Pour citer ce texte

PRÉSERVATIFS [•] CONTRE LA FAMINE

§ 1

La peste, la guerre et la famine sont trois sources funestes de la destruction des hommes et de l’affaiblissement des États. Ceux qui gouvernent ne sauraient trop chercher et employer trop de moyens pour les faire tarir, ou du moins pour en diminuer les malheureux effets.

§ 2

Dans le Projet de paix perpétuelle et dans un ouvrage postérieur1, j’ai montré que les moyens proposés par Henri le Grand2 pour garantir les peuples des guerres civiles et étrangères étaient sûrs et faciles. J’ai depuis proposé les moyens de diminuer les sources des procès3, sorte de guerre entre les citoyens qui rend la vie très fâcheuse et désagréable. Je me borne dans celui-ci à parler des moyens d’éviter, ou du moins de diminuer, le mal de la famine.

GRANDEUR DU MAL

§ 3

Nous appelons temps de famine les années, les mois où le blé est si cher que le bas peuple ne peut pas gagner assez d’argent par son travail pour acheter assez de pain pour nourrir sa famille, car alors, faute de pain et par l’effet naturel des mauvais aliments qu’il substitue au pain, [une] partie du bas peuple périt.

§ 4

Les riches, par le salaire qu’ils donnent pour le travail des pauvres, les font subsister ; les pauvres par leur travail à cultiver les terres des riches et à soutenir les manufactures procurent les commodités et les richesses des riches : ils ont besoin les uns des autres4.

§ 5

Le pain bourgeois5 pour l’ordinaire vaut depuis dix ans, mois commun, année commune, deux sous la livre à Paris ; les ouvriers des métiers qui reçoivent vingt sous n’auraient, ce semble, qu’à demander aux marchands qui font travailler ces ouvriers trente sous par jour au lieu de vingt, et les marchands, qui vendent aux riches, n’auraient, ce semble, qu’à augmenter le prix de leurs marchandises d’un tiers ; ce seraient alors les riches seuls qui ont besoin de ces marchandises qui se ressentiraient de la cherté du pain.

§ 6

Mais il y a une réponse à cette objection, c’est que les riches achètent un tiers moins de certaines marchandises quand elles sont plus chères d’un tiers ; ils retranchent leur dépense, leurs domestiques et leur consommation d’un tiers ; ainsi le marchand leur vendant un tiers moins de marchandise ne saurait entretenir de travail que les deux tiers d’ouvriers qu’il entretenait avant la famine ; on emploie moins de journaliers ; ainsi il est nécessaire6 qu’une partie du bas peuple meure de faim faute de trouver un travail qui lui rapporterait une subsistance suffisante.

§ 7

Ce qui est à craindre pour ceux qui passent pour riches et surtout pour nouveaux riches, c’est que le bas peuple ne s’attroupe et que, poussé en même temps d’un côté par le désespoir de trouver de la subsistance, et de l’autre par l’espérance de s’enrichir par le pillage, n’aille piller les maisons de ces nouveaux riches et même celles des magistrats qu’on accuse alors souvent sans raison ou de négligence, ou de prévarication.

§ 8

Nous avons eu deux famines en seize ans, c’est-à-dire en 1692 et en 1709, et nous en avons depuis deux mois une présentement à Paris en septembre 1725, seize ans après 1709.

§ 9

Quand le setier7 de froment pesant 240 livres est à 18 £ ou 360 sous8 à Paris, le pain commun, ou pain bourgeois, y vaut environ deux sous la livre9, qui est un prix où le laboureur gagne suffisamment sa vie pour trouver son compte à semer du froment. J’écris ceci lorsque l’once10 d’argent à 11 deniers de fin vaut cent sous ou cinq livres ; ainsi supposons que le setier de froment pèse deux cents quarante livres et que le pain commun soit à deux sous.

§ 10

Quand le pain commun est à quatre sous la livre, il est trop cher de moitié ; et quand il est à six sous, il est trop cher des deux tiers. Or aujourd’hui 7 septembre 1725, il est à sept sous ; voilà une famine pour Paris ; il est vrai qu’elle ne dure que depuis deux mois et qu’elle n’est pas dans toutes les provinces, et comme on commence à user de froment nouveau et que la récolte paraît abondante, la famine ou la cherté du froment va aller en diminuant parce qu’on ne prendra au plus que la huitième partie, c’est-à-dire six semaines de nourriture, sur la récolte qui doit nous nourrir douze mois ; et nous pouvons dans la suite de l’année tirer une huitième partie de l’étranger.

§ 11

La cherté n’est jamais égale dans toutes les provinces d’un royaume ; voilà pourquoi le marchand de blé transporte de celle où il est à bon marché dans celle où il est plus cher, de sorte que lorsque les chemins sont bons et les rivières navigables cette marchandise se communique de proche en proche et va en plus grande abondance là où il est plus cher et où est la plus grande disette ; et quelquefois à force de transport il s’en trouve en si grande abondance qu’il y devient tout d’un coup à meilleur marché que dans le pays d’où il est venu.

