Citer cette page

OBSERVATIONS SUR LE PROJET D’EXERCICES D’UNE SEMAINE POUR LES PENSIONNAIRES DE M. [•] DALIBARD1
AVRIL 1740 [•]

LE DIMANCHE MATIN

§ 1

Lecture et explication de l’Épître2 et de l’Évangile.

§ 2

Catéchisme.

§ 3

La grande messe, et puis la vie du saint du jour.

APRÈS-MIDI

§ 4

Sermon.

§ 5

Vêpres.

§ 6

Catéchisme latin.

§ 7

Pères de l’Église en latin.

§ 8

Lecture de Josèphe3.

§ 9

Promenade : jeux d’adresse, comme volant.

§ 10

Jeux de commerce4.

LUNDI MATIN

§ 11

Vie du saint du jour.

§ 12

Explication de la Bible latine.

§ 13

Catéchisme historique. Lecture des auteurs profanes en latin : lecture de Josèphe5. Visite des estampes de l’Écriture sainte.

APRÈS-MIDI

§ 14

Lecture de la Gazette6.

§ 15

Bible française mise en latin.

§ 16

Essais d’explication des poètes latins.

§ 17

Histoire de France.

§ 18

Jeu au bureau de l’histoire7.

§ 19

Jeu du dictionnaire.

§ 20

Arithmétique.

§ 21

Blason.

§ 22

Sphère8.

§ 23

Géographie. Lecture régulière en français.

§ 24

Déclamation.

§ 25

Entretien de la jurisprudence.

MARDI MATIN

§ 26

Essais d’allemand.

§ 27

Essais d’italien.

§ 28

Conversation latine.

§ 29

Danse.

§ 30

Maître d’écriture.

§ 31

Saint du jour.

§ 32

Cicéron et César.

§ 33

Lecture de Josèphe.

§ 34

Visite des estampes de l’Écriture sainte.

APRÈS-MIDI

§ 35

Jeu du dictionnaire.

§ 36

Virgile, Ovide, Horace, Térence.

§ 37

Déclamation.

§ 38

Arithmétique.

§ 39

Blason.

§ 40

Sphère et géographie.

§ 41

Histoire de France et bureau historique9.

MERCREDI MATIN

§ 42

Essai sur la quantité des mots latins et vers scandés.

§ 43

Saint du jour : bureau historique10.

§ 44

Catéchisme latin.

§ 45

Bible latine. Estampes du bureau de l’Écriture sainte.

§ 46

Lecture de Josèphe : lecture grave et bien prononcée.

APRÈS-MIDI

§ 47

Les mêmes vers latins du matin à retourner.

§ 48

Exercice du bureau typographique pour l’orthographe : exercice pour la politique, pour la morale, pour la politesse11.

§ 49

Auteurs latins.

§ 50

Déclamation : histoire de France, Bible française mise en latin.

§ 51

Sphère et géographie.

§ 52

Éléments de géométrie.

JEUDI MATIN

§ 53

Conversations en langues étrangères.

§ 54

Exercices sur les arts, et sur les sciences.

§ 55

Vie du saint du jour prise au bureau typographique.

§ 56

Maître d’écriture.

§ 57

Bible latine mise en français.

§ 58

Exercice sur la fable et sur la narration.

§ 59

Traductions de Cicéron, Horace, Virgile, Quinte-Curce, etc.

APRÈS-MIDI

§ 60

Bible française à mettre en latin.

§ 61

Jeu du dictionnaire.

§ 62

Lecture bien prononcée dans la tribune.

§ 63

Déclamation.

§ 64

Lecture des fables de Phèdre et de La Fontaine, des tragédies de Racine, de Corneille, de Molière et autres poètes français.

§ 65

Faire un recueil des traits remarquables d’extraits.

§ 66

Promenade au jardin du roi pour herboriser et voir des expériences de physique, de chimie12. Promenade à la ville pour les artisans.

§ 67

Entendre plaider au palais.

§ 68

Jeux de commerce13.

VENDREDI MATIN

§ 69

Vie du saint.

§ 70

Gazette.

§ 71

Vers latins retournés.

§ 72

Bible latine mise en français.

§ 73

Josèphe. Explication sur la religion des juifs.

APRÈS-MIDI

§ 74

Histoire au bureau.

§ 75

Lecture du père Daniel de l’histoire de France14.

§ 76

Bible française traduite en latin.

§ 77

Géographie, arithmétique, blason, géométrie.

§ 78

Déclamation, entretien sur les lois du pays.

SAMEDI

§ 79

Répétition de toute la semaine.

OBSERVATIONS SUR CE PLAN D’EXERCICES

§ 80

1° Il est à propos que ce papier soit copié et puisse donner aux parents et aux amis une idée de la beauté et de l’utilité de la méthode d’éducation de ce petit collège.

DIMANCHE MATIN

§ 81

2° Il faut ajouter les fêtes ; c’est qu’il faut sanctifier les fêtes par les exercices de la vertu.

§ 82

3° Explication de l’Épître et de l’Évangile du jour. Il faut toujours montrer aux enfants que le but de l’Évangile est notre bonheur éternel, et que pour y parvenir il faut pratiquer la vertu qui consiste à l’observation de la justice, de peur de déplaire à Dieu et de mériter l’Enfer, mais encore à la pratique de la charité bienfaisante pour plaire à Dieu et pour en obtenir le Paradis.

§ 83

Voilà en quoi consiste l’essentiel de la religion15 et la meilleure sanctification des fêtes et du dimanche.

