ÉCRITS SUR LA GRANDEUR ET SUR LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES
INTRODUCTION PAR SARAH GRÉMY-DEPREZ1
ÉTABLISSEMENT ET ANNOTATION DES TEXTES PAR CAROLE DORNIER
S’il est un auteur de l’Antiquité que l’on retrouve de manière récurrente dans les œuvres de Castel de Saint-Pierre, c’est bien Plutarque. Au début des Observations pour rendre la lecture des Hommes illustres de Plutarque beaucoup plus agréable et plus utile, celui-ci reconnaît que, parmi les ouvrages anciens, il s’agit de son préféré2. Cette préférence prend différentes formes dans l’œuvre de l’abbé de Saint-Pierre dont certaines sont bien connues.
Il suffit, tout d’abord, de parcourir les titres des œuvres de l’abbé pour se rendre compte qu’un certain nombre d’entre elles font directement écho aux Vies de Plutarque ; il en est ainsi des Observations pour diriger ceux qui écrivent la vie des hommes illustres, de l’opuscule Sur le grand homme et sur l’homme illustre, des Observations pour rendre la lecture des Hommes illustres de Plutarque beaucoup plus agréable et plus utile, de Thémistocle et Aristide ou modèle pour perfectionner les Vies de Plutarque ou encore de Lycurgue et de la Vie de Solon.
§ 3Joseph Drouet attribue partiellement à la lecture des Vies des hommes illustres l’origine de l’intérêt de l’auteur pour la politique : « La fréquentation de Plutarque fut loin d’être étrangère à cette nouvelle et définitive orientation de l’abbé de Saint-Pierre et, pour s’en étonner, il faudrait ne pas connaître la vogue dont a joui à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIe l’auteur des Vies des hommes illustres »3. Il faut dire que trois traductions du recueil circulent au début du XVIIIe siècle : celle d’Amyot, renouvelée par celles de l’abbé Tallemant des Réaux et des Dacier. Les citations que Castel de Saint-Pierre fait des Vies, et en particulier de la Vie de Solon, révèlent qu’il utilisait l’édition de Dacier4.
§ 4La place privilégiée dont jouit Plutarque dans l’œuvre de l’abbé de Saint-Pierre trouve deux justifications majeures sous sa plume : d’abord, ce dernier est profondément convaincu de l’utilité publique de la lecture des Vies, à condition – et c’est là la deuxième raison pour laquelle l’auteur des Vies parallèles est si présent – que ces Vies soient perfectionnées. Quel rôle l’abbé réserve-t-il aux Vies des hommes illustres dans la réforme politique qui doit mener ses concitoyens au bonheur ? Dans quelle mesure est-il redevable à Plutarque de sa théorie des grands hommes ? En quoi la fonction conférée à ces Vies engage-t-elle en même temps qu’une inflexion du genre du bios5 une transformation de la représentation des acteurs de l’histoire ?
L’UTILISATION DES VIES DANS LE PROJET POLITIQUE DE CASTEL DE SAINT-PIERRE
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES : PIERRE DE TOUCHE DE L’ACADÉMIE DES BONS ÉCRIVAINS
§ 5L’ancien académicien propose une réforme de l’Académie française réorganisée en différents bureaux et rebaptisée pour l’occasion « Académie des bons écrivains ». Dès la préface du Projet pour rendre l’Académie des bons écrivains plus utile à l’État, il place l’œuvre historique de Plutarque au cœur de sa réforme littéraire et politique :
Il serait donc à propos que les plus éloquents et les plus vertueux [écrivains] fussent employés à écrire des ouvrages les plus propres pour perfectionner les mœurs de la nation, tels que sont les vies des hommes illustres qui ont procuré les plus grands bienfaits à leur patrie. Ces sortes d’ouvrages, quand ils sont vivement et sagement écrits, peuvent plus contribuer que tous autres à rendre les lecteurs tous les jours plus sensés, plus laborieux, plus vertueux et la nation entière plus heureuse. Tel doit être le but du bon gouvernement et d’un bon gouverneur (Académie des bons écrivains, § 2-3).§ 6
La tâche du bureau de prédilection de l’Académie des bons écrivains, nommé le « bureau de l’éloquence et des vies des hommes illustres », consiste à lire « ce qui sera fait sur la vie des hommes et des femmes illustres avant et depuis Plutarque parmi toutes les nations ». Ce travail sera l’occasion de mettre en œuvre « l’art d’écrire agréablement et sensément » et de « donner au public l’histoire du monde et de chaque siècle par les personnes illustres qui y auront vécu » (ibid., § 42-43). Enfin, les membres de ce bureau se consacreront au perfectionnement des « Vies de Plutarque qui auront été écrites pour [leur] siècle » (ibid., § 44). Cette dernière citation est particulièrement intéressante puisque l’expression « les vies de Plutarque » transformée en expression courante et appliquée à l’époque contemporaine révèle que les biographies morales écrites par Plutarque sont devenues le modèle historique et moral unique auquel les œuvres littéraires devront se conformer6.
§ 7L’œuvre littéraire est subordonnée entièrement à l’éducation du public :
Il est certain qu’un pareil travail contribuerait infiniment à rendre les mœurs de nos jeunes gens beaucoup plus vertueuses et plus aimables, il y en aurait beaucoup moins d’oisifs et de débauchés ; les bons citoyens ne seraient plus si rares et ceux qui se tourneraient vers les talents et vers la vertu y feraient à l’envi de beaucoup plus grands progrès ; il en résulterait pour les hommes du peuple des exemples beaucoup plus nombreux de justice et de bienfaisance ; et comme ils n’ont guère d’autre éducation que les exemples des riches et des grands, la nation entière en deviendrait beaucoup plus vertueuse et par conséquent beaucoup plus heureuse (ibid., § 85).
