AT I, 448

AU R. P. MERSENNE.

LETTRE XXXVIII.

MON REVEREND PERE,
I’ay esté bien-aise de voir la Lettre de Monsieur de Fermat, et ie vous en remercie ; Mais le defaut qu’il trouve en Clerselier III, 174 ma demonstration n’est qu’imaginaire, et monstre assez qu’il n’a regardé mon traitté que de travers ; Ie répons à son objection dans un papier separé, afin que vous luy puissiez envoyer si bon vous semble, et si vous avez envie par charité de le délivrer de la peine qu’il prend de réver encore sur cette matiere. Il faut que la demonstration pretenduë de la Geostatique soit bien defectueuse, veu que mesme Monsieur de Fermat qui est tant amy de l’autheur, la AT I, 449 desaprouve, et que moy qui ne l’ay point veuë, ay iugé qu’elle estoit mal refutée, pour cela seul que ie n’ay pû m’imaginer qu’elle fust si peu de chose, que ce que ie voyois estre refuté. Ie vous prie de continuer tousiours à me mander tout ce qui se dira ou s’écrira contre moy, et mesme de convier ceux que vous y verrez estre disposez à m’envoyer des objections, leur promettant que ie leur en renvoyeray la réponse ; comme en effet ie n’y manqueray pas, ny aussi de les faire toutes imprimer, si-tost qu’il y en aura assez pour faire un Volume. I’en ay receu ces iours passez quelques-unes de M. Fromondus de Louvain, auquel i’avois envoyé un Livre, à cause qu’il a écrit des Meteores, ie luy ay répondu dés le lendemain que ie les ay receuës ; Et en effet ie me réjouïs, lors que ie voy que les plus fortes objections qu’on me fasse, ne valent pas les plus foibles de celles que ie me suis fait à moy-mesme, auparavant que d’establir les choses que i’ay écrites.
Ie suis,
MON R. PERE,
Vostre tres-humble et fidel serviteur,
DESCARTES.