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Résolution de l’assemblée,
tenue rue Française, n°3,
le 19 février 1788.
M. Clavière élu unanimement président.

1. Arrêté que les soussignés se forment en société, à l’effet de concourir, avec
celle formée à Londres1, à l’abolition de la traite et de l’esclavage des Nègres,
et que M. Clavière, l’un d’eux, en sera président jusqu’à ce que la Société
soit organisée, et que M. Brissot de Warville, fera les fonctions de secrétaire.

2. Arrêté que, quant à présent, pour être membre de cette Société, il faudra
souscrire au moins de deux louis, sauf à revenir sur la fixation définitive
de cette souscription.

3. Arrêté que la Société aura un Comité qui s’assemblera le mardi de
chaque semaine, et qu’il aura un registre où le travail de chaque
séance sera inscrit.

4. Arrêté que sur le registre de la Société on enregistrera les lettres du
Comité de Londres adressées à M. Brissot de Warville, les présentes résolutions
et celles qui seront prises à l’avenir.- Copie des lettres du comité de Londres :


Dans un comité tenu le 27 août 1787, lecture faite des lettres écrites par Brissot
de Warville
il a été résolu
que ce comité approuvant hautement le zèle témoigné par Brissot de Warville, le
remercie pour ses offres désintéressées, et l’élit comme membre honoraire et correspondant.
Le comité lui recommande expressément d’élever et d’étendre de tout son
pouvoir une institution semblable à celle formée dans ce pays, à l’effet de
faire abolir le commerce des esclaves, le prie de faire part de temps en temps au
Comité de ses progrès dans cet établissement, et d’y joindre tous les renseignements
qui peuvent faire réussir cette cause.
Résolu qu’Étienne Clavière est aussi élu membre et correspondant de
cette Société.
(signé) Philippe Samson, président pro tempore

Lettre qui accompagnait l’envoi des résolutions ci-dessus, adressée à M. Brissot
de Warville
.


Ami,
Le Comité de la Société instituée pour effecter2 l’abolition de la traite des
Nègres, ayant mûrement considéré tes lettres, a pris les résolutions dont je
joins une copie, et que tu es prié de communiquer à ton digne ami Etienne
- 6 -
Clavière. Nous y ajoutons nos souhaits sincères que tes succès, dans cette
entreprise, puissent égaler l’alacrité et le zèle avec lesquels tu cherches à
l’étendre. Le Comité approuve ton idée de traduire l’ouvrage intitulé : Vues
sommaires sur l’esclavage
. La circulation n’en peut opérer que les plus
heureux effets. Tu apprendras sans doute avec plaisir que les détails et les
mémoires que nous recevons journellement nous confirment dans les principes
établis dans cet ouvrage. Le Comité s’empresserait de vous faire un compte de
ses démarches, s’il n’était pas persuadé que les circonstances où se trouvent les
deux nations exigent une marche différente ; et il s’en rapporte à tes connaissances
et à celle de ton ami, pour suivre celle qui convient à la France. Il t’observe
cependant que le projet d’établir un Comité dans ce pays, coïncide parfaitement
avec les idées que nous avons de ce qui peut faire réussir généralement cette
entreprise, puisque, quelque intérêt qu’excitent des ouvrages écrits sur cette
matière, les plus grands effets ne peuvent être produits que par l’activité
infatigable, le zèle soutenu, et l’influence d’individus aimant le bien
et réunis,
Nous sommes tes amis, (signés) Joseph Woods, et Jacques Philips.

5. M. de Warville a fait ensuite lecture de deux lettres qui lui avaient été
adressées par Mr le marquis de La Fayette et Hérault, en réponse à
l’invitation qu’il leur avait faite d’assister à la présente assemblée.
Ces deux lettres étaient écrites ainsi qu’il suit :

(Lettre de M. le marquis de La Fayette.)

C’est avec le plus grand plaisir, Monsieur, que je vois se former à Paris une
Société, semblable à celle que préside M. Granville Sharp, et dont les premiers
exemples ont été donnés en Amérique. Je regrette seulement que l’Assemblée
nationale soit encore trop éloignée pour qu’elle puisse partager la gloire
dont le Parlement d’Angleterre va se couvrir. Le concert d’humanité entre
les deux nations seraient plus satisfaisant que les plus habiles détours de la
politique ; vous connaissez, Monsieur, le projet de M. Wilberforce : un membre
principal de l’opposition me mande que M. Fox et lui doivent l’appuyer, et
les chefs des deux partis se réuniront vraisemblablement pour cette occasion3 ;
il me semble que le meilleur moyen de réussir n’est pas de s’abandonner
uniquement aux réflexions philosophiques, mais de chercher à concilier les
intérêts de l’humanité avec ceux du commerce, et même des colons, ce qui n’est
pas impossible. Il se fait depuis quelque temps, dans une colonie française,
des essais pour ramener graduellement les Nègres à l’état de liberté et de
propriété, et cet établissement tend à prouver qu’un pareil système serait
plus utile, non seulement à la prospérité des colonies, mais à la fortune des
possesseurs actuels4. Je serais fort empressé, Monsieur, de profiter de votre
- 7 -

invitation pour mardi ; mais un rendez-vous de plusieurs personnes, relatifs aux
affaires de l’Auvergne m’empêchera de m’y rendre, agréez l’assurance des
sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être etc..

(signé) La Fayette.

(Lettre de M. Hérault)

Je suis infiniment sensible, Monsieur, à la proposition que vous voulez bien me
faire, au nom de M. Clavière et au vôtre. Ce serait une occasion heureuse pour
moi d’entendre discuter les droits éternels de l’humanité dans une assemblée
qui l’honore, et par deux hommes célèbres que leur génie et leurs connaissances
appellent à ce noble emploi. Mais, je vous observerai avec un véritable
regret, que ma place5 ne me permet guère de me trouver à des associations
que le Parlement n’a point encore autorisées. S’il survenait, d’ailleurs, une
cause de ce genre, en devenant sujet à une sorte de récusation, je m’ôterais la
faculté de défendre en public cette même liberté dont je me serais trop pressé
alors d’être le conjuré. Je me bornerai donc, Monsieur, à suivre de loin vos
travaux, mais avec un vif intérêt, et je vous prie de recevoir, ainsi que M. de
Clavière, mes vœux et ma reconnaissance.