EFFICACITÉ DES VIES POUR FAÇONNER LES ESPRITS
§ 8À ce titre, il faut rappeler que, dans les opuscules portant sur l’éducation, Castel de Saint-Pierre recommande avec vigueur la lecture des Vies des hommes illustres ou des femmes illustres. La position privilégiée dont jouit l’œuvre biographique de Plutarque se justifie par la conception utilitaire que l’abbé se fait de l’histoire et en particulier des Vies. Il ne doute pas que la diffusion à grande échelle de ces Vies perfectionnées trouvera un écho dans les esprits et rendra possible un changement des comportements. Il donne les raisons d’une telle efficience :
C’est qu’aucun autre ouvrage des anciens n’est si propre que Plutarque à enseigner les plus importantes maximes de la politique, et de la morale, à inspirer aux jeunes gens du courage et de la constance dans les travaux qu’ils entreprennent pour acquérir des talents utiles à la société ; aucun ouvrage des Grecs et des Romains ne donne tant d’éloignement de la fainéantise, de la mollesse, de l’intempérance et des injustices et n’inspire tant de désir d’imiter les grands hommes dont il nous a laissé les peintures. C’est dans ces vies que la jeunesse pourra apprendre à juger sainement de la véritable valeur des actions des grands hommes, à mépriser toutes les petites glorioles des enfants et des femmes, et à estimer la véritable gloire des grands hommes (ibid., § 21-22).§ 9
L’efficacité de cette lecture s’exerce à deux niveaux. D’abord, sur le plan du savoir, elle prodigue une connaissance morale et politique particulièrement utile. En outre, elle enseigne et stimule la vertu des jeunes lecteurs par le biais de l’exemplarité. La description des succès ou au contraire des échecs conduit les hommes politiques sur la voie de la prudence. Par l’entremise de sa forme moralisante et encomiastique, elle crée cette émulation si précieuse dans l’éducation aux yeux de l’abbé et attise le plaisir d’être distingué, principale motivation et ressort essentiel de l’action humaine. Enfin, le plaisir que procure cette lecture rend le souvenir de la vie des grands hommes d’autant plus prégnant (Plutarque, § 1).
§ 10Pourtant, afin d’être parfaitement utiles, les Vies des hommes illustres de Plutarque doivent être révisées et rectifiées selon des normes édictées par l’abbé lui-même.
L’ÉCRITURE ET LA RÉÉCRITURE DES VIES DE PLUTARQUE
L’INTERTEXTUALITÉ PLACÉE SOUS LE SIGNE DE L’AMBIVALENCE
§ 11L’abbé de Saint-Pierre se réclame de Plutarque et proclame l’utilité de ses œuvres mais il ne cesse de le revisiter, de l’amender et donc de souligner son imperfection7. L’ajout d’une préface, l’écriture d’opuscules fournissant des instructions aux écrivains ainsi que la conception de Vies offertes en exemples à ces mêmes écrivains révèlent une insuffisance et une faille dans l’utilisation de l’œuvre de Plutarque pour ses projets politiques. L’ambiguïté de cette relation est justifiée par la représentation optimiste que l’abbé se fait de l’histoire des hommes.
Plutarque, en nous rassemblant les tableaux des hommes illustres des Grecs et des Romains, nous a tracé un plan pour nous inviter à rassembler les tableaux des hommes illustres des autres nations, soit parmi nos anciens, soit parmi leurs successeurs et nos contemporains. Mais comme la raison humaine s’est fort perfectionnée en quinze ou seize siècles, nous pouvons présentement rendre le plan de son ouvrage beaucoup plus agréable et surtout beaucoup plus utile aux lecteurs (Thémistocle et Aristide, § 1).§ 12
L’exigence de perfectionnement du genre du bios est légitimée par sa conception de l’histoire de l’humanité qui progresse de siècle en siècle. Plutarque était excellent mais, compte tenu du temps écoulé, des progrès que l’humanité a faits, il est nécessaire de soumettre son œuvre à révision. De même, les académiciens chargés de réécrire les Vies de Plutarque ou d’écrire des biographies historiques à la manière de Plutarque seront conduits inévitablement à perfectionner celles de leurs prédécesseurs : « Ainsi les plus beaux ouvrages de morale iront en se perfectionnant incessamment de règne en règne, de siècle en siècle » (Académie des bons écrivains, § 83).
LA RÉVISION DE PLUTARQUE : L’INFLEXION DU GENRE DU BIOS ENGENDRÉE PAR DES PRÉOCCUPATIONS LITTÉRAIRES EXCLUSIVEMENT MORALES
§ 13La révision de l’œuvre de Plutarque à laquelle se livre Castel de Saint-Pierre prend des formes multiples et fait des Vies un genre extrêmement codifié et contraint, entièrement soumis à l’exigence d’édification morale. Les moyens employés participent du « contrôle des ouvrages de l’esprit » comme le fait bien remarquer Carole Dornier8 et s’apparentent à une forme de censure. Plusieurs ouvrages exposent les instructions données par l’abbé.
§ 14Le contrôle des Vies de Plutarque s’exerce d’une part, en amont, sur les écrivains. Dans les Observations pour diriger ceux qui écrivent la vie des hommes illustres et dans les Observations pour rendre la lecture des Hommes illustres de Plutarque beaucoup plus agréable et plus utile, l’abbé donne un véritable programme aux académiciens chargés de composer des Vies. En nouveau Plutarque, il offre quatre modèles de Vies à ses contemporains selon une « méthode » qu’il imagine approuvée par Plutarque lui-même (Thémistocle et Aristide, § 2).
§ 15D’autre part, l’abbé ne se contente pas d’exercer un contrôle sur la production contemporaine des Vies, il l’exerce, en aval, sur les lecteurs eux-mêmes : l’opuscule Sur le grand homme et sur l’homme illustre qui se présente comme une préface aux Vies de Plutarque lui permet de s’assurer que la lecture des Vies de Plutarque sera, elle aussi, entièrement subordonnée à l’utilité publique.