§ 12

D’un autre côté, quand le blé a été fort cher une année dans un pays, on y laboure plus de terres et on la cultive mieux les années suivantes ; cela y rapporte une si grande abondance de cette denrée qu’elle devient peu à peu à trop bon marché, c’est-à-dire à un si bas prix que le laboureur se dégoûte de mettre tant de terre en blé ; il aime mieux y faire paître des moutons ou semer du lin, du chanvre etc., de sorte que la trop grande abondance de certaines années peut causer la famine des années suivantes s’il n’y a aucun moyen qui puisse soutenir le blé à un prix suffisant pour encourager à labourer11.

§ 13

S’il y a vingt millions d’habitants en France12, il y en a au moins quatre millions qui vivent de leur travail presque au jour la journée, et de ces quatre millions il y en a au moins un quart qui manquent de travail et qui meurent faute de subsistance quand la famine est longue et totale ; mais en ne supposant que deux cent cinquante mille personnes mortes par famine dans chacune de nos deux dernières famines, l’État y aurait perdu plus de cinq cent mille habitants ce qui est une furieuse perte.

§ 14

Un auteur anglais, grand supputateur13, estime que chaque personne du peuple, l’une portant l’autre14, enfant, homme, vieillard, vaut à l’État durant sa vie vingt livres par an au delà de sa subsistance, sans compter la force des troupes sur terre et sur mer15 ; ainsi les deux dernières famines ont coûté au royaume plus de dix millions de rente sans compter l’augmentation des troupes et la diminution de la multiplication des hommes.

§ 15

On dit que la dernière peste de Provence et de Languedoc16 a fait périr plus de deux cent mille personnes, mais les pestes sont beaucoup plus rares que les famines ; nous en dirons un mot dans la suite de ce mémoire.

CAUSES DE LA FAMINE

Première cause
Disette réelle totale dans le total de l’État

§ 16

La première cause est la disette réelle, c’est-à-dire [le] défaut réel et effectif d’une quantité suffisante de froment, de seigle, d’orge, de blé noir ou sarrasin, d’avoine, de mil, de riz, de lentilles, de pois, de fèves, de haricots pour nourrir tous les habitants du royaume.

§ 17

La disette de ces grains n’est jamais égale dans un grand royaume, 1° parce que ni la sécheresse ni la pluie excessives ne sont jamais, ni égales, ni totales dans une longueur de deux cent lieues ou de huit degrés du nord au sud, et dans une pareille largeur de l’Est à l’Ouest, 2° parce qu’il y a des terres dans la même province les unes maigres qui profitent des pluies excessives, les autres grasses qui profitent d’une sécheresse excessive, 3° parce que les temps de la moisson n’est pas également pluvieux partout puisque la moisson ne se fait pas partout au même mois.

§ 18

La disette réelle n’est donc jamais égale dans un grand royaume, mais seulement partiale17 et inégale, alors les provinces bien traitées soit dans la saison de l’accroissement des blés, soit dans la saison de la récolte fournissent de leur blé superflu aux provinces qui en manquent, et cela se fait naturellement de proche en proche, de marché en marché, à mesure que le dernier marché approche de la ville, où le blé est le plus cher, car alors cette ville devient une espèce de centre de tous les marchés environnants ou le blé est moins cher que chez elle.

§ 19

Quand les provinces abondantes ne suffisent pas pour faire subsister les provinces disetteuses, alors on s’adresse aux royaumes voisins qui n’ont point eu ni sécheresse ni pluie excessives, et l’on s’adresse surtout à ceux de qui on peut en recevoir par les voitures d’eau dont le transport coûte dix fois, vingt fois moins que par les voitures de terre.

Seconde cause
Disette de grains imaginaire mais regardée comme réelle

§ 20

Il peut arriver et il arrive souvent que l’opinion que prennent les riches, que le blé manquera et qu’il sera très cher dans trois mois, engage plusieurs d’entre eux à faire des magasins de blé lorsqu’il est a un prix médiocre, et ils en font pour un quart plus de temps qu’ils n’en ont besoin, et jusqu’à la récolte nouvelle.

§ 21

Cette opinion et ces achats extraordinaires font bientôt enchérir le blé au marché parce qu’il s’y trouve plus d’acheteurs que de vendeurs, les marchands de blé prenant la même opinion en font de leur côté des magasins ; ils en achètent et n’en vendent plus, et les gros fermiers qui ont dans leurs granges et dans leurs greniers des magasins naturels n’en portent point ou peu au marché parce qu’ils espèrent le vendre plus cher dans la suite, et comme il se trouve à chaque marché beaucoup plus d’acheteurs que de vendeurs, le prix du blé monte tellement en peu de temps surtout vers le commencement d’avril18, que dans le mois de juin on sent une vraie famine dans les lieux où cette opinion a prévalu, quoi qu’il y ait effectivement dans ces lieux-là beaucoup plus de blé qu’il n’en faut pour la subsistance ordinaire des habitants.