J’ai l’honneur d’être avec la
considération la plus distinguée, etc. (signé Hérault.)

Il a été mis en délibération quelle réponse on ferait à ces deux lettres,
et les avis ayant été recueillis en deux tours, il a été arrêté que M. de Warville
dresserait un modèle de réponse, d’après la majorité des opinions, lequel
serait présenté à la prochaine session.

6. M. de Warville a lu ensuite un mémoire sur l’objet de cette Société, sur
les travaux qu’elle devrait embrasser, sur les moyens qu’elle devrait employer,
sur son utilité, sur son organisation, etc.
Après cette lecture faite, on a arrêté que l’auteur serait remercié, que
ce discours serait imprimé aux frais de la Société, comme étant propre à
instruire le public du véritable objet de cette Société, et qu’il serait joint
au présent article, comme étant la base de la Société

7. M. le comte de Mirabeau ayant fait l’offre de l’insérer dans son journal
intitulé : Analyse des papiers anglais, cette offre a été acceptée par la Société
avec empressement6.

Sur la motion faite par un des membres qu’avant l’impression, ce mémoire
fût soumis à l’examen d’un Comité, il y a eu unanimité de voix pour cette motion.
On a procédé au choix des commissaires, il est tombé sur Messieurs Clavière,
le comte de Mirabeau et Bergasse, lesquels ont accepté.

La société s’est ensuite ajournée à mardi prochain.

Brissot de Warville, Mirabeau, Brack, Carra,
A. M. Cerisier, B. Duchesnay, Yzarn Valady,
Bréban, É. Clavière

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Séance du 28 février 1788,
tenue à l’hôtel du Parlement d’Angleterre,
Rue Coq-Héron
M. Clavière, président.

M. de Warville a fait lecture des deux lettres suivantes, adressées à
M. le marquis de La Fayette, et a M. Hérault, lesquelles il a été
autorisé à signer par le Comité.

(à M. de La Fayette)

Vous avez été, M., le défenseur de la liberté en Amérique ; ce titre vous
appelle naturellement dans les sociétés qui ont pour objet de rendre cette
liberté à quelque classe d’hommes que ce soit. Tel est l’objet du comité qui
se forme à Paris, à la prière et à l’instar de celui de Londres. Il se propose
de concourir avec ce dernier à l’abolition de la traite et de l’esclavage
des Nègres. Cette Société, à laquelle j’ai fait part de votre réponse, espère
toujours que vous vous ferez un plaisir de vous ranger parmi ses membres.
Sans doute, il serait à désirer qu’il existât une Assemblée nationale
en ce moment, qui voulût, non pas rivaliser avec le Parlement d’Angleterre,
mais concourir avec lui pour sanctionner cette belle révolution. Mais,
parce qu’on ne peut fixer encore l’instant où s’assembleront les États
généraux, doit-on différer d’éclairer la France sur cet objet ? La publicité actuelle
ne mûrira-t-elle pas les esprits ? N’est-il pas nécessaire que la lumière précède
cette assemblée solennelle ? Car, les esprits en étant pénétrés se laissent moins
entraîner par les préjugés, la passion, la corruption.

Le mémoire qui contient le plan de cette Société, et que j’ai l’honneur de
vous envoyer, vous convaincra qu’il n’est pas question de s’abandonner uniquement
ici à des spéculations philosophiques, il vous convaincra que nous marchons
sur les pas de cette Société de Londres, dont vous reconnaissez l’utilité ; que
nous nous proposons, en outre, un objet particulier à la France. Il vous
convaincra que sans lumières préalables, il est impossible soit au ministère, soit
aux États généraux de prendre un parti sur cette question, et que sans une
Société telle que la nôtre il est impossible de se procurer de pareilles
lumières. Il vous convaincra, enfin, que sans elle, il serait difficile, et
peut-être impossible de vaincre les obstacles que l’intérêt particulier des
planteurs ne manquera pas d’élever ; qu’il élèvera peut-être avec plus de
succès en France qu’en Angleterre, parce qu’ici, plus que chez nos voisins,
la faveur, la richesse, l’intrigue ont plus d’influence pour retarder les
innovations qui leur nuisent.

Cette Société étant utile, patriotique, et même d’une nécessité
indispensable, tous les bons Français, tous les amis de la liberté et de l’humanité
doivent y prendre part. Elle vous réclame à ce titre, et nous craindrions si
vous n’y veniez pas, que cette absence ne fit votre critique ou la nôtre.

Je suis avec respect etc.


- 9 -

(à M. Hérault)

Après vous avoir remercié, Monsieur, de la bonne opinion que vous voulez
bien avoir de M. Clavière et de moi, permettez-moi de vous faire part des
regrets de la Société pour l’abolition de la traite des Nègres à laquelle j’ai
communiqué votre lettre. Vos talents, votre amour pour la liberté et le
bien public ; la place que vous occupez, qui vous met à portée, et qui, par là
même, vous impose le devoir de les défendre, lui faisaient entrevoir dans
l’association de votre nom avec ceux qui la composent déjà, un sûr
garant de ses succès. Il est vrai qu’après avoir considéré les motifs
qui vous en éloignent, elle espère encore vous ramener dans son sein.
Le Parlement voudrait-il empêcher vous, et chacun de ses membres de
prendre part à une société que le droit naturel prescrit et l’humanité
commande ? Est-il vraisemblable que jamais une si belle cause éprouve
des contradicteurs qui la fassent porter devant un tribunal ? Et ce
tribunal serait-il fondé à récuser un de ses membres sous prétexte d’une
association, comme si le sublime motif de l’humanité qui en fait la
base pouvait être assimilé au soupçon d’un intérêt personnel qui,
seul, peut fonder une récusation ?

