Histoire culturelle de l'Europe

Mathieu Mokhtari

Le rôle de la traduction des textes religieux dans l’émergence de la culture écrite roumaine aux XVIe et XVIIe siècles

Article

Résumé

fr

Cet article se propose de mettre en évidence le rôle de la traduction des écrits religieux dans le développement de la langue littéraire roumaine ancienne aux XVIe et XVIIe siècles. En effet, de par leur large diffusion imprimée ainsi que leur caractère prestigieux, les ouvrages religieux ont pleinement contribué à l’élaboration d’une norme supradialectale permettant à tous les Roumains de comprendre les textes sacrés, quelle que soit leur région d’origine. Cet essor traductif est en grande partie la conséquence de la pénétration des idées de la Réforme d’abord en Transylvanie, où les traductions ont été effectuées sous les auspices des princes calvinistes ou bien des édiles luthériens à partir du milieu du XVIe siècle, puis en Moldavie et en Valachie dans la seconde moitié du XVIIe siècle où elles furent soutenues, avec circonspection dans un premier temps, par les hiérarques orthodoxes. Nous étudierons ainsi quelques préfaces et postfaces d’écrits religieux où sont explicitées les justifications de ces traductions.

Abstract

This paper aims at showing the role played by translations of religious writings in the formation of written Romanian in the 16th and 17th centuries. Indeed, the first attempts to introduce a supradialectal norm were carried out in translations of liturgical books that, due to their prestigious character, represented an authority unanimously acknowledged and therefore able to unify the regional varieties of Romanian. Largely the result of the spread of the ideas of Reformation, this process first occurred in Transylvania under the patronage of Calvinist rulers or Lutheran officials from the middle of the 16th century, and then in Wallachia and Moldavia at the instigation of Orthodox hierarchs from the second half of the 17th century. Thus, after a brief overview of both historical and linguistic contexts, we will examine some prefaces and postfaces of religious texts in which are expressed, at the same time, the need for the translation of sacred scriptures into vernacular language and the justifications for doing so.

Texte intégral

1Pour qui s’intéresse à l’histoire de la langue roumaine ancienne, l’étude des textes religieux demeure un passage obligé car c’est par le biais de la traduction de ces derniers que sont apparues les premières œuvres à caractère proprement littéraire, dans le domaine de la poésie ou dans celui de l’art oratoire par exemple. Par ailleurs, c’est également par l’intermédiaire des traductions que vont se manifester les premiers efforts destinés à unifier les variétés locales issues des différents dialectes présents dans les régions habitées par des roumanophones et ce, grâce au statut de prestige et d’autorité largement reconnue que les textes liturgiques détenaient. Nous nous demanderons de quelle manière la traduction des écrits religieux a contribué à la naissance d’une culture écrite en langue vernaculaire et dans quelle mesure elle a concouru à la constitution de la norme littéraire roumaine. Nous exposerons tout d’abord le contexte historico-religieux, puis le contexte linguistique et nous analyserons enfin les aspects discursifs de quelques préfaces et postfaces significatives où se fait jour la relation entre les émetteurs (qu’il s’agisse de commanditaires, de traducteurs ou d’imprimeurs) et ses récepteurs (clergé et simples fidèles).

Contexte historique et religieux

2Au début du XVIe siècle, le territoire qui correspond à la Roumanie actuelle est partagé en trois principautés : la principauté de Transylvanie au nord-ouest, la principauté de Moldavie au nord-est et la principauté de Valachie au sud. Toutes trois sont vassales de l’Empire ottoman avec toutefois une situation particulière pour la Transylvanie1 et un statut changeant pour les deux autres2. Cet état de choses évolue en 1699 pour la Transylvanie qui, suite au traité de Karlowitz, devient partie intégrante de la monarchie des Habsbourg. En 1711 la paix de Szatmár entérine ce contrôle et la principauté de Transylvanie (renommée grande-principauté en 1765) est désormais dirigée par des gouverneurs, représentants du monarque. Quant aux principautés de Valachie et de Moldavie, elles restent de jure dans l’orbite ottomane jusqu’à la fin du XIXe siècle (leur indépendance sera formellement reconnue lors du congrès de Berlin de 1878), quoique l’étendue et la force de cette emprise décroissent fortement tout au long du XIXe siècle. Cependant, lors de la période comprise entre 1711 (1716 pour la Valachie) et 1821, ces deux principautés avaient vu leur marge de manœuvre limitée par l’installation de souverains directement nommés par le sultan et issus d’influentes familles grecques (ou hellénisées) constantinopolitaines dont de nombreux membres ont occupé de hautes fonctions dans l’administration ottomane3.

3Le contexte politico-religieux est également différent dans chacune des trois principautés. Ainsi, la Valachie et la Moldavie, de par leur environnement régional et leur héritage culturel, sont apparentées au monde slavo-byzantin et cela s’exprime à partir du XIVe siècle – au moment de la formation de ces principautés – à travers, notamment, le christianisme orthodoxe et la tradition souveraine4. En Transylvanie, la situation est quelque peu différente. En effet, en 1438 est conclu un pacte d’alliance militaire et politique, l’Union des Trois Nations (Unio Trium Nationum), entre la noblesse, les Saxons et les Sicules. Le terme « nation/natio » n’a pas ici de connotation ethnique ou linguistique, mais doit être compris au sens de « jouissant de la totalité de ses droits », au premier rang desquels la liberté. C’est la raison pour laquelle sont seulement considérées comme nationes la noblesse terrienne (principalement hongroise) ainsi que les Saxons et les Sicules dont la possession de domaines est assurée par des privilèges accordés à leurs deux communautés. De plus, toutes les catégories sans propriété foncière sont privées de droits politiques et juridiques. C’est donc le cas des Roumains qui étaient, dans leur écrasante majorité, des serfs5. Du point de vue religieux, plus d’un siècle plus tard, suite à la progression de la Réforme dans la première moitié du XVIe siècle, aux nombreux débats qui s’ensuivirent et aux décrets proclamant des droits égaux (en 1557 pour les catholiques et les luthériens, en 1564 les calvinistes), l’Édit de Torda de 1568 reconnaît formellement quatre confessions (les receptae religiones que sont le catholicisme, le luthéranisme, le calvinisme et l’unitarisme) et interdit les persécutions pour des raisons religieuses. Quant à l’orthodoxie, dominante parmi les Roumains, elle est seulement tolerata et ses ouailles sont l’objet de convoitise tant de la part des calvinistes que des catholiques. En effet, au début de la deuxième moitié du XVIe siècle, le prince calviniste Jean Sigismond Szapolyai tente de rallier à sa foi les orthodoxes roumains à l’aide de trois modalités : mesures d’incitation pour les prêtres (exemptions d’impôts et de la corvée), établissement d’un haut clergé pour les calvinistes roumains et traduction des livres sacrés en langue vernaculaire, mais cette opération n’obtient pas le succès escompté6. Quelques décennies plus tard, le prince catholique Étienne Báthory essaie, lui, de contrer la calvinisation des orthodoxes roumains en soutenant la cause du clergé orthodoxe par la délivrance d’un certificat de privilèges en 1572 et la constitution d’une hiérarchie de l’Église orthodoxe7. En 1614, c’est au tour du prince calviniste Gabriel Bethlen de confirmer les privilèges accordés au clergé orthodoxe tout en continuant de nommer leurs évêques dans le but d’instruire les orthodoxes roumains et, à long terme, de les convertir au calvinisme. Ainsi, lors de la nomination du métropolite Ghenadie II en 1627, le prince édicte quatre points que le hiérarque doit respecter : offices et sermons accomplis en langue roumaine, impressions et utilisation de livres liturgiques en roumain, mesures pour éradiquer la « superstition » de même que subordination et obéissance au surintendant calviniste8. Ces obligations n’étant que peu suivies, le prince Georges Ier Rákóczi décide de les porter à quinze en 1643 afin de mettre au pas le clergé orthodoxe. En voici quelques-unes : prescriptions pour les liturgies du baptême et de l’enterrement ainsi que pour la communion, adoration des saints proscrite, possibilité pour les croyants orthodoxes de se convertir au calvinisme sans craindre de sanctions de la part de l’Église orthodoxe ou encore le fait que, pour un prêtre orthodoxe, prêcher devant un public hongrois devienne une offense punissable9 – mais tout cela sans vraiment plus d’effet10. Seules les actions de Ioan Zoba, administrateur des biens métropolitains, durant les années 1680 témoignent de concessions faites au calvinisme par l’Église orthodoxe, mais ceci uniquement au niveau institutionnel (notamment en mettant l’accent sur la traduction et l’impression des livres religieux en langue vernaculaire11) car, malgré des influences calvinistes, ces idées restent, du point de vue dogmatique et liturgique, dans les limites de l’orthodoxie12.