§ 22

Ainsi, l’abondance réelle du grain ne suffit pas pour se garantir de la famine, il faut encore que l’opinion de l’abondance ou du moins de la suffisance passe dans tous les esprits, car l’opinion fausse de disette fait le même effet que la disette réelle puisqu’elle est cause que le prix du blé monte à une somme excessive.

MOYENS

§ 23

Je vais proposer quelques préservatifs et quelques remèdes contre ces deux espèces de causes.

Moyen général
Établissement d’un bureau contre la famine dans chaque grande ville

§ 24

1° Il faut qu’il y ait dans les villes où il y a 40 ou 50 mille habitants un bureau dans l’hôtel de ville chargé de veiller aux moyens d’éviter la famine, et il faut que dans la capitale du royaume, outre le bureau particulier de la ville, il y ait un bureau général de correspondance avec [•] le bureau des provinces, pour connaître perpétuellement le prix des blés il faut y joindre au scrutin plusieurs des habitants recommandables par leur capacité et leur probité, pour examiner et vérifier les états des curés et syndics de chaque paroisse de la quantité des grains recueillis à la dernière moisson et faire punir les contrevenants pour prendre des mesures avec l’intendant ou celui qui aura la principale inspection sur la police des grains de la province et enfin pour en faire venir des pays ou des provinces qui en ont trop et où ils sont à bon marché.

§ 25

2° Ce bureau saura : 1° ce qu’il y a d’habitants dans tel canton, dans telle province ; 2° ce qu’il faut de blé pour la nourriture suffisante de chaque habitant l’un portant l’autre19 ; 3° ce qu’il y a de blé de trop ou de trop peu en tel canton, ainsi il saura bientôt la quantité [•] qu’il faut y en faire entrer, et les moyens de n’être pas trompé sur le nombre de la sortie.

§ 26

3° Comme ce bureau sera perpétuel les mémoires y seront perpétuellement gardés, on y gardera de même les règlements qui seront faits chaque année et les motifs de chaque article de ces règlements, on y délibérera pour le choix des meilleurs moyens proposés selon les différents cas, et de toutes ces délibérations et règlements motivés le président en fera composer un recueil dont chaque membre aura copie pour s’instruire et pour en vérifier les différents articles par lui-même, et en rendre compte à la compagnie de sorte que s’il arrivait un intendant qui ignorât cette partie de son ministère, il peut être en peu de temps fort instruit en profitant des observations des membres précédents, et ce recueil se voit perfectionné tous les ans sur les mémoires tant des membres que des autres personnes habiles qui auraient communication de ce recueil.

§ 27

4° Les villes voisines se communiqueraient leurs recueils d’observations, et cette communication servira à perfectionner toutes les années le livre contre la famine. On proposera même dans chaque assemblée les observations pour perfectionner ce recueil.

§ 28

5° Ce bureau sera composé de gentilshommes, de magistrats, d’ecclésiastiques au nombre de douze ou quinze selon la grandeur de la ville. Et comme le même bureau peut servir à faire un recueil des précautions et des remèdes contre la peste et autres maladies épidémiques, il est à propos qu’il y ait dans ce bureau deux médecins et deux chirurgiens qui seront chargés de perfectionner le recueil des observations pour garantir de la peste et pour en guérir ceux qui n’ont pu en être garantis.

§ 29

6° Il suffira dans les temps où il n’y a rien à craindre que ce bureau s’assemble tous les quinze jours pour perfectionner le livre. Il faut pour les assistants un jeton d’environ demi once ou de 50 sous, ce sera environ huit onces ou un marc d’argent ou 40 £ par assemblée ; or 25 assemblées feront cent pistoles de frais qui seront pris sur une légère augmentation d’octrois ou d’entrée20.

§ 30

7° Sans un pareil établissement perpétuel ceux qui sont à la tête de la police seront toujours très mal instruits et très mal secourus dans ces malheurs publics en comparaison de ce qu’ils pourraient l’être avec le secours d’un pareil bureau perpétuel, toujours prêt à conseiller et à pratiquer conformément aux expériences passées. Avec ce secours, ils prendraient leurs mesures et leurs informations d’assez loin, ils ne prendraient plus de mauvais partis et prendraient toujours les meilleurs, et avec un pareil secours on sauvera un nombre prodigieux d’habitants que l’on aurait vu périr faute d’expérience et de connaissances suffisantes.

§ 31

Non seulement ce bureau sera tout prêt à prendre tous les meilleurs partis possibles, mais il y aura encore deux avantages pour le public. Le premier, ce sera le centre de tous les avis des bons citoyens sur le malheur public. Le second, c’est que chacun sera sûr que ceux qui composent le bureau sont les plus instruits des faits, les plus éclairés et les mieux intentionnés, ce qui rassure fort chaque habitant dans la calamité publique et l’on ne saurait croire combien cette confiance peut produire de bons effets, de patience dans les uns, et des soulagements effectifs des plus pauvres.