Observez bien ici, Monsieur, qu’il n’est question ni d’assemblée illicite,
ni de conjuration. Nos travaux ont pour objet la cause la plus
sacrée, et le crime seul s’enveloppe du mystère, et le crime seul
conjure.

Lisez, je vous en supplie, le mémoire que je joins ici : vous
serez convaincu de la pureté de nos vues ; je dis plus, de la
nécessité où est tout ami de l’humanité de se joindre à nous ;
du devoir que le ciel lui impose, s’il est en place, d’employer tout
son crédit, tout son pouvoir pour faire réussir cette société. Des
milliers d’hommes gémissent : y a-t-il à balancer ? L’enthousiasme
pour leur liberté devient général, il en faut profiter : et si celui
qui existe en Angleterre est l’ouvrage d’une seul société, que
ne doit pas espérer la nôtre, en France, où l’enthousiasme
s’allume, se répand bien plus aisément ?

Je suis avec respect, etc.

Arrêté qu’avec chacune des lettres, il enverrait un exemplaire
imprimé du discours du 19 février.

Sur la question proposée par M. de Warville, si le Comité signerait
le discours du 19 février, et s’il serait publié avec cette signature,
Arrêté, après avoir pris les opinions, prises en deux tours, qu’il fallait
- 10 -
poser en silence les fondements de cette Société, éviter l’éclat, publier
le discours sans nom et sans signature, et l’envoyer aux différents
journaux pour étendre la publicité.

Sur la motion faite par M. le comte de Mirabeau, si l’on
indiquerait une adresse pour recevoir les souscriptions, après avoir
recueilli les opinions en deux tours, il a été résolu qu’on suspendrait
jusqu’après la publication du discours pour indiquer une adresse.

M. le comte de Mirabeau ayant offert à la Société d’insérer dans
son Analyse des papiers anglais, tous les résultats des travaux de
cette Société, et tout ce qu’elle jugerait à propos de publier ; lui ayant
de plus offert en communication tous les papiers anglais qu’il
reçoit chaque semaine, ce qui épargnera à la Société beaucoup de
frais ; ayant offert, enfin, de recevoir par le couvert franc, dont il
jouit, tous les pamphlets que la Société croirait devoir se procurer
à Londres,
Arrêté que la Société remercie M. le comte de Mirabeau de
toutes ces offres, et les accepte avec empressement et reconnaissance.

M. le marquis de Beaupoil Saint-Aulaire ayant envoyé à chacun
des membres de cette Société un exemplaire de son nouvel ouvrage,
intitulé : De l’unité du pouvoir monarchique.
Arrêté qu’il en sera remercié au nom de la société.

Arrêté que M. Brissot de Warville sera chargé de s’occuper de
louer un appartement non garni, où puisse s’assembler commodément
le Comité.

Ajourné à mardi prochain 4 mars.

Brissot de Warville É. Clavière

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Séance tenue le 4 mars 1788,
tenue Rue de Carême prenant.
M. Clavière président.

M. le comte de Mirabeau a présenté M. de Bourges, comme
souscripteur et membre du Comité ; lequel a été accepté par tous
les membres présents.

M. de Warville a lu ensuite le discours suivant :

Je vous ai, Messieurs, exposé dans le discours du 19 février 1788, quels
devaient être les objets de nos travaux futurs. Je me propose aujourd’hui
d’entrer dans le détail de ces travaux ; on peut les diviser en trois classes.

  • Traduction et publication des Papiers anglais, en faveur de
    l’affranchissement des Nègres,
  • Correspondance avec le Comité de Londres,
  • Correspondance relative aux noirs de nos îles :

Vous avez senti comme moi, Messieurs, la nécessité de nous occuper
promptement de la traduction et de la publication des ouvrages anglais :
l’enthousiasme est général en Angleterre ; il va probablement le
devenir en France ; il faut en profiter pour éclairer les esprits. Vous devez
vous apercevoir tous les jours, aux objections répétées partout sur cette
matière, combien la masse des hommes est encore enveloppée de ténèbres.
Il faut les dissiper et profiter de l’intérêt général qui va fixer
tous les regards sur cette matières.

C’est la marque qu’a suivi la Société de Londres ; elle a senti la
nécessité de faire précéder par les lumières la réforme qu’elle
demandait. Elle a multiplié les écrits. On a vu les gazettes se
remplir de paragraphes de lettres qui, tous, avaient pour objet ou
de soutenir l’intérêt ou de réfuter une objection dont la cupidité
s’armait encore.

Cette Société nous a adressé la plus grande partie de ces ouvrages,
qui, réunis, pourraient former 5 à 6 volumes.

Dès avant l’institution de notre Comité, j’avais pris des arrangements
pour en faire traduire les principaux, tels que ceux de Bénézet, de
Clarkson, l’adresse des Quakers, etc..

Ces traductions existent, il ne s’agit plus que de les revoir et de les
faire imprimer.

Ce travail doit être l’objet d’un comité particulier, qui sera
- 12 -
composé de membres versés dans les deux langues, et capables ou de
traduire, ou de revoir les traductions, afin d’en corriger les fautes,
d’en élaguer les longueurs ; continuer les traductions, revoir celles
qui sont faites, veiller à l’impression, telles seront les fonctions
journalières de ce comité, qui devra être dans une activité continuelle,
car, ne l’oublions jamais, il ne faut point donner de relâche au public :
il faut, sans cesse, entretenir son intérêt.