4Puis, quelques années plus tard, en 1697, a lieu à Gyulafehérvár/Alba Iulia un synode orthodoxe lors duquel une partie du clergé décide de l’union avec Rome en acceptant les quatre articles du concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome, à savoir la reconnaissance de l’autorité du pape sur l’Église tout entière, du dogme du Filioque, de l’existence du Purgatoire ainsi que l’usage du pain azyme lors de l’eucharistie, mais tout cela en échange de trois éléments : que les prêtres de l’Église unie avec Rome jouissent des mêmes droits et privilèges que ceux des Églises catholique, luthérienne et calviniste, qu’il y ait une maison paroissiale dans chaque village comportant un prêtre et que les prêtres dépendent uniquement de l’évêché13. Un deuxième synode tenu l’année suivante confirme les dispositions du premier synode en stipulant que l’Église unie conservera le rite byzantin, ses carêmes ainsi que le calendrier julien14. Un troisième et dernier synode qui ratifie définitivement l’union a lieu en 1700. Deux diplômes émis par l’empereur Léopold Ier valident pour de bon cette union : le premier, en 1699, reconnaît au clergé désormais appelé uniate (aussi connu sous le nom de gréco-catholique) les mêmes droits et privilèges que le clergé catholique et le second, en 1701, étend ces droits à tous les laïcs, y compris les paysans, qui embrassent cette nouvelle confession. Celle-ci est à la fois un acte religieux et politique : religieux en permettant à l’Église catholique de contrer l’influence grandissante du calvinisme et de continuer la Contre-Réforme sur ce territoire ; politique en favorisant les ambitions centralisatrices des Habsbourg.

Contexte culturel et linguistique

5On ne sait pas exactement à quel moment les Roumains ont adopté le slavon d’église comme langue liturgique, mais on suppose que cela s’est passé au Xe siècle, probablement sous l’influence politico-culturelle du Premier Empire bulgare15. Les plus anciens manuscrits slavons ayant été copiés et/ou utilisés dans l’espace roumain datent des XIIe-XIIIe siècles et ont un contenu essentiellement religieux (traductions ou copies de recueils byzantins et sud-slaves16). C’est ensuite à partir de la seconde moitié du XIVe siècle qu’apparaissent les premiers écrits slavo-roumains : textes religieux, historiques, juridiques, administratifs, actes diplomatiques ou bien encore correspondances privées. L’épanouissement de cette culture écrite a été favorisé à la fois par le développement de la chancellerie princière et par la mise en place de l’organisation ecclésiastique, toutes deux utilisant le slavon : la première pour la rédaction des actes internes et la seconde pour le culte17. Ainsi, nombre des manuscrits slavons de facture roumaine datant des XVe et XVIe siècles qui nous sont parvenus sont des textes hagiographiques, des obituaires et des chroniques, ces dernières étant d’ailleurs des commandes princières même si elles ont été rédigées par des clercs18.

6Le plus ancien texte roumain original (c’est-à-dire non traduit) conservé est une lettre datant de juin 152119 dans laquelle le marchand Neacșu Lupu de Câmpulung avertit le prévôt de Kronstadt/Brașov Hans Benkner que l’armée ottomane s’apprête à passer le Danube et à traverser la Valachie en vue d’envahir la Transylvanie. Fait notable, cette missive comprend une large majorité de mots d’origine latine – hormis les formules d’adresse et de conclusion qui sont rédigées en slavon ainsi que deux termes dans cette même langue (ипак et за qui signifient respectivement « et de nouveau » et « au sujet de ») présents dans le corps du texte – et reste aisément compréhensible pour un lecteur d’aujourd’hui en dépit du phonétisme et des tournures spécifiques au roumain ancien20. Néanmoins, il est généralement admis que le roumain a été écrit avant le XVIe siècle, les spécialistes s’appuyant à la fois sur les occurrences de termes roumains dans des textes slavons antérieurs à 1500, sur les informations historiques concernant l’utilisation de la langue roumaine à l’écrit et sur l’étude de la graphie du roumain cyrillique (en particulier les aspects phonétique, morphosyntaxique et lexical) pour accréditer cette hypothèse21.

7Les premiers écrits roumains considérés comme « littéraires » (c’est-à-dire soignés, pensés, complexes et de nature culturelle) sont des manuscrits religieux connus sous la dénomination de « textes rhotacisants » : il s’agit du Codex de Voroneț, du Psautier de Voroneț, du Psautier de Șchei et du Psautier Hurmuzaki. Leur datation et leur localisation ne font pas consensus parmi les chercheurs, même si des tendances peuvent se dégager22. Ainsi, les trois premiers seraient des copies moldaves réalisées dans la deuxième moitié du XVIe et dont les originaux – perdus – auraient été rédigés dans le sud-ouest de la Transylvanie à une date inconnue ; quant au Psautier Hurmuzaki, il serait lui aussi une copie moldave d’un original transylvain, mais cette copie serait plus ancienne que les autres, car elle daterait du tout début du XVIe siècle.

8Le premier livre roumain imprimé est un Catéchisme qui n’a pas été conservé, mais dont nous savons, par des témoignages documentaires indirects, qu’il a été publié à Hermannstadt/Sibiu en 1544 par le typographe Philippus Pictor, à l’initiative des autorités saxonnes luthériennes locales et qu’il reçut une réception mitigée parmi les prêtres orthodoxes, les uns lui réservant un bon accueil, les autres le rejetant23. Quant au premier livre roumain imprimé (conservé cette fois-ci), il s’agit d’un Tétraévangile slavo-roumain paru dans cette même ville et datant de 1551-1553. Rédigée dans des circonstances politico-confessionnelles identiques à celle du Catéchisme de 1544 et par le même typographe, cette édition bilingue présente le texte sur deux colonnes, en slavon à gauche et en roumain à droite, dans un triple but : didactique (faciliter l’enseignement de la langue slavonne), pratique (se reporter à l’original en cas de doutes sur le sens de certains passages de la traduction) et canonique (pouvoir vérifier l’exactitude du texte traduit)24.

9Par ailleurs, il faut noter qu’en parallèle de ces textes religieux roumains en caractères cyrilliques il existe également des textes rédigés en alphabet latin. Nous pouvons distinguer trois catégories parmi ces derniers : les textes religieux en alphabet latin selon le modèle orthographique hongrois (notamment un Livre de cantiques imprimé entre 1571 et 1575 à Kolozsvár/Cluj par l’évêque calviniste Pavel Tordási et un Catéchisme imprimé à Gyulafehérvár/Alba Iulia par le prêtre calviniste István Fogarasi en 1647), les textes religieux des missionnaires catholiques italiens (parmi lesquels un Catéchisme chrétien publié à Rome en 1677 par Vito Piluzio et un recueil d’homélies intitulé Conciones latinae-muldavo composé entre 1725 et 1737 par Silvestro Amelio) et les écrits religieux en alphabet latin et à l’orthographe étymologisante (un Livre de prières paru à Vienne en 1779 et un Acathiste imprimé à Hermannstadt/Sibiu en 1801, tous deux publiés par le clerc gréco-catholique Samuil Micu)25.