§ 84

À l’égard des autres jours de la semaine, il faut, pour engager à pratiquer les vertus, ajouter les motifs temporels aux motifs de religion, telles sont l’augmentation de la bonne réputation, et l’augmentation de la fortune que procure la bonne réputation.

§ 85

Il faut faire remarquer aux écoliers que la pratique de ces deux vertus sont les moyens les plus efficaces tant pour le bonheur temporel que pour le bonheur éternel.

§ 86

Il faut ainsi réunir autant que l’on pourra tout ce qu’il faut pour être heureux dans nos deux vies, à ce précepte fort court : abstine a malo et fac bonum, justice et bienfaisance16. Cela se peut en rapportant tous les exercices du jour à ce point de bonheur.

§ 87

Pour faire connaître à l’écolier si, en telle action, il y a de l’injustice, il n’y a qu’à lui demander : « Voudriez-vous que l’on en fit autant contre vous ? » C’est une excellente pratique pour la justice journalière.

§ 88

Tout ce qui nous déplaît dans le procédé des autres envers nous est une injustice. On peut faire une table17 des injures, des impolitesses et autres injustices des écoliers entre eux, envers leurs supérieurs et inférieurs. Il faut qu’ils visent, par leur politesse, à réparer les offenses d’impolitesse. Faire cette table en forme de divers commandements de Dieu pour les écoliers. Il serait même bon de les rimer grossièrement : par exemple pour dire,
Ne point contrefaire, ne point se moquer, leur faire répéter.
Défauts d’autrui ne contreferas,
et ne t’en moqueras aucunement.

§ 89

Faire de même une table en forme de commandements pour les actions de politesse ou de bienfaisance des écoliers qui sont au-delà de ce qu’ils se doivent en justice. Ainsi on peut les faire réciter comme les commandements de Dieu, qui sont dans le catéchisme ; et , pour les porter à pardonner les offenses comme ils voudraient qu’on leur pardonnât en pareil cas, on peut leur faire répéter :
Facilement pardonneras,
Afin qu’on te pardonne aisément
Tous tes parents contenteras,
en obéissant exactement
.

§ 90

4° À la grande messe, chanter l’office, l’apprendre par mémoire et l’expliquer.

§ 91

5° Dans la lecture de la vie du saint du jour, remarquer, dans une réflexion écrite au bas, ce qu’il a pratiqué de justice et de bienfaisance distinguée et ses motifs.

§ 92

Il est à propos que les prières contiennent quelque chose qui fasse souvenir tantôt des peines de l’Enfer, tantôt des joies du Paradis.

§ 93

Il faudrait choisir les saints par rapport aux vertus journalières de l’enfant, patience, obéissance, etc. Ainsi peu de martyrs à imiter, mais plutôt ceux qui se sont appliqués à l’étude, évêques, magistrats, gens de guerre, ministres, rois, empereurs.

DIMANCHE APRÈS-MIDI
OBSERVATIONS

§ 94

6° Sermon. Apprendre aux écoliers à remarquer ce que le prédicateur a dit qui puisse se ramener au principe, abstine a malo et fac bonum, et aux motifs qui sont : punitions à craindre, et récompenses à espérer.

§ 95

7° Vêpres. Il est à propos qu’ils apprennent à chanter et à expliquer en français les psaumes, mais leur montrer toujours dans les psaumes, ou la justice, ou la bienfaisance recommandées et récompensées. Leur faire observer que les louanges de Dieu chantées sont une reconnaissance de ses bienfaits qui est justice dans ceux qui les ont reçus.

§ 96

8° Catéchisme latin. Les deux Credo à expliquer et appuyer toujours sur les punitions des injustices, et sur les récompenses de la charité bienfaisante.

§ 97

9° Pères de l’Église. Leur faire dire quelque chose de leurs sermons sur la punition des injustices, et sur la récompense de la vertu. La lecture leur sera plus utile en français qu’en latin, et il faut viser à la plus grande utilité.

§ 98

1810° Promenades. J’ajouterais les jeux de course comme aux barres, jeu de paume, jeu de volant, selon la saison et selon le temps : il faut faciliter la transpiration par les mouvements vifs et prompts.

§ 99

11° Jeux de commerce19. Comme trictrac, échecs, piquet, quadrille, y recommander la politesse, observer les brusqueries et autres impolitesses.

§ 100

12° Aumônes de la dixième partie de leur bourse aux pauvres familles chargées d’enfants dans le faubourg données par les écoliers mêmes, afin qu’ils aient eux-mêmes le plaisir de voir la joie des pauvres qu’ils soulagent. Chacun aura son tour pour la distribution20.

§ 101

Les fêtes et les dimanches sont destinés plus particulièrement pour les œuvres de vertu, de sainteté, de religion et par rapport à la vie future, mais à l’égard des autres jours de la semaine, il faut aussi des exercices de vertu.

§ 102

Mais il faudra aux motifs éternels y ajouter les motifs temporels, tels que sont les maux que causent dans la vie les injustices que l’on commet, en montrer des exemples dans tous les criminels, dont on parle dans les nouvelles publiques21, et des autres malheureux.

§ 103

Pour obtenir les biens temporels que procure la bienfaisance, montrer dans nos grands hommes les exemples de grande fortune, d’honneurs personnels distingués.

§ 104

Et il faut les jours ouvriers22 non seulement faire des exercices pour acquérir de la vertu avec distinction, mais encore faire des exercices pour acquérir des talents pour servir la patrie avec plus de distinction que ses pareils. Il faut donc cultiver la mémoire des belles maximes, des beaux sentiments dans les poètes français, dans le latin et dans la vie des hommes illustres, cultiver l’intelligence dans les arts et dans les sciences, cultiver la justesse de jugement et de raisonnement dans nos discours.