§ 32

8° Nous commençons à devenir un peu habiles sur la famine et sur la peste, quand ces maux sont passés et quand ils ont fait leur ravages contre la race humaine ; et faute de bureau perpétuel, ce commencement d’habileté périt avec la vie de ceux qui s’étaient instruits, le mal recommence au bout de quinze ou vingt ans et rien n’est prêt, soit pour s’en garantir, soit pour y remédier. Nous avons établi sagement dans les grandes villes des précautions et des hommes pour remédier aux incendies, nous avons des garnisons perpétuelles de précaution dans nos places frontières contre tels et tels ennemis qui peuvent nous attaquer et nous causer les malheurs de la guerre. Nous avons deux autres ennemis formidables, la peste et la famine qui nous attaquent de temps en temps, et nous n’avons point encore imaginé d’avoir un bureau perpétuel exprès qui serait une espèce de garnison de précaution contre ces deux espèces d’ennemis, soit pour les éviter, soit pour diminuer les maux qu’ils causent à ceux qui n’ont pris aucune précaution.

§ 33

9° L’invention des bureaux passagers pour prendre les bons partis dans les affaires extraordinaires, importantes et passagères, est une invention toute des plus simples et des plus utiles : c’est que l’on applique vers un même but huit ou dix bons esprits dont la force réunie fait un beaucoup plus grand effet. L’émulation pique, la contradiction éclaircit, on n’approuve pas tout parce que le plus souvent tout n’est pas également bon, on ne rejette pas tout, on retient dans un avis tout ce qu’il y a d’utile et chacun prend dans l’assemblée un courage, une confiance, une nouvelle ardeur, dont on serait privé sans le secours de l’assemblée ; or les moyens d’éviter les guerres civiles et étrangères, la peste et la famine ne sont-ce pas des affaires très importantes, ne sont-elles pas perpétuelles ? Pourquoi donc négligera-t-on toujours de former des bureaux perpétuels pour garantir les peuples de ces trois sortes de malheurs ?

Moyens particuliers

§ 34

Je ne prétends pas proposer tous les moyens particuliers, mais faire ici un canevas propre pour donner à examiner ce bureau afin de le rectifier et de l’augmenter tous les ans de divers autres moyens subalternes.

Premier moyen particulier
Dénombrement des habitants

§ 35

1°. Il est évident que pour donner ordre à la subsistance annuelle des habitants soit d’une ville soit d’une province il faut d’abord savoir deux choses : la première est le nombre de ces habitants, la seconde la quantité de pain qu’ils consomment par semaine.

§ 36

2°. On m’a assuré qu’il y a environ huit cents mille habitants dans Paris et qu’il faut environ quatre-vingt mille muids21 de froment par an ou quatre-vingt mille setiers par mois ; or chaque setier pèse environ deux cent quarante livres, une livre de froment mis en farine, dont on ôte le son et dans laquelle on met de l’eau produit une livre de pain commun, ce qui ferait à peu près les trois quarts d’une livre de pain par jour pour chacun des huit cent mille habitants ; l’un portant l’autre22, cela revient à deux cent quatre vingt-huit livres pesant par an ou à peu près ; cette supputation des trois quarts d’une livre de pain par jour, ou de cinq livres et un quart par semaine pour un ménage de six personnes, deux hommes, deux femmes et deux enfants de sept ans a paru juste à plusieurs personnes.

§ 37

3°. Dans la plupart des provinces les dénombrements des habitants sont faits depuis peu d’années23 ; on peut les faire dans les autres provinces avec facilité ; le nombre des habitants croît tous les ans d’environ mille sur huit cent mille ou d’une huit centième partie, en voici la preuve : à Paris où il y a huit cent mille habitants, il meurt année commune dix neuf mille personnes et il y en naît environ vingt mille ; l’accroissement est donc de mille sur huit cent mille, ou d’un sur huit cents. J’ai vu le dénombrement de l’intendance de Caen où est le bourg de Saint-Pierre-Église, et il s’y est trouvé environ huit cent mille habitants24, c’est-à-dire que cette généralité n’a pas plus d’habitants que Paris, ainsi, cette intendance n’a besoin que de quatre vingt mille muids de blé par an ; or l’on verra, je crois, par les dénombrements des grains qu’il y croît la moitié plus qu’elle n’en peut consommer et qu’elle seule pourrait fournir Paris de blé.

§ 38

4°. Dans les provinces où le dénombrement n’a pas été fait il est facile de le faire.

Second moyen particulier
Dénombrement des grains

§ 39

1° Ce n’est point une chose difficile que les curés et autres décimateurs sachent au 15 octobre combien de gerbes ils ont recueillies de divers grains et combien il faut de gerbes au boisseau25 pesant 48 livres et par conséquent au setier de froment mesure de Paris pesant environ deux cent quarante livres ; ainsi on peut, par le même arrêt du conseil qui établira les bureaux contre la famine, assujettir tous les curés et autres décimateurs à envoyer tous les ans au 15 octobre au greffe de la subdélégation de l’intendant le mémoire de ce qui a été recueilli de grains pour la dîme dans leur paroisse et à quel nombre se paye la dîme à peine de vingt livres d’amende pour l’hôpital.