10La langue littéraire roumaine ancienne26 s’est constituée sur la base des dialectes régionaux27 qui étaient des entités du même système, se différenciant les uns des autres par certaines particularités phonétiques et lexicales. Ces singularités étaient le résultat de la variabilité naturelle d’un système linguistique utilisé par des populations vivant dans une vaste zone dont l’organisation permettait des contacts qui homogénéisent, mais qui ne standardisent pas. Cette situation est visible dans les textes : on y note la concurrence de plusieurs variantes et l’absence d’une norme littéraire cohérente. La norme littéraire du roumain ancien a aussi été largement influencée par les modèles étrangers à travers l’activité traductive qui, malgré des tendances uniformisantes, a été tributaire de la diversité culturelle, religieuse et linguistique des différents territoires roumains28. De surcroît, dans l’espace roumain, les centres de culture se sont développés par polygenèse, car il n’y avait pas d’instance unanimement reconnue. Aussi, une activité simultanée dans des centres distingués par des traits linguistiques a engendré plusieurs modèles différents permettant la coexistence de variantes littéraires et, par là même, empêchant l’émergence d’une norme unifiée29. Preuve en est la coexistence de formes phonétiques et grammaticales différentes d’un même terme dans de mêmes textes (parfois au sein de la même phrase) datant des XVIe et XVIIe siècles30. Par ailleurs, dans le cas du roumain, l’unité du système, la faible distinction entre les dialectes régionaux et l’absence de hiérarchie entre ces derniers a contribué à une plus grande concurrence des éléments linguistiques, d’où un processus normatif plus difficile et plus lent31. Par conséquent, l’émergence de la langue littéraire roumaine s’est effectuée sur le temps long, à partir du rôle prépondérant des premières traductions de textes religieux au XVIe siècle jusqu’à l’apparition des premières grammaires imprimées à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, quand certaines variétés dialectales vont être retenues et d’autres écartées afin de constituer une norme supradialectale. Toutefois, en l’absence de documents antérieurs au XVIe siècle, il ne nous est pas possible de savoir si des démarches de sélection linguistique ont eu lieu avant cette date ; en revanche, il semble que la langue littéraire unitaire et normée n’apparaisse qu’au milieu du XIXe siècle, voire à la fin de ce même siècle.

11Un autre aspect discuté de la recherche est celui de l’examen des causes ayant mené à l’apparition de la culture écrite roumaine. En effet, les spécialistes ne sont pas parvenus à un consensus sur cette question, de telle sorte que leurs hypothèses peuvent être réunies sous trois grandes catégories, elles-mêmes comportant plusieurs subdivisions : la première est la théorie des influences externes (qui comprend l’influence supposée du bogomilisme, celle du hussitisme, du catholicisme ou encore de la Réforme), la deuxième est la théorie de l’initiative interne et la troisième est la théorie de la convergence de l’action des facteurs internes et externes32. Cette dernière semble la plus plausible, car elle reconnaît à la fois l’influence externe – due notamment aux mouvements protestants – et l’influence interne qui reflète les aspirations ainsi que les nécessités linguistiques et religieuses de la population roumanophone.

Les préfaces et postfaces des écrits religieux : une source d’information parfois partielle, parfois trompeuse, mais toujours précieuse sur leur traduction

12Les premiers textes sur lesquels nous allons nous pencher sont l’œuvre du diacre Coresi, typographe originaire de Valachie (il travailla à Târgoviște), qui imprima plusieurs ouvrages – tant en slavon qu’en roumain – dans son atelier de Kronstadt/Brașov où il officia durant deux décennies33. On s’accorde à dire que Coresi n’a pas été le traducteur de ces livres, mais seulement l’imprimeur ; cependant, il est plus que probable qu’il ait également eu un rôle de réviseur en unifiant l’orthographe et en adaptant à la variante valaque les manuscrits provenant d’autres zones dialectales34. Celle-ci se répand ensuite dans les autres espaces dialectaux roumains grâce à l’importante diffusion des ouvrages imprimés par Coresi.

13Tout d’abord, voici un extrait35 de la préface d’Întrebarea creștinească (Question chrétienne) qui est un catéchisme datant de 1559-1560, vraisemblablement la traduction d’un original hongrois et de toute évidence imprimé sous les auspices des milieux luthériens de Kronstadt/Brașov36 :

Ensuite, de bons chrétiens réfléchirent et traduisirent ce livre de la langue serbe37 en langue roumaine avec l’autorisation de sa majesté le roi38 et de Sava, évêque de Transylvanie. Et nous avons imprimé le Saint Évangile et le Décalogue et le Notre Père et le Credo, afin que tous ceux qui sont Roumains chrétiens les comprennent, comme le dit le saint apôtre Paul aux Corinthiens, chapitre 1439 : « dans la sainte église mieux vaut dire cinq mots bien compris que dix mille incompréhensibles dans une langue étrangère ». Ensuite, nous vous prions tous, saints pères ou prélats ou évêques ou popes, dans les mains desquels va arriver ce livre chrétien, de le lire d’abord et de ne point le juger, ni le dénigrer s’il n’est point lu, car il ne contient rien d’autre que ce qu’ont prêché les saints apôtres et les saints pères. Et nous le dédions et l’offrons respectueusement à sa sainteté l’archiprêtre et métropolite40 Ephraïm41.

14Nous voyons ici clairement la double captatio benevolentiae employée par Coresi au sens où il revendique à la fois la permission (pour ne pas dire le patronage) du roi de Hongrie – ce dernier ne faisant pas mystère de sa volonté de convertir les Roumains orthodoxes aux idées de la Réforme – qui rend possible l’impression de cet ouvrage ainsi que celle de l’évêque de Transylvanie et du métropolite de Valachie afin de garantir la canonicité du contenu et sa conformité aux dogmes orthodoxes. Il dit d’ailleurs à ce propos, pour prévenir les accusations d’hérésie, qu’il n’y a rien d’autre que la parole sacrée dans ce livre et que ceux qui en doutent doivent le lire pour s’en assurer. En ce qui concerne la justification de la traduction en roumain des textes religieux – dont l’inspiration protestante ne pouvait que susciter l’hostilité du clergé orthodoxe –, Coresi s’appuie sur un argument d’autorité issu des épîtres pauliniennes (le verset où Paul parle de la nécessité d’utiliser au sein de l’Église une langue compréhensible par tous) afin de légitimer le bien-fondé de sa démarche. Cet argument va devenir un véritable topos dans les autres travaux du typographe et nous le rencontrons, avec de légères variations de formulation, dans le péritexte de plusieurs ouvrages parmi lesquels les postfaces du Tétraévangile, du Psautier slavo-roumain et du Commentaire des Évangiles ainsi que la préface de l’Eucologe roumain.

15Aussi, dans la postface du Tetraevanghel (Tétraévangile) datant de 1560-1561 et traduit d’une version slavonne, nous trouvons la même exhortation à lire l’ouvrage avant de le critiquer, qui est une manière d’attester la fidélité de la traduction, ainsi que l’extrait de la Première épître aux Corinthiens. De plus, l’empreinte des conceptions de la Réforme quant à la traduction des écrits religieux en langue vernaculaire est encore plus manifeste ici avec la mention du commanditaire de l’ouvrage, l’édile saxon Hans Benkner, qui souhaite ardemment la publication de livres sacrés en langue roumaine :

Par la volonté du Père, par l’assistance du Fils et par le parachèvement du Saint-Esprit, au temps de sa majesté le roi Jean42, moi, maître Hans Benkner de Brașov, j’ai eu de l’affection pour les saints livres chrétiens du Tétraévangile et j’ai fait imprimer ces saints livres d’enseignement afin que les popes roumains les comprennent et qu’ils instruisent les Roumains qui sont chrétiens, comme le dit le saint apôtre Paul aux Corinthiens, chapitre 14 [suit la citation de 1 Co et l’avertissement incitant à lire le livre avant de le juger]43.

