Soutenance de thèse de Thierry Leseney

Lieu : Salle des Actes, bâtiment Droit, campus 1, Université de Caen Normandie
Début : 29/06/2021 - 14:00
Fin : 29/06/2021 - 18:00
Responsable(s) scientifique(s) : Philippe Chanail

Bonjour,

J’ai le plaisir de vous informer que je soutiendrai ma thèse le 29 juin prochain à 14 heures, à la salle des actes du bâtiment de Droit. Elle s'intitule « Une expérience de la désolation en pays liminaire. Recherche action sur l’accompagnement individualisé auprès des bénéficiaires des minimas sociaux dans le pays Nord Cotentin ».

Dirigée par M. Philippe Chanial, Professeur des universités, Université Caen Normandie.

Le jury sera également composé de :

M. Hervé Marchal, Professeur des universités, Université de Bourgogne.

M. Ingrid Volery, Professeur des Universités, Université de Lorraine - Nancy

M. Gérard Boittiaux, psychiatre, Centre Hospitalier de l'Estran - Pontorson

M. Sylvain Pasquier, Maître de conférences, Université Caen Normandie.

Étant donné le contexte particulier de restrictions sanitaires, le nombre des places sera limité ; veuillez trouver ci-après le lien visioconférence :

https://webconference.unicaen.fr/b/thi-6po-lba-pai

Thierry Leseney

Résumé

 

Au cours des 30 dernières années, une population croissante de bénéficiaires des minima sociaux durablement éloignée du travail et isolée socialement s’est constituée comme réalité statistique. Sous la forme d’une pauvreté désolante, elle réapparaît lors de « crises » individuelles : trouble du voisinage, expulsions, incurie…

Cet isolement des bénéficiaires a un retentissement sur leur pouvoir à mobiliser le lien social, et leur capacité à se maintenir dans leurs droits.

Dans une approche relationnelle, ce travail questionne l’inclusivité de la seule « dignité humaine » en l’absence du « travail ». Il se développe à travers l’histoire de 24 personnes accompagnées par des dispositifs individualisés de l’assistance sociale sur le territoire de Cherbourg. Comment habiter le monde, un logement, sa vie, lorsque tout en étant reconnu par des droits sociaux, l’individu se trouve « désœuvré » de la « créativité ordinaire » ? Hors des échanges valorisés, il perd son « paraître » par défaut de « sembler » socialement, et se trouve menacé de « désolation ».

Plus que jamais inclusive, l’Assistance Sociale Institutionnelle généralisée opère un basculement dans les années 2000. Devenant paradoxalement excluante, elle abandonne l’idéal d’insertion du travail pour la dignité humaine des droits concrets.

Une sociabilité dite « liminaire » caractérisée par le retrait social s’y dessine au fil des « générations sociales ». L’individu enfermé hors de l’échange y développe des liens à faible réciprocité.

Par un « processus d’interpénétration », cette sociabilité a infusé la dynamique des socialités secondaires et primaires, inversé les flux symboliques entre les deux espaces, et transformé les solidarités.

Pour remobiliser le sujet désolé, l’accompagnant doit contourner son enfermement dans l’assistance, son sentiment de relégation et ses protections ; la relation ne s’y construit que par la reconstitution d’un « lien primarisé » dans des échanges sociaux réouverts à la réciprocité. Cette pratique réinterroge le travail social, de même que la dynamique sociétale dans son ensemble.

Processus individuel d’enfermement dans une sociabilité désolante, la liminarité apparaît également comme une socialité propre au temps incertain de transition ; la socialité primaire comme secondaire tendrait à se désagréger dans une horizontalisation généralisée des liens sociaux, puis à se dissoudre dans l’espace social avant de se ré-agréger sous de nouvelles formes.

 

Summary

An experience of loneliness and desolation in « the edges country »

Action-research on individualized support for beneficiaries of minimum income in the North Cotentin.

 

 

Over the past 30 years, a growing population of beneficiaries of social minima that are permanently distant from work and socially isolated has formed as a statistical reality. In the form of desolate poverty, it reappears during individual “crises”: neighbourhood disturbances, death, evictions, neglect etc. This isolation of beneficiaries has an impact on their ability to mobilize the social bond, and their ability to maintain their rights.

In a relational approach, this work questions the inclusiveness of the only "human dignity" in the absence of "work". It develops through the history of 24 people accompanied by individualized schemes of social assistance in the territory of Cherbourg. How can one inhabit the world, a dwelling, one's life, when while being recognized by social rights, the individual finds himself «idle» of the «ordinary creativity» ? Outside of valued exchanges, he loses his “appearance” by default of “appearing” socially, and is threatened with “desolation” (loneliness - H. Arendt).

More than ever inclusive, the generalized Institutional Social Assistance operates a shift in the years 2000. Paradoxically, it becomes exclusionary, abandoning the ideal of work integration (insertion) for the human dignity of concrete rights.

A sociability called "liminal" characterized by social withdrawal takes shape. The individual locked apart from the exchange develops links with weak reciprocity. Through an «interpenetration process», this sociability infused the dynamics of secondary and primary socialities, has reversed the symbolic flows between the two spaces, and transformed solidarities.

To remobilize the desolate subject, the accompanying person must circumvent his confinement in the assistance, his feeling of relegation and his protections; the relationship is built there only by the reconstitution of a «primarized link» in social exchanges reopened to reciprocity but to inacessible secondarity). This practice reinterprets social work, as well as societal dynamics as a whole.

The individual process of confinement in a distressing sociability, liminarity also appears as a sociality peculiar to the uncertain time of transition; primary as well as secondary sociality tends to disintegrate in a generalized horizontalisation of social ties, then dissolve into the social space before re-aggregating into new forms.