Histoire culturelle de l'Europe

Alexandre Chollet

Une conversion linguistique au sein de l’Église de Norvège : du catholicisme à la Réforme protestante

Article

Résumé

Grâce aux efforts de conservation et aux travaux menés en sciences historiques et linguistiques, nous pouvons aujourd’hui réalistiquement estimer que la production locale de textes religieux chrétiens rédigés en vieux norvégien a dû débuter dans le courant de la deuxième moitié du XIe siècle. Pourtant, aucune traduction complète en norvégien des Ancien et Nouveau Testaments n’a été jusqu’à présent rapportée avant 1904. En effet, il apparaît que la tradition scripturale en langue vernaculaire locale s’est éteinte en Norvège au cours des dernières années du Moyen-Âge tardif, remplacée dans cet usage par le danois. En nous appuyant sur plusieurs travaux académiques norvégiens antérieurs, nous présentons synthétiquement au travers de cet article comment, à l’heure de l’utilisation croissante des langues vernaculaires dans la liturgie chrétienne d’une partie de l’Europe nouvellement protestante, le norvégien écrit s’est vu supplanté par la langue d’une puissance étrangère. Nous mettons ainsi en évidence une pénétration de la langue danoise en contexte norvégien dès la fin du XIVe siècle, un processus en premier lieu imputable à la position de supériorité occupée par le royaume du Danemark auquel la Norvège s’est trouvée de facto liée de 1380 à 1814.

Abstract

Thanks to previous conservation efforts and studies conducted in historical sciences and linguistics, we can now realistically estimate that the local production of Christian religious texts written in Old Norwegian must have started in the second half of the 11th century. However, no complete Norwegian translation of the Old and New Testaments has been reported so far before 1904. In fact, it appears that the local writing tradition in the vernacular language died out in Norway during the last years of the Late Middle Ages, replaced by Danish in this regard. Drawing on several previous Norwegian academic papers, we synthetically outline through this article how written Norwegian has been supplanted by the language of a foreign power, at a time of an increasing use of vernacular languages ​​in the Protestant liturgy in Europe. Here, we highlight an infiltration of the Danish language into the Norwegian context from the end of the 14th century, a process primarily attributable to the position of superiority occupied by the kingdom of Denmark to which Norway was de facto united from 1380 to 1814.

Texte intégral

1Le paysage linguistique de la Norvège se distingue quelque peu de celui de ses voisins scandinaves, notamment pour ce qui est de la vivacité de ses dialectes et de leur place privilégiée au sein de la société1. En outre, ce pays présente la particularité de posséder deux standards écrits officiels, le bokmål (litt. « langue du livre ») et le nynorsk (litt. « nouveau norvégien »), ces deux variétés de norvégien coexistant sur le plan légal depuis la résolution parlementaire du 12 mai 18852. Cette configuration singulière de standards linguistiques écrits est le fruit de longs débats politiques et sociétaux engagés à la suite de la séparation de la Norvège avec le royaume du Danemark en 1814, une période plus tard connue sous le nom du « conflit linguistique norvégien3 ». Cette controverse ne pris fin qu’en 2002 avec l’abandon officiel de l’impopulaire « politique du norvégien commun4 » après plus de quatre-vingts ans de discussions et de réformes pour essayer de rapprocher les deux variétés existantes jusqu’à ne former plus qu’une seule norme écrite.

2Ces tribulations, particulièrement animées au cours du XIXe siècle, traduisaient une volonté de la jeune nation norvégienne de définir à son tour sa propre identité linguistique au sein d’une Europe traversée par les idéaux du nationalisme romantique5. La Norvège se trouvait en effet dans une position incommode au regard de ses velléités d’indépendance au lendemain de la signature de sa Constitution le 17 mai 1814. Si les dialectes norvégiens continuaient à être parlés au quotidien, le norvégien écrit n’avait lui en substance plus cours dans le pays depuis la fin du Moyen-Âge tardif, ayant été supplanté dans cet usage par le danois6, la langue du royaume qui aura exercé son autorité sur la Norvège pendant près de 400 ans7.

3Le remplacement du norvégien écrit par le danois a encore jusqu’à récemment été imputé par l’historiographie nationale à l’implantation de la Réforme protestante dans le pays en 1536-378, servant ainsi par la même occasion de repère temporel artificiel à un tournant dans l’histoire de la langue norvégienne elle-même. Non content d’avoir entraîné à terme l’abandon du norvégien dans la production littéraire9, la Réforme a en effet été régulièrement présentée par le passé comme le point de départ du remplacement du latin par le danois comme langue écrite et orale de l’Église10. Ces positions ont toutefois été contestées par un nombre grandissant de chercheurs durant ces dernières années, et notamment par les linguistes Ivar Berg (2018) et Endre Mørck (2019) dont les travaux font état de processus d’une conversion linguistique engagée antérieurement à l’introduction de la Réforme protestante en Norvège, ainsi que de conséquences de décisions résolument politiques. À l’heure de l’essor des langues vernaculaires dans la sphère religieuse en Europe là où les idées de la Réformes s’enracinent11, en particulier au travers des multiples traductions de la Bible tout au long du XVIe siècle tel qu’en allemand, danois, suédois, finnois et islandais12, la Norvège devra paradoxalement attendre 1889 pour voir la première traduction complète du Nouveau Testament en landsmål, et jusqu’à 1904 en riksmål13. C’est donc bien ladite « Bible de Christian III », traduite en danois et imprimée en 155014 qu’auront entre les mains une partie des Norvégiens nouvellement convertis au protestantisme durant les premières années de la Réforme.