16De même, dans la préface du Molitvenic rumânesc (Eucologe roumain) datant de 1567-1568 sont rappelées l’importance de s’exprimer dans une langue intelligible par le plus grand nombre et l’idée selon laquelle ce serait un bienfait pour les Roumains qu’ils puissent lire et entendre les textes sacrés dans leur langue. En plus de l’argument d’autorité paulinien déjà invoqué de nombreuses fois, Coresi cite également des versets de l’Évangile selon Matthieu :

17En roumain j’ai imprimé cet eucologe afin que le pope lui-même et les personnes qui l’écoutent comprennent ce qu’il dit […]. Dieu ainsi a laissé, et les prophètes et les apôtres, parler dans la langue que les hommes comprennent et parlent. Jésus nous l’enseigne dans Matthieu 5544 : « Avez-vous compris toutes ces choses » et Matthieu 6045 : « Écoutez et comprenez » ; Matthieu 10946 : « Que celui qui lit comprenne » et l’apôtre Paul dans Corinthiens 155 que « dans l’église mieux vaut dire cinq mots bien compris, pour instruire aussi les autres, qu’une multitude de mots incompréhensibles dans une langue étrangère ». Et en vérité il le dit, parce que le pope parle dans le vent quand ni lui, ni les hommes ne comprennent47.

18Pareillement, dans le recueil d’homélies intitulé Tâlcul evangheliilor (Commentaire des Évangiles), qui se trouve dans le même volume que le Molitvenic rumânesc et le précède, Coresi pointe le fait que les Roumains ne disposent toujours pas de livres religieux dans leur langue et il motive sa volonté de publication en se basant à nouveau sur des versets de Paul et de Matthieu :

Par la grâce de Dieu, moi, le diacre Coresi, si j’ai vu que presque toutes les langues ont la parole de Dieu dans leur langue, seuls nous, les Roumains, nous ne l’avons point [suivent les citations de Mt 24,15 et de 1 Co 14,19] c’est pourquoi j’ai imprimé, comme j’ai pu, le Tétraévangile et les Actes des Apôtres en roumain. […] et j’ai imprimé pour que, à vous frères Roumains, cela serve d’enseignement et je vous prie, mes frères, de lire et de bien réfléchir afin que vous voyiez vous-mêmes qu’il s’agit de la perle et du trésor caché48 (Matthieu 55)49.

19Ce recueil ainsi que le Molitvenic ont eux aussi une couleur réformée assez prononcée, visible tant dans les fragments que nous venons d’analyser que dans le reste du texte où sont présents plusieurs principes doctrinaires propres au protestantisme (sola gratia, sola fide, refus du culte des saints et des icônes, condamnation des superstitions, etc.)50. Par ailleurs, même si le traducteur n’a pas été identifié, il est probable qu’il s’agisse soit d’un clerc calviniste, soit d’un érudit proche de ce milieu (les noms du surintendant roumain Gheorghe de Sîngeorgiu et celui du mécène hongrois Miklós Forró de Háporton ont été proposés). Quant aux sources de la traduction roumaine, les spécialistes penchent pour un original hongrois ou bien slavon ruthène51.

20Nous retrouvons ces formules (constat de l’absence d’une traduction en roumain et citations bibliques) mot pour mot dans la postface de la Psaltire românească (Psautier roumain) de 157052 et dans celle de Psaltirea slavo-română (Psautier slavo-roumain) de 1577 où le diacre ajoute un passage soulignant la finalité didactique de cette publication :

C’est pourquoi, pour vous mes frères, prêtres, j’ai imprimé ce psautier avec réponse53, j’ai traduit le psautier serbe54 en roumain afin que cela vous soit compréhensible ainsi qu’aux grammairiens55. Et, je vous prie, mes frères, de lire et de bien réfléchir parce que vous verrez vous-mêmes que c’est la vérité56.

21Dans l’homéliaire intitulé Evanghelia cu învățătură (Évangile avec explication) et datant de 1580-1581, les informations concernant le contexte d’impression de cet ouvrage nous sont données dans la préface où le commanditaire, le prévôt de Kronstadt/Brașov Lukas Hirscher, affirme – toujours dans cet esprit marqué par les idées de la Réforme – qu’il a passionnément désiré la traduction de ce livre en roumain en vue de diffuser les textes chrétiens parmi le peuple. Dans le même temps, pour se prémunir contre l’opposition des orthodoxes, Lukas Hirscher s’est assuré du soutien de plusieurs hauts membres de leur clergé en déclarant qu’il a demandé au métropolite de Hongro-Valachie Séraphin de lui envoyer la version slavonne de cette œuvre et que Ghenadie Ier, le métropolite de Transylvanie, lui a garanti que ce livre traduit en roumain serait des plus utiles à ses fidèles. Il précise alors qu’il en a confié la traduction à des prêtres orthodoxes de sa ville et l’impression à Coresi :

[…] Nous l’avons donné [l’original slavon] à Coresi, le diacre, qui était un maître versé dans ce domaine, afin qu’il traduise ce livre serbe en langue roumaine, de conserve avec les prêtres de l’église de Șchei57, près de la ville de Brașov, à savoir le pope Iane et le pope Mihai. C’est la raison pour laquelle nous voulons que se multiplie, dans de nombreux endroits et de nombreuses façons, la parole de Dieu et qu’elle se joigne à l’enseignement de la loi chrétienne. […] J’ai fait en sorte que celui-ci soit plus aisé et plus facile à lire et à comprendre pour les gens du peuple58.

22Ainsi, à la lecture de ces quelques textes du diacre Coresi, il nous paraît recevable de considérer ses énoncés comme possédant un caractère performatif. En effet, lorsque celui-ci nous dit qu’il a imprimé tel ou tel ouvrage, il ne se borne pas simplement à nous décrire son activité de typographe, mais il accomplit quelque chose, à savoir propager la parole sacrée parmi les roumanophones grâce aux traductions. Cette performativité est notamment soulignée par certains verbes employés tels que « prier », « inviter » ou encore « avoir l’intention de ». Nous pouvons appliquer à certains énoncés de Coresi la théorie des performatifs effectuée par la suite par J. L. Austin59 et sa classification en trois actes de parole : l’acte locutoire (acte de dire quelque chose)60, l’acte illocutoire (acte réalisé en disant quelque chose)61 et l’acte perlocutoire (acte réalisé par le fait de dire quelque chose)62 : par exemple, quand celui-ci devance les éventuelles objections du clergé orthodoxe et les enjoint de lire ces textes avant de les critiquer, il réalise l’acte locutoire de dire quelque chose, c’est-à-dire de donner un contenu et un sens (« lisez avant de juger » dans le cas présent), en énonçant cela il accomplit l’acte illocutoire de formuler un ordre – ou, du moins, une prière – et, suite à ces deux actes, il exécute l’acte perlocutoire d’inspirer de la bienveillance aux personnes auxquelles il s’adresse, de les rassurer quant à la canonicité de ces traductions.

23Dans les années qui suivent apparaissent les premières traductions bibliques en roumain, dont la première est la Palia d’Orăștie. Il s’agit d’une traduction de la Genèse et de l’Exode imprimée en 1582 dans la ville de Broos/Szászváros/Orăștie par les diacres Șerban et Marien, financée par le capitaine hongrois Ferenc Geszti sous le règne – et avec l’autorisation – du prince de Transylvanie Sigismond Báthory pour « l’affermissement de la sainte Église des Roumains63 ». Dans la préface de ce livre, on nous dit que c’est l’évêque roumain calviniste Mihai Tordási accompagné de Ștefan Herce (prêtre à Karánsebes/Caransebeș), Efrem Zacan (professeur dans la même ville), Moisi Peștișel (prêtre à Lugos/Lugoj) et Achirie (archiprêtre du district de Hunedoara) qui en sont les traducteurs64. Cependant, rien ne nous permet d’affirmer avec certitude que ces derniers – ou au moins une partie d’entre eux – sont les véritables traducteurs de cet ouvrage65. En revanche, il ne fait guère de doute, au vu des personnes impliquées, que nous avons affaire à une traduction initiée par les milieux protestants avec l’idée de don fait aux Roumains de ces livres, comme le prouvent les passages suivants : « et il vous les a offerts à vous, mes frères Roumains 66 » ainsi que « et je les ai imprimés pour vous, mes frères Roumains et lisez-les, car vous y découvrirez une perle précieuse et un trésor infini67 ». Toujours dans la préface sont cités les textes qui composent l’ouvrage et les sources des traductions : « Voici cinq livres68 du prophète Moïse, qui sont traduits de l’hébreu en grec, du grec en serbe et en d’autres langues, et de celles-là traduits en roumain 69», de même que les désormais traditionnelles formules relatives à l’absence d’écrits religieux en roumain et au fait de les lire avant de les blâmer :

[…] car nous voyons que toutes les langues les ont [les textes sacrés] et fleurissent dans les glorieuses paroles de Dieu, seuls nous les Roumains nous n’en avons point dans notre langue. C’est pourquoi, avec grand labeur, nous avons traduit de l’hébreu, du grec et du serbe en langue roumaine les cinq livres du prophète Moïse et quatre livres70 appelés Les Rois et quelques autres prophètes et nous les offrons à vous, frères Roumains, lisez et ne jugez point sans d’abord lire, car vous découvrirez vraiment un grand trésor spirituel71.