Avant d’entreprendre une traduction nouvelle, le comité devra
faire examiner l’ouvrage par un ou deux membres, afin de juger s’il
faut en changer l’ordre. Ces retranchements, ces changements seront
peut-être souvent nécessaires. On sait assez que les auteurs anglais sont
sujets à des répétitions, à des longueurs, qui nuiraient à l’effet que nous
devons attendre de ces traductions, sur l’esprit de nos lecteurs français.

Ce Comité peut entrer en exercice dès que les membres en seront nommés ;
je m’empresserai de lui remettre tous les livres et tous les papiers qui sont
entre mes mains.

Ce comité devra s’occuper à mettre la plus grande célérité dans
l’impression de ces ouvrages.

Imprimera-t-on avec permission ou sans permission ? Attendra-t-on
pour publier que plusieurs volumes soient imprimés ? Ou bien publiera-t-on
tant de feuilles par semaine ? Ouvrira-t-on une souscription ?

Après avoir mûrement examiné ces différentes questions, voici le
parti qui m’a paru le plus propre à remplir notre objet.
Je crois qu’il faut imprimer quant à présent sans permission.
Je crois qu’il faut publier chaque semaine.
Je crois qu’il faut ouvrir une souscription.

Mais, comment imprimer et ouvrir une souscription, sans
remplir les formes ordinaires ? En voici le moyen infaillible.

Vous savez que M. le comte de Mirabeau a obtenu la permission
du ministère, de publier un journal sans être astreint à la censure ; vous
savez qu’en conséquence de ce privilège particulier, il a imprimé dans
ses numéros7 partie du discours du 19 février, et ce membre dont le
crédit peut nous être autant utile que son infatigable énergie pour
le bien public, nous offre d’étendre au Recueil des ouvrages sur la
traite des Nègres
, le bienfait de son privilège. Il se charge de faire goûter
cet arrangement au ministre8, en lui montrant cette publication comme
une espèce de supplément ou appendix à son journal, comme un
- 13 -
développement nécessaire d’une grande question à la discussion de la
quelle son journal est nécessairement consacré. Il se charge de prendre
avec son libraire et son imprimeur des arrangements tels qu’ils
publient chaque semaine deux ou trois feuilles de cette collection ; il
se charge de faire payer à la Société par le libraire le prix des
traductions, sur un taux convenable et de la rendre indemne de
tous les frais d’impression.

Il me semble, Messieurs, que cet arrangement ne peut qu’être
avantageux pour la Société, en ce qu’il assure un prix régulier
pour le travail des personnes qui voudront bien consacrer leur temps
à ces traductions, en ce qu’il débarrasse la Société du soin de
tenir des comptes pour l’impression et les ventes, en ce qu’il
accélère la publication de ces ouvrages ; enfin en ce qu’il
remplit un des voeux de la Société de Londres, celui de donner
à bon marché cette collection et par conséquent de la répandre
dans un plus grand nombre de mains ; car le projet de M.
le comte de Mirabeau est d’offrir à moitié prix aux
souscripteurs de son journal ou à ceux qui le demandent
cette intéressante collection. De ce plan résultent deux
avantages, celui de procurer aux Noirs un plus grand nombre
de lecteurs, et par conséquent plus de partisans, celui de
propager l’ Analyse des Papiers anglais.

Et permettez cette courte digression, Messieurs, aucun de
nous ne doit être insensible à ce dernier motif, aucun de nous
ne doit être étranger au succès de ce journal. Ceux qui le
connaissent ont dû voir qu’il était seulement consacré à naturaliser
insensiblement en France ces grandes vérités politiques, qui ont
assuré une constitution à l’Angleterre. Ils ont dû voir que
c’était le seul où ces vérités fussent développées avec autant
de force que de clarté, ils ont dû voir encore que ses rédacteurs
étaient sans cesse occupés à combattre un triumvirat redoutable
quoique lâche et servile d’écrivains9 qui semblent être soudoyés
par le despotisme, qui, s’ils ne le sont pas, paraîtront encore bien
plus coupables ; puisque sans aucune nécessité, et uniquement
entraînés par la perversité de leurs principes, ils cherchent à
retarder une révolution dans les idées publiques, dont ils sont
loin d’ignorer les heureuses conséquences pour tous les états.

Or, s’il n’est entre nous aucun membre qui n’ait fait ou dû
- 14 -
faire intérieurement le serment d’accélérer de toutes ses forces
cette révolution bienfaisante, s’il n’en est aucun qui ne doive
chaque jour songer aux moyens de l’accélérer, qui ne doive faire
de cette grande idée la base principale de toutes les idées et de
sa vie entière, il n’en doit être par cela même aucun qui puisse
voir d’un oeil indifférent la stagnation ou les progrès d’un
journal dont l’effet infaillible, s’il acquiert de la célébrité
sera de rendre populaire les vérités qui sont encore malheureusement
circonscrites dans un trop petit nombre d’esprits, qui même
dans une grande partie de ces esprits, se trouvent étrangement
mêlées avec les préjugés consacrés par l’éducation et
l’opinion publique qui existait il y a dix ans, soyons-en
bien persuadés, Messieurs, la popularité, la trivialité, si
j’ose me servir de ce mot que le nouveau sens dont je le revêts
annoblira peut-être ; la trivialité de ces grandes idées ne
peut être que l’effet de la lecture des gazettes ; un bon livre
formera lentement quelques bons esprits dont la traction sur
les autres sera lente, faible ; une bonne gazette, un bon
journal peut rapidement éclairer une masse d’hommes
qui réagissent au même instant presque en tout sens dans
une très grande sphère.