4À la lumière de ces constats, nous proposerons d’examiner au cours du présent article l’évolution des pratiques linguistiques écrites et orales au sein de la sphère ecclésiastique en Norvège, des débuts du catholicisme aux répercussions de la Réforme protestante. Par le biais d’une revue de la littérature dédiée, nous tâcherons ainsi de présenter synthétiquement comment le latin et le norvégien vernaculaire se sont vus supplantés par la langue d’une nation étrangère dans la liturgie norvégienne. De même, nous nous ferons la voix de la récente relativisation du rôle de la Réforme en tant que vecteur d’introduction pérenne du danois en Norvège, et offrirons un regard critique sur les notions contemporaines de langues « norvégienne »   et « danoise » lorsqu’elles sont appliquées à des époques où les frontières entre chacune se font parfois assez floues.

5Pour ce faire, nous nous consacrerons en premier lieu à la période s’étalant de la christianisation de la Norvège à la signature du Traité de Bergen en 1450, durant laquelle l’Église catholique de Norvège exerce pleinement son influence dans le royaume. Nous nous attarderons par la suite sur les années comprises entre 1450 et 1536-37 au cours desquelles la présence et l’influence linguistique danoises s’accentuent au sein de l’Église norvégienne. Enfin, nous tournerons notre attention vers les répercussions linguistiques de l’introduction de la Réforme protestante en Norvège après 1536-37, mêlant recherche d’une identité linguistique aux premières traductions de la Bible en norvégien moderne.

De la christianisation de la Norvège au Traité de Bergen (1450)

6À partir du VIe siècle, et se poursuivant avec une intensité grandissante jusqu’au XIe siècle15, les interactions entre missionnaires catholiques et populations païennes de Norvège ont fait plus que répandre la parole du Christ dans cette contrée ; celles-ci ont donné lieu à des contacts de langues, entre d’un côté le latin des missionnaires, alors indissociable des rites catholiques, et de l’autre le vieux norvégien parlé par la population locale. Bien que loin de former un bloc linguistique homogène sur l’ensemble du territoire norvégien, ce dernier semble toutefois présenter peu de variation dialectale avant le XIVe siècle16, et est durant cette période encore très proche du vieil islandais, l’autre grande variété de la branche occidentale du vieux norrois17. Pour leur part, les plus anciens – et parcellaires – fragments de codices en latin retrouvés en Norvège datent du IXe siècle, et témoignent dans un premier temps de l’importation d’ouvrages religieux depuis l’étranger par les missionnaires catholiques18. De même, il apparaît que la copie de livres latins sur place débute dans le milieu du XIe siècle, rendant ainsi cette pratique antérieure à l’écriture d’ouvrages en langue vernaculaire, estimée quant à elle être apparue dans la deuxième moitié du même siècle19. C’est par ailleurs à cette époque que sont envoyées les deux premières lettres papales rédigées en latin à la Norvège et au Danemark, toutes deux signées de la main d’Alexandre II, élu à la fonction pontificale en l’année 106120. Si l’on ne peut identifier de date précise marquant l’adhésion générale de la population de l’ouest de la péninsule scandinave aux préceptes du catholicisme, l’accélération significative de la construction d’églises sur le territoire norvégien au cours de la deuxième moitié du XIe siècle semble en indiquer une large acceptation à partir de cette période-là21.

7L’expansion de l’influence de l’Église catholique par-delà les cercles des élites sociales du royaume s’est traduite notamment par une intensification de l’importation et de la copie en latin d’ouvrages liturgiques, destinés à l’organisation des rites et cérémonies chrétiennes22. Ainsi, après avoir fait partie de la province ecclésiastique de Hambourg-Brême de 1043 à 1103, puis de celle de Lund de 1103 à 1152-5323, l’Église de Norvège accède à l’indépendance lors de la création de l’archidiocèse de Nidaros en 1152-53. Son archevêché, situé dans la ville éponyme et correspondant à l’actuelle Trondheim, était au centre d’un vaste district dans lequel étaient inclus l’Islande, le Groenland, l’Île de Man, les Orcades, les Shetland, les Hébrides, ainsi que les îles Féroé24. La Norvège faisant désormais partie intégrante du monde chrétien en Europe, le latin s’y est alors progressivement imposé non seulement comme la langue de l’Église catholique, mais aussi celle du savoir, de l’administration et de la communication internationale25. Pour autant, il serait erroné de considérer la société norvégienne comme pleinement familiarisée avec la langue latine. Si cette dernière était bien aussi employée à l’oral dans des contextes religieux et formels, elle n’en demeurait pas moins essentiellement une langue de l’écrit circonscrite à des emplois bien particuliers, et avant tout maîtrisée par les membres éduqués de l’élite sociale. Le peuple26, lui, continuait à parler le vieux norvégien au quotidien, tout comme les membres du clergé n’étaient pas formellement contraints à converser en latin entre pairs, certains d’entre eux n’en maîtrisant que les stricts rudiments27. En ce sens, la répartition fonctionnelle et sociale de ces deux langues pourrait faire penser à une situation proche de la diglossie, dans laquelle le latin aurait incarné la « variété haute », et le vieux norvégien, la « variété basse28 ». Cette configuration – communément observée dans le reste de l’Europe à cette époque – tend toutefois à dévier des critères à remplir pour parler d’une véritable situation de diglossie, notamment en raison de la durée relativement courte du partage cloisonné des fonctions entre les deux langues. Assez tôt à l’échelle de l’Europe, le vernaculaire s’est en effet vu employé de plus en plus fréquemment dans des contextes habituellement réservés à la variété haute, un fait que Berg (2013) attribue à l’adoption rapide par la Norvège du nouvel alphabet latin pour un usage vernaculaire.

