Sur la seconde édition de mes ouvrages

Texte établi et introduit par Carole Dornier

Introduction

L’abbé de Saint-Pierre avait à cœur de transmettre ses écrits et de jeter les bases d’une deuxième édition de l’ensemble, après la parution de ses Ouvrages sur divers sujets, devenus Œuvres diverses chez Briasson à Paris puis Ouvrages de politique et de morale chez Jean Daniel Beman à Rotterdam (voir Imprimés). Plusieurs de ces volumes contenaient les mêmes textes ou des versions successives. Des éditions séparées avaient été publiées en parallèle. Certaines sont peu soignées. L’orthographe réformée de l’abbé devait compliquer la tâche de l’imprimeur, comme les changements qu’il apportait continuellement, dans son souci de perfectionnement. L’ensemble n’était ni homogène, ni cohérent, ni stable. L’auteur en avait conscience : il avait préparé des copies corrigées et affirmait que « la seconde édition vaudrait mieux que la première » (Seconde édition, § 3).

Il exprima à deux reprises son souci de voir ses héritiers se charger de cette besogne. Le manuscrit en trois volumes conservé à Rouen, rassemblant la plupart de ses écrits, était destiné à la branche aînée de sa famille, comme il l’écrit sur la page de garde du premier volume1. Il est probable, comme on l’a souligné à propos de la note autobiographique contenue dans le troisième volume, que ce recueil conservé à Rouen n’est pas postérieur à 1730 (voir Autobiographie, Introduction). À cette date, l’abbé était âgé de soixante-douze ans et il n’est pas étonnant qu’il songeât à la postérité de son œuvre. Dans une note autographe du premier volume, il suggère une édition hollandaise in-quarto, donne des indications sur le classement à opérer entre œuvres morales et politiques, sur les copies à utiliser, et commente la table des matières qui précède pour préciser son propos. Ce classement entre morales et politiques se retrouve dans la table des matières du deuxième volume2.

Plus tard, en 1739 ou après cette date, dans une note conservée aux archives départementales du Calvados présentée ici (Seconde édition), l’abbé de Saint-Pierre, que la maladie et l’âge rendent désormais incapable de mener à bien une telle entreprise, la délègue à ses héritiers qu’il conseille de façon plus développée. Il abandonne l’idée de l’in-quarto au profit du petit format in-douze qu’on peut emporter à la campagne et qui, seul, selon lui, sera lu. C’est à un public mondain qu’il souhaite s’adresser, comme celui qu’il fréquente à la fin de sa vie, chez madame Dupin, madame d’Aiguillon ou madame d’Avaray, à Paris ou dans les châteaux de Chenonceau, Véretz ou Avaray3. L’abbé de Saint-Pierre considère que ses écrits sont peu connus en France car peu diffusés pour des raisons de censure et il espère atteindre les lecteurs français.

Voir le texte


1.BM Rouen, ms. 948 (I. 12), t. I.
2.BM Rouen, ms. 949 (I. 12), t. II, p. 5-6.
3.Voir Jean Buon, Madame Dupin, une féministe à Chenonceau au siècle des Lumières, Joué-lès-Tours, La Simarre, 2013, p. 136 ; Gaston, comte de Villeneuve-Guibert, Le portefeuille de madame Dupin, Paris, Calman-Lévy, 1884, p. 176-302.