AT V, 294

MADAME,
S’il arrivoit qu’une Lettre me fust envoyée du Ciel, et que ie la visse descendre des nuës, ie ne serois pas davantage surpris, et ne la pourrois recevoir, avec plus de respect et de veneration, que i’ay receu celle qu’il a plû à vostre Majesté de m’écrire. Mais ie me reconnois si peu digne des remercimens qu’elle contient, que ie ne les puis accepter que comme une faveur et une grace, dont ie demeure tellement redevable, que ie ne m’en sçaurois iamais dégager. L’honneur que i’avois cy-devant receu d’étre interrogé de la part de vostre Majesté par M. Chanut touchant le Souverain Bien, ne m’avoit que trop payé de la réponse que i’avois faite ; Et depuis ayant appris par luy, que cette réponse avoit esté favorablement receuë, cela m’avoit si fort obligé, que ie ne pouvois pas esperer ny souhaitter rien de plus pour si peu de chose ; particulierement Clerselier I, 132 d’une Princesse que Dieu a mise en si haut lieu, qui est environnée de tant d’affaires tres- importantes, dont elle prend elle mesme les soins, et de qui les moindres actions peuvent tant pour le bien general de toute la terre, que tous ceux qui aiment la vertu, se doivent estimer tres-heureux, lors qu’ils peuvent avoir occasion de luy rendre quelque service. Et pour ce que ie fais particulierement profession d’estre de ce nombre, i’ose icy protester à vostre Majesté qu’elle ne me sçauroit rien commander de si difficile, que ie ne sois tousiours prest de faire tout mon possible pour l’executer ; Et que si i’estois né Suedois, ou Finlandois, ie ne pourrois estre avec plus de zele, ny plus parfaitement que ie suis, etc.