8La sphère ecclésiastique n’a donc pas évolué en vase clos avec pour seule langue d’usage le latin, et a présenté plusieurs niveaux de perméabilité au vieux norvégien dans sa production textuelle. Il est ainsi possible d’observer une part d’influences norroises dans les choix de graphies à l’intérieur de manuscrits rédigés en latin cours des XIIe et XIIIe siècles, telle que la ligature pour la diphtongue au, uniquement retrouvée en vieux norvégien et vieil islandais29. Il apparaît de plus qu’un certain nombre d’auteurs étaient responsables de l’écriture à la fois de manuscrits en latin et en vieux norvégien, favorisant ainsi la transposition des habitudes rédactionnelles d’une langue à l’autre. La pratique de l’alternance codique30 (code-switching) – soit ici l’alternance entre le latin et le vieux norvégien au sein d’un même document – est également attestée au sein de l’Église, comme en témoigne la correspondance des évêques de Bergen durant la première moitié du XIVe siècle31. Plus généralement, l’emploi grandissant du vernaculaire dans la sphère du sacré à l’approche du Moyen-Âge tardif est une réalité commune à l’Europe dans son ensemble, la Norvège s’étant surtout distinguée par la précocité de ce phénomène, y compris en comparaison du reste de la Scandinavie32. À titre d’exemple, le Gammelnorsk homiliebok33 (AM 619 4°), dont on estime l’écriture au début du XIIIe siècle, représente actuellement le plus vieux livre rédigé en norvégien vernaculaire de l’époque étant parvenu jusqu’à nous34. Il est de plus, au côté de l’Íslensk hómilíubók35(Stock. Perg. 4to no. 15) qui lui est contemporain, l’un des deux seuls recueils de sermons écrit en vieux norrois occidental ayant été conservés dans leur entièreté36. Composé de trente sermons et de quelques textes exégétiques, cet homiliaire présente une division en péricopes suivant le calendrier liturgique romain37. Contrairement aux théories précédentes, il aurait, d’après Gullick & Ommundsen (2012), été écrit par un seul scribe, sans doute dans la région de Bergen au vu des particularités orthographiques et des références géographiques qui y sont faites. L’existence même de cet homiliaire nous indique qu’au moins une partie de la liturgie était tenue en langue vernaculaire dès le XIIIe siècle, plus de 300 ans avant la diffusion des idéaux de la Réforme en Europe38.

9Tandis que le latin ecclésiastique du Moyen-Âge tardif demeurait sensiblement le même qu’à son introduction en Norvège au tournant de l’an 100039, le vieux norvégien continuait lui à évoluer organiquement et à se diversifier sur le plan diatopique. Pendant longtemps, l’année 1350 a ainsi servi en linguistique historique norvégienne à délimiter la transition du vieux norvégien au moyen norvégien, soit un an après l’arrivée de la peste noire dans le pays40. Avec un niveau de mortalité estimé à près de 60% de la population totale41, cette épidémie au lourd bilan humain a été présentée par le passé dans la littérature dédiée comme responsable des changements internes au vieux norvégien, après avoir décimé la majorité de la population lettrée42. Cette théorie, ou « mythe linguistique » comme la qualifiait Mæhlum (2000), a depuis été réfutée pour sa vision biaisée et « périodisée43 » de l’évolution du norvégien, les premiers signes de changements significatifs dans la langue étant déjà discernables près d’un siècle auparavant44. C’est néanmoins d’une Norvège économiquement et humainement exsangue que le jeune roi du Danemark Olaf II (1370-1387) héritera à la mort de son père en 1380, à présent dénommé Olaf IV45, et en ce sens, la peste noire aura joué un rôle important dans l’avenir linguistique du pays. D’abord unis par la couronne, la Norvège, la Suède et le Danemark ne forment plus qu’un à partir de la signature de l’Union de Kalmar en 1397, au sein de laquelle la Norvège conservera sa position de faiblesse46. L’influence danoise en Norvège devient particulièrement perceptible dès le début du XVe siècle, autant à travers la production de textes danois en Norvège qu’au niveau du norvégien même, comme en témoignent plusieurs manuscrits dans lesquels on observe notamment l'utilisation des graphies b, d, et g, soit des consonnes occlusives sonores caractéristiques du danois là où le norvégien fait emploi des consonnes occlusives sourdes p, t, k47. Quelques années plus tard, le Danemark scelle son avenir commun avec la Norvège par la signature du Traité de Bergen le 29 août 145048 actant leur entrée en union personnelle « pour toujours49 ».

Du Traité de Bergen (1450) à l’arrivée de la Réforme protestante (1536-37)

10Une caractéristique notable de la production écrite norvégienne au cours du Moyen-Âge tardif est sa propension à contenir des influences linguistiques issues des autres langues scandinaves continentales, y compris le suédois qui de 1390 à 1450 aura eu un certain succès avant d’être éclipsé par le danois à partir de la signature du Traité de Bergen50. Çà et là, ces langues déjà très similaires à l’origine apparaissent ainsi tant enchevêtrées dans des mêmes textes qu’il nous est parfois très délicat aujourd’hui d’affirmer à laquelle des trois nous avons affaire51.