D’un bon livre, c’est à dire un livre sérieux, n’en intéresse que
peu. Une gazette se présente toujours avec l’intérêt du moment :
loin d’effrayer, elle pique la curiosité, et sous l’appât des nouvelles,
l’adroit rédacteur peut distiller goutte à goutte dans l’âme de ses
lecteurs les vérités politiques qui peuvent les tirer de leur abrutissement
et de leur servitude. Enfin, qu’est-ce qui retarde la ruine de la
liberté politique en Angleterre qui réprime les efforts du
despotisme ministériel, qui fait un contrepoids à tous les abus
de la constitution anglaise ? Les gazettes écrites sous l’égide de la
plus grande liberté. Qui a fait la révolution des États-Unis ? Les
gazettes. Le célèbre pamphlet intitulé : Le sens commun 10 ne fit
un si prodigieux effet que parce qu’il fut cent fois morcelé dans ces
gazettes, dévorées avec avidité, par l’artisan, par le cultivateur
par l’homme de toutes les classes ; qui a empêché le Canada de
prendre sa part à cette heureuse révolution ? Le défaut de gazettes,
l’attention tyrannique qu’a toujours eue son gouvernement civil
et sacerdotal d’empêcher la lecture, la propagation, la
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multiplication des gazettes. Aussi, Messieurs, en Angleterre où cette
oppression sur l’effet des gazettes est généralement répandue les
meilleurs écrivains sont loin de dédaigner d’écrire pour les gazettes.
Tous ont commencé, tous ont vécu, tous ont fini, en écrivant, suivant
l’exigence des circonstances, pour les gazettes, tous pour produire
un effet plus certain, pour éloigner la prévention que leur nom
aurait pu inspirer, tous en écrivant ont pris le voile de
l’anonyme. Je ne vous en citerai qu’un pour exemple, mais il
peut faire autorité, c’est le respectable Jebb, un modèle de
patriotisme universel il regardait les gazettes comme des
sentinelles chargées de veiller sur la liberté publique ; et il ne
se lassa point de combattre les progrès du despotisme
ministériel ou des factions qui déchiraient son pays. Je vous
citerai même les Lettres de Junius11 qui ont opéré une
si grande révolution dans cette île. Si elles eussent parues
comme aujourd’hui sous la forme de collection de livres, de
pamphlets, cet effet eut été manqué. Ceux qui se rappellent
l’enthousiasme excité par la cause de Wilkes peuvent
mesurer par cet enthousiasme l’effet de la lumière répandue
par les gazettes

Mais ici, Messieurs, faisons une distinction importante :
n’attribuons cet effet qu’à celles qui s’écrivent, qui s’impriment
sous l’empire de la liberté. Autant elles sont précieuses, autant
sont respectables les auteurs qui y consacrent leur veille,
autant les gazettes écrites, imprimées sous la dictée de
l’autorité sont méprisables. Aussi quand on recherche la
cause de l’opprobre dont l’opinion publique couvre par une
sorte d’instinct les gazetiers français, on la trouve dans cette
privation de la liberté, dans ces liens dont ils sont garrottés.
Quelle foi pouvez-vous donner à des écrits commandés, à des nouvelles
fabriquées ou altérées par ordre ? Quel mépris ne devez-vous pas
à des écrivains assez vils pour laisser enchaîner leur plume, pour
subordonner, comme des valets, leurs opinions à celles des maîtres
qui les salarient ; à des écrivains souvent assez scélérats pour les
aider à tromper, à enchaîner le public ?

Gardons-nous de confondre parmi ces gazettes méprisables, celle
pour laquelle je veux vous imprimer un grand intérêt, à laquelle
je vous propose d’associer la distribution des ouvrages publiés
- 16 -
en faveur des Nègres. Loin de moi l’idée d’un pareil intérêt,
d’une pareille association, si comme tous les autres journaux
de ce genre elle était mutilée par la censure. Mais exempte
de son inquisition, ses rédacteurs peuvent se livrer à leur
énergie pour le bien public ; ils peuvent, en la tempérant par
la sagesse, assurer à ce journal une longue durée, et par
conséquent une longue et grande utilité, et notre devoir,
Messieurs, le devoir de chacun de vous, je le répète, est de
contribuer à sa propagation : nous y sommes, indépendamment
de l’intérêt général que je vous ai exposé, nous y sommes obligés
par l’association qui va se faire de ce journal avec la collection
des ouvrages sur l’esclavage.

Quand je vous conseille, Messieurs, de commencer à
publier
sans permission les premiers numéros de cette
collection, je ne prétends pas vous inviter à ne jamais vous
occuper de la demander. Par la nature des pièces qui doivent
la composer, ce recueil n’offrira rien qui puisse effaroucher
le Ministère, et par conséquent rien qui puisse lui faire refuser
le privilège ordinaire. Mais la censure ordinaire, mais l’obtention
de ce privilège entraînent des lenteurs, des formalités, et nous
devons les éviter, pour ne pas laisser refroidir l’enthousiasme.
Commençons sans permission, demandons la pour continuer. Nous
en tirerons un grand avantage, celui de faire annoncer ce recueil
dans les autres journaux qui n’ouvrent d’accès qu’aux ouvrages
munis de ce passeport.

Après vous avoir exposé les travaux qui doivent occuper le
premier Comité, je dois passer aux travaux de la seconde classe,
ceux de la correspondance avec le Comité de Londres. Ils seront
nombreux, quand cette correspondance sera établie, ils embrasseront
d’une part les résolutions et les progrès de ce dernier Comité
et de l’autre les développements de tout ce qui s’imprime dans
les gazettes anglaises ; de tout ce qui se dira dans le parlement
d’Angleterre, sur la cause des Nègres, quand elle sera soumise
à sa décision.

Chaque jour voit éclore de nouvelles réflexions sur cette matière
dans les gazettes anglaises, ces réflexions disparaissent avec
- 17 -
chaque jour, si l’on n’a pas le soin le plus vigilant pour les recueillir,
elles seraient nulles pour la France, si vous ne chargiez pas un ou
deux de vos membres pour rassembler ces réflexions éparses, les
traduire, les insérer dans l’Analyse des papiers anglais ; il ne
faudra pas même se borner à ce journal, le Comité doit faire faire
différentes copies de chacun de ces articles et les adresser aux
différents journaux, pour y être insérés, car souvenons-nous
toujours qu’il faut tendre à la plus grande publicité possible.