§ 16Les instructions données à l’écrivain modifient considérablement l’œuvre de Plutarque selon un fil directeur exclusivement moral. Les Vies réécrites par l’abbé de Saint-Pierre sont plus brèves de moitié que les originales. L’expurgation du contenu s’accompagne d’une recomposition de la matière biographique à des fins exclusivement édifiantes.
§ 17Dans l’avertissement du premier couple de Vies offert en exemple aux académiciens, Castel de Saint-Pierre condense les instructions données aux biographes autour de la métaphore récurrente de la peinture (Thémistocle et Aristide, § 11-18), empruntée à Plutarque lui-même, qui déclarait à propos de Lucullus que le portrait le plus beau n’était pas celui qui reproduisait le corps et le visage de l’homme, mais celui qui mettait en lumière « son caractère et son comportement »9. La reprise de cette métaphore filée par Plutarque tout au long de cette digression situe d’emblée l’abbé de Saint-Pierre dans la même perspective morale. Sans doute suggère-t-elle avec une pertinence particulière le but que l’abbé assigne à son œuvre : des arrêts sur des images, des scènes, des portraits particulièrement stimulants et édifiants. Elle implique donc pour le biographe une mise en scène extrêmement précise et efficace des vices et des vertus afin d’inciter le lecteur à imiter ces hommes illustres dont le comportement est à même de faire triompher de nouvelles valeurs.
§ 18De fait, cette posture lui fait négliger la narration dont la trame chronologique est réduite à sa plus simple expression dans les Vies de Lycurgue et de Solon qu’il rédige. La méthode qu’il prodigue aux académiciens incite à négliger le déroulement narratif linéaire au profit de scènes édifiantes. Il conseille, en effet, de collecter dans les Vies de Plutarque ou dans les œuvres de ses contemporains les passages les plus susceptibles de provoquer de l’horreur pour le vice et de l’ardeur pour la vertu, puis de les perfectionner « soit en y ajoutant, soit en y retranchant, soit en rangeant mieux les images » (Vie des hommes illustres, § 32).
§ 19Sa prédilection pour la morale se conjugue à un désintérêt pour la vérité historique, en tout cas, quand elle concerne l’Antiquité. Ainsi, quand Thémistocle se retira en Perse, Artaxerxès lui offrit le revenu de quelques villes perses ; Plutarque évoque les différentes versions transmises par plusieurs historiens concernant le nom de ces villes ; Castel de Saint-Pierre passe sous silence ces différentes sources et choisit la version qui met en valeur la confiance accordée par le souverain perse à Thémistocle10.
§ 20De la même manière, les Vies de Lycurgue et de Solon écrites par l’abbé sont simplifiées à l’extrême au point d’escamoter une grande partie de leur œuvre législatrice. L’éducation de la jeunesse à Sparte est traitée de manière sommaire par notre auteur, tandis que Plutarque lui consacre plusieurs pages11. Les récits de vie auxquels se consacre l’abbé semblent suivre une unité d’action : tous les éléments qui ne serviront pas à rendre la vie du personnage exemplaire sur un plan moral sont expurgés. Ce pragmatisme moral appliqué à la littérature lui fait mépriser les détails culturels et historiques qui rendaient l’œuvre de Plutarque si précieuse aux yeux des humanistes, mais qui ne relèvent sous la plume de l’abbé que de la « curiosité excessive » (Plutarque, § 13). Dans les Vies, Plutarque réduit lui aussi la trame historique afin de se focaliser sur l’action du héros ; Castel de Saint-Pierre pousse la « désinvolture vis-à-vis de la précision historique »12 propre à son modèle au point d’occulter certains événements historiques, y compris ceux qui pourraient mettre en lumière la personnalité du héros. Les choix narratologiques plutarquéens se trouvent amplifiés, sous la plume de l’abbé, par une logique moralisante poussée à son paroxysme : là où Plutarque déplace l’éclairage des faits sur les personnages, l’abbé escamote des pans entiers de l’histoire et écrase la perspective chronologique afin d’éclairer seulement les aspects édifiants des héros qu’il dépeint. Plutarque condense et stylise les faits historiques pour mettre en lumière la personnalité dans son entier de son héros ; l’abbé, lui, les ignore ou ne les utilise que dans la mesure où ils servent l’image morale qu’il veut renvoyer du personnage.
§ 21La logique moralisante s’exprime dans le désir de voir s’ajouter aux Vies une préface écrite par l’abbé lui-même13 ainsi que des observations morales et politiques rédigées par un philosophe et placées à la fin de chaque Vie. Il a lui-même développé quelques observations portant sur les Vies de Thésée, de Romulus, d’Épaminondas, de Scipion (Plutarque, § 31-189). Dans ces observations, la dimension historique, réduite – rappelons-le – à une dimension chronologique, se trouve escamotée au profit d’une perspective moralisante : le déroulement narratif est disloqué et fractionné en paragraphes thématiques aptes à mettre en lumière les vertus des grands hommes. La conception de ces observations permet à l’abbé d’opérer une sélection encore plus fine que celle à laquelle il s’est livré dans la révision des Vies. Il choisit quelques épisodes narratifs soulignant les traits de caractère qui font du personnage un grand homme ou un homme illustre, l’intelligence, l’éloquence et le courage pour Thésée. De même, il sélectionne des épisodes mettant en scène les maux et l’opprobre dont furent victimes certains de ces héros afin de détourner le public des vices qui les y ont conduits. À ce titre, les observations constituent une forme d’aboutissement dans l’entreprise de recomposition des Vies.
