MADAME,
Il y a environ un mois que i’ay eu l’honneur d’écrire à vostre Altesse, et de luy mander que i’avois receu quelques Lettres de Suede ; ie viens d’en recevoir derechef, par lesquelles ie suis convié de la part de la Reine d’y faire un voyage à ce Printemps, afin de pouvoir revenir avant l’hyver : Mais i’ay répondu de telle sorte, que bien que ie ne refuse pas d’y aller, ie croy neantmoins que ie ne partiray point d’icy que vers le milieu de l’Esté. I’ay demandé ce delay pour plusieurs considerations, et particulierement afin que ie puisse avoir l’honneur de reçevoir les commandemens de V. A. avant que de partir. I’ay déja si publiquement declaré le zele et la devotion que i’ay à vostre service, qu’on auroit plus de sujet d’avoir mauvaise opinion de moy, si on remarquoit que ie fusse indifferent en ce qui vous touche, que l’on n’aura si on voit que ie recherche avec soin les occasions de AT V, 331 m’acquitter de mon devoir. Ainsi ie suplie tres-humblement V. A. de me faire Clerselier I, 140 tant de faveur, que de m’instruire de tout ce en quoy elle iugera que ie luy puis rendre service, à elle ou aux siens, et de s’assurer qu’elle a sur moy autant de pouvoir, que si i’avois esté toute ma vie son domestique. Ie la supplie aussi de me faire sçavoir, ce qu’il luy plaira que ie réponde, s’il arrive qu’on se souvienne des Lettres de V. A. touchant le Souverain Bien, dont i’avois fait mention l’an passé dans les miennes, et qu’on ait la curiosité de les voir. Ie fais mon conte de passer l’hyver en ce pays-là, et de n’en revenir que l’année prochaine ; Il est à croire que la paix sera pour lors en toute l’Allemagne, et si mes desirs sont accomplis, ie prendray au retour mon chemin par le lieu où vous serez, afin de pouvoir plus particulierement témoigner que ie suis, etc.