24Néanmoins, après un examen attentif du texte des deux livres à notre disposition (de la douzaine prévue initialement, seuls ceux de la Genèse et de l’Exode ont été imprimés), il s’avère que les sources de cet ouvrage ne sont pas celles mentionnées dans la préface mais, selon toute vraisemblance, celles-ci sont une version hongroise du Pentateuque publiée à Kolozsvár/Cluj par Gáspár Heltai en 1551 et une édition de la Vulgate (probablement celle de Lucas Osiander imprimée à Tübingen en 1573)72. En effet, traduire le texte biblique en langue vernaculaire aussi bien que le traduire à partir de sources de provenance occidentale ne pouvait qu’être très mal reçu par les orthodoxes, raison pour laquelle la préface fait bien état des sources utilisées pour la traduction du Pentateuque, mais qui ne sont pas celles de la Palia. Cette duperie ainsi que l’ajout artificiel de mots d’origine slave dans le texte (comme c’est le cas pour les titres des livres bibliques par exemple) visaient à rendre la traduction plus acceptable pour les fidèles roumains et à la rattacher à l’espace slavo-orthodoxe73.

25Quelques décennies plus tard, en 1648, paraît le Nouveau Testament de Bălgrad (Bălgrad étant le nom slave de la ville de Gyulafehérvár/Alba Iulia) sous l’impulsion de Georges Ier Rákóczi et de son évêque István Geleji Katona. Cette première traduction intégrale du Nouveau Testament74 a été commencée par le hiéromoine Silvestru (originaire du monastère de Govora, en Valachie) mais, inachevée et considérée comme lacunaire et remplie d’erreurs, elle a été reprise et corrigée par un groupe de traducteurs dont ferait peut-être partie le métropolite de Transylvanie, Simion Ștefan75. Pour ce qui est des sources employées, la préface en mentionne trois : grecque, slavonne et latine. La recherche récente suggère l’utilisation prépondérante d’une version latine (la Vulgate et l’édition de Théodore de Bèze du Nouveau Testament), de la Bible d’Ostrow et de celle de Károli révisée par Albert Molnár en guise de versions de contrôle ainsi que, dans une bien moindre mesure, d’ouvrages imprimés par Coresi76. La préface de cet ouvrage est fondamentale car elle évoque – et déplore – explicitement le manque d’unité de la langue roumaine et les problèmes que cela engendre. Elle affirme ainsi la nécessité d’une langue écrite commune à tous les Roumains quel que soit l’endroit où ils demeurent, elle recommande d’éviter les régionalismes et elle préconise l’emploi de mots à large circulation dont la fréquence les rend compréhensibles par tous (ce dernier point étant illustré par une comparaison avec les échanges monétaires) :

Nous vous prions d’être attentifs au fait que les Roumains ne parlent point dans tous les pays de la même manière, ni de la même manière dans un même pays. […] Nous savons bien que les mots doivent être comme des monnaies parce que, de même que les monnaies qui circulent dans tous les pays sont de bon aloi, les mots que tous comprennent sont de bon aloi aussi ; c’est pourquoi nous nous sommes efforcés, autant que nous avons pu, de traduire pour que tous comprennent et ce ne sera point de notre faute si certains ne comprennent pas, mais ce sera la faute de celui qui a dispersé les Roumains dans d’autres pays de telle sorte que leurs mots se sont mélangés à d’autres langues et qu’ils ne s’expriment plus tous de la même manière77.

26Il faut ensuite attendre quarante ans et l’année 1688 pour que soit publiée la première traduction intégrale de la Bible en langue roumaine. Celle-ci a été réalisée à Bucarest sous le règne du prince de Valachie Șerban Cantacuzino par un collectif coordonné par les frères Radu et Șerban Greceanu, logothètes du souverain. La principale source pour l’Ancien Testament est une version révisée de la traduction effectuée par l’érudit moldave Nicolae Milescu à partir d’une édition protestante de la Septante et celle pour le Nouveau Testament est une révision du Nouveau Testament de Bălgrad. Ici – contrairement à la Palia d’Orăștie et au Nouveau Testament de Bălgrad qui visaient la réception du texte par le lecteur, c’est-à-dire lui offrir un accès aux écrits sacrés, les lui rendre intelligibles – le texte se veut une traduction la plus proche possible de l’original afin de donner à la culture roumaine une œuvre basée sur un modèle prestigieux, à savoir le modèle grec78. Aussi, dans la préface, il est dit que la traduction a été confiée à « nos gens d’ici non seulement experts en notre langue, mais aussi en grec, ayant la science nécessaire pour la traduire 79» et que, en raison de « l’étroitesse de la langue roumaine80 », certains termes grecs néologiques ont été laissés tels quels dans la traduction. Comme dans d’autres œuvres antérieures, nous retrouvons ici le leitmotiv du don fait à tous les Roumains (comme le prouvent les expressions « a été offerte au peuple roumain 81» et « pour éclairer ceux de la maison des églises autochtones : des Roumains, des Moldaves et des Hongro-Valaques 82») pour « la rédemption des foules et la nourriture spirituelle des croyants83 ».

27Ces formules font écho à celles énoncées quelques années plus tôt par de grandes figures ecclésiastiques moldaves tel le métropolite Dosoftei qui publie en 1679 à Iași un liturgikon intitulé Dumnedzăiasca Liturghie (Divine Liturgie) et qui nous dit la chose suivante dans la préface : « à présent nous offrons nous aussi ce cadeau à la langue roumaine, la sainte liturgie, traduite de la langue grecque en langue roumaine pour la gloire de Dieu, afin que tous ceux qui ne comprennent ni le serbe, ni le grec la comprennent84 ». Cette préface est adressée à « toute la gent roumaine, partout où se trouvent des orthodoxes en cette langue85 ». Des mots identiques avaient été prononcés par le métropolite Varlaam dans la préface de son Carte românească de învățătură (Livre roumain d’enseignements), recueil d’homélies imprimé à Iași en 1643, au sujet des destinataires de cet ouvrage : « toute la gent roumaine, partout où se trouvent des orthodoxes en cette langue86 », de son dessein : « nous offrons nous aussi ce cadeau à la langue roumaine, un ouvrage en langue roumaine, d’abord pour la gloire de Dieu et ensuite pour l’instruction et le profit des âmes orthodoxes87  » et de sa raison d’être : « notre langue roumaine qui n’a point de livre en sa langue, il est difficile de comprendre des livres en d’autres langues 88».