§ 22En 1733, dans les Observations pour diriger ceux qui écrivent la vie des hommes illustres, l’abbé recommande de supprimer les parallèles ou les « comparaisons », c’est-à-dire ce qui faisait la spécificité de l’œuvre de Plutarque14. Ceux-ci sont accusés de diminuer l’engouement du lecteur pour le grand homme et son désir de lui ressembler (Vie des hommes illustres, § 16-18). Cette recommandation se trouve cependant nuancée en 1737 par l’idée selon laquelle le lecteur pourra tirer profit d’une comparaison bien menée (Plutarque, § 20). Il donne les critères qui permettent de construire une comparaison utile aux lecteurs dans les Observations pour rendre la lecture des Hommes illustres de Plutarque beaucoup plus agréable et plus utile, en prenant l’exemple d’un parallèle entre Épaminondas et Scipion :
Ce qui est de plus important au lecteur dans les comparaisons entre des grands hommes, c’est de pouvoir juger : 1° Lequel des deux fut le plus sensible au plaisir de la distinction. 2° Lequel connut mieux la distinction la plus précieuse. 3° Lequel eut plus de talents nationaux plus importants au bonheur public, et au plus haut degré. 4° Lequel connut mieux la plus grande utilité publique. 5° Lequel eut plus de zèle pour cette utilité publique. 6° Lequel procura de plus grands bienfaits, soit à la société humaine en général, soit à sa patrie en particulier (Plutarque, § 173-179).§ 23
Le parallélisme tel que le conçoit Plutarque se trouve dévoyé. Chez ce dernier, c’était un moyen de mener une vaste enquête sur les Grecs et les Romains dont il cherchait à explorer les similitudes et les différences : les destins très contrastés de la Grèce et de Rome interdisaient toute comparaison des passés collectifs. La multiplication des confrontations de destins individuels se substituait à une comparaison plus générale des destinées des grandes cités antiques. Dans ces parallèles, Plutarque explorait « ensemble l’histoire de Rome et de celle des cités grecques pour s’assurer que, de même que les cultures, les mœurs sont semblables, que sinon les histoires, du moins les hommes du passé sont tout à fait comparables »15.
§ 24À l’inverse, dans les comparaisons inédites qu’il propose, Saint-Pierre ne se soucie pas de choisir des hommes de pays différents16. De même, la récurrence des comparatifs introduit une forme de surenchère et de compétition et traduit le « désir de distinction », si cher à l’abbé17. À la différence de Plutarque, Saint-Pierre ne cherche pas à trouver le parallèle et l’analogue mais bien à distinguer celui qui répond le mieux aux critères qui font le grand homme. Là où Plutarque analyse la diversité, Saint-Pierre vise à l’édification du public.
LE GRAND HOMME : LA RÉÉVALUATION DES ACTEURS DE L’HISTOIRE
§ 25Castel de Saint-Pierre propose une véritable expurgation des Vies pour en extraire la substantifique moelle, c’est-à-dire les critères qui font du personnage historique un grand homme et qui peuvent pousser le lecteur dans la voie de la vertu sociale. Le détournement du genre du bios se conjugue à un changement de perspective en ce qui concerne les héros de ces biographies. Cette perspective s’inscrit dans le célèbre mouvement de « démolition du héros » entamé au milieu du XVIIe siècle puis poursuivi par le Télémaque de Fénelon. À la suite de l’évêque de Cambrai, Castel de Saint-Pierre condamne les héros guerriers qui incarnaient la grandeur politique aux yeux du siècle passé18.
§ 26L’abbé propose une grille de lecture précise pour départager le grand homme et l’homme illustre. Celle-ci est exposée dans Sur le grand homme et sur l’homme illustre auquel l’abbé souhaite assigner le rôle de préface aux Vies de Plutarque. Il y énonce les critères distinctifs de l’homme illustre et du grand homme (Grand homme, § 70-73) puis donne des exemples significatifs illustrant cette nouvelle hiérarchie. Dans Sur le grand homme et sur l’homme illustre, il explique que le grand homme est « distingué par ses grands talents, par sa grande vertu et par ses grands bienfaits », tandis que l’homme illustre « est à la vérité distingué par ses grands talents et par ses grands bienfaits, mais non par sa grande vertu » (ibid., § 2, var.). Cette définition est nuancée quelques pages plus loin à propos d’Alexandre dont l’abbé dit qu’il n’« est au plus qu’un homme illustre, et moins illustre par ses grands bienfaits envers la Grèce, sa patrie, que par ses grands succès» (ibid., § 10). Alexandre mérite à peine la dénomination d’homme illustre justifiée dans son cas par le caractère spectaculaire de ses victoires19.
§ 27La hiérarchie qui prévalait quelques décennies auparavant se trouve renversée : César et Alexandre sont disqualifiés ; Alexandre est jugé inférieur à Épaminondas (ibid., § 10). Quant à César, il est comparé à Sylla et condamné au profit de Pompée (ibid., § 17-24)20. Les parallèles pour lesquels l’abbé montre si peu d’engouement sont réutilisés ici pour distinguer l’homme illustre du grand homme. Alexandre est accusé de n’avoir été d’aucune utilité pour la Macédoine et pour la Grèce ; quant à César, si son action a pu être bénéfique pour Rome, elle n’en cachait pas moins une ambition féroce. À ces guerriers conquérants l’abbé substitue d’autres grands hommes dont l’unique point commun est de correspondre aux critères énoncés plus haut. Nous ne pouvons que nous étonner de la diversité des noms cités : Épaminondas, Solon, Scipion, Sylla, Caton ou encore Descartes. L’extraordinaire variété des fonctions – général, législateur, homme d’esprit – de ces grands hommes ainsi que le caractère surprenant du choix de certains – Sylla ! – se comprennent si l’on adopte le point de vue de l’auteur. Ces grands hommes ne sont jugés qu’à l’aune de leur vertu et de leur dévouement total au bien de leur patrie21. Du coup, les particularités transmises par le biographe qu’était Plutarque sont reléguées au second plan, parfois même escamotées au profit de valeurs que Castel de Saint-Pierre souhaiterait voir triompher parmi les siens. Les Vies écrites par l’abbé nous semblent confirmer l’uniformisation morale des héros de Plutarque ; les larges ellipses concernant leur vie, la volonté systématique de les doter de talents oratoires (Lycurgue, § 22 ; Thémistocle et Aristide, § 22) quand Plutarque n’en parle pas ou bien affirme le contraire22, l’insistance sur leur dévouement au bien public mettent en lumière de nouvelles valeurs sur lesquelles Saint-Pierre croit pouvoir fonder le progrès social.