§ 105

Il est utile pour l’agrément et pour le progrès des écoliers de mêler les exercices pour la vertu avec les exercices pour les talents. On leur procurera ainsi sans cesse du nouveau par ce mélange.

§ 106

Mais il faut toujours observer de mettre un peu plus de temps aux exercices de la vertu qu’aux exercices des talents.

§ 107

Il faut enfin que le précepteur se souvienne toujours du but de la bonne éducation : vertus distinguées plus estimables que les talents distingués.

LUNDI MATIN
OBSERVATIONS

§ 108

1° On ne saurait trop diversifier les exercices des écoliers ; ainsi ces vingt articles d’exercices ne sont pas trop nombreux.

§ 109

[*]2° Il semble que l’article de la sphère doit précéder l’article de l’almanach et y être uni23. Il est bon que tous les enfants aient dans leur mémoire les deux ouvrages de ces deux articles et les autres livres classiques de ces sciences pour y avancer tous les mois et tous les ans.

§ 110

[*]3° Je ne m’assujettirais point au saint du jour mais seulement à la lecture journalière des vies des saints les plus grands en vertus, en talents et en bienfaits envers la patrie, avec des réflexions sur la différente valeur de leurs actions et de leurs ouvrages. Il faut enseigner à estimer juste, à blâmer juste, mettre cet article en deux ou trois reprises la moitié du matin et de l’après-dîner. Souvent, dans le saint du jour, il n’y a rien qui soit digne de remarque24.

§ 111

[*]4° Il faut choisir de la Bible latine à traduire les beaux endroits historiques où il y a peinture ou de vices ou de vertus.

§ 112

[*]L’histoire de Joseph, fils de Jacob, où l’on voit sa douceur, son humanité et sa bienfaisance envers ceux qui l’avaient vendu : faire jouer la comédie de ce Joseph faite par l’abbé Genest25. Cela regarde les exercices de la vertu.

§ 113

Je ne voudrais pas leur rien apprendre de Phèdre, cette comédie est trop propre à cacher la grandeur du grand crime de Phèdre, d’avoir accusé ou souffert que l’on accusât un innocent d’un crime capital. L’auteur y a montré de l’esprit, mais non pas de l’horreur pour les grands crimes26. Ainsi il n’a pas gagné du côté de sa réputation.

§ 114

[*]5° La lecture et la répétition du Catéchisme historique27, autre livre classique, peut être très utile pourvu que l’on s’arrête un peu davantage sur les endroits qui fournissent des réflexions sur la justice et sur la bienfaisance, comme les moyens les plus efficaces pour éviter l’Enfer et pour obtenir le Paradis ; c’est un exercice des vertus qu’on peut remettre à l’après-dîner.

§ 115

[*]6° Les auteurs classiques latins à traduire tels que Cicéron dans ses Offices, et quelques endroits de morale d’Horace et de Virgile sont bons à traduire et à retenir par mémoire.

§ 116

[*]7° La lecture de Josèphe est agréable ; c’est aussi un livre classique, mais il faut particulièrement s’arrêter sur les endroits où l’on peut faire remarquer ou la justice et la bienfaisance récompensée et l’injustice punie.

§ 117

[*]8° Parmi les estampes de l’écriture, il faut de même plus étudier celles qui représentent des actions, ou louables ou blâmables, les unes punies, les autres récompensées.

LUNDI APRÈS-MIDI

§ 118

[*]9° Il ne faut point lire la Gazette sans carte de l’Europe : faire observer que, parmi nos concitoyens, il y a des procès, mais qu’il n’y a point de guerres, point de pillages, point d’incendies, point de meurtres, point de sang répandu parce qu’il y a des juges équitables qui veulent faire éviter les malheurs de la guerre et qui ont la force à la main pour punir celui qui veut causer les malheurs de la guerre et qui ne veut pas exécuter leur jugement, mais que les États et les souverains n’ont pas encore jusqu’ici un pareil bonheur que les particuliers d’un État qui a des juges puissants et équitables.

§ 119

Expliquer à l’écolier les intérêts de chaque prince sur chaque article de la Gazette, et lui montrer la justice ou l’injustice, la prudence ou l’imprudence d’un souverain quand on en trouvera des exemples. Faire estimer ou blâmer à propos.

§ 120

[*]10° Morceaux de l’Évangile français à traduire en latin, par exemple, le Sermon sur la montagne de Matthieu où il est dit de la charité bienfaisance, Hoc est enim lex et prophetæ28. C’est l’essentiel de la religion pour obtenir le Paradis.

§ 121

[*]11° Sur l’explication des poètes et autres auteurs classiques, je n’ai rien à dire de plus, sinon qu’il faut les critiquer, c’est-à-dire louer ce qui est louable du côté de l’esprit utilement employé, et à proportion du beau et du bienfaisant qu’il fait observer, et blâmer ce qui est blâmable et à proportion de l’injustice du cœur et de l’injustesse de l’esprit.

§ 122

[*]12° Sur la lecture de l’histoire de France du père Daniel, on pourrait peut-être la commencer plutôt par les derniers règnes, afin que les choses connues menassent avec plus de curiosité vers l’inconnu en remontant aux premiers règnes avec le secours des derniers règnes, et cela me fait penser qu’avant le père Daniel, il faudrait leur faire lire les événements d’aujourd’hui jusqu’au temps dont il parle29.

§ 123

[*]Il faut une ou plusieurs cartes de France sur laquelle ou sur lesquelles on marquera les bornes du royaume sous chaque race.