Le travail de ce second département aura donc cinq parties.
Communiquer nos travaux à celui de Londres. Recevoir et
examiner les communications que nous fera le Comité de
Londres. Recueillir et acheter tous les livres anglais qui
paraissent sur cette matière. Suivre attentivement les progrès
de cette affaire, soit dans le Parlement, soit dans les gazettes.
Extraire ce qui paraîtra le plus frappant pour l’insérer immé-
diatement, soit dans l’Analyse des papiers anglais, soit
dans les autres journaux français.

J’ai fait quelques essais dans ce genre sur les dernières gazettes
de Londres, que je m’empresserai de communiquer au Comité.

Le troisième Comité présente un ordre entièrement neuf de
travail ; tout y est à créer. Il s’agit de connaitre à fond tout
ce qui concerne la traite des Nègres, la culture de la canne à
sucre dans les colonies françaises. Il s’agit de connaitre le
commerce de notre compagnie du Sénégal 12, des armateurs
particuliers, notre situation sur la côte d’Afrique, le nombre
de Noirs que nous en exportons, ce que cette exploitation nous
coûte de matelots, les marchandises qui sont la base de ce
commerce, le nombre des Noirs qui existe dans nos îles, le produit
de leur travail en masse et par tête, les produits de leur
population, le rapport dans le nombre des deux sexes, la
variabilité dans les recrues nécessaires aux différentes habitations
occasionnées par la différence des traitements, le nombre des Noirs
marrons13, leur genre de vie, leurs moeurs, etc. etc.

Pour se procurer cette connaissance deux voies s’ouvrent à nous.
Les ouvrages qui existent et qui ont rapport soit à l’Afrique, soit à
nos îles, et les correspondances particulières qui peuvent nous
donner des lumières.

A l’égard des ouvrages, il faut autoriser le Comité à les
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acheter successivement. On vient par exemple d’en annoncer un
sur l’île de Saint-Domingue qui ne semble pouvoir donner des
renseignements sur cette île 14. Le Comité devra choisir ensuite un
membre pour faire l’extrait de ces ouvrages et déterminer le
parti qu’on en devra tirer pour l’instruction publique : car nous
pourrons dans cette partie imiter un jour l’exemple de la
société constitutionnelle de Londres, qui pour répandre parmi le
peuple la connaissance de la constitution anglaise, extrait de
chaque ouvrage nouveau les vérités relatives à la constitution,
les adopte, et les publie par la voie des gazettes.

Le moyen le plus important et le plus difficile est celui des
correspondances particulières. Il offre des obstacles ; mais il n’en
sera point d’invincibles, si chacun de nous veut, pour se
procurer ces connaissances particulières, y employer un zèle constant.

Par exemple, le gouvernement doit avoir des états des
mémoires sur le commerce de l’Afrique et sur nos îles. Il
faut en solliciter la communication. Voudrait-il nous la
refuser ? Que prétendrons-nous ici ? Lui fournir des lumières
en nous communiquant celles qu’il a déjà, il nous met à
portée de comparer et de faire jaillir de ces comparaisons des
vérités qui lui seront utiles.

Les marchandises importées de nos îles sont sujettes à des
droits, le tableau de ces importations nous sera très utile, et je
vous annonce avec plaisir, qu’un de nos membres, que sa place
met à portée de connaître ces tableaux, s’empressera de nous les
communiquer. Je ne fais sans doute que prévenir le voeu de la
Société en témoignant d’avance à M. Brack notre reconnaissance.

Il existe une Compagnie du Sénégal dont le gouvernement
vient de reconnaître le privilège jusqu’en 1796. Elle doit avoir des
registres publiés qui pourraient nous donner de grandes lumières.
Il faudra les consulter.

Enfin il faudra consulter et les grands propriétaires d’habitations
résidents en France, et les colons et les personnes qui font de
fréquents voyages aux îles et les officiers militaires ou civils que
leur devoir y conduit. Les renseignements de tous seront précieux
quoique certainement ils n’offriront pas la vérité au même
degré. Sans doute il faudra, nous défier de l’insatiable
- 19 -
cupidité des premiers, de l’habitude de cruauté des seconds, des
rapports complaisants dictés par l’intérêt aux troisièmes, de l’habitude
de subordination et de l’éloignement des grands principes que l’esprit
de corps donne aux derniers. Mais malgré toutes ces tâches, il
faudra recevoir de tous des communications, sauf ensuite à trier les
faits et les objections.

Il n’est aucun de nous à qui le hasard n’offrira par la suite de
ces connaissances particulières. Le soin de chacun sera de les
rassembler et de les donner au Comité. Le soin de chacun sera de
mettre ce Comité en rapport avec les personnes capables de lui
donner des lumières et à cet égard il ne faut pas se borner aux
connaissances qu’on peut se procurer sur l’esclavage des Noirs.
Comme la Russie et la Pologne offrent aussi la triste image
de la servitude, les connaissances sur ces deux pays seraient très
utiles. On a fait suivant le voyageur Moïse des essais
d’affranchissements en Pologne15. L’histoire de ses effets en serait
intéressante et pourrait servir aux épreuves qu’on va tenter.

Telle est, Messieurs, l’organisation que je crois la plus
convenable pour les travaux particuliers de notre Comité principal.
Il me semble très important de bien diviser, afin qu’une
tâche trop étendue, trop compliquée n’écrase pas deux ou trois
individus ; dans les premiers temps ceux-ci pourraient suffire,
mais à la longue l’insuffisance de leurs efforts nuirait au
succès de la chose publique. Observons encore que le travail
de chaque comité s’augmentera par la nécessité de faire
successivement des rapports au Comité général, arrêter des
décisions fixes, sur le devoir de ce dernier ; il la joindra à celui
de s’occuper de la société générale, de son organisation, de ses
progrès etc.. Nous n’avons point encore examiné cette partie
importante. Je me propose de vous présenter quelques
idées à cet égard lors de notre première séance.