§ 28Les Vies des hommes illustres de Plutarque innervent une partie de l’œuvre littéraire et des projets politiques de l’abbé. Ce dernier souhaite les placer au cœur de sa réforme politique mais à condition de les réviser au point d’en faire des œuvres extrêmement différentes de celle de Plutarque. Tout se passe comme si la prise de conscience du rôle que peut être amenée à jouer l’œuvre de Plutarque sur un plan social et politique du fait de son extraordinaire diffusion a conduit l’abbé de Saint-Pierre à en faire l’un des fondements de son projet politique et, du coup, à élaborer avec la précision que l’on sait sa théorie des grands hommes. Nous pouvons donc penser que la révision et les commentaires des œuvres de Plutarque ont été une étape décisive du cheminement intellectuel qui a conduit l’abbé à la théorie des grands hommes.
§ 29En outre, nous percevons l’extraordinaire plasticité de l’héritage plutarquéen : les Vies, du fait de leur richesse, ont pu nourrir une certaine conception de l’héroïsme dont l’un des modèles majeurs peut être celui du condottiere machiavélien et en même temps étayer la théorie du grand homme, artisan du progrès historique. Elles apparaissent comme incontournables dans le cadre d’une réflexion sur la causalité historique et les acteurs de l’histoire23.
NOTE SUR L’ÉTABLISSEMENT DES TEXTES
SUR LE GRAND HOMME ET SUR L’HOMME ILLUSTRE
MANUSCRITS
Différence entre grand homme et homme illustre, in Mémoires de M. l’abbé de Saint-Pierre, BNF, ms. fr. 12453, f. 19r-28r.
Mise au net correspondant à la première version imprimée (A), comportant des corrections autographes (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90643289/f25.image).
Addition pour perfectionner et rectifier le discours sur la différence, d’entre [sic] l’homme illustre et le grand homme, BNF, ms. N. A. fr. 11232, f. 231r-232v.
Copie, avec quelques corrections autographes, de l’Addition, de l’Objection et de sa réponse incluses dans l’imprimé de 1737 (C) (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100844308/f233.item).
Sur le grand homme et sur l’homme illustre, BPU Neuchâtel, ms. R165, p. 81-123 ; mention autographe (p. 81) : « Revu et corrigé fév. 1741. Tom. 14 ».
Copie de l’imprimé de 1740, avec quelques additions et corrections autographes.
IMPRIMÉS
« Discours de M. l’abbé de Saint-Pierre sur la véritable grandeur et sur la différence qui est entre le grand homme et l’homme illustre », in Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts [Mémoires de Trévoux], janvier 1726, p. 146-179 (A).
Contenu : Discours sans sous-titres, comportant, après des remarques liminaires, les mêmes développements que les éditions suivantes jusqu’à celui, inclus, sur les grandes places et les grandes qualités.
Discours sur la grandeur et sur la sainteté des hommes, in Ouvrages sur divers sujets, Paris, Briasson, 1728, t. I, p. 269-317 (B).
Contenu : [Propos liminaires], p. 269 ; Différence qui est entre l’homme illustre et le grand homme, p. 269-270 ; Épaminondas, Alexandre, Solon, p. 271-274 ; Scipion, César, Sylla, Caton, p. 274-282 ; Descartes, p. 282-287 ; Petits motifs unis aux grands talents, p. 287-295 ; Henri IV, p. 295-298 ; Charles Quint, p. 298-300 ; Grandes places, grandes qualités, p. 300-305 ; [Additions au texte A :] Différence entre grand homme et grand saint, p. 305-311 ; Différence de grandeur entre les saints, p. 311-314 ; Conclusion, p. 314-317.
Sur le grand homme et sur l’homme illustre, in Ouvrages politiques, Rotterdam, J. D. Beman, 1737, t. XI, p. 33-90 (C).
Contenu : Avertissement, p. 33-34 ; Solon, Épaminondas, Alexandre, p. 34-38 ; Scipion, César, Sylla, p. 38-46 ; Caton, p. 46-48 ; Descartes, p. 48-53 ; Motifs communs de ceux qui ne sont que des hommes illustres, p. 53-61 ; Henri le Grand, p. 61-64 ; Charles Quint, p. 64-66 ; Grandes places, grandes qualités, p. 66-71 ; Différence entre grand homme et grand saint, p. 71-77 ; Différence de grandeur entre les saints, p. 78-81 ; Conclusion, p. 82-85 ; [Additions au texte B :] Addition : articles 1 à 4, p. 85-87 ; Objection, p. 88-89 ; Réponse, p. 89-90. Cette version a été reproduite à la tête de l’Histoire d’Épaminondas de l’abbé Séran de la Tour (Paris, Didot, 1739), sans l’Avertissement et jusqu’au développement intitulé « Grandes places, grandes qualités ».
Sur le grand homme et sur l’homme illustre, in Ouvrages de morale et de politique, Rotterdam, J. D. Beman, 1740, t. XIV, p. 110-167 (D).
Contenu : [Propos liminaires], p. 110-111 ; Solon, Épaminondas, Alexandre, p. 111-115 ; Scipion, César, Sylla, p. 115-123 ; Caton, p. 123-125 ; Descartes, p. 126-131 ; Motifs de ceux qui ne sont que des hommes illustres, p. 132-139 ; Henri le Grand, p. 139-142 ; Charles Quint, p. 143-144 ; Grandes places, grandes qualités, p. 145-149 ; Différence entre les grands hommes, p. 149-157 ; Observation sur l’éducation, p. 157-161 ; Autres éclaircissements : articles I à IV, p. 161-163 ; Objection, p. 164-165 ; Réponse, p. 165-167.