§ 124

Faire sentir que la longue possession donne aux rois successeurs un droit légitime qu’ils n’auraient peut-être pas sans elle.

§ 125

Justice, bienfaisance et talents distingués dans Saint Louis et Henri IV.

§ 126

[*]13° À l’égard du jeu d’histoire, je le regarde comme une répétition des principales époques et de la chronologie de l’histoire universelle de M. Rollin30 : on peut la faire sur sa table chronologique, qui doit être aussi regardée comme un livre classique comme l’histoire du père Daniel.

§ 127

[*]14° Il me semble qu’il faudrait joindre le jeu du dictionnaire latin avec les livres latins classiques.

§ 128

[*]15° À l’égard de l’arithmétique, il en faut aussi un livre classique et il me semble qu’il serait bon que les écoliers formassent plus souvent des nombres des faits qu’ils auraient à retenir que des nombres qui ne fussent attachés à aucun fait, par exemple, qu’ils se souvinssent plutôt du chiffre 1656 qui signifie le nombre des années avant le Déluge que du chiffre 1657 qui ne signifie rien, 1022 étoiles fixes vues avec les yeux que 1022 riens : quelques dénombrements du Livre des Nombres. Combien, dans une année commune composée de dix ans, il naît de personnes à Londres, à Paris, à Vienne, etc. Combien il y en meurt. Les revenus du roi en temps de paix. Le nombre des évêchés, des paroisses, la dépense militaire de telle année de paix, compris la marine. Ainsi les dénombrements des petits almanachs seraient aussi des livres classiques que les écoliers pourraient apprendre par mémoire31.

§ 129

[*]16° Un livre de blason est aussi un auteur classique. Il est à propos de connaître les armes des grands du royaume et des ministres pour reconnaître leurs carrosses. Très peu de temps à cette étude.

§ 130

[*]17° Livre classique de la sphère et de géographie. Cette étude demande plus de temps que le blason.

§ 131

[*]18° Enseigner à bien lire en public et un peu à bien déclamer des paroles passionnées.

§ 132

[*]19° Dialogue de jurisprudence. Leur apprendre à plaider l’un contre l’autre.

ADDITIONS AU PLAN

§ 133

[*]1° Montrer le soir les constellations et les planètes.

§ 134

[*]2° Enseigner à dessiner.

§ 135

[*]3° Enseigner un peu de musique et de violon.

§ 136

[*]4° Enseigner quelque chose de l’anatomie des animaux.

§ 137

[*]5° Enseigner la justesse dans les jugements et surtout dans les raisonnements par la critique des endroits des livres classiques et autres. Ces exercices méritent plus de temps dans la journée à proportion qu’ils sont plus utiles pour rendre l’esprit juste.

§ 138

[*]Nous trouvons des livres classiques pour les talents. Nous n’en trouvons point pour les vertus, mais on peut en faire par les extraits des vies des grands saints et des grands hommes.

MARDI
OBSERVATIONS

§ 139

1° Comme il y a plus de rapport entre l’italien et l’espagnol, j’aimerais mieux les étudier le même jour et de suite, et comme il y a plus de rapport antre l’anglais et l’allemand, on peut les étudier le mercredi matin et de suite. Ces langues nous sont plus utiles pour nos affaires que le latin. Ainsi il suffit que les écoliers les sachent un peu traduire et surtout les prononcer à peu près comme le latin.

§ 140

L’anglais est fort difficile à prononcer parce qu’il est très mal orthographié et parce que les écrivains anglais n’ont pas eu soin de changer l’orthographe à mesure que leur prononciation a été changée de siècle en siècle sur différents mots. Notre orthographe est moins défectueuse que la leur.

§ 141

Ceux qui, selon leur profession, auront besoin d’apprendre ces langues plus à fond seront bien aises d’avoir déjà acquis le plus difficile dans leur enfance, c’est-à-dire les commencements, comme grammaire et dictionnaire. Il en est de même des sciences : on doit en enseigner dans l’éducation les commencements, afin que ceux qui voudront les approfondir y trouvent moins de difficulté.

§ 142

Mais la science que l’on ne saurait pousser trop loin dans l’éducation, c’est la morale spéculative et surtout la morale pratique. On ne saurait avoir le souvenir des grands motifs de nos actions trop présents pour l’augmentation du bonheur par la pratique de la vertu. C’est que cette pratique regarde toutes les conditions et tous les âges et regarde aussi le bonheur éternel, comme le bonheur temporel.

§ 143

2° Quand l’écolier aura appris à bien écrire lentement, il faut qu’il apprenne à écrire lisiblement et vite.

§ 144

3° L’utilité de la danse, de la musique et des instruments ne durent que dans la première jeunesse ; ainsi il ne faut pas y mettre beaucoup de temps.

§ 145

4° Je ne voudrais de Cicéron que De officiis, Des devoirs de l’honnête homme, afin d’avoir occasion de parler de morale, ce qui est encore plus utile à l’écolier que la grande connaissance du latin.

§ 146

5° Je voudrais l’historien Josèphe en français de M. Arnauld d’Andilly comme livre classique et y faire toujours remarquer, comme dans les comédies, la vertu et les talents récompensés et les injustices punies32.

§ 147

6° Je ne voudrais point d’Ovide, ni de Térence ; c’est qu’il ne faut pour le latin que le savoir bien traduire.

§ 148

7° Je ne vois pas assez de morale l’après-midi du mardi. On pourrait y placer l’Histoire ancienne de M. Rollin, et s’arrêter sur les succès comme effets des talents et des vertus. Je regarde aussi cet ouvrage comme livre classique.

