VII. De exceptione angelici patrocinii [1]

VII. Accueil réservé aux gages de la protection angélique

1. Summi interea nuntii, repedantes post multa itineris spatia ad locum quo digressi fuerant ipso die quo [A/f.187v] fabrica completa est in Monte jam dicto in occiduis partibus, quasi novum ingressi sunt orbem, quem primum veprium densitate reliquerant plenum. Quo dum propinquant incunctanter, sacerdos Domini Autbertus occurrens cum multis laudibus, cum canticis spiritualibus [2] in sacrum Montem angelica mortalibus devehit profutura praesidia. Dici vero non [B/f.9v] potest quanto in adventu, ut ita dicam, angelico circumjacentes provinciae gavisae sunt gaudio, quippe quae sibi divinitus praevidebant superni auxilii [3] tribui donum, in hoc quod beatum Michaelem archangelum, caelestis militiae principem, merebantur obti[a'/f.10r] nere signiferum, cognoscentes etiam signa et mirabilia quae Dominus per ministrum suum operatur mortalibus, ita ut per hujus itineris spatia duodecim caeci illuminati pluresque diversis infirmitatibus acti pristinae redditi sint sanitati. [A/f.188r] Et, quod his addendum est, mulier quaedam orbata luminibus, de villa quae dicitur Asteriacus, dum prosequitur pretiosissima munera summi archangeli, mox ut attigit planitiem arenamque maris, divinitus factum, visum recepit admirans se subito de tenebris in lucem mutatam. Sed et usque hodie per summum ministrum suum haec eadem Dominus cotidie ad laudem et gloriam nominis sui in eodem loco operari non desinit.

1. Quand les éminents messagers regagnèrent l’endroit qu’ils avaient quitté, au terme d’un très long voyage, précisément le jour où fut achevé l’édifice sur le Mont situé dans les régions d’Occident, ils entrèrent dans un monde pour ainsi dire nouveau, alors que celui qu’ils avaient laissé à leur départ était couvert d’épaisses broussailles. Tandis qu’ils s’en approchent en grande hâte, Aubert, l’évêque du Seigneur, vient à leur rencontre et emporte sur le Mont consacré, parmi les chants de louanges et les chants religieux, les gages de la protection que l’archange allait dispenser aux mortels. On ne saurait dire combien fut vive la joie qui s’empara des provinces avoisinantes à l’arrivée, si l’on peut s’exprimer ainsi, de l’archange: en effet, elles voyaient bien que c’étaient elles que la Providence faisait bénéficier de ce don d’assistance céleste, dans la mesure où elles méritaient d’avoir comme porte-étendard le bienheureux Michel, prince de la milice céleste, outre qu’elles entendaient parler des miracles et des prodiges que, par l’entremise de son serviteur, le Seigneur accomplit en faveur des mortels. C’est ainsi que durant le trajet, douze aveugles recouvrèrent la vue et de nombreux malades atteints de maux divers retrouvèrent leur bonne santé passée. À quoi on ajoutera ceci: une femme aveugle du village qui s’appelle Astériac accompagnait les dons très précieux de l’éminent archange; dès qu’elle eut mis le pied sur le sable du rivage –ô miracle– elle recouvra la vue, stupéfaite d’être passée ainsi subitement des ténèbres à la lumière. Et jusqu’à aujourd’hui, par l’entremise de son serviteur éminent, le Seigneur ne cesse d’accomplir de tels prodiges chaque jour en ce lieu pour la louange et la gloire de son nom.

2. Igitur [4] eo die, qui [5] est XVII kalendas [6] novembris, veneranda completa templi dedicatione, vir Domini Autbertus, postquam sagaciter omnia sub ordine disposuit, officia quoque servientium clericorum constituit, deputans hos inibi sub numero consistere duodecim, qui legitimis observationibus perpetualiter in beatissimi Michaelis archangeli persisterent famulatu, quamvis non ejusdem numeri in eodem loco a successoribus [B/f.10r] beati viri sint clerici constituti. Simul etiam [a'/f.10v] de episcopio suo eidem [A/f.188v] loco servientibus villas contradidit, videlicet jam dictam [C/f.132v] villam Itium et Genitium.

2. Ainsi après avoir, en ce 17e jour des calendes de novembre, effectué la dédicace [1] du vénérable sanctuaire, Aubert, l’homme du Seigneur, qui avait tout disposé en ordre avec sagesse, institua également les offices des clercs desservants, décidant de les installer en ce lieu au nombre de douze [2], avec le devoir de demeurer constamment au service du bienheureux archange Michel, en menant une vie conforme aux règles –et pourtant, les successeurs du saint homme n’ont pas maintenu en ce lieu le même nombre de clercs. À ceux qui assuraient le service en cet endroit, il fit don également de deux villages, prélevés sur les biens de l’évêché, ceux d’Itier et de Genêts.

~

1   dedicatione: la dédicace de ce nouvel édifice eut lieu un 16 octobre, de l’année 709 selon la tradition. Au moment où l’auteur de la Revelatio rédige son ouvrage au IXe siècle, ce sont toujours des chanoines (clerici/canonici) qui gèrent le sanctuaire, avec des prébendes prélevées, selon notre auteur, sur le patrimoine de l’évêché (episcopium), en particulier: Itier et Genêts.

2   duodecim: Aubert aurait installé un collège de douze chanoines pour assurer le culte et accueillir les pèlerins.

~

1   de adventu reliquiarum E; tit. deest in aBLpFTGURuS.

2   spiritalibus a’AC.

3   auxilii omnes codd. om. praeter apcBLFS.

4   tit. de dedicatione (sacri add. BF) templi (ac divini cultus add. BF) post desinit add. BKiImFY.

5   quae MH quo nWN quod AiacImpEQTO.

6   kalendas a’T; kalend. u; kl. aABCKLpEQFGYURyOS.