Les modifications apportées aux textes antérieurs dans la dernière version connue du discours, celle du manuscrit de 1741, sont peu nombreuses, redondantes et n’apportent dans l’ensemble ni précisions ni clarification. Pour cette raison, le texte présenté est celui de l’imprimé de 1740 (D), le plus complet, amendé par quelques rares leçons du manuscrit de 1741 quand elles amélioraient la version de 1740. Les variantes proposées sont celles des imprimés de 1726 (A), 1728 (B) et 1737 (C).
OBSERVATIONS POUR DIRIGER CEUX QUI ÉCRIVENT LA VIE DES HOMMES ILLUSTRES
MANUSCRITS
Observations pour diriger ceux qui voudront écrire la vie des hommes illustres avant et depuis Plutarque, archives départementales du Calvados, 38 F 43 (ancienne liasse 4), p. 1-10 (A).
Contenu : 1° Grande utilité d’un pareil ouvrage, p. 1-2 ; 2° Cinq espèces d’hommes illustres, p. 3 ; 3° Écrire certaines choses sans les publier, p. 3 ; 4° Contraster les vertus et les vices, p. 3-4 ; 5° Perfectionner les comparaisons, p. 4-5 ; 6° Décider s’il n’est qu’homme illustre, p. 6 ; 7° Peindre exactement les défauts et les vertus, p. 6-7 ; 8° Lumières différentes selon les siècles différents, p. 7-9 ; 9° Secours pour mieux écrire, p. 9 ; 10° Intérêt particulier de l’auteur, p. 9-10. Mise au net.
Observations pour diriger ceux qui voudront écrire la vie des hommes illustres avant et depuis Plutarque, archives départementales du Calvados, 38 F 44 (ancienne liasse 6), p. [1-11].
Contenu : 1° Grande utilité d’un pareil ouvrage, p. 1-3 ; 2° Cinq espèces d’hommes illustres, p. 3 ; 3° Écrire certaines choses sans les publier, p. 3-4 ; 4° Contraster les vertus et les vices, p. 4 ; 5° Perfectionner les comparaisons, p. 4-6 ; 6° Décider s’il n’est qu’homme illustre, p. 7 ; 7° Peindre exactement les défauts et les vertus, p. 7-8 ; 8° Lumières différentes selon les siècles différents, p. 8-10 ; 9° Secours pour mieux écrire, p. 10-11 ; 10° Intérêt particulier de l’auteur, p. 11. Texte identique à celui de la copie précédente. Mise au net.
Observations pour diriger ceux qui écrivent la vie des hommes illustres, archives départementales du Calvados, 38 F 44 (ancienne liasse 6), p. 1-12.
Contenu : Utilité de l’histoire des hommes illustres, p. 1 ; Conseil pour l’écrivain, p. 2 ; La plus utile de toutes les lectures, p. 2 ; Écrire certains endroits avec plus de force, p. 2-3 ; Cinq espèces d’hommes illustres, p. 3-4 ; Contraster les vertus et les vices, p. 4 ; Ne point faire de comparaisons, p. 4-6 ; Méthode pour mieux écrire les endroits où l’on peint les diverses récompenses de la vertu, p. 8 ; Avantages de l’historien des hommes illustres, p. 8-9 ; Les grands hommes de notre siècle ont plus de lumières que les grands hommes de l’Antiquité sans avoir pour cela plus de vertu, p. 9-12 . Texte comportant des corrections, suppressions et additions autographes qui ont été intégrées à l’imprimé.
Observations pour diriger ceux qui écrivent la vie des hommes illustres, archives départementales du Calvados, 38 F 43 (ancienne liasse 4), p. 26-39.
Contenu : Utilité de l’histoire des hommes illustres, p. 26-27 ; Conseil pour l’écrivain, p. 27 ; La plus utile de toutes les lectures, p. 27-28 ; Écrire certains endroits avec plus de force, p. 28-29 ; Cinq espèces d’hommes illustres, p. 29-30 ; Contraster les vertus et les vices, p. 30 ; Ne point faire de comparaisons, p. 30-33 ; Méthode pour mieux écrire les endroits où l’on peint les diverses récompenses de la vertu, p. 33-34 ; Avantages de l’historien des hommes illustres, p. 34-35 ; Les grands hommes de notre siècle ont plus de lumières que les grands hommes de l’Antiquité sans avoir pour cela plus de vertu, p. 35-39. Mise au net correspondant au texte de l’imprimé.
IMPRIMÉ
Observations pour diriger ceux qui écrivent la vie des hommes illustres, in Ouvrages de politique, Rotterdam – Paris, J. D. Beman – Briasson, 1733, t. IV, p. 196-214 (B).
Contenu : Utilité de l’histoire des hommes illustres, p. 196-197 ; Conseil pour l’écrivain, p. 197 ; La plus utile de toutes les lectures, p. 198-199 ; Écrire certains endroits avec plus de force, p. 199-200 ; Cinq espèces d’hommes illustres, p. 200-201 ; Contraster les vertus et les vices, p. 201-202 ; Ne point faire de comparaisons, p. 202-206 ; Méthode pour mieux écrire les endroits où l’on peint les diverses récompenses de la vertu, p. 207 ; Avantages de l’historien des hommes illustres, p. 208-209 ; Les grands hommes de notre siècle ont plus de lumières que les grands hommes de l’Antiquité sans avoir pour cela plus de vertu, p. 209-214.
Le texte proposé est celui de l’imprimé (B) avec les variantes de la version (A).