§ 149

La moitié de l’éducation doit être des exercices, ou des lectures des différentes vertus, ou dans les histoires, ou à faire les récits d’actions vertueuses et dans les déclamations, ou dans les représentations, ou dans les chansons historiques, ou odes sur les grands hommes, ou hymnes sur les saints.

§ 150

Il vaut beaucoup mieux choisir six cent trente-trois vies de saints ou de grands hommes pour avoir divers exemples de vertu à imiter que des saints où il n’y a rien à imiter sur les talents et sur les vertus. Il y a des vies qui peuvent durer deux ou trois jours.

§ 151

8° Comme je voudrais que les petits collèges pussent fournir souvent des écoliers aux grands collèges pour la rhétorique et pour les autres sciences depuis douze ans, je voudrais aussi que ces petits collèges pussent élever leurs pensionnaires jusqu’à dix-sept ans et leur enseigner à peu près tout ce que contiennent la plupart des livres classiques de philosophie, et même avec plus de succès, en leur enseignant de bonne heure, comme dès neuf ou dix ans, les commencements de toutes ces sciences, et en les y avançant chaque année par degrés jusqu’au plus haut degré de ces sciences que l’on puisse apprendre dans les livres classiques de chaque science ; et tels seront les jeunes écoliers qui ne sont point destinés à prendre des degrés dans aucune université.

§ 152

De là il suit que, dès neuf ou dix ans, on peut leur enseigner plusieurs expériences et plusieurs raisonnements de physique à leur portée et les commencements de la jurisprudence, de la théologie, de la logique, de la métaphysique, de la chimie, de l’anatomie, de la médecine qui seront à leur portée, et les continuer ainsi d’année en année doucement dans toutes ces sciences humaines, jusqu’au plus haut des livres classiques dont on leur expliquera une partie année par année.

§ 153

9° Il y a une observation importante avant que d’expliquer les sciences qui sont plus curieuses qu’utiles, c’est de montrer aux écoliers en détail leur utilité, combien ils contenterait leurs parents, et combien en les contentant, ils travailleront pour l’augmentation de leur bonheur tant pour cette première vie que pour la seconde vie en pratiquant la reconnaissance envers les parents.

SUR LE MERCREDI
OBSERVATIONS

§ 154

1° Il faut de la chronologie, mais jointe à un peu d’histoire des hommes illustres et à un peu de géographie, et marquer qu’ils doivent leur illustrations à leurs talents et à leurs vertus, et leurs malheurs ou à leur imprudence, ou à leur injustice. On pourrait dresser une chronologie par les hommes illustres de chaque siècle.

§ 155

2° Je ne leur enseignerais ni la quantité des syllabes des mots latins, ni la manière de bien scander les vers de cette langue, si ce n’est peut-être une fois en un mois. J’aimerais mieux quelque autre exercice plus utile.

§ 156

3° À l’égard de la vie des saints et des grands hommes, y joindre toujours la chronologie et la carte géographique et en faire réciter quelquefois quelque chose.

§ 157

4° Retourner des vers latins et en faire est encore plus inutile à l’écolier que le grec ou l’hébreu. Ainsi il faut remplacer cet exercice par un autre, et effectivement cela ne se peut pas présentement compter au nombre des exercices fort utiles ni dans la guerre, ni dans la magistrature, ni dans le clergé, ni dans la négociation, etc.

§ 158

5° Je suis bien aise de voir la politique parmi les sciences dont il faut donner des commencements aux jeunes gens et leur faire attendre le fort et le faible des ouvrages de politique démontrés et non démontrés selon la portée de l’esprit de leur âge.

§ 159

Je donnerais volontiers au petit collège pour en faire un livre classique politique deux exemplaires de mes ouvrages, afin que les précepteurs choisissent les meilleurs endroits.

§ 160

6° Il faut faire quelque table des cas de la politesse extérieure qui est une partie de la bienfaisance, et la faire apprendre par cœur, et une table des impolitesses pour les faire éviter.

§ 161

7° Il faudrait faire une liste des livres classiques, cartes et machines, et le prix, afin de les obtenir des parents.

OBSERVATIONS
SUR LE JEUDI

§ 162

1° Les dialogues sur des sujets de la conversation ordinaire qui se feraient en diverses langues me paraît un exercice utile.

§ 163

2° Faire des questions sur la fable et en faire réciter quelques endroits est un exercice utile quant à présent parmi nous pour attendre les sujets de peinture, de sculpture, les allusions des poètes.

§ 164

3° Outre les fables de La Fontaine qui est un livre classique, je demanderais que l’on ajoutât les vingt plus belles fables de La Motte33.

§ 165

4° Il faudrait travailler à faire un recueil des beaux endroits de nos poètes, 1° pour l’éloquence, 2° pour les mœurs, pour donner horreur des vices et des crimes, 3° pour donner du respect et de l’amour pour la vertu, 4° pour les peintures des grands talents, 5° pour tourner les vices en ridicule.

§ 166

5° Herboriser au jardin du roi et la chimie34.

§ 167

6° Voir des peintres, des sculpteurs.

§ 168

7° Voir plaider à diverses juridictions.

§ 169

8° Voir des artisans de différents métiers : voir les Gobelins35.

§ 170

9° Jeux de commerce36. On les apprend mieux quand on les apprend dès la première jeunesse, et on les apprend à jouer poliment et noblement ; ce sont tous exercices utiles.

OBSERVATIONS
SUR LE VENDREDI

§ 171

Les dialogues sur les lois et sur les questions litigieuses sont des exercices utiles, et pour cela il serait à propos de faire lire quelques factums pour et contre dans les causes célèbres37.