§ 40

2° Un curé qui a recueilli deux mille cinq cents gerbes de froment et qui a reconnu qu’il ne faut que cinq gerbes au boisseau pesant 48 livres voit qu’il aura 400 boisseaux, ou cent setiers pesant 240 livres chacun ; or comme il sait que la dîme se paie à la treizième gerbe, il sait que le total du blé de cette année de sa paroisse est de treize cents setiers, dont il a pour sa part 100 setiers26.

§ 41

3° Il faut un setier et un cinquième en sus ou 288 livres de froment pour chaque habitant ; or s’il y a six cents habitants dans cette paroisse, il faudra environ 430 setiers pour la subsistance de la paroisse, et environ 20 setiers de déchet restera, pour 450 setiers que les habitants de cette paroisse ont à vendre aux paroisses voisines et aux cantons voisins, qui ou par la nature du terroir ou par la mauvaise saison, ou par la grêle n’en ont pas recueilli assez pour leur subsistance mais qui ont plus recueilli de vin ou d’autres denrées qu’elles n’ont besoin et dont la paroisse abondante en blé à besoin.

§ 42

4° L’intendant verra ainsi facilement par les états que lui enverront ses subdélégués, combien il y a plus de grain dans son intendance que l’année précédente, ou combien il y en a de moins ; s’il y en a trop d’un quart il prend ses mesures pour en faire porter aux provinces, ou même aux pays étrangers qui en manquent, surtout lorsque le blé commencera à y être plus désiré et plus cher.

§ 43

5° Le Conseil qui aura tous les états des grains du royaume et la comparaison avec l’année précédente dont le prix commun du froment sera marqué verra en peu d’heures de quel côté il faut porter du secours et comme il sera pareillement informé par ses correspondants dans les pays étrangers du prix du blé, il verra facilement où il est plus avantageux de porter celui que nous aurons de trop.

§ 44

6° Quand le Conseil verra une fois clairement quel secours il peut tirer de telles et telles provinces sans leur faire aucun préjudice, il n’y en aura jamais aucune affamée par trop d’enlèvement.

§ 45

7° Comme il verra de bonne heure le besoin de telle province, il pourra de bonne heure y donner ordre et empêcher que le prix du blé n’y monte trop haut tout d’un coup, ce qui est le plus dangereux effet de la famine, parce qu’il y jette subitement la crainte dans l’esprit du peuple et le riche fait des magasins qui font trop enchérir le blé au préjudice du pauvre.

§ 46

8° Le plus grand avantage de ce dénombrement des blés et des habitants, c’est qu’il mettra la sûreté et la tranquillité dans les esprits du côté de la famine, c’est-à-dire, sur le prix excessif du blé, et j’appelle prix excessif quand il est à un prix trois fois aussi grand que le prix commun ; supposons par exemple que le prix commun du froment ou du pain commun soit deux sous la livre à Paris et le setier à [•] 18 £, la famine commencera lorsque la livre sera à quatre [sous] et le setier à 36 £.

§ 47

9° Il est certain que c’est la crainte excessive et subite de manquer de pain qui le fait monter subitement à un prix excessif où les mettent les riches qui craignent d’en manquer. Or avec la connaissance qui viendra d’un dénombrement exact, il est visible que soit par le transport de province à province ou de souveraineté à souveraineté, il sera très facile d’empêcher de bonne heure que le blé ne monte jamais plus qu’au double. En voici la raison : c’est que le marchand est fort content de gagner en trois mois tous frais faits cinquante pour cent ; or il gagnera soixante et quatre-vingts pour cent avant que le blé soit arrivé au double, car s’il arrivait au double il gagnerait alors cent pour cent presque sans aucun risque.

§ 48

10° Le Conseil qui saura par exemple ce qu’il y aura de trop de blé dans les deux intendances maritimes de Normandie ne donnera jamais permission d’en enlever que le trop ; et comme chacun sera sûr qu’il en reste assez et même encore un peu trop, les riches ne feront plus subitement de magasins, parce qu’il y a toujours à perdre à en faire subitement ; c’est que plusieurs ne sauraient en faire promptement et en même temps sans faire beaucoup enchérir le blé même dont ils font des magasins ; et par conséquent ils achètent le blé un tiers, une moitié plus cher en faisant subitement des magasins qu’ils ne l’achèteraient s’ils se contentaient de l’acheter au marché à mesure qu’ils le consomment.

§ 49

On dit que feu M. Colbert avait fort goûté ces deux moyens et qu’il méditait de les mettre à exécution lorsqu’il mourut en 1683. Ainsi je ne fais ici que ressusciter un bon projet qui était enseveli, c’est aux Colberts futurs d’exécuter ce qu’il n’avait que projeté27.

