X. Miraculum [1]

X. Miracle [1]

1. Melos angelicum in eodem templo persaepe fuisse auditum veridica hodieque attestatur assertio multorum. Cujus [2] rei praedictus Bernerius idoneus testis superstes extat, qui non tantum ab aliis sed etiam a se ipso hoc esse auditum confirmat. Absit autem, absit omnimodis [D/f.15v] ab animo cujusquam fidelis ut monachum tantae religionis ac sanctitatis de tanta [3] talique praesertim re credat praesumpsisse mentiri. Is ergo quondam in eodem loco horoscopi gerens officium post nocturnas vigilias residere solitus erat infra ipsum monasterium. Aliquando itaque ibidem de more [4] restitit, revera vota precum oblaturus auribus divinis, ut [a'/f.42v] vero narrat, quippiam acturus sui officii. Cumque, ut verbis ejus [5] loquar, peracto id cujus causa remanserat, necdum sol densas noctis depelleret tenebras, egressus oratorium ibi se ad repausandum [6] collocavit ante ipsius ecclesiae januas.

1. Que l’on ait entendu très souvent des anges chanter dans cette église, voilà ce qu’atteste encore aujourd’hui le témoignage véridique de nombreuses personnes. Bernier en est le témoin survivant à même de confirmer cela: il assure que cette mélodie a été entendue non seulement par d’autres personnes, mais aussi par lui-même. Qu’un fidèle n’aille pas s’imaginer qu’un moine d’une piété et d’une sainteté si éminentes ait osé émettre des mensonges surtout sur un fait d’une telle importance et d’une telle nature. Donc ce moine, qui assurait autrefois en ce lieu la charge d’indiquer l’heure, avait l’habitude de demeurer à l’intérieur du sanctuaire après l’office des vigiles. C’est pourquoi, un jour, il resta là selon son habitude, en réalité pour bien faire entendre à Dieu ce qu’il demandait dans ses prières, et à ce qu’il raconte, pour une tâche relevant de sa charge. Et, pour reprendre ses propres paroles, comme le soleil ne repoussait pas encore les épaisses ténèbres de la nuit, après qu’il eut accompli la tâche pour laquelle il était resté, il sortit de l’édifice et se coucha devant la porte [2] de l’église pour se reposer.

2. Moxque, ut leviter est somno depressus, ineffabilis dulcedinis cantus ejus insonuit auribus, acsi infra ecclesiam trium haud dissonum vocum resonaret concentus. Qui confestim, hoc audito, festinus surrexit et appropians [7] ecclesiae januis non parvo horae spatio easdem voces Kyrie eleyson [8] quam dulcissime cantantes auribus hausit. Ecclesiam ergo non praesumens ingredi ibidem pro foribus diu stetit ipsaque neuma[D/f.16r] ta [9] armoniae caelestis ad plenum, ut sibi visum est, auditu addidicit. Cum itaque post aliquot horarum spatium eadem conticuisset vox beatorum spirituum, praedictus frater tertio sibi replicavit in animo ordinem eorumdem neumatum [10].

2. Et peu après, quand il eut été saisi par un sommeil léger, un chant d’une douceur ineffable retentit à ses oreilles, comme si, à l’intérieur de l’édifice, résonnait un concert à trois voix harmonieuses. En entendant cela, il se leva aussitôt en toute hâte et, s’approchant de la porte de l’église, il se rassasia les oreilles, pendant un long moment, de ces voix chantant avec la plus extrême douceur un Kyrie eleison. Comme il n’osait pas entrer dans l’église, il se tint longtemps là devant la porte et retint, à son avis, parfaitement en les écoutant, les mélodies [3] de cette harmonie céleste. Quand se fut tue la voix des esprits bienheureux, après plusieurs heures, le frère repassa dans son esprit par trois fois l’enchaînement de ces mélodies [4].

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1   Ce miracle se produisit au milieu du XIe siècle, en 1050 selon dom J. Huynes; cf. dom J. Huynes, Histoire générale de l’abbaye…, t. I, p. 95: « Plusieurs merveilles veües en cette église en divers temps »; dom Th. Le Roy ne fait aucune allusion à ce miracle.

2   januae: le pluriel désigne les deux battants de la porte.

3   neuma: terme de latin médiéval exprimant la modulation effectuée sur la dernière voyelle d’un mot, en particulier dans le chant de l’alléluia.

4   Adjonction ultérieure: « Un miracle semblable se produisit au temps de l’abbé du lieu dom Richard Turstin, l’an du Seigneur mille deux cent soixante trois ».

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1   miraculum om. C

2   cujus a’pc D cui a’ac C.

3   tanto a’pc D om. a’ac .

4   om. C.

5   ejus verbis transp. C.

6   repausandam C.

7   approprians D.

8   kirieleyson a’D kyrieleison C.

9   neupmata C.

10   Le récit de ce miracle se termine par une adjonction ultérieure: Simile miraculum accidit in tempore domini Ricardi Tustini abbatis praedicti loci anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo tertio.