Journée du 19/09

14h00 - Salle des Actes SH 027 de la MRSH
Mémoires croisées des bombardements : perspectives locales franco-allemandes – Rouen, Hanovre, Caen, Würzburg (Conférence)
Pierre Bergel (Professeur, ESO-Caen, UNICAEN) et Corinne Bouillot (Enseignante-chercheuse, ERIAC, Université de Rouen)
À travers l’exemple des villes jumelées Rouen-Hanovre et Caen-Würzburg, cette communication explorera les comparaisons entre les formes locales qu’ont pris les constructions mémorielles (monuments, commémorations, symboles) depuis la fin de la seconde guerre mondiale, dans un pays vaincu et dans un pays bombardé par ses propres alliés. S’appuyant sur une recherche dans les archives municipales des quatre villes étudiées, elle discutera de la pertinence d’une hypothèse souvent avancée à propos de la mémoire des bombardements et des reconstructions : celle d’un déni ou d’une amnésie de la part des populations résidant dans les villes concernées.
Dans les quatre villes étudiées, les sources semblent plutôt souligner, selon des modalités évidemment diverses mais avec des convergences parfois étonnantes entre la France et l’Allemagne, que les traces mémorielles liées aux bombardements, aux victimes civiles ou aux services de la Défense Passive sont au contraire nombreuses, cela dès la décennie 1950. Ces objets étant mobilisés lors de la mise en place des jumelages franco-allemands à partir de la fin des années cinquante ou au début des années soixante, cette contribution pose en outre la question d’une européanisation, voire d’une universalisation progressive de la  mémoire des bombardements urbains depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

16h00 - Salle des Actes Sh 027 de la MRSH
Mémoire post-traumatique, histoires de vie et résilience (Conférence)

Corinne Chaput-Le Bars (Directrice du Département Recherche et relation universitaires de l’IRTS Normandie-Caen)
Les traumatismes provoqués par les guerres ou les attentats sont aggravés par le fait qu'ils sont commis par une main humaine. Par ailleurs, les victimes ont souvent une propension à s'adresser à eux-mêmes une part irrationnelle de responsabilité dans les actes qui ont été commis sur eux ou auxquels ils ont assisté, vivant dans la croyance qu'ils auraient pu agir autrement. L'intervention proposée visera à mettre au jour les processus de clivage psychologique qui empêchent parfois la mémoire des souvenirs traumatiques ou au contraire génèrent une mémoire brute sans représentation et partage possibles des événements, puis la période de "volonté somnolente" qui préside souvent dans l'après-coup, avant de montrer comment cette mémoire peut "métaboliser" les faits et en faire un "spectacle" pour entrer en résilience.

17h00 - Amphithéâtre de la MRSH
Mémoire des révoltes et des révolutions européennes (XVe-XVIIIe siècles) (Table ronde)
Alexandra Merle (Professeure, ERLIS, UNICAEN), Eva Guillorel (Enseignante-chercheuse, CRHQ, UNICAEN) et Alain Hugon (Professeur, CRHQ, UNICAEN)
Les révoltes et révolutions européennes entre le XVe et le milieu du XVIIIe siècle ont généré des traces parfois durables dans les mémoires. Étudier la persistance et la réactivation du souvenir de ces épisodes revient à s’interroger sur les mécanismes de la mémoire sociale entre remémoration et oubli : pourquoi et comment une révolte engendre-t-elle la constitution d’une mémoire (ou de plusieurs mémoires concurrentes) ? Et comment le souvenir de révoltes peut-il à son tour influencer l’émergence ou la structuration de nouveaux épisodes contestataires ? Ces réflexions sont développées par un groupe de recherche européen travaillant sur une grande variété de sources écrites, iconographiques et orales sur le temps long dans le cadre du projet ANR CURR (Cultures des révoltes et révolutions) porté par l’Université de Caen (CRHQ et ERLIS).

18h00 - Salle des Actes SH 027 de la MRSH
Aux grands hommes du football, la ville reconnaissante (Conférence)
Comment un supporter de l’OM est devenu une figure illustre de Marseille
Ludovic Lestrelin (Sociologue, Enseignant-chercheur, Centre d’étude sport et actions motrices, UNICAEN)
Au cours des années 1980 et 1990, Marseille a largement vécu au rythme de son club de football. Les succès engrangés par l’Olympique de Marseille ont offert à cette ville à l’économie cassée l’opportunité de se sentir première en quelque chose et de prendre une revanche symbolique sur un destin contrarié : au stade, on se déclare « fiers d’être Marseillais ! ». Depuis le titre de champion d’Europe conquis en 1993, le club connaît également une grande popularité bien au-delà des frontières provençales. Alors, « aux grands hommes de l’OM, Marseille reconnaissante » ? Certes, mais les individualités consacrées ne sont pas toujours celles qu’on croit. Décédé en 2000, inhumé en présence de nombreuses personnalités de la ville, objet d’hommages appuyés, un supporter emblématique a donné deux ans après sa disparition son nom à une tribune du Stade Vélodrome (le « Virage Patrice de Peretti »), à l’occasion d’une cérémonie officielle au cours de laquelle fut également apposée une plaque à sa mémoire sur le parvis de l’enceinte, propriété de la mairie. Par ailleurs, son souvenir est encore aujourd’hui très présent. Suivre l’itinéraire de cet « enfant de la cité » et sa trajectoire posthume singulière, c’est saisir ainsi, d’une part, comment se construit en actes une entreprise commémorative. C’est aussi comprendre, d’autre part, pourquoi et comment la passion du football en est venue à occuper une place si importante à Marseille.

20h - Amphithéâtre de la MRSH
De centre clandestin de détention à espace pour la mémoire en Argentine : le cas de l’Olimpo, 10 ans après sa récupération (Projection - rencontre)
Maryline Joncquel (assistante de recherche et guide dans l’ancien centre clandestin Olimpo à Buenos Aires). Séance présentée par Nadia Tahir (Enseignante-chercheuse, ERLIS, UNICAEN) 
Projection du film Le transfert (El traslado), réalisé par l’équipe de travail de l’ex CCD Olimpo, 2015, 28 mns, VO sous titrée.
Entre 1976 et 1983, l’Argentine a connu une dictature sanglante. Le régime militaire en place s’est caractérisé par une répression féroce dont un des outils principaux étaient les centres clandestins de détention. Dans ces lieux, des personnes étaient détenues, torturées et la plupart d’entre elles ont été victimes de disparition forcée. Ces lieux étaient aussi bien des structures des forces armées ou des forces de police, que des maisons particulières. A la fin de la dictature, ils sont devenus un enjeu dans le cadre de procédures judiciaires et  l’objet de nombreux débats sur leur « récupération pour la mémoire ». Cette intervention s’intéresse au cas particulier de l’Olimpo, un ancien centre de la ville de Buenos Aires. L’intervention de Maryline Joncquel a pour objectif de non seulement de revenir sur le parcours du lieu, mais aussi sur son travail au quotidien avec des groupes, notamment scolaires. Comment parler de cette période sombre, quarante ans après les faits et alors que l’Argentine est un des rares pays à poursuivre les responsables de la répression dictatoriale?

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