En finissant, Messieurs, qu’il me soit permis de vous exprimer
mes regrets, de la nécessité où je serai réduit dans deux mois
de renoncer aux fonctions dont vous m’avez chargé et qu’il
m’était si doux de remplir près de vous. Un long voyage va m’entraîner
loin de ces lieux, mais je ne cesserai d’être en esprit avec vous
de suivre de loin vos travaux, d’y coopérer autant que les circonstances
me le permettront. Il est deux articles sur lesquels je me propose
de rassembler les détails les plus authentiques. L’un est
- 20 -
l’affranchissement des Noirs dans les États-Unis. Je chercherai
comment il n’a pas été dangereux, combien il est utile dans les
pays où il est total, par quels moyens on se propose de le
rendre tel dans les autres. Mais je veux surtout me procurer
par les Américains libres les plus grandes lumières sur l’état
de toutes les îles à sucre, sur les rapports des États-Unis,
et sur les changements que doivent essuyer ces rapports. En me
livrant certainement à ces recherches, en concevant l’espoir de
rendre nos Noirs à la liberté. J’en conçois un plus grand
encore, celui de contribuer et de faire contribuer notre société
à rendre à nos îles la liberté de notre commerce. Cet objet,
Messieurs, ne peut vous être étranger, soit comme Français,
soit comme ami de la liberté.

Je vous propose les arrêtés suivants.

1°. Arrêté qu’il y aura un comité pour suivre la traduction
et publication des ouvrages anglais en faveur de l’affranchissement
des Nègres.

2°. Arrêté que ce Comité sera autorisé d’examiner le plan
proposé par Monsieur le comte de Mirabeau pour l’impression et
la publication, et d’en suivre avec lui l’exécution.

3°. Arrêté que ce Comité sera composé de MM.16

4°. Arrêté qu’en attendant la nomination du Comité pour la
correspondance avec celui de Londres. M. de Warville sera
chargé de suivre cette correspondance, et que le Comité ci-dessus
nommé s’occupera d’extraire les papiers anglais relativement à
la cause des Noirs, et de faire insérer ces extraits soit dans
l’Analyse des papiers anglais, soit dans les autres journaux
français.

5°. Arrêté qu’en attendant la nomination du troisième Comité
M. de Warville sera autorisé d’acheter pour la société tous
- 21 -
les ouvrages qui ont rapport, soit à l’Afrique, soit à nos îles et
que chacun des membres de la Société devra procurer au Comité
sur ces objets tous les renseignements qu’il pourra.

Le premier arrêté ayant été mis en délibération a passé d’une
voix unanime.

Sur le second, il a été délibéré en plusieurs tours relativement
au plan à suivre pour l’impression et la distribution des ouvrages
sur l’esclavage, et il a été ensuite résolu de renvoyer la
décision de cette question au Comité particulier ci-après nommé
pour faire son rapport au Comité général, mardi prochain.

Sur le 3ème les membres du Comité pour la traduction
et publication ont été nommés ainsi qu’il suit
MM. le comte de Mirabeau, Carra, Cerisier, de Bourges,
et Brissot de Warville lesquels ont accepté.

La 4ème a passé ainsi qu’il est ci-dessus copié, et il a
été en outre arrêté que M. Cerisier serait invité à communiquer
aussitôt qu’il les recevrait au Comité ci-dessus les articles des
gazettes anglaises qu’il recevrait.

Le 5ème a passé l’unanimité.

Sur la motion faite d’un ajournement pour le premier travail du
Comité particulier a été arrêté qu’il était ajourné à jeudi prochain
chez M. le comte de Mirabeau.

Une motion a été faite ensuite par M. Brack sur le logement
futur du Comité ; il a dit qu’il en connaissait deux à louer dans le
moment dont l’un pouvait convenir pour les assemblées du
Comité. Il a été autorisé avec M. Brissot de Warville à prendre
des arrangements à ce sujet.

M. de Warville a lu ensuite la lettre suivante qui lui a été
adressée par M. Granville Sharp, président du Comité institué à
Londres pour l’abolition de la traite des Nègres.

Traduction de la lettre du Comité de Londres du 26 février
1788
.

M.

M. Jacques Philipps ayant communiqué votre lettre du 14 courant
au Comité ; je suis chargé de vous témoigner son approbation pour
toutes les démarches que vous avez faites afin de faire réussir la
cause dans laquelle vous vous êtes si généreusement engagé.


- 22 -

Nous désirons avec impatience de savoir le succès de la première
assemblée de votre Société au berceau ; car nous étant embarqués
dans cette cause, non pas simplement comme Anglais, mais comme
citoyen de l’univers, nous souhaitons également que la traite des
esclaves soit abolie dans les autres royaumes comme dans celui-
ci. Dans la vérité nous considérons notre plan comme s’étendant
à tout le globe, et nous ne le regarderons entièrement achevé
qu’au moment où ces violations manifestes des droits de l’humanité
cesseront universellement.

Nous vous apprenons avec satisfaction que plusieurs
personnes de distinction en France sont disposés à donner leur
secours dans cette affaire importante, ayant été assurés de manière
à n’en pouvoir douter que le marquis de La Fayette et son ami le
chevalier de Ternaut sont portés de tout leur coeur à favoriser
notre projet. Nous les avons élus membres honoraires de notre
société et j’ai eu l’honneur de les en informer. D’après
leurs dispositions à embrasser cette cause jointe au zèle de votre
ami M. Clavière et au votre, nous augurons bien de ses progrès
en France, et nous voyons avec satisfaction que des hommes d’un
haut rang et d’une grande influence sont favorables à ce plan
qui, s’il est effectué de concert par les deux nations, réfléchira
un grand honneur sur leur caractère. Nous désirons voir exister
entre elles, au lieu d’une rivalité pour les conquêtes, une émulation
à répandre les bénédictions de la paix et de la civilisation sur
leurs immenses possessions, et particulièrement sur la race opprimée
des Africains, et si cet heureux événement pouvait avoir lieu, nous
aurions tout lieu d’espérer que leur exemple serait bientôt imité
par les autres nations.