OBSERVATIONS
SUR LE SAMEDI

§ 172

1° J’approuve fort la répétition de la semaine, mais seulement des choses les plus utiles ou par augmenter la vertu, ou pour augmenter les talents les plus utiles à la société.

§ 173

2° Il serait à propos de donner deux prix, un de valeur double pour la distinction dans la vertu, l’autre de valeur simple pour la distinction dans les talents.

§ 174

3° Les donner chaque mois, mais remarquer le samedi sur un registre celui qui aura mieux réussi durant la semaine pour le couronner le samedi de la quatrième semaine.

§ 175

4° On pourrait réformer le tableau des exercices sur ces observations, et le réformer ou perfectionner tous les mois sur les expériences, et sur les réflexions pour en imprimer une centaine d’exemplaires dans un an, afin de les distribuer aux parents, et de pouvoir toujours les perfectionner.

§ 176

5° Il faut une tablature courte pour les régents ou précepteurs, où il n’y ait que peu de mots pour les diriger jour par jour. Mais il en faut une autre raisonnée et motivée pour les parents et pour les amis, afin d’établir la réputation de la méthode, afin de porter les autres à l’imiter.

OBJECTION I

§ 177

Votre plan d’éducation n’est point pour des externes. Il ne peut servir qu’aux pensionnaires. Peu de personnes sont assez riches pour payer des pensions si fortes.

RÉPONSE

§ 178

1° Les pensionnaires sont ordinairement plus jeunes que la plupart des externes et ont plus besoin de préfets pour les contenir dans la chambre et pour les obliger à faire ce qui est prescrit, au lieu que les externes qui sont raisonnables et qui savent l’utilité de leur application ont moins besoin du préfet pour travailler seuls.

§ 179

2° Il est vrai que les externes seront un peu moins bien instruits que les pensionnaires ; mais il est raisonnable que ceux qui ont le moyen d’avoir plus de gens de mérite appliqués à l’éducation de leurs enfants soient mieux servis, et communément, le reste étant égal, il est plus important à la république que les grands et les plus riches aient une meilleure éducation que les pauvres ou les moins riches.

§ 180

3° Il y aura toujours des collèges pour les seuls externes, pour y apprendre la langue latine, mais ils seront moins instruits que les pensionnaires. Il est vrai que la meilleure méthode est la plus chère, mais c’est à cause qu’elle demande plus de précepteurs, ou plus de bons ouvriers pour se servir de cette méthode et pour rendre l’éducation plus parfaite.

OBJECTION II

§ 181

On ne peut pas apprendre le latin ni les langues vivantes si l’on ne commence dès huit ans et vous proposez de ne commencer le latin qu’à dix ans.

RÉPONSE

§ 182

À la bonne heure que l’on commence dès huit ans à apprendre quelque chose du latin, de l’italien, de l’espagnol, de l’allemand et de l’anglais et que l’on mette un peu plus de temps au latin qu’aux autres langues, mais prenez garde de donner trop de temps au moins utile qu’au plus utile.

OBJECTION III

§ 183

Vous préférez les moines aux séculiers pour le gouvernement des collèges. Ainsi tout irait aux moines38.

RÉPONSE

§ 184

1° Il est à propos qu’il y ait des séculiers et de deux sortes de moines, afin de conserver parmi eux trois de l’émulation à qui réussira le mieux39.

§ 185

2° On suppose que les moines que l’on emploiera à cette éducation, lorsqu’ils auront des généraux de leur ordre dans chaque souveraineté où ils travaillent40, connaîtront tous les devoirs de toutes les professions et de toutes les conditions de leur état, et ne seront pas solitaires comme quelques-uns de nos moines : ils auront de la vertu, mais ils auront aussi des talents et seront propres à enseigner les sciences.

OBJECTION IV

§ 186

Vous ne donnez point de jours de congé aux écoliers.

RÉPONSE

§ 187

Je demande pour les écoliers des jours de congé. Car il faut des jours d’amusement, mais je demande que ces amusements leur soient un peu utiles, et cela se peut en choisissant et dirigeant leurs amusements. Mon dessein, au contraire, c’est de parvenir à tourner peu à peu toute leur application et leurs travaux en amusements et en plaisirs innocents, ce qui est difficile, mais non pas impossible avec le temps et avec l’expérience.

§ 188

Dans la plupart des jeux ce qui plaît le plus aux enfants c’est d’y réussir mieux que les autres. Or dans les travaux d’application, il n’y a qu’à les louer à propos sur leurs différents succès.

§ 189

La méthode des bureaux typographiques qui sert aux petits enfants pour apprendre à lire et [à apprendre] le latin avec facilité, et qui est même pour eux un amusement, au lieu que d’apprendre à lire, c’est une grande peine par les autres méthodes, c’est une preuve démonstrative que les plus jeunes enfants peuvent s’appliquer avec plaisir. Il ne leur manque souvent pour d’autres applications que de savoir les réduire en jeux ; mais peu à peu les hommes y arriveront car la raison humaine va tous les siècles en croissant.

OBJECTION V

§ 190

Si vous faisiez une tablature de ce que les régents doivent faire par semaine, par mois, par an dans leurs classes, et les précepteurs dans leurs chambres, vous verriez que votre système est impossible dans la pratique.

RÉPONSE

§ 191

1° On vient de lire un canevas de cette tablature et les régents et les précepteurs peuvent, tous les mois, tous les ans, la perfectionner, mais telle qu’elle est, ils peuvent la mettre en exécution, ainsi elle n’est pas impossible dans la pratique.