11Avec l’envoi croissant de personnels laïques danois à des postes influents à compter de 1450, le Danemark cherchait à renforcer son emprise sur la Norvège avec laquelle il venait de se lier durablement, ce qui aura pour conséquence d’y entrainer une ascension du rôle de la langue danoise en tant que langue de l’écrit. De plus en plus de textes norvégiens présentent alors des influences linguistiques danoises, lorsque ceux-ci ne sont pas directement écrits en danois. Les évêchés norvégiens suivent eux aussi ces tendances dès les années 1470, et bien que la situation y soit demeurée linguistiquement instable durant plusieurs décennies, il ressort que le danois s’y établit comme la langue écrite dominante vers 151052. Similairement à ce qui avait pu se produire entre le vieux norvégien et le latin au début du XIVe siècle, un contingent de textes provenant de l’archevêché de Nidaros entre 1458 et 1537 révèlent des pratiques rédactionnelles imprégnées d’alternance codique entre le norvégien, le danois, et le latin qui demeurait une langue privilégiée de la religion catholique, mais aussi le bas-allemand qui, en tant que langue de Ligue hanséatique, bénéficiait d’un certain rayonnement en Norvège53. Pour ce qui est du latin, cette alternance codique pouvait revêtir plusieurs formes : que ce soit par le recours à des emprunts de mots latins, de même que par l’adjonction de parties entières écrites en latin au sein de documents majoritairement rédigés en scandinave54, ou encore par l’utilisation de mots latins accompagnés de leurs désinences flexionnelles latines à l’intérieur de phrases en scandinave55. Dans les premiers temps de l’introduction du danois au sein de l’Église norvégienne, il semblerait que le latin se soit maintenu comme la langue majoritaire de rédaction des courriers entre les membres du clergé, tandis que les lettres rédigées à l’attention d’un public laïque ne se contentaient bien souvent que d’une inscription de la date en latin. Au-delà de 1510, Berg (2013) relève que toutes les lettres envoyées par l’archevêque sont écrites dans une forme ou une autre de danois, et que plus aucun texte rédigé en scandinave après 1523 ne présente désormais de morphologie norvégienne56. Pour autant, le norvégien a continué par la suite à exercer une certaine influence sur la majorité des textes écrits en danois telle par l’insertion de diphtongues normalement absentes en danois57, une pratique qui semble avoir été acceptée dans le milieu des auteurs.

12Ayant d’abord conquis les instances civiles influentes et les élites sociales, le danois écrit s’impose donc à son tour dans le milieu ecclésiastique norvégien à partir de 1510, soit une vingtaine d’années avant l’établissement de la Réforme protestante. Cette année revêt une certaine importance dans le basculement des pratiques linguistiques de l’Église norvégienne, car celle-ci correspond à la nomination du danois Erik Valkendorf à la tête de l’archidiocèse de Nidaros par le duc Christian, plus tard connu sous le nom de Christian II une fois couronné roi de Danemark et Norvège en 151358. Vraisemblablement né en 1466 sur l’île de Fionie (Fyn) au Danemark, Erik Valkendorf a suivi une formation théologique à l’Université de Greifswald en Allemagne avant de devenir prévôt à Roskilde, puis chancelier du duc Christian en 150659. Lorsque Valkendorf prend les rênes de l’archevêché de Nidaros en 1510, celui-ci y produit des textes écrits en danois, en plus d’être très probablement accompagné de plusieurs auteurs danois ayant travaillé avec lui alors qu’il occupait le poste de chancelier du futur roi Christian II60. Par la suite, et sans que n’ait été prise la moindre décision formelle, le reste des auteurs de l’archevêché se met progressivement lui aussi à écrire en danois, en s’inspirant de la figure au sommet de leur hiérarchie61. La conversion linguistique de l’archevêché s’est ainsi déroulée sans véritable concertation, ou tel que le formule Berg (2018), « sous la forme d’une série de décisions individuelles parmi les auteurs, […] une conversion linguistique, sans que ses contemporains ne l’aient perçue comme telle.62 ».

13Alors que le paysage sociolinguistique de la Norvège était en pleine mutation, le réformateur Martin Luther publiait en 1522 sa traduction du Nouveau Testament en allemand vernaculaire63. Si un an auparavant Luther s’était vu excommunié pour ses vues jugées radicales sur l’Église catholique, sa pensée trouva un terreau fertile au Danemark, convaincant dès lors un nombre grandissant de sympathisants tout au long des années 152064. C’est aussi durant cette période que la Norvège passa encore davantage sous le contrôle du Danemark, après que la Suède a pris la décision de s’extirper de l’Union de Kalmar en 1523. La Réforme protestante, qui bénéficiait donc d’un large soutien de la population, aboutit formellement au Danemark avec le coup d’état mené par le nouveau roi Christian III en 1536, et ce dernier usera de son ascendant sur la Norvège pour y imposer le protestantisme en 153765. Cet évènement marque alors la dissolution de l’archidiocèse de Nidaros, dont le dernier archevêque Olav Engelbrektsson est contraint à l’exil aux Pays-Bas par le pouvoir en place, au côté du monarque déchu Christian II66.

Les conséquences linguistiques de la Réforme en Norvège

14À son implantation dans le pays, la Réforme entraîne une nouvelle situation de diglossie – cette fois plus classique – en Norvège dans laquelle le danois, essentiellement écrit, occupe dorénavant le rôle de variété haute, et le norvégien oral, de variété basse. De même, si le latin a pu cohabiter pendant un temps avec le danois dans les pratiques linguistiques de l’Église norvégienne, son emploi accuse une perte de vitesse à partir de l’introduction de la Réforme, pour ne finalement devenir plus qu’une langue utilisée par les universitaires et les érudits67. La parution en 1550 de la première traduction complète en danois de la Bible dite « de Christian III », basée sur les propres traductions en allemand de Luther, n’est de surcroît pas étrangère au renforcement du statut du danois en Norvège68. Bien que dans la pratique, le prix rédhibitoire69 d’un tel ouvrage ait poussé la majeure partie des Norvégiens à se tourner vers des supports plus abordables tels que les livres de prières et de cantiques danois ayant accompagné sa réception en Norvège, la Bible de Christian III a fortement contribué à y diffuser une forme moderne et standardisée70 du danois de l’époque. L’influence exercée par cette version de la Bible fut d’autant plus grande qu’elle bénéficiait d’une importante production au Danemark, facilitée par l’ensemble des techniques de l’imprimerie, opérationnelles dans le royaume depuis 1482.

