MONSIEUR,
Si vostre derniere Lettre du 6. Mars m’eust esté rendue au temps que les Messagers la devoient apporter, ie croy que i’aurois eu l’honneur de vous voir à Stocholm, avant que vous eussiez receu celle-cy ; mais ayant esté retenuë 12. ou 13. iours entre la Haye et Alcmar, il est arrivé que M. l’Amiral Fl. a pris la peine de venir icy avant qu’elle m’eust appris qui il estoit ; en sorte que bien qu’il ait usé de plus de civilitez que ie n’en meritois, pour me convier à faire le voyage en sa compagnie, il ne m’a pas semblé que cela AT V, 352 me deust faire prendre une resolution contraire à ce que ie vous avois écrit quelques iours auparavant, à sçavoir, que i’attendrois l’honneur de recevoir encore une fois de vos Lettres, avant que ie party d’icy. Car i’aprenois seulement de ses paroles que vous luy aviez écrit en Clerselier I, 143 ma faveur, ce que ie ne considerois que comme un effet de vostre amitié ; et les offres qu’il me faisoit me sembloient n’estre que des excez de sa courtoisie, à cause que ne sçachant point qu’il est l’un des Amiraux de Suede, ie ne voyois pas en quoy sa compagnie me pouvoit aider pour la sureté et la commodité du voyage. Et ie n’avois point assez de presomption pour m’imaginer qu’une Reine qui a tant de grandes choses à faire, et qui employe si dignement tous les momens de sa vie, eust voulu avoir la bonté de vous charger de me recommander à luy de sa part. Ie me tiens si obligé de cette faveur, que ie vous puis assurer, qu’il n’y aura rien qui me retienne, si-tost que i’auray eu de vos lettres ; et que i’ay un extréme desir de vous aller dire que ie suis, etc.