28Ce même Varlaam publie en 1645 un Răspuns împotriva catehismului calvinesc (Réponse contre le catéchisme calviniste) qui est une réplique à un livre intitulé Catéchisme chrétien imprimé en 1642 en Transylvanie à l’instigation du surintendant István Geleji Katona. Faisant suite au synode de Iași convoqué en 1642 dont l’objectif était d’une part de contrer certaines doctrines protestantes et catholiques qui s’étaient introduites dans l’orthodoxie et, d’autre part, de réaffirmer ses dogmes fondamentaux, l’ouvrage de Varlaam s’inscrit dans un combat contre la volonté – qualifiée de « pleine de poison et de mort spirituelle 89» – des calvinistes de convertir les Roumains en opposant à cette dernière les principes orthodoxes. Il s’adresse en particulier aux Roumains de Transylvanie, étant convaincu que ceux-ci forment avec les Roumains des autres provinces une seule et même communauté ethnique, linguistique et confessionnelle :

Fidèles orthodoxes et véritables fils de notre sainte Église apostolique, bien-aimés chrétiens de souche roumaine comme nous, vous tous qui vous trouvez partout en Transylvanie et qui avez la même foi que nous90.

29Ce sentiment d’appartenance à une même communauté s’est accentué avec le développement de l’imprimerie en langue vernaculaire91 qui a permis de diffuser à une plus grande échelle les textes sacrés en roumain et donc de favoriser l’émergence d’une norme écrite supradialectale. Dans le même temps, l’expansion de la Réforme en Transylvanie et ses tentatives pour convertir les Roumains – notamment par la traduction des ouvrages religieux en leur langue – ont entraîné une réaction de la part du haut clergé orthodoxe qui va alors, dans ses propres ouvrages et traductions en langue vernaculaire, mettre en avant et revendiquer une identité religieuse orthodoxe (ici couplée à une identité ethnique roumaine) considérée comme la seule vraie foi et la construire en opposition à celle des calvinistes, vus comme hérétiques, à travers un mouvement d’inclusion des uns et d’exclusion des autres92.

Conclusion

30Amorcée dès le XVIe siècle en Transylvanie sous l’influence des idées de la Réforme, la traduction des écrits religieux a lieu en Valachie et en Moldavie à partir de la dernière décennie de la première moitié du XVIIe siècle sous la houlette des hiérarques orthodoxes, après avoir surmonté leurs réticences initiales. Cet élan traductif entraîne dans son sillage le remplacement du slavon par le roumain comme langue liturgique dans les premières décennies du XVIIIe siècle en Valachie et en Moldavie (et probablement dès la fin du XVIe siècle en Transylvanie)93. Conséquence directe de ce changement linguistique, un besoin de livres religieux en roumain se fait impérieusement sentir dans la première moitié du XVIIIe siècle. Or, à cette époque, l’activité typographique en Moldavie et, surtout, en Transylvanie accuse un net repli tandis que les presses de Valachie sont très actives, ce qui a pour effet d’accroître l’impression d’ouvrages provenant de cet espace, lesquels vont largement circuler dans les autres territoires roumains menant ainsi à l’unification du roumain ancien écrit et à l’adoption progressive et délibérée de la norme littéraire valaque dans les textes religieux au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle94.

Notes

1 Nous faisons ici allusion aux relations complexes entre la Principauté de Transylvanie et le Royaume de Hongrie sous domination habsbourgeoise, voir à ce propos Teréz Oborni, « Between Vienna and Constantinople: Notes on the Legal Status of the Principality of Transylvania », in Gábor Kármán / Lovro Kunčević (éd.), The European Tributary States of the Ottoman Empire in the Sixteenth and Seventeenth Centuries, Leiden, Brill, 2013, p. 67-90.

2 Pour plus de détails au sujet du statut de ces deux principautés vis-à-vis de l’Empire ottoman, voir Viorel Panaite, « The Legal and Political Status of Wallachia and Moldavia in Relation to the Ottoman Porte », in Gábor Kármán / Lovro Kunčević (éd.), op. cit., p. 9-43.

3 Un aperçu récent concernant cette époque se trouve dans Constantin Iordachi, « The Phanariot regime in the Romanian Principalities, 1711/1716–1821 », in John R. Lampe / Ulf Brunnbauer (éd.), The Routledge Handbook of Balkan and Southeast European History, New York, Routledge, 2021, p. 35-41.

4 Sur ces questions liées à la culture médiévale roumaine, voir la contribution de Benoît Joudiou, « Les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie et leur environnement slavo-byzantin », Balkanologie, volume II, n°1, 1998. Consultable sur : https://journals.openedition.org/balkanologie/241

5 István Keul, Early Modern Religious Communities in East-Central Europe. Ethnic Diversity, Denominational Plurality, and Corporative Politics in the Principality of Transylvania (1526–1691), Leiden, Brill, 2009, p. 31-32.

6 Ibid., p. 104-105.

7 Ibid., p. 134.

8 Ibid., p. 168-170.

9 Ibid., p. 192.

10 À propos des efforts faits par les princes calvinistes de Transylvanie pour attirer à leur foi les orthodoxes roumains, voir Maria Crăciun, « Building a Romanian Reformed Community in Seventeenth-Century Transylvania », in Maria Crăciun / Ovidiu Ghitta / Graeme Murdock (éd.), Confessional Identity in East-Central Europe, Aldershot, Ashgate, 2002, p. 99-120.

11 István Keul, op. cit., p. 230-231.

12 L’expression « orthodoxie calvinisée » a été employée pour qualifier cette synthèse dans Ana Dumitran, « Entre orthodoxie et réforme – l’appartenance confessionnelle de l’archiprêtre Ioan Zoba de Vinț », in Maria Crăciun / Ovidiu Ghitta, Ethnicity and Religion in Central and Eastern Europe, Cluj, Cluj University Press, 1995, p. 147-148.

13 Laura Stanciu, « Ședințele sinodului român din anii 1697, 1698 și 1700 », in Johann Marte et alii, Unirea românilor transilvăneni cu Biserica Romei. Vol. 1: De la începuturi până în anul 1701, București, Editura Enciclopedică, 2010, p. 178-182.

14 Ibid., p. 188.

15 Andrei Pippidi, Byzantins, Ottomans, Roumains. Le sud-est européen entre l'héritage impérial et les influences occidentales, Paris, Honoré Champion, 2006, p. 83.

16 Matei Cazacu, « La littérature slavo-roumaine (XVe-XVIIe siècles) », Études balkaniques, n°4, 1997, p. 101.

17 Benoît Joudiou, art. cit.

18 Matei Cazacu, art. cit., p. 102.

19 Le débat relatif à la datation a été définitivement tranché dans Matei Cazacu, « Sur la date de la lettre de Neacșu de Cîmpulung (1521) », Revue des études sud-est européennes, tome VI, n°3, 1968, p. 525-528. D’autres attestations écrites du roumain ont été repérées avant le XVIe siècle dans des documents en slavon ou en latin, mais il s’agit uniquement de mots isolés (noms propres notamment) ou de fragments de phrases, non d’un texte continu.

20 Pour plus d’informations sur les aspects proprement linguistiques de cette lettre, voir Petrea Lindenbauer / Holger Wochele, « Sprachkontakte der frühesten rumänischen Schriftlichkeit », in Thede Kahl (éd.), Das Rumänische und seine Nachbarn, Berlin, Frank & Timme, 2009, p. 71-74.

21 Voir à cet égard les arguments présentés dans Ion Gheție / Alexandru Mareș, Originile scrisului în limba română, București, Editura Științifică și Enciclopedică, 1985.

22 Pour une revue des hypothèses relatives à la localisation et à la datation de ces documents, voir Eugen Munteanu, art. cit., p. 35-42.

23 István Keul, op. cit., p. 76.

24 Un examen approfondi de ce document se trouve dans Giuseppe Stabile, « Rumanian Slavia as the Frontier of Orthodoxy. The Case of the Slavo-Rumanian Tetraevangelion of Sibiu », Studia Ceranea, vol. 9, 2019, p. 59-87.

25 Une étude fouillée sur ce sujet se trouve chez Gheorghe Chivu, « Alfabetele vechilor noastre scrieri bisericești », Text și discurs religios, nr. 8, 2016, p. 9-19.

26 Sur la relation entre processus traductif et élaboration de la norme littéraire, consulter Alexandru Gafton, De la traducere la norma literară. Contribuția traducerii textului biblic la constituirea vechii norme literare, Iași, Editura Universității „Alexandru Ioan Cuza”, 2013.

