La ville comme objet d'étude : paroles de jeunes chercheur.e.s

Lieu : amphithéâtre de la MRSH
Début : 10/05/2022 - 14:00
Responsable(s) scientifique(s) : Alice Rouyer et Quentin Brouard-Sala

 

Séminaire La Ville en partage(s)

D’une politique de brassage à une politique de mixité sociale : représentations dominantes de l’action publique versus vécus des habitants dans les quartiers et bourgs populaires

Ce séminaire interdisciplinaire propose d’interroger les politiques publiques de brassage et de mixité sociale, afin de voir quelles représentations dominantes elles dévoilent et comment ces dernières sont à confronter aux réalités vécues par les habitants, dans les quartiers et les bourgs populaires.

Ces politiques publiques ambitionnant la « mise en partage » de ces espaces populaires seront d’abord questionnées au travers d'une dimension historique par Anaïs Parmentier, qui montrera, à partir de l’exemple du Chemin Vert, les schémas de pensées des politiques urbaines a moment de la conception et de la création des nouveaux quartiers urbains. Quentin Brouard-Sala abordera ensuite les finalités actuelles des politiques publiques dans les bourgs ruraux populaires. Nicolas Kühl interrogera le vécu et la réception des politiques "de la ville" dans les quartiers prioritaires. Pour terminer, Matthieu Martin se focalisera sur les dispositifs publics permettant l’installation d’œuvres d’arts dans ces quartiers et bourgs.

Au programme :

  • Anaïs Parmentier : Contre la « ségrégation sociale » dans les grands ensembles. Du « brassage » au « rééquilibrage social » ; l’exemple de la ZUP du Chemin-Vert à Caen

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France cherche des solutions pour résoudre la crise du logement. Pour construire vite, beaucoup et à bas coût, c’est le modèle du grand ensemble qui est choisi. Contre une représentation monolithique, ces derniers revêtent en réalité plusieurs formes, tant du point de vue légal que du point de vue de leur configuration urbaine. Après l’échec des grands ensembles des années 1950, un modèle révisé a vocation à être massivement appliqué : celui des Z.U.P. [Zone à Urbaniser par/en priorité]. S’accompagnant d’une volonté d’opérer un tournant qualitatif, il semble tout désigné pour durer. Or, il tombe en désuétude dès les années 1970.
Le cœur de notre propos est d’abord de remettre en contexte l'histoire de cette politique urbaine, les schémas de représentation des acteurs, en se concentrant sur le projet qualitatif quelque peu omis des Z.U.P. qui y est attaché. Il s’agira, au travers de l’exemple de la Z.U.P. du Chemin-Vert, d’étudier les moyens mis en place pour parvenir à l’idéal du « brassage social ». Mis en échec, on assiste au niveau national à un glissement vers des stratégies de « rééquilibrage social » : elles sont organisées au Chemin-Vert par le principal bailleur de la Z.U.P. à l’orée des années 2000. Ce sont les raisons et les modalités de ce glissement qu’il conviendra d’analyser à l'échelle locale.
 

  • Quentin Brouard-Sala : Des politiques publiques dans les bourgs ruraux populaires : une mise en ordre spatiale et sociale

Les bourgs et les petites villes de l’espace rural sont des espaces fortement populaires au sein de l’espace national (Mischi, et al, 2016). Après une forte période de déclin des années 1990 au début des années 2010, trois programmes nationaux de revitalisation sont mis en places : « Revitalisation des centres-bourgs » (2014), « Action cœur de ville » (2017) et « Petites villes de demain » (2020). Après être revenu rapidement sur les dynamiques de déclin qui les affectent, nous proposons une analyse des projets de revitalisation, fondés sur l’amélioration de la vie dans le bourg à partir de politiques d’aménagements visant les logements, les commerces et les espaces publics. Ces politiques visent une émancipation des populations locales, mais sont surtout des politiques d’attractivité pour de nouvelles populations notamment plus aisées. Ces politiques passent notamment par un encadrement et un contrôle social et spatial des pratiques quotidiennes.

  • Nicolas Kühl : Donner à voir et à entendre l’espace vécu dans un quartier dit prioritaire : un film réalisé "Entre 4 tours"

La question des quartiers dits prioritaires cristallise un certain nombre de discours et de représentations dominantes sur l’immigration, l’identité nationale, l’insécurité, la « mixité sociale », le « communautarisme » ou encore la pauvreté. Sur le mode de l’évidence, ces espaces urbains semblent ainsi associés à un certain nombre de caractéristiques qui les institue comme « problème de société » (Borrell, 2017). En s’appuyant notamment sur un film documentaire réalisé dans le cadre d’une recherche de doctorat, la communication propose de s’interroger sur les représentations dominantes et les discours produits sur les quartiers dits prioritaires ainsi que leurs implications en termes d’espace vécu pour les habitant·es de ces espaces urbains. C’est alors un processus de marginalisation qui peut être mis en lumière et qui renvoie à une mise à distance sociale, spatiale et discursive des habitant·e·s de ces espaces urbains.

  • Matthieu Martin : Art In Cité, Réflexion sur l’association oeuvre, ville et habitants

Lors de l’inauguration de la commande publique dans le quartier sensible de la Grand Mare à Rouen, la ministre de la Culture de l’époque, Fleur Pellerin, évoquait une “participation inédite des habitants”. En effet depuis plusieurs années, la production artistique se justifie via des mécanismes participatifs, cherchant à intégrer les usagers via des processus qu’il s’agira de décrypter. Comment associer les habitants ? Comment les représenter, sur quoi peuvent-ils intervenir ? Pris dans les contraintes de cahier des charges très contraignant, les habitants, tout comme les artistes ne disposent que de marges de manœuvre réduite, intervenant le plus souvent à la fin de processus ou tout à déjà été décidé, ce qui fut particulièrement le cas à Rouen.
En encadrant à ce point les interventions des artistes on se prive de l’imaginaire que ceux-ci peuvent amener et donc de toute possibilité de changement. Ce type de processus amène à une défiance envers les institutions (Marc Blondiau, 2021), qui, peu à peu amène à une réduction de l’espace public. Réduction qui sert de point de départ à mon travail plastique.
Parce que l’art à la capacité d’ouvrir notre espace de pensée, notre imaginaire, il ne doit pas être une réponse à une situation donné mais une question, ce que nous verrons au travers une série de projet documenté et faisant référence aux contextes urbains évoqué par les intervenants précédents.