§ 192

2° Ce qui est déjà en pratique en petit peut facilement se faire de plus grand en plus grand. Or cette tablature est déjà en pratique dans plusieurs pensions de cinq ou six écoliers à peu près de même âge, c’est ce que j’appelle petits collèges.

OBJECTION VI

§ 193

Dans votre méthode il faudra beaucoup plus de livres classiques aux écoliers, il faudra des maîtres à danser, à chanter, à écrire, à compter, à dessiner, etc. Et c’est une dépense de plus.

RÉPONSE

§ 194

1° Comme ces maîtres viendront pour plusieurs écoliers et peu souvent, il en coûtera moins à chacun.

§ 195

2° Je conviens de quelque dépense de plus, mais c’est peu, en comparaison de la valeur des vertus et des talents dont ils auront acquis les commencements dans la nouvelle méthode d’éducation. C’est faire faire aux parents un marché très avantageux.

OBSERVATIONS SUR DEUX PENSIONS DE PARIS

§ 196

Outre la pension de [•] M. Dalibard, rue de Seine, qui me paraît la meilleure, destinée aux enfants de huit ans jusqu’à douze, il y a encore la pension du bout du pont de Charenton qui est particulièrement destinée aux enfants depuis quatre ans jusqu’à huit ; on s’y sert aussi utilement du bureau typographique pour instruire les enfants en les divertissant. Je [•] préférerais de beaucoup nos collèges à ces pensions si l’on y avait encore plus d’exercices pour diminuer les défauts et augmenter les vertus41.