27 Pour une synthèse des recherches concernant la base dialectale de la langue littéraire roumaine, voir Gheorghe Chivu, « „Dialectele literare”, o „problemă capitală” a vechii române literare, în concepția lui G. Ivănescu și Ion Gheție », Anuar de Lingvistică și Istorie Literară, t. LIII, 2013, p. 75-83.

28 Alexandru Gafton, « Les caractéristiques de la formation de l’aspect littéraire de l’ancien roumain », Revue roumaine de linguistique, tome LIV, n°1, 2014, p. 63-64.

29 Ibid., p. 64.

30 Ibid., p. 66-67.

31 Ibid., p. 73.

32 Pour un exposé détaillé de ces théories, voir Eugen Munteanu, « Rolul Bisericii și al textelor cu conținut bisericesc în procesul de formare a vechii române literare. Un punct de vedere filologic », in Nicolae-Cristian Câdă (éd.), Șerban Cantacuzino, Antim Ivireanul și Neofit Cretanul – Promotori ai limbii române în cult, București, Editura Cuvântul Vieții, 2013, p. 44-58.

33 Pour davantage d’informations biographiques sur Coresi, voir Paul Scarlat, « Deacon Coresi. Personality at the Confluence of Cultures and Christian Confessions », Edinost in dialog, 72, 2017, p. 225-241.

34 Aura Mocanu, « Contribuția diaconului Coresi la dezvoltarea limbii române literare în opinia lui Ion Gheție (1930-2004) », Analele Universității de Vest din Timișoara. Seria Științe Filologice, vol. LI-LII, 2013-2014, p. 74.

35 Dans notre travail, nous avons pris le parti de rester au plus près de la lettre de ces textes afin de tenter de restituer leur physionomie originelle, d’où une traduction française qui peut parfois sembler un peu laborieuse pour un œil actuel. Quant aux transcriptions en alphabet latin des fragments initialement en caractères cyrilliques, nous avons reproduit très-exactement celles présentes dans les deux chrestomathies que nous avons consultées, avec toutes les imperfections que ces dernières peuvent comporter. À propos des problèmes rencontrés lors de l’édition de documents anciens roumains, voir Alexandru Mareș, « L’édition des textes roumains anciens », in David Trotter (éd.), Manuel de la philologie de l’édition, Berlin, De Gruyter, 2015, p. 95-130.

36 Alexandru Mareș, « Două note coresiene », Limba Română, LXII, 4, 2013, p. 484-485.

37 Il faut ici comprendre « slavonne ».

38 Jean II de Hongrie.

39 Il s’agit de la Première épître aux Corinthiens, chapitre 14, verset 19 de Paul.

40 De Valachie.

41 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, Crestomație de literatură română veche, vol. I, Cluj-Napoca, Editura Dacia, 1984, p. 63 : « După aceaia nește creștini buni socotiră și scoaseră cartea den limba sîrbească pre limba rumânească, cu știrea măriei lu crai și cu știrea episcopului, Savei, Țăriei Ungurești. Și scoasem sfînta Evanghelie și Zeace cuvinte și Tatăl nostru și Credința apostolilor, să înțeleagă toți oamenii cine-s rumâni creștini, cum grăiaște și sfîntul Pavel apostol cătră corinteani, 14 capete: „În sfînta besearecă mai bine e a grăi 5 cuvinte cu înțeles, decît 10 mie de cuvinte neînțelease în limba striină”. După aceaia vă rugăm toți sfinți părinți, ore vlădici, oare episcopi, oare popi, în cărora mînă va veni aceastea cărți creștinești, cum mainte să cetească, necetind să nu judece, nece să săduiască, că nu e într-însele alte nemică, ce numai ce-au propoveduit sfinții apostoli și sfinții părinți. Și închinăm cinste și dăruim sfinției tale arhiereu i mitropolit Efrem ».

42 Jean II de Hongrie.

43 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 67 : « Cu vrearea Tatălui și cu ajutoriul Fiiului și cu sfârșitul Duhului sfînt, în zilele măriei li Ianăș crai, eu, jupînul Hanăș Beagner den Brașov am avut jelanie pentru sfentele cărți creștinești Tetroevanghel și am scris aceaste sfente cărți de învățătură, să fie popilor rumânești să înțeleagă să înveațe rumânii cine-s creștini, cum grăiaște și sfîntul Pavel apostol cătră corinteani, 14 capete [...] ».

44 Matthieu 13, 51.

45 Mt 15,10.

46 Mt 24,15.

47 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 103 : « Rumânește am scris acest molitevnic cum să înțeleagă și popa ce zice însușu și oameni ce ascultă [...]. Și Dumnezeu așa au fost lăsat, și prorocilor și apostolilor, să grăiască în limba cum înțeleg și grăiesc oam[e]nii. Hristos încă așa ne învață, Mathei 55: „Înțeles-ați aceastea toate”, și Mathei 60: „Auziți și înțeleageți”; Mathei 109: „Cine ceteaște să înțeleagă”, și Pavel apostol la Corinth 155, cum „mai bine în besearecă cinci cuvinte a grăi, cu înțeles, să învețe și alalți, decât untunearec de cuvinte în limba striină”. Și cu adevăr zice, cum în vînt grăiaște popa cînd nu înțeleage, au el, au oamenii ».

48 Mt 13, 44-45.

49 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 102 : « Den mila lu Dumnezeu, eu, diiacon Corese, deacă-am văzut că mai toate limbile au cuvîntul lu Domnezeu în limba lor, numai noi rumânii n-avem […] derept aceaia am scris, cum am putut, Treteevanghelul și Praxiiul rumâneaște. […] și am scris cu tipariul voao fraților rumânilor să fie pre învățătură și vă rog ca frații miei să cetiți și bine să socotiți că veți vedea voi înșivă cum că e mărgăritariul și comoară ascunsă (Mathei 55) ».

50 Eugen Munteanu, art. cit., p. 23.

51 Une discussion sur ce sujet se trouve chez Levente Nagy, « O predică a lui Péter Juhász Melius tradusă în română și rutenă (Date noi despre sursele Cazaniei I a lui Coresi) », in Rodica Zafiu / Adina Dragomirescu / Alexandru Nicolae (éd.), Limba română: diacronie și sincronie în studiul limbii române. Vol. I: Gramatică, fonetică și fonologie, istoria limbii române, filologie, București, Editura Universității din București, 2014, p. 279-285.

52 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 76.

53 Cela signifie que la version slavonne est accompagnée de sa traduction en roumain.

54 Slavon.

55 Ici au sens de « professeur ».

56 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 79 : « Derept aceaia, frații miei, preuților, scrisu-v-am aceaste psăltiri cu otveat de-am scos den psăltirea sîrbească pre limbă rumânească să vă fie de înțelegătură și grămăticilor. Și vă rog ca, frații miei, să cetiți și bine să socotiți că veți ve[dea î]nșivă că e cu adevăr ».

57 Il s’agit de l’église orthodoxe Saint-Nicolas.

58 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 107 : « […] noi o deadem lu Coresi, diaconul, ce era meșter învățat într-acest lucru, de o scoase den cartea sîrbească pre limba rumânească, împreună și cu preuții de la besereaca Șcheailor, de lîngă cetatea Brașovului, anume popă Iane și popa Mihai. Derep ce că vrum să se înmulțească, în multe părți și chipuri, cuvîntul lu Dumnezeu și să se adaugă spre învățătura legiei creștinească. […] C-am fost cugetat și aceasta ca să fie mai lesne și mai iușor a ceti și a înțeleage pentru oamenii ceia proștii ».

59 John Langshaw Austin, How to Do Things with Words?, Oxford, Oxford University Press, 1962, p. 4-7 et p. 14-15.

60 Ibid., p. 94.

61 Ibid., p. 99.

62 Ibid., p. 101.

63 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 85 : « pentru întrămătura beseareceei sfîntă a românilor ». Il faut signaler que c’est ici la première fois que l’ethnonyme « roumain » est écrit român et non rumân. Pour une ample discussion sur ce point, voir Johannes Kramer, Die Sprachbezeichnungen Latinus und Romanus im Lateinischen und Romanischen, Berlin, Erich Schmidt, 1998, p. 130-139.