RÉFLEXIONS SUR LA VIE DE SOCRATE ET DE POMPONIUS ATTICUS
MANUSCRITS
Discours sur la vie heureuse, suivi de Socrate, Atticus, Comparaison de Socrate avec Atticus, archives départementales du Calvados, 38 F 42 (ancienne liasse 3), p. 1-89 (A).
Contenu : Discours sur la vie heureuse, Préface, p. 1-9 ; Socrate, p. 10-52 ; Atticus, p. 53-79 ; Comparaison de Socrate avec Atticus, p. 80-89 ; Réflexion politique, p. 89. Cet ensemble a été désigné comme Dissertation sur la vie heureuse par le censeur Danchet, confrère de Saint-Pierre à l’Académie française, le 27 avril 1728 (p. 87), qui a lu et paraphé le manuscrit avec ses corrections et ses additions autographes. Le texte comporte des corrections et des additions intégrées à celui de l’imprimé.
Réflexions sur la vie de Socrate et de Pomponius Atticus, deux des hommes les plus sages et les plus heureux de l’Antiquité, archives départementales du Calvados, 38 F 44 (ancienne liasse 6), p. 1-78.
Contenu : Discours préliminaire, p. 1-8 ; Socrate, p. 8-49 ; Atticus, p. 49-70 ; Comparaison de Socrate avec Atticus, p. 71-76 ; Conclusion morale, p. 76-77 ; Réflexion politique, p. 77-78. Cette version intègre des corrections et des additions qui apparaissaient comme telles dans la copie décrite ci-dessus et lui est donc postérieure. Les modifications apportées dans les corrections et les additions autographes seront intégrées au texte de l’imprimé.
Réflexions sur la vie de Socrate et de Pomponius Atticus, deux des hommes les plus sages et les plus heureux de l’Antiquité, BPU Neuchâtel, ms. R267, p. 49-130 (C).
Contenu : Discours préliminaire, p. 49-60 ; Socrate, p. 60-100 ; Atticus, p. 101-124 ; Comparaison de Socrate avec Atticus, p. 124-129 ; Conclusion, p. 129-130. Version révisée du texte de l’imprimé, supprimant la Réflexion politique finale, ôtant l’adjectif « morale » à la Conclusion, comportant quelques corrections autographes.
IMPRIMÉ
Réflexions sur la vie de Socrate et de Pomponius Atticus, deux des hommes les plus sages et les plus heureux de l’Antiquité, in Ouvrages politiques, Rotterdam, J. D. Beman, 1735, t. X, p. 76-200 (B).
Contenu : Discours préliminaire, p. 76-93 ; Socrate, p. 93-155 ; Atticus, p. 155-191 ; Comparaison de Socrate avec Atticus, p. 191-198 ; Conclusion morale, p. 198-199 ; Réflexion politique, p. 200.
La première version de cet écrit, qui n’est pas postérieure à 1728 (A), est présentée comme un ensemble de plusieurs pièces formant une réflexion sur le bonheur, illustrée par un parallèle sur le modèle plutarquien. L’auteur la reprend sous un titre différent et la relie ainsi à d’autres écrits concernant la biographie et son rôle éducatif, avec de légères modifications, pour l’intégrer dans un volume composite paru en 1735 (B). À cette deuxième version, l’auteur apporte ensuite des changements mineurs (C), peut-être en vue d’une deuxième édition de ses ouvrages, qui n’améliorent pas le texte et sont le plus souvent des additions redondantes. Le texte présenté est celui de l’imprimé (B), avec les seules variantes significatives du premier manuscrit (A) et du dernier (C).
OBSERVATIONS POUR RENDRE LA LECTURE DES HOMMES ILLUSTRES DE PLUTARQUE BEAUCOUP PLUS AGRÉABLE ET PLUS UTILE
MANUSCRITS
Observations pour rendre les Vies des hommes illustres beaucoup plus agréables et plus utiles que dans Plutarque, archives départementales du Calvados, 38 F 43 (ancienne liasse 4), p. 10-18.
Contenu : [Propos liminaires sur les Vies de Plutarque], p. 10-11 ; L’agrément de cette lecture peut être augmenté, p. 11-12 ; L’utilité de cette lecture peut être augmentée, p. 12-13 ; Curiosité excessive peu estimable, p. 13-14 ; Nécessité d’un discours préliminaire pour servir de règle pour bien juger du prix, des qualités et des actions des hommes, p. 14-18. Mise au net.
[Sans titre], archives départementales du Calvados, 38 F 43 (ancienne liasse 4), p. 18-23.
Contenu : Préface pour les nouvelles Vies de Plutarque, p. 18-19 ; L’agrément peut être augmenté, p. 19-20 ; L’utilité peut être augmentée, p. 20-22 ; Importance de ce discours, p. 22-23. Ce texte est identique au précédent : certains titres ont été modifiés, supprimés ou ajoutés et quelques paragraphes finals manquent. Cette mise au net est de la même main que la copie précédente.
Observations pour rendre la lecture des Hommes illustres de Plutarque beaucoup plus agréable et plus utile, BPU Neuchâtel, ms. R136, p. 1-62 (B).
Contenu : [Propos liminaires sur les Vies de Plutarque], p. 1-2 ; Pour rendre cette lecture plus agréable, p. 2-3 ; Pour rendre cette lecture plus utile, p. 3-4 ; Curiosité excessive peu estimable, p. 4-5 ; Nécessité d’un discours préliminaire aux Vies de Plutarque, p. 6-10 ; Observations sur Thésée, p. 11-15 (Observations I-IV) ; Observations sur Romulus, p. 15-18 (Observations I-V) ; Observations sur Épaminondas, p. 18-45 (Causes générales de la grande fortune et de la grande réputation d’Épaminondas ; Causes des succès d’Épaminondas dans ce qui regarde la guerre ; Sentiments d’Épaminondas) ; Supériorité de mérite entre grands hommes, p. 46 ; Observations sur la vie de Scipion, p. 46-59 (Avertissement ; Causes principales de la grande réputation et des grands succès de Scipion) ; Comparaison entre Épaminondas et Scipion, p. 59-62. Cette version manuscrite comporte des corrections portées sur une copie reproduisant le texte de l’imprimé et une addition mentionnant Benoît XIV (« Lambertini », p. 15), devenu pape en 1740 : elle est donc postérieure à l’imprimé.
