Monsieur Des-Cartes à Monsieur GassendiGassendi, Pierre.

MONSIEVR,
Vous auez impugné mes Meditations par vn discours si elegant, et si soigneusement recherché, et qui m’a semblé si vtile pour en éclaircir d’auantage la verité, que ie croy vous deuoir beaucoup d’auoir pris la peine d’y mettre la main, et n’estre pas peu obligé au R. P. MersenneMersenne, Marin de vous auoir excité de l’entreprendre. Car il a tres-bien reconnu, luy qui a tousiours esté tres-curieux de rechercher la verité, principalement lors qu’elle peut seruir à augmenter la gloire de Dieu, qu’il n’y auoit point de moyen plus propre, pour iuger de la verité de mes demonstrations, que de les soumetre à l’examen, et à la censure de quelques personnes reconnuës pour doctes pardessus les autres, afin de Camusat – Le Petit, p. 538
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voir si ie pourois répondre pertinemment à toutes les difficultez qui me pouroient estre par eux proposées. A cét effet il en a prouoqué plusieurs, il l’a obtenu de quelques-vns, et ie me réjoüis que vous ayez aussi acquiescé à sa priere. Car encore que vous n’ayez pas tant employé les raisons d’vn Philosophe pour refuter mes opinions, que les artifices d’vn Orateur pour les éluder, cela ne laisse pas de m’estre tres-agreable, et ce d’autant plus, que ie coniecture de là qu’il est difficile d’aporter contre moy des raisons differentes de celles qui sont contenuës dans les precedentes objections que vous auez leuës. Car certainement s’il y en eust eu quelques-vnes, elles ne vous auroient pas échapé : et ie m’imagine que tout vostre dessein en cecy n’a esté que de m’auertir des moyens dont ces personnes, de qui l’esprit est tellement plongé et attaché aux sens, qu’ils ne peuuent rien conceuoir qu’en imaginant, et qui partant ne sont pas propres pour les speculations Metaphysiques, se pouroient seruir pour éluder mes raisons, et me donner lieu en mesme temps de les préuenir. C’est pourquoy, ne pensez pas que vous répondant icy, i’estime répondre à vn parfait et subtil Philosophe, tel que ie sçay que vous estes : Mais comme si vous estiez du nombre de ces hommes de chair, dont vous empruntez le visage, ie vous adresseray seulement la réponse que ie leur voudrois faire.