Troisième moyen particulier
Défendre les magasins dans le commencement de la cherté

§ 50

On vient de voir que les terreurs paniques et mal fondées de manquer de pain portent les riches à en faire subitement des amas qui puissent les nourrir eux et leurs familles jusqu’à la récolte suivante, et au-delà, et à faire ces amas non dans la vilité28, mais dans le commencement de la cherté.

§ 51

La même opinion que le blé enchérira du double dans trois mois porte les marchands de blé à en acheter beaucoup tout d’un coup à l’envi et à en faire des magasins pour les revendre moitié plus cher au peuple ; or ces magasins de marchands particuliers sont préjudiciables au peuple, puisqu’ils ne sont faits que pour le vendre [•] trop cher au peuple ; ainsi il faut les défendre en tout temps sous des peines suffisantes et laisser les blés chez les fermiers dans leurs granges et dans leurs greniers qui sont les magasins de la première main.

§ 52

Cette même opinion empêche les cultivateurs riches de battre leur blé promptement, de le porter au marché ; il n’y a que les cultivateurs pressés par leurs créanciers qui y portent le leur. On n’a rien à dire au cultivateur, ni au seigneur qui reçoit des redevances en blé, qui gardent leur blé dans leurs granges ou dans leurs greniers sans vouloir puisqu’ils risquent de vendre tard à bon marché ce qu’ils auraient vendu plus cher trois ou quatre mois plus tôt ; aussi la défense que je propose ne les regarde pas. Voici l’article du règlement proposé :

§ 53

Il est défendu à tout particulier ou communauté sous peine de confiscation d’acheter du blé même pour la consommation et la nourriture de sa famille au-dessus de 15 jours de nourriture, à moins qu’il n’y ait permission par écrit de l’intendant ou du subdélégué qui portera la quantité, et cette permission ne se donnera que lorsque le pain commun sera au-dessous de deux sous la livre ou le froment au-dessous de 18 £ le setier à Paris pesant 240 livres et la monnaie d’argent à 11 deniers de fin sur le pied de 40 £ le marc.

§ 54

La confiscation sera jugée par l’intendant les deux tiers au profit du dénonciateur, et l’autre tiers au profit des douze plus pauvres familles de la paroisse qui seront nommées par l’intendant.

Éclaircissement

§ 55

1°. Le premier effet de cette défense, c’est de contenir la terreur panique et d’empêcher que le prix du blé n’augmente trop par les nouveaux magasins que voudraient faire les riches.

§ 56

2°. Le second effet c’est que la crainte de ne pouvoir faire de magasins quand le froment est à 18 £ le setier engagera les riches à en faire tandis qu’il est au-dessous ; car comme la défense de faire des magasins quand il est cher est nécessaire pour empêcher que le prix du blé ne devienne tout d’un coup excessif, aussi la liberté d’en faire est très utile pour empêcher que le froment ne demeure longtemps à un trop bas prix et ne décourage le cultivateur.

§ 57

3°. En général, dans un grand royaume où l’on trouve : 1° que les mois de la moisson ne sont pas les mêmes ; 2° que les grêles n’arrivent que par petits cantons ; 3° qu’il y a moitié de terres grasses cultivées et moitié de terres maigres, et que la grande sécheresse est utile aux unes et les grandes pluies utiles aux autres ; 4° qu’il y a des chemins pavés, des canaux et des rivières navigables, et la mer pour la facilité du transport de province à province ; 5° que ce royaume est environné, et au Sud, et au Nord, de différents États abondants en blés ; 6° que l’on peut y avoir facilement le dénombrement exact des blés qui y croissent chaque année et des habitants qu’il faut nourrir et de ce que chacun y en consomme ; 7° que l’on peut facilement mettre une sorte de police dans les achats subits des riches ; on voit, dis-je, que ce sera toujours faute d’ordre et de police quand dans un pareil royaume le prix du blé passera le double d’ordinaire et qu’ainsi dès qu’il y aura un peu d’ordre, ce royaume sera pour jamais à couvert de la famine.

§ 58

Il se trouvera des difficultés dans la formation de l’édit de précaution contre la famine et contre son exécution ; car quel est l’établissement où il ne s’en trouve point ? Mais le Bureau général et les bureaux particuliers trouveront bientôt les moyens de les lever.

Quatrième moyen
Magasins d’un mois

§ 59

1°. Comme il peut arriver quelques manques d’attention, ou de la part des intendants, ou de la part du conseil pour donner les ordres nécessaires, il ne serait pas inutile que chaque ville eut dans différents quartiers des magasins pour un mois de subsistance. On remplirait tous les ans ces magasins dans le mois de janvier où il est à meilleur marché, et tous les ans on vendrait le même blé aux marchés au mois d’août. Et comme il est toujours plus cher d’un quart dans ce mois-là que dans le mois de janvier, la ville aurait toujours de quoi se récompenser des pertes, du déchet, des frais de remuage et de l’intérêt de l’argent.