1.Sur Thomas-François Dalibard et M. de Saint-Isbert, voir l’Introduction à Exercices pour les pensionnaires, § 2.
2.Passage de l’Ancien ou du Nouveau Testament lu ou chanté au début de la messe, avant l’Évangile (voir Furetière, 1690, art. « Épistre »).
3.Les Pères de l’Église considéraient l’historien juif Flavius Josèphe, dont ils ont assuré la transmission, comme le témoin de la vérité de l’Évangile ; son récit de la destruction de Jérusalem venait nourrir l’interprétation de l’événement comme le châtiment du peuple qui refusa de reconnaître le Christ ; voir Jean-Marc Delabre, « Robert Arnauld d’Andilly et l’Histoire des Juifs », Chroniques de Port-Royal, no 46, 1997, Port-Royal et l’Histoire, p. 44-46.
4.Dans la classification des jeux, ceux de commerce se distinguent parce qu’ils ne dépendent pas seulement du hasard mais aussi de « l’industrie » ; on y range le piquet, la triomphe et le trictrac : voir Élisabeth Belmas, Jouer autrefois. Essai sur le jeu dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Seyssel, Champ Vallon, 2006, p. 6, note 24.
5.Voir plus haut, § 10.
6.La Gazette, journal à monopole, fondée en 1631 par Théophraste Renaudot, qui deviendra la Gazette de France, présente les nouvelles de France et de l’étranger.
7.Le bureau renvoie au système typographique de Louis Dumas : voir Avantages des collèges, § 15.
8.Sphère armillaire : « Instrument composé de six grands cercles, et de quatre petits, qui sert à montrer la composition et le mouvement des cieux, dans lesquels on s’imagine un pareil nombre de cercles qui nous expliquent tous les phénomènes ou apparences célestes. Ainsi on dit, il sait bien la Sphère, il enseigne la Sphère » (Furetière, 1690, art. « Sphère armillaire »).
9.Voir plus haut, § 18.
10.Voir plus haut, § 18.
12.Anciennement Jardin royal des plantes médicinales, le Jardin royal des plantes (actuel Muséum d’histoire naturelle à Paris) avait été créé pour contrecarrer le pouvoir de l’Université de Paris ; on y dispensait un enseignement pratique (herborisation, préparation des drogues) et des cours de chimie. Buffon était devenu intendant du Jardin en 1739 et allait en faire un établissement scientifique de premier plan : voir Yves Laissus et Jean Torlais, Le Jardin du roi et le Collège royal dans l’enseignement des sciences au XVIIIe siècle, Paris, Hermann, 1986.
13.Voir plus haut, § 10.
14.Le père Gabriel Daniel (1649-1728), jésuite, est l’auteur d’une Histoire de France, depuis l’établissement de la monarchie française dans les Gaules (Paris, D. Mariette, J.-B. Delespine – J.-B. Coignard, 1696-1713, 3 vol.). Partisan d’une histoire narrative, d’une conception rhétorique de l’histoire, contre l’historiographie érudite, il se référait au modèle du théâtre : voir Béatrice Guion, « L’histoire à l’âge classique, entre narration et érudition », Littératures classiques, no 64, 2007, p. 169-184, en ligne.
15.Sur l’« essentiel de la religion », voir Éducation, § 384.
17.Table : « Une feuille, une planche sur laquelle des matières dogmatiques, historiques, etc., sont digérées, et réduites méthodiquement et en raccourci, afin qu’on les puisse voir plus facilement et d’un même coup d’œil » (Académie, 1740, art. « Table »).
18.Les notes d’auteur qui suivent précisent ce qui relève de l’acquisition des vertus, des talents ou des deux : voir plus bas, § 105.
19.Voir plus haut, § 10.
20.Cette dixième partie consacrée aux pauvres suit le principe de l’Économie, § 8.
21.L’utilisation des récits de vies de criminels à des fins d’édification s’étaient développée dès le XVIe siècle avec les « canards sanglants », faits divers paraissant dans des occasionnels, et le genre des histoires tragiques : voir Maurice Lever, Canards sanglants. Naissance du fait divers, Paris, Fayard, 1993 ; Thierry Pech, Conter le crime. Droit et littérature sous la Contre-Réforme : les histoires tragiques (1559-1664), Paris, H. Champion, 2000. L’héroïsation de la figure du bandit Cartouche à partir de 1721 rend cette exemplarité morale beaucoup plus équivoque, comme le souligne l’abbé de Saint-Pierre lui-même dans son Projet pour rendre les spectacles plus utiles à l’État, in Œuvres diverses de monsieur l’abbé de Saint-Pierre, Paris, Briasson, 1730, t. II, p. 189 ; voir Patrice Péveri, « De Cartouche à Poulailler : l’héroïsation du bandit dans le Paris du XVIIIe siècle », in Être Parisien (Actes du colloque organisé par l’École doctorale d’histoire de l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne et la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et d’Île-de-France, 26-28 septembre 2002), Claude Gauvard, Jean-Louis Robert (dir.), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2004, p. 135-150.
22.Ouvriers : ouvrables (voir Furetière, 1690, art. « Ouvrier »).
23.Sur la sphère, voir plus haut, § 22 ; l’almanach est en principe un calendrier qui contient les douze mois de l’année et ce qui relève du changement des saisons et du mouvement des astres, avec les saints de chaque jour et le cycle liturgique, même si ce contenu finit par disparaître dans des formules éditoriales diverses. Le Calendrier de la Cour, tiré d’un recueil de tables astronomiques rédigé par un membre de l’Académie des sciences, défend à l’époque sa vocation scientifique : voir Véronique Sarrazin-Cani, « Formes et usages du calendrier dans les almanachs parisiens au XVIIIe siècle », Bibliothèque de l’École des chartes, t. CLVII, livraison 2, 1999, p. 417-446, en ligne.
24.Voir plus haut, § 93.
25.Charles-Claude Genest (1639-1719), confrère de Castel de Saint-Pierre à l’Académie française, était l’auteur d’une tragédie intitulée Joseph vendu par ses frères (1711). Sous le même titre, le P. Gabriel-François Le Jay avait composé auparavant une tragédie en latin Josephus venditus, représentée en 1704 au collège de Louis le Grand.
26.Voir le Projet pour rendre les spectacles plus utiles à l’État, in Œuvres diverses de monsieur l’abbé de Saint-Pierre, Paris, Briasson, 1730, t. II, p. 188-189.
27.Le Catéchisme historique, contenant en abrégé l’histoire sainte et la doctrine chrétienne de Claude Fleury (1679), mis à l’Index car jugé favorable au jansénisme, connut de nombreuses rééditions.
28.Mt, XXII, 40, Vulg. : « In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetae » : « Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements » (trad. Lemaître de Sacy).
29.Voir plus haut, § 75. Le père Daniel commence son Histoire de France, depuis l’établissement de la monarchie française dans les Gaules (Paris, J.-B. Delespine, 1713, t. I, préface historique, p. ij) avec Clovis, déclaré fondateur de la monarchie française.
32.Flavius Josèphe, Histoire des Juifs […], traduite […] par M. Arnauld d’Andilly, Paris, P. Le Petit, 1668, 5 vol. ; sur cette traduction, voir Jean-Marc Delabre, « Robert Arnauld d’Andilly et l’Histoire des Juifs », Chroniques de Port-Royal, no 46, 1997, Port-Royal et l’Histoire, p. 46-51.
33.Antoine Houdar de La Motte (1672-1731), chef de file des Modernes à l’Académie française, que l’abbé de Saint-Pierre défendit auprès d’un correspondant dans sa querelle contre Anne Dacier (« Lettre à M. le duc de *** à Versailles, 22 janvier 1714 », publiée par Merle L. Perkins dans The French Review, vol. XXX, no 1, 1956, p. 59-60), était l’auteur d’un recueil de Fables nouvelles (Paris, G. Dupuis, 1719).
34.Raccourci pour voir des expériences de chimie.
35.La manufacture royale des Gobelins, située à Paris dans le faubourg Saint-Marcel, célèbre pour ses tapisseries de haute lisse.
36.Voir plus haut, § 10.
37.Les mémoires écrits imprimés et diffusés des avocats, ou factums, destinés à influencer le public pour faire pression sur les juges, sont devenus au XVIIIe siècle un phénomène éditorial : voir Geoffrey Fleuriaud, « Le factum et la recherche historique contemporaine. La fin d’un malentendu ? », Revue de la BNF, no 37, 2011, p. 49-50, en ligne. Au moment où Saint-Pierre écrit paraissent les Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées, recueil constitué par l’avocat François Gayot de Pitaval (Paris, Au Palais, 1734-1745, 20 vol.).
38.Cette objection semble concerner le Projet pour perfectionner l’éducation, § 445.
39.Les deux sortes de moines désignent sans doute d’une part ceux appartenant aux ordres anciens (ordres de Saint-Benoît, de saint-Augustin et mendiants), parmi lesquels les contemplatifs que Saint-Pierre jugent les moins utiles, et d’autre part les ordres dévoués à l’enseignement (jésuites, oratoriens, doctrinaires, Frères des écoles chrétiennes), aux malades ou aux pauvres (lazaristes, Filles de la charité), qui s’affranchissent des contraintes monastiques ; voir l’Introduction à Établissements.
40.De conviction gallicane, Saint-Pierre reproche aux jésuites d’être inféodés à une puissance étrangère, leur Général résidant en Italie : voir Saint-Maur, § 7.
41.Sur les pensions et l’innovation pédagogique, voir l’Introduction à Exercices pour les pensionnaires, § 3 .