Thème 4 : Travail et temps sociaux

Ce thème s’intéresse à la question du travail dans nos sociétés contemporaines et, plus spécifiquement, aux frontières du travail et à l’articulation des temps sociaux. Les recherches y étudient le « problème » et les tensions dans l’articulation des temps sociaux dans un contexte de précarisation et de fragilisation de la condition salariale. Elles intègrent aussi une réflexion sur les mouvements sociaux et leurs temporalités. Ces questions peuvent être abordées par l’étude des expériences subjectives des travailleurs.euses recueillies lors d’enquêtes de terrain, articulée à des enjeux théoriques, en particulier sur la pertinence d’une définition extensive du travail en sciences sociales.

1. Les mutations du travail et de l’emploi et leurs effets sur l’articulation des temps sociaux :

La précarisation de l’emploi et la fragilisation des institutions du salariat invitent à réfléchir à la reconfiguration du travail dans nos sociétés et sur la place du travail dans la vie des individus. Quel peut être le rapport au travail des individus lorsque l’emploi est fragilisé ? Comment les transformations du travail et les méthodes du management contemporain interrogent les frontières du travail aujourd’hui (informatisation du travail, extension du travail à domicile ou du télétravail, « néomanagement » favorisant des pratiques et relations « informelles » et « conviviales », prise en compte des savoir-être et des styles de vie dans la gestion des carrières, etc.) ? Cette thématique de la précarisation et de la fabrique de vulnérabilités sociales dans ce contexte apparaît aussi dans le master Vulnérabilités, notamment les séminaires « mutations des mondes du travail », « Vulnérabilités et Politiques sociales », « Vulnérabilités et risques communicationnels » et plusieurs séances du séminaire invité (M-A Dujarier, P. Cingolani, M. Simonet).

  • Le travail des professionnelles de la petite enfance : prolongement des recherches financées par l’Observatoire national de la petite enfance (CNAF) sur les assistantes maternelles er professionnelles de crèche   (I-L. Hertzog et P. Seiller en collaboration avec chercheur.euses du CIRNEF (Unicaen), du CESSP (Paris I), du CSU (Paris 8)).

 

  • Les reconfigurations du travail des archives : trajectoires, rapport au travail et légitimités des archivistes face à l'informatisation d'un monde professionnel (V. Rivron, H. Marche, P. Seiller), programme Ministère de la Culture/DEPS et Archives de France (janvier 2022-décembre 2023). Une post-doctorante est recrutée pour une durée d’une année sur ce projet (M. Moanic-Minnaert).

 

  • Le recours aux travailleurs détachés étrangers : mobilité du travail, illégalismes et adaptation à la crise sanitaire (RECODETA). Ce projet est coordonné par D. Veron (avec Sara Casella Colombeau, ILCEA4 et regroupe également des chercheurs et chercheuses du CEET, de l’IRISSO, du CMW et de l’IRIS). À partir d’une enquête auprès des employeurs, mais également les agents des organismes en charge du contrôle du détachement, il s’agit de comprendre les critères qui président à leurs choix de recourir au travail détaché, et comment ces choix influent sur les mobilités des travailleurs. Ce projet est financé par l’IC Migrations (2020-2022).

 

  • Le travail-emploi des salariés des associations sportives (C. Lafabregue). Ces travaux s’intéressent aux mutations du cadre institutionnel : d’une logique aristocrate et « amateur », la professionnalisation du secteur produit une tension entre deux injonctions : une attente implicite à exercer une forme de bénévolat salarié reproduisant l'éthique amateure dans l'emploi et une injonction à se convertir à une forme managériale d’organisation du travail.

 

  • Thèse en cours sur les politiques de convivialité au travail et leurs effets sur les conditions de travail (Dysolab-Université de Rouen/ Cerrev) (Clémence Piedagnel, co-encadrement Frédéric Neyrat et Pauline Seiller).

 

  • Thèse en cours sur les mutations du travail dans un centre de tri de la Poste  (B. Giacalone, dir. : N. Vézinat).

 

2. Le travail entre vie privée et vie publique :

Les frontières du travail seront aussi abordées plus directement sous l’angle de l’articulation sphère publique/sphère privée et des politiques sociales mises en œuvre à ce sujet, sous quatre aspects :

  • Dans le prolongement des travaux sur le travail domestique et le travail reproductif, des travaux seront conduits sur la gestion de la famille, de l’intimité, des émotions ou du domicile, en lien avec l’organisation du travail (C. Le Van, I-L Hertzog). Parmi ces travaux, le programme POM sur les expériences masculines d’infertilité dans les parcours d’Assistance médicale à la procréation, pose la question de l’articulation travail/hors travail. Cette recherche est dirigée par Irène-Lucile Hertzog, financée pour trois ans (2021-2024) par l’agence de la Biomédecine, conduite en lien avec les chercheurs.euses de la thématique « Santé, corps, émotions » (H. Marche) et avec une post-doctorante recrutée sur le projet (C. Gourdeau).  Ajoutons une thèse en cours sur les accueillantes familiales (Célia Le Cocq Foltz, dir. : P. Chanial).

 

  • En prolongement avec les recherches et colloques déjà menés au laboratoire (colloque « Le travail des données » par exemple), des recherches s’engagent sur les usages « privés » du numérique et sur leurs effets dans la sphère publique (travail des données par exemple) (Julien Onno, Vassili Rivron), avec un questionnement sur les usages de la notion de travail.