15Tandis qu’ailleurs en Europe où les idées de Luther avaient aussi fait leur chemin, l’usage des langues des gens du peuple se démocratisait dans les pratiques quotidiennes de la religion chrétienne71, la population norvégienne prenait désormais part à une liturgie majoritairement tenue en langue étrangère, bien souvent dispensée par des prêtres soit danois, soit influencés par le danois72. Cette influence danoise sur le clergé local se matérialisa notamment sous la forme de la publication en 1629 d’une ordonnance contraignant tous les futurs pasteurs norvégiens à aller se former à l’Université de Copenhague73. Le protestantisme accordant une plus grande place aux sermons ainsi qu’aux chants d’hymnes et de psaumes, les fidèles étaient donc aussi exposés à la langue danoise orale dans le cadre de la pratique de leur foi. Sur le plan purement linguistique, il semblerait que les différents dialectes norvégiens alors toujours usités par la majorité de la population soient dans leur ensemble passés par les mutations que nous associons au stade du norvégien moderne à l’horizon de la première moitié du XVIe siècle74. Comme cela est encore le cas aujourd’hui75, le norvégien et le danois étaient déjà à l’époque des langues très proches, et surtout globalement mutuellement intelligibles, ce qui favorisa l’accès aux textes sacrés traduits en danois auprès des lettrés norvégophones. Toutefois avec le temps, leurs stades de développements phonologiques respectifs les avaient sensiblement éloignées l’une de l’autre76 entrainant ainsi un écart « plus grand que ce que Luther considérait idéal »77 entre le danois employé par l’Église protestante et le norvégien vernaculaire de ses paroissiens.

16L’accès du plus grand nombre aux enseignements et rites de l’Église protestante de Norvège par l’unique voie de la langue danoise écrite fut une réalité qui perdura au moins jusqu’à la fin du XIXe siècle, soit bien après l’adoption de la Norvège de sa propre Constitution le 17 mai 1814, au lendemain de sa séparation avec le royaume du Danemark et à l’aube de son entrée en union personnelle avec la Suède. Coïncidant avec le succès rencontré des valeurs véhiculées par le nationalisme romantique en Norvège à partir de 183078, cet éveil identitaire et linguistique pourrait sembler tardif au vu des éléments présentés précédemment. Avant cela, pourtant, la société norvégienne paraît dans l’ensemble s’être bien accommodée de la situation diglossique dans laquelle elle se trouvait79. Quelques tentatives de traduction des textes sacrés en norvégien vernaculaire moderne sont toutefois à relever dans l’intervalle, telle que celle réalisée dans le dialecte de Jæren du premier chapitre de l’Épître aux Romains en 169880, au moyen des normes orthographiques danoises de l’époque. Par ailleurs, tous les dialectes norvégiens ne partageaient pas tout à fait le même degré d’intercompréhensibilité avec le danois, ce qui motiva visiblement Hans Barlien, fermier de son état dans la région du Trøndelag, à publier en 1800 dans un article de journal une traduction des Dix Commandements dans son propre dialecte81. Ce dernier justifiait son initiative en avançant les difficultés de compréhension du danois rencontrées par les jeunes individus issus du milieu paysan, et pensait ainsi pallier cette carence par son geste.

17S’il n’est pas notre propos d’aborder ici en détail les luttes intestines qui agitent la Norvège au cours du XIXe siècle lorsque celle-ci se met en quête d’une identité linguistique écrite propre, il s’avère néanmoins nécessaire de présenter très brièvement deux des plus importants protagonistes à l’origine des deux normes écrites dans lesquelles seront rédigées plus tard les premières versions complètes en norvégien moderne de la Bible, que sont Ivar Aasen et Knud Knudsen. Tandis qu’Aasen s’attelait entre 1830 et 1840 à développer une norme écrite basée sur les dialectes norvégiens – en particulier de l’ouest – parlés par la classe paysanne qu’il jugeait moins influencée par le danois82, son contemporain Knud Knudsen proposait lui de s’appuyer sur la koinè dano-norvégienne parlée par les élites sociales du pays pour progressivement norvégianiser le danois écrit qui était connu de tous83. Bien que leurs visions respectives sur la manière de procéder fussent diamétralement opposées, tous deux avaient à cœur de parvenir à la création d’une norme écrite du norvégien moderne aussi légitime que le suédois en Suède et le danois au Danemark84. Ces deux approches aboutirent à terme à la coexistence des deux standards écrits que sont le landsmål – l’ancêtre du nynorsk – d’Ivar Aasen et le riksmål – l’ancêtre du bokmål – de Knud Knudsen, une configuration normative qui perdure encore de nos jours en Norvège.

18C’est ainsi en 1889 que paraîtra la première traduction complète du Nouveau Testament en norvégien moderne sous la forme du landsmål85, une tâche entreprise par Ivar Aasen lui-même au côté d’Elias Blix, Johannes Belsheim et de Matias Skard à partir de 1880 à l’aide d’un financement accordé par le Stortinget, soit le Parlement norvégien. Aasen commentait alors à la publication de cet ouvrage que :

Si nous [les Norvégiens] avions eu une traduction comme celle-ci pendant la Réforme, beaucoup de choses seraient différentes aujourd’hui en Norvège, et cela tout particulièrement aux chevets de nombreux lits de mort86.