IMPRIMÉ
Observations pour rendre la lecture des Hommes illustres de Plutarque beaucoup plus agréable et plus utile, in Ouvrages politiques, Rotterdam, J. D. Beman, 1737, t. XI, p. 173-256 (A).
Contenu : [Propos liminaires sur les Vies de Plutarque], p. 174 ; L’agrément de cette lecture peut être augmenté, p. 175-176 ; L’utilité de cette lecture peut être augmentée, p. 176-178 ; Curiosité excessive peu estimable, p. 178-179 ; Nécessité d’un discours préliminaire pour servir de règle pour bien juger du prix, des qualités et des actions des hommes, p. 179-186 ; Thésée, p. 186-191 (Observations I-IV) ; Romulus, p. 192-197 (Observations I-V) ; Épaminondas, p. 197-233 (Causes générales du grand mérite, de la grande fortune et de la grande réputation d’Épaminondas ; Causes des succès d’Épaminondas dans ce qui regarde la guerre ; Défaut de jugement de l’historien sur les actions d’Épaminondas ; Sentiments d’Épaminondas ; Supériorité de mérite entre grands hommes, p. 233-234 ; Observations sur la vie de Scipion, p. 234-252 (Avertissement ; Causes principales de la grande réputation et des grands succès de Scipion) ; Comparaison entre Épaminondas et Scipion, p. 252-256.
Le texte présenté est celui de l’imprimé (A), plus complet et stabilisé, avec les variantes significatives du manuscrit le plus tardif (B). N’ont été pris en compte, dans la comparaison, ni les manuscrits incomplets, ébauches du texte imprimé, ni les variantes redondantes.
THÉMISTOCLE ET ARISTIDE OU MODÈLE POUR PERFECTIONNER LES VIES DE PLUTARQUE
MANUSCRITS
Thémistocle et Aristide ou modèle pour perfectionner les Vies de Plutarque, archives départementales du Calvados, 38 F 44 (ancienne liasse 6), p. 1-74 (A).
Contenu : Avertissement, p. 1-4 ; Thémistocle, p. 4-27 ; Réflexions sur le caractère de Thémistocle, p. 27-30 ; Observation sur ce nouveau plan, p. 30 ; Aristide, p. 31-69 ; Observations sur le caractère d’Aristide et de Thémistocle, p. 69-73 ; Lettre à Madame Dupin, p. 73-74. Copie avec additions et corrections autographes qui seront intégrées à la version imprimée.
Thémistocle et Aristide ou modèle pour montrer combien les Vies de Plutarque peuvent être perfectionnées par rapport à l’utilité de nos jeunes gens qui aiment la lecture, BPU Neuchâtel, ms. R166, p. 124-216 (C).
Contenu : Avertissement, p. 124-129 ; Thémistocle, p. 129-158 ; Réflexions sur le caractère de Thémistocle, p. 158- 162 ; Observation sur ce nouveau plan, p. 162-164 ; Aristide, p. 164-210 ; Observations sur le caractère d’Aristide et de Thémistocle, p. 211-216 ; Lettre à Madame Dupin, p. 216. Corrections autographes portées sur une copie manuscrite du texte de l’imprimé. Version postérieure, probablement en vue d’une nouvelle édition.
IMPRIMÉ
Thémistocle et Aristide ou modèle pour perfectionner les Vies de Plutarque, in Ouvrages de morale et de politique, Rotterdam, J. D. Beman, 1740, t. XIV, p. 168-288 (B).
Contenu : Avertissement, p. 168-175 ; Thémistocle, p. 175-212 ; Réflexions sur le caractère de Thémistocle, p. 213-218 ; Observation sur ce nouveau plan, p. 218-219 ; Aristide, p. 219-281 ; Observations sur le caractère d’Aristide et de Thémistocle, p. 281-287 ; Lettre à Madame Dupin, p. 287-288. Modifications ou additions autographes.
Le texte proposé est celui de l’imprimé (B). Les modifications apportées sur le manuscrit conservé à Neuchâtel (C) sont peu importantes, parfois redondantes et elles n’améliorent pas le texte : une sélection des plus significatives en est présentée dans les variantes.
LYCURGUE
MANUSCRIT
Lycurgue, archives départementales du Calvados, 38 F 44 (ancienne liasse 6), p. 1-22.
Brouillon autographe comportant biffures, suppressions et additions. Date biffée à la fin du document (p. 22) : « À Avaray, le 12 août 1738 ».
IMPRIMÉ
Lycurgue, in Ouvrages de morale et de politique, Rotterdam, J. D. Beman, 1741, t. XVI, p. 283-320.
Contenu : Avertissement, p. 283-286 ; [Vie de Lycurgue], p. 286-320.
Le texte présenté est celui de l’imprimé, dont le manuscrit, antérieur, est une version inachevée.
VIE DE SOLON
MANUSCRIT
Vie de Solon, BPU Neuchâtel, ms. R184, p. 1-28.
Copie avec corrections autographes ; texte identique à celui de l’imprimé.
IMPRIMÉ
Vie de Solon, in Ouvrages de morale et de politique, Rotterdam, J. D. Beman, 1741, t. XVI, p. 320-358.
Contenu : Avertissement, p. 320 ; Vie de Solon, p. 321-323 ; Solon, p. 323-354 ; Comparaison de Lycurgue avec Solon, p. 354-358.
Le texte présenté est celui de l’imprimé.