§ 60

2°. Ce mois de subsistance en réserve ferait que durant ce temps-là et avant que le prix du blé eut passé le double du prix ordinaire, l’intendant et les autres officiers du bureau, auraient le loisir de se tourner et de donner les ordres nécessaires pour en faire venir sûrement des divers endroits ce qui serait un préservatif sûr contre la famine, c’est-à-dire pour empêcher que le prix du blé ne passât jamais le double de son prix ordinaire ; il ne faut que du soin et de l’ordre pour s’en préserver, et avec un bureau il y aura du soin et de l’ordre.

§ 61

3°. Il faut toujours empêcher que l’on ne vende ces blés réservés à un prix plus cher que le double de l’ordinaire, c’est-à-dire plus haut que quatre sous la livre ; je craindrais la prévarication dans cet article si la disposition de ces magasins était en d’autres mains que celles du bureau contre la famine.

Cinquième moyen
Police d’Angleterre

§ 62

Il y a en Angleterre un acte du parlement par lequel lorsque la livre de froment n’est qu’à deux sous de notre monnaie présente, l’État donne au marchand pour en transporter en pays étranger un dixième du prix de son achat, par exemple mille livres, si l’achat de sa cargaison monte à dix mille livres, mais dès qu’il vaut plus de deux sous la livre, il est défendu d’en transporter29.

§ 63

Il paraît que le but de cet acte est d’encourager le labourage et la culture des terres et par conséquent de faire en sorte que l’Angleterre ait toujours une grande abondance de grains et soit par conséquent moins sujette aux famines, car quand il y en a assez pour en fournir les autres pays voisins, il n’est pas à craindre qu’il n’y en demeure assez pour la subsistance du peuple anglais.

§ 64

On peut user de cette même police et faire en France un pareil règlement, j’approuve à tout ce qui tend à augmenter la sûreté, mais il se peut bien faire que le seul moyen tiré des dénombrements des blés et des habitants, et la défense des magasins particuliers suffira et que l’on n’aura plus besoin ni de magasins pour un mois, ni de police des Anglais pour nous garantir des famines futures, ce qui est le but que je m’étais proposé.


