« Le "Dieu gard" : enquête sur une forme poétique originale du XVIe siècle »

Appel à communication
Date limite de réponse : 01/06/2022

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« Le "Dieu gard" : enquête sur une forme poétique originale du XVIe siècle »

Journée d'études

Journée d'étude organisée par Nina Mueggler (Université de Fribourg) et Jérémie Bichüe (LASLAR EA 4256, Université de Caen Normandie)

Lieu et dates de la journée d'étude : Caen, le 25 novembre ou le 2 décembre 2022.

Le projet de cette journée d’étude est né d’un constat simple : la présence récurrente de l’expression « Dieu gard » dans un certain nombre de textes poétiques français du XVIe siècle, le syntagme allant même jusqu’à figurer au titre du Dieu gard de Marot à son retour de Ferrare (1537). Au fil du siècle, les « Dieu gard » perdurent, laissant ainsi envisager l’existence d’une tradition qui traverse les générations poétiques. La confidentialité de ces compositions et l’absence du « Dieu gard » dans les traités de poétique expliquent en partie le silence critique sur la question. La richesse du corpus jusqu’ici constitué a néanmoins suscité notre curiosité. Cette journée d’étude visera à déterminer les conditions d’existence d’un genre à géométrie variable, en se posant (par exemple) les questions suivantes :

- Comment passe-t-on de la formule consacrée au genre poétique ?

- Quels peuvent être alors les traits stylistiques communs et les enjeux linguistiques majeurs des « Dieu gard » tant au niveau de la syntaxe, du lexique, de l’énonciation que de la pragmatique ?

- Quelles sont les affinités des textes retenus avec des genres comme l’épître, l’élégie, le coq- à-l’âne ou même l’ode ? Quelle parenté avec les formes plus ou moins contemporaines de la salutation (saluts, congés, adieux) ou de l’éloge (ode, hymne) ?

- Nombreux sont les textes qui cultivent les effets d’oralité. Existe-t-il un lien entre les formes du « Dieu gard » et les différentes productions dramatiques de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance (farces, moralités, monologue) ?

On pourra parallèlement s'interroger sur les contextes de composition et de diffusion des « Dieu gard ». Par exemple :

- À quels sujets se consacrent-ils (lieux, personnes, objets) ? Que l’on songe aux entrées urbaines ou à d’autres évènements politiques majeurs, dans quelle mesure relèvent-ils de la poésie de circonstance ?

- Quels liens surtout entretiennent-ils avec l’espace et le territoire ? De multiples « Dieu gard » se concentrent en effet sur la célébration des atouts d'une ville (Paris, Lyon, Chartres, Orléans, Genève...).

- Que se passe-t-il quand l'éloge se mue en blâme ? La question se pose avec urgence dans le cadre des querelles religieuses. Les contextes peuvent donc s'avérer sérieux ou ludiques (notamment lorsque le « Dieu gard » est lié à la joie et à la jubilation), sincères ou feints, charitables ou satiriques.

- Quel ethos le poète endosse-t-il dans le « Dieu gard » ? À qui le texte est-il adressé et pourquoi ?

- Enfin, à quel modèle éditorial répond-il ? Par le biais de quelle diffusion ? Peut-il s'agir d'une publication isolée ou s'insère-t-il toujours dans des recueils (individuels ou collectifs) ? Quels sont alors les publics visés ?

 

Les communications pourront au choix prendre la forme d'une approche d’ensemble ou d'une étude de cas et devront nous parvenir avant le 1er juin 2022. Les propositions relatives à des périodes antérieures ou postérieures sont les bienvenues. Pour tout renseignement complémentaire, n'hésitez pas à nous contacter aux adresses électroniques suivantes :

- jeremie.bichue@unicaen.fr

- nina.mueggler@unifr.ch

En l'absence d'une bibliographie critique de référence consacrée aux « Dieu gard », voici un premier relevé de textes susceptibles de faire l'objet d'une communication :

– BAÏF, Jean Antoine de, Les Amours, II : « Dieu gard le bois, dieu gard l’ombre... » (Paris, veuve de Maurice La Porte, 1552).