64 Ibid., p. 85.

65 Alexandru Gafton / Vasile Arvinte, Palia de la Orăștie (1582). Vol. 2: Studii, Iași, Editura Universității „Alexandru Ioan Cuza”, 2007, p. 16-17.

66 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 86 : « și le-au dăruit voo, frați românilor ».

67 Ibid., p. 86 : « și le-am scris voo, fraților români, și le cetiți că veți afla întru eale mărgăritariu scumpu și vistieriu nesfârșit ».

68 La Genèse, l’Exode, le Lévitique, le Livre des Nombres et le Deutéronome.

69 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 85 : « Amu cinci cărți ale lui Moisi prorocul, carele sîmt întoarse și scoase den limba jidovească pre greceaște, de la greci sîrbeaște și într-alte limbi, den acealea scoase pre limbă rumânească ».

70 Il s’agit des deux Livres de Samuel et des deux Livres des Rois.

71 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 86 : « […] vădzum cum toate limbile au și înfluresc întru cuvîntele slăvite a lui Domnedzeu numai românii pre limbă nu avem. Pentru aceaia cu mare muncă scoasem den limbă jidovească și grecească și sîrbească pre limbă românească 5 cărți ale lui Moisi prorocul și patru cărți ce se cheamă țrstva și alți proroci cîțva și le dăruim voo fraților rumâni și cetiți și nu judecareți necetind mainte, că veți cu adevăr a afla mare vistiiariu sufletesc ».

72 Alexandru Gafton, « Palia de la Orăștieprima încercare de traducere a textului sacru », Analele Universității „Alexandru Ioan Cuza” din Iași. Lingvistică, LIV, 2008, p. 7.

73 Ibid., p. 8.

74 Sans doute faut-il voir ici aussi une influence protestante, plus d’informations sont exposées dans Emanuel Conțac, « Reformed Features of the First Romanian Translation of the New Testament (1648) », in Wim François / August den Hollander (éd.), Vernacular Bible and Religious Reform in the Middle Ages and Early Modern Era, Leuven, Peeters, 2017, p. 221-245.

75 Le nombre, l’identité et la qualité de ces traducteurs-réviseurs nous sont inconnus, mais est avancée l’hypothèse selon laquelle ceux-ci seraient des intellectuels formés au sein du Collegium Academicum de cette même ville de Gyulafehérvár/Alba Iulia, voir à ce sujet Levente Nagy, « Les intellectuels iréniques de Transylvanie et la traduction de la Bible en roumain », Journal of Early Modern Christianity, vol. 2, n°2, 2015, p. 241-255.

76 Eugen Pavel, « Les sources de la traduction du Nouveau Testament de 1648 », Synergies Roumanie, n°7, 2012, p. 305-324.

77 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., p. 92 : « Aceasta încă vă rugăm să luați aminte că rumânii nu grăiescu în toate țărîle într-un chip, încă neci într-o țară toți într-un chip. […] Bine știm că cuvintele trebuie să fie ca banii, că banii aceia sînt buni carii îmblă în toate țărîle, așea și cuvintele acealea sînt bune carele le înțeleg toți; noi drept aceaia ne-am silit den cît am putut să izvodim așea cum să înțeleagă toți, iară să nu vor înțeleage toți, nu-i de vina noastră ce-i de vina celuia ce-au răsfirat rumânii printr-alte țări de ș-au mestecat cuvintele cu alte limbi de nu grăiescu toți într-un chip ».

78 Alexandru Gafton, « Particularități ale traducerii în Biblia de la Bucureşti şi în Noul Testament de la Bălgrad. Cu ilustrări din Epistola lui Iacov », Limba Română, LX, 2, 2011, p. 261-262.

79 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, Crestomație de literatură română veche, vol. II, Cluj-Napoca, Editura Dacia, 1989, p. 115 : « ai noștri oameni ai locului, nu numai pedepsiți întru a noastră limbă, ce și de limba elinească avînd știință ca să o tălmăcească ». 

80 Ibid., p. 115 : « strimtarea limbii românești ».

81 Ibid., p. 114 : « s-au dăruit neamului rumânesc ».

82 Ibid., p. 118 : « ca să lumineaze celor den casă ai besearicii noroade: rumânilor, moldoveanilor și ugrovlahilor ». 

83 Ibid., p. 118 : « pentru mîntuirea noroadelor și duhovnicească hrană a credincioșilor ».

84 Ioan Bianu / Nerva Hodoș, Bibliografia românéscă veche (1508-1830), tomul I: 1508-1716, Bucuresci, Edițiunea Academiei Române, 1903, p. 224 : « dăruim și noi acmu de o datâ acest darŭ limbii rumâneștĭ, sfinta liturghie, scosâ pre limbâ rumânĭascâ de pre elinéscâ de lauda lui Dumned̦ău să-nțălĭagă toți, carii nu-nțălegŭ sărbĭaște sau ellinĭaște ».

85 Ibid., p. 224 : « totâ semențiĭa românĭască tutinderĭa ce să aflâ-ntr-acĭastâ limbâ pravoslavnicĭ ».

86 Ibid., p. 139 : « toată semenția romănéscă pretutinderé ce să află pravoslavnici într’acĭasta liînmbă ».

87 Ibid., p. 139 : « dăruimŭ și noi acestŭ darŭ limbii romănești, carte pre limba romănéscă, întăĭu de laudă luĭ Dumned̦ău, după acé de învățătură și de folos sufletelorŭ pravoslavnici ».

88 Ibid., p. 140 : « limba noastrâ romănéscă, ce n’are carte pre limba sa, cu nevoe iaste a înțelége carté alții limbi ».

89 Ion Constantin Chițimia / Stela Toma, op.cit., vol. I, p. 132 : « plină de otravă și de moarte sufletească ». 

90 Ibid., p. 131 : « Credincioși pravoslavnici și adevărați fii svintei ai noastre beseareci apostolești, iubiți creștini și cu noi de un niam români, pretutinderea tuturor ce să află în părțile Ardialului ce sînteți cu noi într-o credință ».

91 Voir à ce propos le concept de « capitalisme d’imprimerie » proposé par Benedict Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origin and the Spread of Nationalism, London, Verso, 2006 [1983], p. 43-45.

92 Sur cette question de la frontière ethnique, consulter Fredrik Barth (éd.), Ethnic Groups and Boundaries. The Social Organization of Culture Difference, Oslo, Universitetsforlaget, 1969, p. 9-38.

93 Eugen Munteanu, art. cit., p. 68.

94 Ibid., p. 78.

Pour citer ce document

Mathieu Mokhtari, «Le rôle de la traduction des textes religieux dans l’émergence de la culture écrite roumaine aux XVIe et XVIIe siècles», Histoire culturelle de l'Europe [En ligne], Revue d'histoire culturelle de l'Europe, Langues et religions en Europe du Moyen Âge à nos jours, Langues vernaculaires et langue liturgique au long Moyen Âge (XIVe-XVIIIe siècles),mis à jour le : 24/03/2022,URL : http://www.unicaen.fr/mrsh/hce/index.php?id=2279

Quelques mots à propos de : Mathieu Mokhtari

Mathieu Mokhtari est doctorant à l’Université de Lyon où il prépare une thèse sur le rôle de l’archéologie dans la formation de l’identité et de la nation roumaines au XIXe siècle. Ses publications les plus récentes sont : « Entre “langage barbare & corrompu” et “langue d’Or” : les voyageurs français face à la langue roumaine au XIXe siècle », Quaestiones Romanicae, volume VII, tome 1, 2019, p. 437-451 et « Heurs et malheurs de la traduction du roumain ancien : le cas du sous-titrage français du film Aferim! », Revue Internationale d'Études en Langues Modernes Appliquées, n°12, 2019, p. 20-28.