1.Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, Utrecht, A. Schouten, 1713, t. I et II ; Utrecht, A. Schouten [Lyon, Deville], 1717 [1716], t. III.
2.Le projet de paix attribué au roi Henri IV a été développé dans les Mémoires des sages et royales économies d’État, de son ministre, Maximilien de Béthune, duc de Sully (Amsterdam [Sully-sur-Loire], [J. Bouquet], s.d. [1638]). L’abbé de Saint-Pierre se présente en continuateur du monarque dans son Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe (Utrecht, A. Schouten, 1713, t. I, p. IX ; 1717, t. III, p. 431-434).
3.Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, Mémoire pour diminuer le nombre des procès, Paris, Cavelier fils, 1725.
4.Interdépendance soulignée par Boisguilbert qui invoque dans cette complémentarité des riches et des pauvres une vue de la Providence (Pierre de Boisguilbert, Traité des grains, in Collection des principaux économistes, t. I, Économistes-financiers du XVIIIe siècle [1843], Eugène Daire (éd.), Osnabrück, O. Zeller, 1966 [réimpression de l’édition de 1843], p. 358-359).
5.Les pains étaient catégorisés en fonction de la qualité de la farine. Les Parisiens qualifiaient la farine de première qualité de « blanche », celle de qualité intermédiaire de « bis-blanc » ou de « blanc bourgeois » et enfin celle de troisième ordre de « bis ».
6.Nécessaire : qui arrive infailliblement (Furetière, 1690).
7.Le setier correspond à 1,56 hectolitre.
8.Dans le système monétaire d’Ancien Régime, les unités de compte étaient la livre, le sou et le denier. Une livre valait 20 sous ou 240 deniers.
9.À Paris au XVIIIe siècle, la livre équivalait à 489 grammes.
10.Once : ancienne unité de mesure du poids qui valait 30,59 grammes. Une once correspondait à un huitième du marc ou un seizième de la livre de Paris.
11.L’idée que cherté et dépréciation du blé se succèdent a été exprimée par Boisguilbert qui impute le phénomène à l’interdiction d’exporter à l’étranger (Pierre de Boisguilbert, Traité des grains, p. 372).
12.Pour la population de la France, le jésuite J. B. Riccioli donnait vingt millions en 1661, Vauban 19 094 146 en 1706-1707 ; voir Michèle Virol, « Connaître et accroître les peuples du royaume : Vauban et la population », Population, vol. LVI, nº 5, 2001, p. 848.
13.Sur ce terme, voir Chemins, § 36, note 18.
14.L’un portant l’autre : « Faisant compensation de ce qui est moindre avec ce qui est meilleur » (Académie, 1694).
15.William Petty (1623-1687) estime la valeur d’une population d’après le produit du travail, en prenant en compte la dépense et le revenu national dont on déduit la valeur du produit des terres et de la propriété. Le produit du travail est capitalisé sur un certain nombre d’années et divisé par le nombre d’habitants. Cette valeur humaine permet d’estimer le coût des épidémies, des guerres et varie selon le pays, la catégorie professionnelle ; voir William Petty, Political Arithmetick, or a Discourse Concerning the Extent and Value of Lands, People, Buildings […] [1676], chap. I, [32], « The Value of People », in The Economic Writings of Sir William Petty, Charles Henry Hull (éd.), Cambridge, University Press, 1899, vol. I, p. 267.
16.La peste dite de Marseille apparue en 1720 toucha des villes de Provence, du Languedoc et du Comtat Venaissin. On évalue aujourd’hui à 120 000 le nombre de décès dus à l’épidémie ; voir Jean-Noël Biraben, Les hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, Paris / La Haye, Mouton, 1975, t. I, p. 230-306.
17.Partial, ici pour partiel : « qui ne concerne qu’une partie » (TLF, art. « partiel », « Étymologie et histoire »).
18.Début de la période traditionnellement appelée « soudure » qui correspond aux trois mois qui précédent la nouvelle récolte.
19.L’un portant l’autre : « Faisant compensation de ce qui est moindre avec ce qui est meilleur » (Académie, 1694).
20.L’octroi est un prélèvement fiscal que les villes pouvaient lever elles-mêmes sur la valeur des marchandises importées (Académie, 1740). L’entrée désigne tout impôt qu’on levait sur les marchandises qui entraient dans une ville, dans un royaume (Furetière, 1690).
21.Le muid de blé se composait à Paris de 12 setiers de 156 litres et équivalait à 1 872 litres.
22.L’un portant l’autre : « Faisant compensation de ce qui est moindre avec ce qui est meilleur » (Académie, 1694).
23.À l’occasion de la disette de 1692-1693, de celle de 1709, de l’établissement de la capitation en 1694, à l’initiative des autorités et sur les instructions de Vauban, il fut procédé à des dénombrements de population qui serviront de base au Dénombrement du royaume de Saugrain dont l’abbé de Saint-Pierre utilise l’édition de 1720 ; voir Taille, § 53, variante.
24.L’abbé de Saint-Pierre s’appuie sur le Nouveau dénombrement de la France de Saugrain (Paris, Saugrain, 1720, Seconde partie, p. 66), comptant 1 228 paroisses et 156 341 feux dans la généralité de Caen, dont dépend sa paroisse d’origine, Saint-Pierre-Église. Il compte une moyenne de 110 familles par paroisse, et donc de six personnes par famille ; voir Taille, § 53.
25.Boisseau : récipient destiné à mesurer les grains et autres matières sèches dont la capacité variait selon les lieux et les époques. À Paris au XVIIIe siècle, le boisseau de blé valait 12,67 litres et pesait 20 livres-poids, soit le douzième d’un setier. Mais dans ce passage Saint-Pierre utilise le grand boisseau de 48 livres-poids. Un setier de Paris (240 livres-poids) équivaut à 5 grands boisseaux ; voir par exemple le grand boisseau de Niort (Pierre Charbonnier et Abel Poitrineau, Les anciennes mesures locales du Centre-Ouest […], Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2001, art. « Capacité (Mesures pour les grains) », p. 177 sq.).
26.Comme l’auteur estime qu’il faut 5 gerbes de froment pour remplir un grand boisseau et qu’il suppose une dîme de 1/13e de la récolte, on peut en déduire les volumes suivants dans son exemple de prélèvement d’une dîme de 2 500 gerbes : dîme = 2 500 gerbes = 500 grands boisseaux (et non « 400 » reporté par erreur) = 100 setiers ; récolte totale (dîme incluse) = 32 500 gerbes = 6 500 grands boisseaux = 1 300 setiers.
27.En 1663, Colbert, comme intendant des finances, lance une enquête dans les généralités. Sous son ministère, en 1666, est organisé un dénombrement de la population, puis des terres cultivées et des têtes de bétail en Nouvelle France ; voir Jacqueline Hecht, « L’idée de dénombrement jusqu’à la Révolution française », in Pour une histoire de la statistique française, t. I, Contributions [1977], Paris, Economica / INSEE, 1987, p. 44-45.
28.Vilité ou vileté : qualité de ce qui est vil, à bas prix (Furetière, 1690).
29.En 1688, le gouvernement de Guillaume III concéda aux propriétaires terriens des primes à l’exportation des blés pour encourager l’agriculture ; Boisguilbert, dans son Traité des grains, y a vu un moyen de soutenir le prix du grain tout en favorisant sa production (Traité des grains, p. 360, in Collection des principaux économistes, t. I, Économistes-financiers du XVIIIe siècle [1843], Eugène Daire (éd.), Osnabrück, O. Zeller, 1966 [réimpression de l’édition de 1843]).