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Dernière modification le 23/10/2019

Matei GHEORGHIU

PAST en sociologie

Membre de l'équipe CERREV

Ma pratique de chercheur s'est initialement inscrite en parallèle d'un engagement dans des initiatives de solidarité (action associative, droit au logement, inclusion). J'ai mis cette situation à profit pour développer une méthode de recherche action (ou de participation observante) permettant de mieux comprendre le lent processus d'émergence de normes de coopération entre personnes n'ayant a priori ni les mêmes représentations, ni les mêmes objectifs et n'ayant en commun à l'origine qu'une méfiance partagée à l'égard des institutions et des contraintes collectives. L'étude de ce processus de socialisation à la marge m'a incité à vouloir mieux comprendre le rapport entre des actions collectives émergentes de diverses natures (associatives, entrepreneuriales, artistiques) et la socialisation politique des acteurs qui y sont impliqués.

La démarche d'enquête que j'ai mise en place à partir de 2008 m'a amené à comparer le mode d'émergence de plusieurs types de collectifs (un collectif artistique, un collectif de petites entreprises dites "innovantes" et une fanfare associative) et l'effet de cette émergence sur les représentations de l'engagement et de l'action politique de ses membres. L'ensemble des actions de ces trois terrains semblait s'articuler autour d'une thématique prenant de l'ampleur au tournant des années 2010, la transformation sociale induite par l'apparition des technologiques numériques.

Etant par ailleurs engagé en tant que chargé de mission et assistant technique dans une "Jeune entreprise innovante", j'ai mis à profit cette situation pour construire un projet de thèse visant à étudier la manière dont le mode de gestion publique de l'innovation (par concours, appels d'offres, etc.) était reçu par les acteurs émergents (les petites entreprises vouées à un projet innovant), comment ces petites entreprises développaient des relations entre-elles comme autant d'adaptations secondaires et quels étaient les effets politiques de cette socialisation réticulaire dans un contexte marchand.

Au fil de l'enquête, j'ai pu découvrir qu'une partie significative des acteurs engagés dans cet écosystème tendait à développer des actions collectives formelles ou informelles, des réseaux d'entraide, de partage de contacts et de bonnes pratiques, voire des associations officielles. Parmi toutes ces pratiques, j'ai choisi de consacrer une attention particulière à l'une d'entre elles, l'émergence du Réseau français des fablabs, que j'ai considéré comme une action collective "instituante", pouvant donner naissance à une plateforme de régulation conjointe, inspirée de la notion développée par Jean-Daniel Reynauyd. J'ai délibérément laissé au second plan des formes d'actions collectives plus classiques d'entraide comme les réseaux informels à visée économique, tout en  les considérant comme une limite "négative" de l'objet ainsi défini.

Le développement impressionnant de la thématique fablab / tiers-lieux en réseau ces dernières années m'a conforté dans la conviction que ce terrain était approprié pour étudier au plus près des logiques individuelles et collectives le processus d'émergence de normes. Le travail entrepris au cours de ma thèse se poursuit actuellement par le biais de ma participation au Conseil scientifique de plusieurs associations de tiers-lieux et d'ateliers de fabrication numérique, mais également au Conseil national des tiers-lieux, organe mis en place au moment du lancement d'une politique publique visant à favoriser la structuration du secteur, programme appelé "Fabriques des territoires".

L'expérience ainsi développée en sociologie des organisations et des politiques publiques de soutien à l'innovation est complétée par une acitvité d'une dizaine d'années en tant qu'assistant de recherche pour des études de sociologie du travail (principalement au sein du Centre d'études sur l'emploi - devenu actuellement Centre d'études sur l'emploi et le travail), m'ayant amené à travailler particulièrement sur le monde de la santé, et à former des cadres infirimers. Un troisième pan de mon activité consiste à participer au sein du bureau d'études que j'ai contribué à développer, Orythie, à des expertises judiciaires et à l'élaboration de prototypes de mécatronique.
 

 

Publications

  • 2019 :    Rapport : « Agir par les communs », compte-rendu de la journée d’études organisée au CGET avec RFFLabs et Tilios, analyse et recommandations pour le programme de recherche 2020-2022. En collaboration avec Emmanuel Dupont, Rémy Seillier (CGET), Sylvia Fredriksson, Nicolas Loubet (Tilios) et Simon Laurent (RFFLabs) (à paraître courant novembre 2019)
  • 2019 :    « La panne dans l’expertise judiciaire », Article co-écrit avec Valery Hamel, diffusé dans un numéro thématique de Techniques et cultures (à paraître courant novembre 2019)
  • 2018 :    Livre Blanc des Fablabs en France : avec Camille Bosqué et Constance Garnier, sur la base d’une enquête qualitative menée au cours de l’année 2018.
  • 2018 :    Recommandations à la Mission ministérielle « Coworking »
  • 2018 :    Note de lecture sur l’ouvrage collectif « Makers, enquête sur les laboratoires du changement social » de Isabelle Berrebi-Hoffmann, Marie-Christine Bureau et Michel Lallemant, Seuil, 2018 (à paraître courant hiver 2020)
  • 2018 :    Sociologies Pratiques : Hackerspaces, makerspaces, tiers lieux : entretien introductif. Interview portant sur les pratiques politiques et organisationnelles émergeantes dans l’écosystème des petites structures indépendantes de R&D.
  • 2018 :    Autogestion : Horizon et méthode. Chapitre de l’ouvrage Autogestion, un état de la question à paraître à l’hiver 2020 aux Presses universitaires du Septentrion. Ce chapitre est consacré à faire le lien entre les pratiques politiques des activistes pour différentes causes comme le droit au logement ou l’internet libre et les nouvelles formes d’organisation professionnelles émergentes.
  • 2017 :    Brève histoire de l’impression 3D : Edition open source pour le Réseau Français des Fablabs. Cet article retrace l’histoire de l’invention des premières machines à commandes numériques dans la perspective des choix macro-économiques réalisés par les dirigeants des grandes entreprises françaises au moment du tournant libéral.
  • 2015 – 2017 : Traduction de l’ouvrage de T. Schelling « Strategies of commitment », sous la direction de JD Reynaud – travail interrompu suite à son décès en janvier 2019.
  • 2011 – 2019 : Traductions d’articles scientifiques pour la revue Perspectives Chinoises du CEFC (http://perspectiveschinoises.revues.org/6123)
  • 2010 – 2012 : Etude préparatoire pour la thèse, suivi d’un collectif d’artistes « Elukubr » depuis sa constitution jusqu’à sa dissolution, élaboration d’un guide d’entretien, réalisation de trois campagnes d’entretiens, analyse des parcours, note de synthèse sur le processus de coordination & de constitution d’une identité de groupe.


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