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ÉCRITS SUR L’ÉDUCATION, SUR LA GRANDEUR ET SUR LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES

INTRODUCTION GÉNÉRALE PAR CAROLE DORNIER

§ 1

Dès la fin de l’année 1715, dans le troisième tome de son Projet de paix perpétuelle, Saint-Pierre place en première position « l’éducation de la jeunesse »1 dans les composantes de la police, pouvoir réglementaire qui concerne tout ce qui a trait à la subsistance, à la santé, aux conditions du fonctionnement économique, à la sûreté intérieure et aux mœurs. L’ordre public ne s’obtient pas uniquement par l’application des lois, mais par l’influence que l’éducation et le discours public peuvent avoir sur les conduites et l’esprit de la population. Alors que l’éducation demeure à son époque, pour une bonne part, une prérogative de l’Église et des ordres monastiques, Saint-Pierre s’inscrit dans une tentative de conciliation originale entre recherche du progrès, régulation par l’État et inspiration chrétienne2.

§ 2

Cette partie de l’édition présente donc les différents projets éducatifs de Castel de Saint-Pierre : en faveur d’une éducation collective préférée à l’éducation domestique, pour les garçons et pour les filles, pour un perfectionnement du fonctionnement des collèges sous le contrôle de l’État, sans que l’abbé s’interdise d’envisager des formes complémentaires, voire alternatives, comme celles des pensions, qui semblent plus ouvertes à l’innovation pédagogique.

§ 3

Dans cet ensemble sont compris les écrits que l’abbé de Saint-Pierre a consacrés aux figures du grand homme et de l’homme illustre et au perfectionnement du modèle plutarquien. Si, par certains aspects, certains de ces textes avaient aussi leur place dans les écrits sur la morale, à travers la fonction de l’exemplarité, ou dans ceux sur les ouvrages d’esprit et les académies, dans le rôle dévolu à l’écriture et à la réécriture biographique, il nous a paru justifié de souligner le rôle éducatif prééminent que l’abbé de Saint-Pierre assigne au grand homme comme modèle et la place qu’il accorde dans son programme d’enseignement aux vies de Plutarque perfectionnées.

§ 4

Tandis que la première partie de sa carrière d’écrivain politique est consacrée prioritairement aux conditions de la paix et de la prospérité économique, au gouvernement, à la réformation du droit et à la fiscalité, l’éducation, les conditions de l’émulation et le perfectionnement d’une formation politique et morale par l’étude d’exemples occupent une place grandissante dans les projets conçus à partir de 1725. À la fin de sa vie, Saint-Pierre s’efforcera de mettre en pratique ses conceptions pédagogiques auprès de parents désireux pour leurs enfants d’une formation rénovée, dans le cadre de collèges ou de pensions3.


2.Voir Catherine Maire, « L’Abbé de Saint-Pierre ou la voie chrétienne de la tolérance et du progrès », in L’Église dans l’État. Politique et religion dans la France des Lumières, Paris, Gallimard (Bibliothèque des histoires), 2019, chap. I bis, p. 89-108.
3.Voir l’Introduction à Éducation des pensions, § 2-3 ; sur les remises de prix au collège de Reims et à l’Instruction chrétienne de Dourdan, voir Carole Dornier, La monarchie éclairée de l’abbé de Saint-Pierre. Une science politique des Modernes, Liverpool, Liverpool University Press (Oxford University Studies in the Enlightenment ; 11), 2020, p. 276-277.