 

  • Ce que le travail fait aux styles de vie. Cette perspective est au cœur du programme ROCS (Revisite de l’Observatoire du changement social) sur les transformations des classes populaires dans le Domfrontais (P. Seiller au Cerrev avec ESO Caen). Trois chantiers d’enquête sont déployés à ce jour : les ouvriers.ères de l’industrie agroalimentaire, les maisons d’assistantes maternelles et modes d’accueil des jeunes enfants, les agriculteurs.trices. Par ailleurs, s’inscrit également ici la participation (D. Veron) à l’ANR « MIGRINDOM : Des Migrants de l'Intérieur. Gestion étatique et trajectoires collectives de migrants en provenance des départements d’outre-mer » (portée par le CERAPS). Cette recherche, qui se propose de construire une socio-histoire des migrations ultra-marines, développe notamment un axe analysant la question de l’articulation entre trajectoires professionnelles et styles de vie à partir de monographie de familles marquées par des trajectoires de migration en provenance des Doms.

 

  • Le bénévolat. L’enjeu est de confronter travail et bénévolat en interrogeant l’opposition entre les bénévoles qui revendiquent de voir reconnue leur activité comme un travail et ceux qui s’y refusent et celle entre les chercheurs qui abordent le monde associatif à partir d’une sociologie du travail ou des professions et des approches qui visent à en montrer la spécificité. Des études portant sur la co-activité de bénévoles et de professionnels dans différents secteurs peuvent montrer que l’apport du bénévolat, notamment en termes relationnels, lui est propre et conduit à des repositionnements des métiers au milieu desquels il intervient (Sylvain Pasquier, Bernard Petitgas). Un post-doctorat est mené par B. Petitgas sur « vulnérabilité et associations en milieu confiné » (Institut français du monde associatif). Par ailleurs, le travail bénévole est également étudié depuis l’activité des dirigeants associatifs (C. Lafabregue).

 

3. Mouvements sociaux :

Dans le prolongement de plusieurs recherches conduites au CERREV, des programmes de recherche s’engagent sur les mouvements sociaux en lien avec d’autres disciplines (science politique, géographie sociale, droit, etc.).

  • Les mouvements sociaux dans les sociétés contemporaines : Participation au programme de recherche national (ANR) sur le mouvement des Gilets Jaunes (Charif Elalaoui, Camille Frémont) et collaborations sur des questions méthodologiques avec d’autres MSH en France et avec le Pôle document numérique à la MRSH Caen. D’autres sociologues de l’équipe poursuivent leurs recherches sur les mobilisations de précaires et sur les mouvements sociaux (Simon Le Roulley, Pierre-Alexandre Delorme). Ces recherches sur les mouvements sociaux sont aussi conduites dans une perspective internationale (thèse de Charif Elalaoui).

 

  • Le travail militant et ses liens (ou non) avec le travail productif. Il s’agira aussi d’étudier les mouvements sociaux sous l’angle du travail militant qu’ils impliquent et des trajectoires des individus avec plusieurs programmes de recherches : la mobilisation de solidarité en soutien aux personnes exilées à Ouistreham (Camille Gourdeau), le syndicalisme universitaire (Simon Le Roulley), les femmes gilets jaunes (Camille Frémont), etc. 

 

  • La recherche FOCALE : « Fondement de la crise des alternatives électorales » (à laquelle participe D. Veron, coordonnée par Yann Le Lann, CERIES) sur les liens entre le rapport travail et les processus de politisation des classes populaires, à partir d’une enquête par questionnaire « sortie des urnes » dans deux villes populaires, l’une dans le bassin minier lensois, l’autre dans le sud de la banlieue parisienne (ouvrage à paraître en janvier 2022).

Financements

  • Caisse nationale des allocations familiales (conciliation travail/ famille, travail parental, travail reproductif…)
  • ANR
  • Agence de la biomédecine
  • Institut Convergences Migrations
  • Ministère de la Culture/ DEPS
  • Archives de France

Activités scientifiques :

  • Le programme s’enrichira des réflexions conduites par des chercheurs.euses dans les Ateliers du genre de la MRSH de Caen (en 2021-2022 la thématique des perspectives féministes sur les maternités – et des questions d’articulation travail/ famille – a été retenue)  et du séminaire Pratiques et pensées de l’émancipation sur la question des mouvements sociaux co-organisé par le Cerrev et Eso Caen.

 

  • Une journée d’études sur l’articulation des temps sociaux au prisme des inégalités et des rapports sociaux (de genre, de classe, etc.) pourrait être organisée, elle donnerait lieu à et la publication d’un numéro de revue.

 

  • Sur la question du bénévolat, traitée au sein de plusieurs thématiques du laboratoire : dans le prolongement du travail engagé lors de plusieurs journées d’études qui croisent la réflexivité universitaire et associative (par exemple, « Le bénévolat se calcule-t-il ? » (Cerrev, 18-11-2019)), deux journées d’étude par an seront organisées.

Réseaux de recherche :

  • Association française de sociologie (RT 48 Articulation des temps sociaux, RT25 Travail, organisation emploi, RT 50 Socialisation)
  • Marché du travail et genre (MAGE), revue Travail, genre et sociétés
  • EFiGiES (Association de jeunes chercheurs et chercheuses en études féministes).
  • Observatoire national de la petite enfance (ONAPE/ CNAF)
  • Réseau des MSH
  • Centre d’études de l’emploi et du travail
  • Institut Convergences Migrations