19Sur ce point, le linguiste norvégien Arne Torp donnerait sans doute raison à Ivar Aasen. Celui-ci a en effet conduit en 2007 une expérience de linguistique historique contrefactuelle87 consistant à déterminer à quoi auraient pu ressembler des traductions de la Bible réalisées en norvégien vernaculaire du XVIe siècle, dans une Norvège pleinement indépendante au lendemain de l’implantation de la Réforme dans le royaume. Torp a alors développé deux scénarios distincts selon que le centre culturel et politique de la Norvège d’antan se soit trouvé à l’est près de la frontière suédoise – comme cela est le cas aujourd’hui – ou à l’ouest dans la région de Bergen. Dans les deux cas, il apparait vraisemblable qu’un tel ouvrage disponible à cette époque aurait eu, comme pour le haut-allemand de Luther, des conséquences linguistiques de portée nationale en contribuant à fixer une norme écrite88. Avec un centre politique culturel dans l’est de la Norvège, la variété promue par cette traduction de la Bible aurait semble-t-il rapproché encore davantage le norvégien du suédois moderne, tout en s’éloignant du danois jusqu’à en dégrader sensiblement le degré d’intelligibilité mutuelle. En revanche, dans l’optique où ce centre aurait été situé dans la région de Bergen, le norvégien diffusé à travers la traduction de la Bible aurait raisonnablement pu induire à terme une intercompréhension difficile, voire impossible entre le norvégien et les deux autres langues scandinaves continentales. Nous aurions dès lors affaire à une langue scandinave à mi-chemin entre les dialectes norvégiens occidentaux d’aujourd’hui et le féroïen, avec lequel il aurait été alors possible de communiquer sans grande difficulté. Le déroulement factuel des évènements fut en revanche bien loin des hypothèses de Torp, puisqu’il aura fallu attendre 1921 pour que paraisse à son tour une traduction de l’Ancien Testament en landsmål89. Quant aux premières versions de la Bible en riksmål, elles ne furent pas beaucoup plus précoces, l’Ancien Testament ayant été traduit au moyen de cette norme écrite en 1891, et le Nouveau Testament, en 190490.

Conclusion

20L’histoire linguistique de l’Église chrétienne en Norvège se présente donc comme imprégnée par la diversité au fil des siècles, mais sans pour autant que les évolutions des pratiques y ayant eu cours se soient déroulées dans la soudaineté. Au contraire, ces changements apparaissent s’être opérés avec une certaine inertie, et il est de fait possible de discerner les amorces de la future hégémonie du danois écrit dans les sphères du sacré comme du profane dès la fin du XIVe siècle. Davantage le résultat d’une volonté politique de la couronne danoise de sécuriser son emprise sur une Norvège affaiblie par les affres de la peste noire en 1450, de même que de métamorphoses indépendantes parmi le clergé norvégien, le remplacement du latin ecclésiastique et du norvégien vernaculaire écrit par le danois a néanmoins connu une accélération à partir de l’imposition de la Réforme protestante dans le pays en 1537. Soutenu par les idéaux de Luther qui plaçaient les langues vernaculaires au centre de l’exercice de la foi du peuple, le danois s’est ainsi établi comme la nouvelle langue privilégiée de la pratique du christianisme en Norvège. Ce n’est que bien plus tard, après de longs débats animés sur la norme que devrait emprunter le norvégien écrit des temps modernes, que les textes sacrés de la religion chrétienne ont pu commencer à bénéficier de leurs propres traductions complète dans la langue nationale à la fin du XIXe siècle. Une langue, composée d’une multitude de dialectes parlés au quotidien par la population norvégienne, et déclinée sous deux normes écrites officielles plus ou moins tolérantes de l’héritage linguistique laissé par près de 400 ans d’emploi du danois en Norvège.

Notes

1 Helge Sandøy, « Language culture in Norway: A tradition of questioning standard language norms », Standard Languages and Language Standards in a Changing Europe, Oslo: Novus Press, 2011, p. 119 ; Unn Røyneland, « Dialects in Norway: catching up with the rest of Europe? », International Journal of the Sociology of Language, nᵒ 196‑197, 2009, p. 7-8 ; Ingle Lise Pedersen, « Processes of standardisation in Scandinavia », dans Dialect Change: Convergence and Divergence in European Languages, éds. Peter Auer, Frans Hinskens, & Paul Kerswill, Cambridge: Cambridge University Press, 2005, p. 194.

2 Alors connues respectivement sous les dénominations de riksmål (litt. « langue du royaume ») et landsmål (litt. « langue du pays »). Unn Røyneland, « Revision of the Nynorsk standard: deliberation, decision and legitimisation », Sociolinguistica, n°1, 2016, p. 85.

3 En bokmål dans le texte original : « den norske språkstriden ». Ernst Håkon Jahr, « De lange linjer i norsk språkhistorie etter 1814 – nasjonal og sosial språkstrid og språkplanlegging », Scripta Neophilologica Posnaniensia, n°15, 2015, p. 83.

4 En bokmål dans le texte original : « samnorskpolitikken ». Ibid., p. 89.

5 Endre Mørck, « The Reformation and the Linguistic Situation in Norway », Nordlit, no 43, 2019, p. 122.

6 Elisabeth Bakke, « Språk og nasjonsforming i Noreg i eit europeisk perspektiv », dans Kampen for språket, éds. Elisabeth Bakke & Håvard Teigen, Oslo: Samlaget, 2001, p. 7 ; Ivar Berg, « Reformasjonen og norsk språkhistorie », Teologisk tidsskrift 7, no 3, 2018, p. 176 ; Endre Mørck , art. cit., p. 119.

