça avec piété ce vœu en leur présence et se confia à ce saint lieu pour tout le temps de sa vie. Aussitôt, les moines la précédant, elle monta sans difficulté aucune jusqu’au sanctuaire Saint-Michel et, se prosternant devant le saint autel et versant des torrents de larmes, elle pleura la faute qu’elle avait commise et demanda humblement à l’abbé du lieu et aux frères de lui donner l’absolution. Après être demeurée là quelque temps par amour du saint, elle s’en retourna chez elle et consacra son énergie, selon son vœu, à restaurer l’église selon ses moyens.

Hujus vero miraculi plures qui interfuerunt hodieque exsistunt testes, omnes scilicet ipsius loci utriusque ordinis antiquiores.

Nombre de ceux qui ont assisté à ce miracle sont encore là aujourd’hui pour en témoigner, à savoir tous les anciens de chacun des deux ordres de ce sanctuaire [10] .

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1   Ce miracle se produisit sous l’abbatiat d’Hildebert Ier (1010-1017), ce qui laisse supposer que la venue au Mont du notable de Bourgogne dut avoir lieu plusieurs années auparavant: celui-ci, en effet, eut le temps d’édifier un oratoire en l’honneur de saint Michel dans un de ses châteaux et de voir ses affaires prospérer. Cf. dom J. Huynes, Histoire générale de l’abbaye…, t. I, p. 79-92: « Une femme venant en pèlerinage à cette eglise est repoussée invisiblement pour ses fautes »; dom Th. Le Roy, Les curieuses recherches…, t. I, p. 105: « Une grande dame venant en pèlerinage au Mont ne peut monter au monastère pour ses péchés sans confession »; Guillaume de Saint-Pair, Le Roman du Mont Saint-Michel (XIIe siècle), C. Bougy (éd.), vers 3029-3374.

2   utriusque condicionis: condicio exprime en latin classique « la situation » ou « la manière d’être » d’une personne. À l’époque tardive, il désigne la situation juridique d’une personne et, parfois, la condition de l’esclave ou du dépendant: utriusque condicionis évoque vraisemblablement la condition de l’homme libre et celle du dépendant.

3   Revelatio: il s’agit du texte rédigé au IXe siècle contenant le récit de la fondation du sanctuaire sur le Mont Tombe par Aubert.

4   benedictio: ce terme, qui a le sens très général de « bénédiction », désigne à l’époque tardive et au Moyen Âge « tout objet bénit » et en particulier « les reliques »; cf. Grégoire le Grand, Epistulae 4, 30.

5   in nobiliori castro: castrum possède plusieurs sens en latin médiéval, notamment « le bourg fortifié », « la place forte », « le château ». L’expression in nobiliori castro suae ditionis se comprend de la façon suivante: nobiliori, suivi d’un génitif partitif (suae ditionis), équivaut à un superlatif relatif « dans le château le plus illustre de sa juridiction ».

6   duo ostia: l’église devait être édifiée entre la salle où étaient pris les repas et la cuisine. De ce fait, par deux portes de l’église situées l’une en face de l’autre, les serviteurs coupaient au plus court en traversant le sanctuaire pour apporter les plats de la cuisine à la salle.

7   habetur: les trois manuscrits présentent des formes différentes: habetur C (213), habeatur B (212) et habebatur A (211). Le présent habetur laisse donc supposer que l’église Saint-Étienne existait encore au moment de la rédaction vers la fin du XIe siècle, tandis que habebatur suggérerait que cette église a disparu lors du grand chantier de l’abbatiale commencée en 1023.

8   ulna: mesure de longueur correspondant soit à l’aune (1,20 m), soit à la brasse (5 pieds ou 1,60 m), soit à la toise (6 pieds ou 2 m).

9   opere: l’auteur fait allusion à un ouvrage où serait présentée l’action de l’abbé Hildebert. Or ni la Revelatio ni l’Introductio monachorum ne parlent d’Hildebert. Il s’agit soit d’un ouvrage perdu soit d’un projet de l’auteur non réalisé, à moins que l’expression ne fasse référence à la Translatio corporis beati Autberti, qui parle du rôle d’Hildebert dans la redécouverte des ossements d’Aubert.

10   utriusque ordinis: cette expression renvoie aux deux catégories de clercs vivant en communauté, l’ordo canonicus, « les chanoines », et l’ordo regularis, « les moines », lesquels vivent selon la regula de saint Benoît. Cela confirme bien l’existence des chanoines sur le Mont à la fin du XIe siècle.

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1   monasterio C.

2   nequivit C.

3   vir quidam transp. a’D.

4   necessaria cuncta transp. a’D.

5   sit dicata transp. C.

6   om. C.

7   sibi haeredibus transp. C.

8   om. D.

9   hiis a’.

10   tempore D.

11   in summa habita transp. C.

12   habebatur a’ habeatur D.

13   qua a’.

14   . aliquod C aliquos D.

15   graduum D.

16   om. a’ac .

17   dirumpi a’C.

18   redisset a’C.

19   dolorem semper transp. D.

20   suscipere me transp. C.

21   celestius C.

22   fidem servans transp. C.

23   infortunum C.

24   et a’D.

25   acciderit C.

26   om. a’ac .

27   paenitentia vel confessione transp. C.

28   hujusce C.

29   intulerint a’ intulerunt aliquando transp. C.

30   detulerat D.

31   posuit C.

32   quantarum D.

33   fuerat a’CD.

34   reaturi D.

35   veniam C.

36   eandem a’C.

37   sacrum C.

38   se projiciens] respiciens se projicit D.

39   uberrimisque D.

40   ipsius amorem transp. C.