– BEAULIEU, Eustorg de, Chrestienne resjouyssance [...], « Le Dieu Gard de l'auteur, à la Ville et aux Citoyens de Geneve [...] » (Genève, Jean Girard, 1546) ; Les Divers rapportz, rondeau 8 « La personne a grand arrogance... » et chanson 11 « Bon jour, bon an, et bonne estraine... » (Paris, A. Lotrian, 1544).

– [BADE, Conrad ?], Comedie du pape malade, et tirant à la fin, « Prologue » (Genève, Conrad Bade, 1562), 6 occ.

– DES AUTELS, Guillaume, Repos de plus grand travail, « Dieu gard Moulin non pas à vent... » (Lyon, J. de Tournes et G. Gazeau, 1550).

– FONTAINE, Charles, Les Nouvelles et Antiques merveilles, « Ode, pour Dieu gard à la ville de Paris » (Paris, Guillaume le Noir, 1554).

– FONTAINE, Charles, Les Ruisseaux, « Le Dieu Gard à la ville de Lyon, faict l’an 1540 » ; « L’Adieu à ladite ville » ; « Le Dieu gard à la ville de Paris » ; « Ch. Fontaine salue la ville de Bourges » ; « Autre, sur le propos de sa bougette [...] » (Lyon, T. Payen, 1555) et autres occ. dans ses œuvres (http://chfontaine.huma-num.fr/projet/presentation).

– HABERT, François, Le Temple de Chasteté, « Autre Cantique d’estraine et de joye à la Royne estant pour lors Daulphine » (Paris, M. Fezandat, 1549).

– HABERT, François, Le Dieu Gard de la ville de Paris, à Monseigneur de Guise [...] (Paris, veuve de P. Attaingnant, 1558).

– LA TOUR D'ALBENAS, François Béranger de, Le Siecle d’or, « A Ysnard du coq en l’ane » (Lyon, J. de Tournes et G. Gazeau, 1551), 3 occ.

– MAGNY, Olivier de, Hymne sur la naissance de Madame Marguerite de France [...], « Fantasie » (Paris, Arnoul L'Angelier, 1553), 4 occ.

– MAROT, Clément, Le Dieu gard de Marot à son retour de Ferrare [...] (Paris, Pierre Sergent, 1537) et d’autres occ. dans son œuvre. Voir aussi, dans la même éd. le « Huictain du lassé de repos disant Dieu gard audit Clement Marot » (J. Chaperon).

– NAVIERES, Charles de, Le Dieu-gard de Navyere à l’imprimerie sedanoise (Sedan, G. Goebens ?, 1565).

– LE FÈVRE DE LA BODERIE, Guy, La Galliade (Paris, G. Chaudiere, 1578), 1 occ.

– PASSERAT, Jean, Recueil des oeuvres poetiques, « Autres Estrennes » (Paris, Claude Morel, 1606), 4 occ.

– PREVOSTEAU, Jacques de, Description des appareilz, arcs triumphaux, « Hymne triumphal [...] » (Paris, G Nyverd, 1571), 3 occ.

– RABELAIS, François, Pantagruel, chap. 12 « Comment Pantagruel enseigne une maniere bien nouvelle... », 3 occ.

– RONSARD, Pierre, Les Quatre Premiers Livres des Odes, IV, 13 : « Dieu te gard l’honneur du printens... » (Paris, G. Cavellat, 1550) ; Les Amours, « Bacchanales [...] » (Paris, veuve de 3 Maurice de La Porte, 1552), 1 occ ; « Ode à Michel de L’Hospital », strophe 16, 1 occ. ; Œuvres, « Odes », IV, 21 : « Dieu vous gard, messagers fidelles... » (Paris, G. Buon, 1584).

– SAGON, François de, Deffense de Sagon contre Marot, « Le dieugard de Sagon à Marot de nouveau retourné en France » (Paris, P. Vidoue, 1537).

– [Anonyme], « Chanson du Prince de Condé » [1563 ?] : « Dieu gard de mal le petit homme ». Voir Chansonnier Huguenot, H. L. Bordier (éd.), Paris, Tross III, p. 250.