7 Ernst Håkon Jahr, « The (mis)use of linguistics: linguistic research and Norwegian nation building », Acta academiae regiae Gustavi Adolphi, Uppsala: Kungl. Gustav Adolfs Akademien för svensk folkkultur, 2007, p. 82 ; Øystein Rian, « Gamle og nye perspektiv på dansketida », Fortid 5, no 2, 2008, p. 14.

8 Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 168.

9 Anders Aschim, « Luther and Norwegian Nation-Building », Nordlit, no 43, 2019, p. 128.

10 Endre Mørck ,2019, art. cit., p. 123.

11 Elisabeth Bakke, op. cit., p. 3.

12 Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 168 ; Endre Mørck ,2019, art. cit., p. 120.

13 Ivar Berg, Eit seinmellomalderleg skrivemiljø: Nidaros erkesete 1458–1537, NTNU-trykk, 2013, p. 33 ; Anders Aschim, art. cit., p. 138.

14 Oddvar Nes, « 143. The Development of Norwegian Local Dialects and Dano-Norwegian from the Mid- 16th Century to 1800 », The Nordic Languages. An International Handbook of the History of the North Germanic Languages, éds. Oskar Bandle, Kurt Braunmüller, Ernst Håkon Jahr, Allan Karker, Hans-Peter Naumann, Ulf Teleman, Lennart Elmevik & Gun Widmark, Berlin, Boston: De Gruyter Mouton, 2008, p. 1291.

15 Dagfinn Skre, « Missionary Activity in Early Medieval Norway. Strategy, Organization and the Course of Events », Scandinavian Journal of History, n°1-2, 1998, p. 3.

16 Ivar Berg, « Kor gamle er dei norske dialektane? », dans Ideologi, identitet, intervention. Nordisk dialektologi 10, éds. Jan-Ola Östman, Caroline Sandström, Pamela Gustavsson & Lisa Södergård, Nordica Helsingensia, Helsingfors: Helsingfors universitet, 2017, p. 130.

17 Jan Terje Faarlund, « Old and Middle Scandinavian », dans The Germanic Languages, éds. Ekkehard König & Johan van der Auwera, London, New York: Routledge, 2002, p. 38.

18 Espen Karlsen, « Fragments of Patristic and Other Ecclesiastical Literature in Norway from c. 1100 until the Fifteenth Century », dans Latin Manuscripts of Medieval Norway: Studies in Memory of Lilli Gjerløw, éd. Espen Karlsen, Oslo: Novus Press, 2013, p. 13.

19 Ibid., p. 13 ; Espen Karlsen, « Latin i Norge fra middelalder til nytid », Reformasjonstidens religiøse bokkultur cirka 1400–1700, éds. Bente Lavold & John Ødemark, Oslo: Nasjonalbiblioteket, 2017, p. 112.

20 Ibid., p. 111.

21 Dagfinn Skre, art. cit., p. 17.

22 Espen Karlsen, 2013, art. cit., p. 13.

23 Michael Gullick, & Åslaug Ommundsen, « Two Scribes and One Scriptorium Active in Norway c. 1200 », Scriptorium 66, n 1, 2012, p. 49.

24 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 7-8.

25 Ibid., p. 29 ; Espen Karlsen, 2017, art. cit., p. 111.

26 Il est important de préciser que par « peuple », est ici désignée la population native, pleinement intégrée à la société féodale norvégienne et directement sous influence de l’Église catholique.

27 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 30.

28 Louis-Jean Calvet, La sociolinguistique, Presses Universitaires de France, 2009, p. 35.

29 Georg Reiss, & Oluf Kolsrud, Tvo Norrøne Latinske Kvæde Med Melodiar, Uppsala universitetsbibliotek, Kristiania: I kommission hos J. Dybwad, 1913, p. 32 ; Espen Karlsen, « Liturgiske Bøker i Norge Inntil År 1300. », Den Kirkehistoriske Utfordring, éd. Steinar Imsen, 2005, p. 143.

30 Si des réserves ont pu être émises sur la pertinence d’appliquer à des textes une méthodologie sociolinguistique conçue à l’origine pour décrire des phénomènes oraux, nous tendons à partager l’avis de Berg (2013) qui considère qu’il existe « des raisons de penser que les motivations psychosociales derrière l’alternance codique puissent être similaires » (ma traduction). Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 151.

31 Espen Karlsen, 2017, art. cit., p. 114.

32 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 31.

33 Litt. « Homiliaire vieux norvégien ».

34 Jon Gunnar Jørgensen, « Håndskrift- og arkivkunnskap », dans Handbok i norrøn filologi, éd. Odd Einar Haugen, Fagbokforlaget, 2004, p. 42 ; Ivar Berg, « Reformasjonen og norsk språkhistorie », Teologisk tidsskrift 7, n 3, 2018, p. 81.

35 Litt. « Homiliaire islandais ».

36 Michael Gullick, & Åslaug Ommundsen, art. cit., p. 27.

37 Jon Gunnar Jørgensen, art. cit., p. 42.

38 Anders Aschim, art. cit., p. 129.

39 Jürgen Leonhardt, Latin: Story of a World Language, éd. Kenneth Kronenberg, Cambridge, Massachusetts, London, England: Harvard University Press, 2013, p. 177.

40 Endre Mørck, « Mellomnorsk språk », dans Handbok i norrøn filologi, éd. Odd Einar Haugen, Fagbokforlaget, 2004, p. 407.

41 Ole Jørgen Benedictow, The Black Death and Later Plague Epidemics in the Scandinavian Countries, Warsaw, Poland: De Gruyter Open Poland, 2016, p. 456.

42 Brit Kirsten Mæhlum, « Social catastrophies as explanation in historical linguistics », dans Språkkontakt: Innverknaden Frå Nedertysk På Andre Nordeuropeiske Språk, éd. Ernst Håkon Jahr, Nordic Council of Ministers, 2000, p. 88.

43 Terme renvoyant ici au découpage certes pratique, comme nous avons l’utilisation dans cet article, mais trompeur des états d’évolution d’une langue selon le triptyque conventionnel [ancien X]  [moyen X]  [X moderne].

44 Ibid., p. 89.

45 Ibid., p. 92 ; Harald Gustafsson, « A State That Failed? », Scandinavian Journal of History 31, n 3‑4, 2006, p. 20.

46 Ibid., p. 207 ; Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 120.

47 Endre Mørck, 2004, art. cit., p. 408. ; Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 169-170.

48 Erik Opsahl, “...som ieg tusindfold indfødder war.” Norsk innvandringshistorie ca. 900 - 1537., Universitetet i Tromsø, 2007, p. 10.

49 Esben Albrectsen, Danmark-Norge 1380–1814 I. Fællesskabet bliver til 1380–1536. Oslo: Universitetsforlaget, 1997, p. 207.

50 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 64 ; Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 120.

51 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 29 ; Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 173.

52 Ibid., p. 171 ; Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 120.

53 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 150-153 ; Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 168.

54 Indifféremment en danois ou norvégien, voire à mi-chemin entre les deux.

55 Espen Karlsen, 2017, art. cit., p. 114-115.

56 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 200.

57 Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 172.

58 Ivar Berg, « Ei boksamling frå reformasjonstida og norsk litterær kultur i seinmellomalderen », Maal Og Minne 108, n°1, 2016, p. 7.

59 Nils Knutsen, « An Intelligence not much different from Apes - Some comments on Erik Valkendorf’s report from Finnmark 1512 », Nordlit 12, 2008, p. 217 ; Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 57.

60 Ibid., p. 201.

61 Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 175.

62 En nynorsk dans le texte original : « som ei rekkje individuelle avgjerder blant skrivarar, […] eit språkskifte, utan at samtida oppfatta det slik. ». Ibid.

63 Richard K. Moore, « The Case for Bible Translation, Viewed in Historical Perspective. », The Bible Translator 65, n°1, 2014, p. 82.

64 Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 116.

65 Anders Aschim, art. cit., p. 128.

66 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 7-8 ; Ivar Berg, 2018, art. cit., p. 169.

67 Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 1. 

68 Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 120-121.

69 Ibid., p. 121 ; Oddvar Nes, art. cit., p. 1291.

70 Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 121.

71 Anders Aschim, art. cit., p. 128.

72 Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 122.

73 Ibid., p. 119.

74 Oddvar Nes, art. cit., p. 1292 ; Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 117.

75 Charlotte Gooskens, « Linguistic and Extra-Linguistic Predictors of Inter-Scandinavian Intelligibility », Linguistics in The Netherlands 23, n°1, 2006, p. 101-113.

76 Chloe Brotherton, & Aleese Block, « Soft d in Danish: Acoustic Characteristics and Issues in Transcription », Proceedings of the Linguistic Society of America 5, n 1, 2020, p. 792 ; Jørgen Rischel, « Danish », Revue Belge de Philologie et d’Histoire 90, n 3 2012, p. 817 ; Gjert Kristoffersen, The Phonology of Norwegian, Oxford, New York: Oxford University Press, 2000, p. 8.

77 En anglais dans le texte original : « larger than what Luther thought ideal ». Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 121.

78 Elisabeth Bakke, art. cit., p. 7.

79 Ibid.

80 Endre Mørck, 2019, art. cit., p. 119.

81 Anders Aschim, art. cit., p. 129.

82 Ernst Håkon Jahr, 2007, art. cit., p. 83.

83 Ernst Håkon Jahr, 2015, art. cit., p. 84.

84 Ernst Håkon Jahr, 2007, art. cit., p. 82.

85 Anders Aschim, art. cit., p. 134 ; Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 33.

86 En nynorsk dans le texte original : « Hadde me fengje ei slik umsetjing paa reformationstidi, so hadde mangt vore annarleides i Norig no, og iser vilde det sét annarleides ut ved mang ei daudsseng ». Finn Tømmerberg, Elias Blix: Norwegian hymn writer and poet of Nordland: A biography with translations of selected songs and hymns, Halsa: self-published, 1999, p. 52. Cité par Anders Aschim, art. cit., p. 134.

87 Arne Torp, « Et norsk bibelspråk på 1500-tallet? Et kontrafaktisk tankeeksperiment med to praktiske demonstrasjoner », dans Bibelspråk og nasjonalspråk, éd. Helge Omdal, Høgskolen i Agder, 2007, p. 27-46.

88 Ibid., p. 46.

89 Anders Aschim, art. cit., p. 138 ; Ivar Berg, 2013, op. cit., p. 33.

90 Ibid.

Pour citer ce document

Alexandre Chollet, «Une conversion linguistique au sein de l’Église de Norvège : du catholicisme à la Réforme protestante», Histoire culturelle de l'Europe [En ligne], Revue d'histoire culturelle de l'Europe, Langues et religions en Europe du Moyen Âge à nos jours, Langues vernaculaires et langue liturgique au long Moyen Âge (XIVe-XVIIIe siècles),mis à jour le : 09/05/2022,URL : http://www.unicaen.fr/mrsh/hce/index.php?id=2298

Quelques mots à propos de : Alexandre Chollet

Au sein du laboratoire ERLIS (EA 4254) de l’Université de Caen Normandie, et sous la direction de Harri Veivo et Rea Peltola, Alexandre Chollet, doctorant contractuel, se consacre actuellement à sa thèse en sociolinguistique norvégienne, provisoirement intitulée Influences kvènes et sames dans les dialectes norvégiens du Nord : entre perceptions des non-linguistes et réalité linguistique.