Nous vous remercions pour les faits que vous nous avez communiqués
relativement aux bons effets résultants du doux traitement des Nègres
et nous vous prions de continuer vos efforts pour recueillir et nous
communiquer les faits qui tendent à établir l’inhumanité et
l’impolitique de la traite des esclaves et les bonnes conséquences
de son abolition. Nous désirons être par la suite instruits sur
les résultats de l’essai fait dans une certaine colonie française
pour rendre graduellement aux esclaves la jouissance de la liberté
et de la propriété.

Nous avons appris que des Anglais font maintenant la traite en
France, sous le nom de Français afin d’obtenir la prime que votre
- 23 -

gouvernement accorde sur l’importation des Nègres dans vos colonies17.
Nous vous prions de faire des recherches sur cet abus et de nous
informer des résultats.

Afin de seconder votre marche, nous vous envoyons quelques
traités sur cette matière. Quelques-uns d’entre eux, s’ils étaient
traduits, pourraient produire en France un aussi bon effet qu’ils ont
produit ici. Ils ont dessillé les yeux d’une foule de personnes
et nous ont attiré beaucoup d’amis. Nous vous prions de prendre
la première occasion de présenter une collection complète de ces
traités au marquis de la Fayette au nom de la Société et c’est au
même titre que je suis avec toute l’estime etc." Granville Sharp président

et de la main de M. Granville Sharp est écrit le post scriptum suivant
Nous vous prions lorsque vous verrez le marquis de la Fayette, de
vouloir bien l’informer de votre marche dans la nouvelle société
puisqu’il est très bien disposé à favoriser ses efforts, et par le
portrait que le marquis nous a donné du maréchal de Castries,
nous avons raison d’espérer que votre société obtiendra
probablement son approbation et son aide, peut-être n’y a-t-il pas
d’indiscrétion à ce que vous priiez le marquis de la Fayette de
s’adresser à lui en faveur de la nouvelle société

(La lettre adressée à M. de Warville)

Il a été délibéré sur la réponse à faire à cette lettre, et après
avoir recueilli les opinions prises en plusieurs tours ; il a été
arrêté que M. de Warville ferait, au nom du Comité, part à M.
de la Fayette de ce que contient à son égard la lettre du Comité
de Londres, qu’il lui témoignerait l’espérance qu’il a en conséquence
des assurances contenues dans cette lettre, de le voir se joindre à
la Société et de seconder ses efforts pour faire réussir cette
entreprise, et comme la lettre adressée à M.
de la Fayette, en
vertu de la résolution du Comité dernier, n’est point encore
partie, il a été arrêté que cette communication de la lettre du
Comité de Londres, serait faite par un post scriptum ajouté
à cette lettre.

À l’égard de la réponse à faire au Comité de Londres, il a
été arrêté que M. de Warville en dresserait un modèle, lequel
serait lu à la prochaine séance. Il a été arrêté d’après la
majorité des avis que, dans cette lettre, on demanderait
l’affiliation de cette Société à celle de Londres, et le
- 24 -
privilège pour chaque membre qui y serait reçu dorénavant
d’être membre de celle de Londres.

Ensuite le comité s’est ajourné à mardi prochain.

Brissot de Warville E. Clavière

- 25 -

Séance du 11 mars 1788,
N° 2 Rue de Grammont.
M. Clavière, président.

M. de Warville a lu le post scriptum qui suit, et qui a été ajouté à la
lettre écrite à M. de la Fayette.

Depuis que cette lettre a été résolue par le Comité, il en a reçu
une du Comité de Londres, signée par M. Granville Sharp, en date du 26.
février dernier
. Ce dernier Comité dit avoir appris par quelqu’un digne de foi
que vous êtes très disposé à favoriser cette institution relative à la traite des
Nègres ; il ajoute qu’il vous a admis au rang de ses membres honoraires. Il
nous exhorte à vous voir afin de réunir nos efforts pour faire réussir
cette entreprise. Le Comité de Paris est charmé d’avoir prévenu à cet
égard, les vues de celui de Londres, et il ne doute point, d’après cette
assurance de votre empressement à vous joindre à la Société qui se forme
à Paris, et à lui procurer d’autres membres qui, en consolident de plus
en plus ses fondements. Il recevra avec la plus grande reconnaissance
tous les services que vous voudrez bien lui rendre. Le Comité de Londres
marque encore qu’il lui envoie pour vous une collection de livres anglais
ayant trait à l’esclavage. Elle vous sera rendue aussitôt que la
boîte sera parvenue à Paris.

Ce post scriptum a été approuvé.

M. de Warville a lu ensuite le modèle de la réponse à faire à M.
Granville Sharp.

Après avoir recueilli les opinions prises en deux tours, il a été arrêté que
cette réponse serait suspendue, jusqu’après l’entrevue qui doit avoir lieu
entre M.
de la Fayette et MM. Clavière et Brissot de Warville.

M. de Warville a fait la motion que partie de la lettre écrite au
Comité par M.
Granville Sharp, fut insérée dans l’Analyse des papiers
anglais
, afin de faire voir au public qu’il existait une correspondance
entre les deux Sociétés. Cette motion a été rejetée comme prématurée, la
Société ne devant faire connaître son existence d’une manière éclatante
que lorsqu’elle sera plus consolidée.

M. de Warville a lu ensuite le rapport suivant :

Le Comité auquel a été renvoyé l’examen de l’arrangement à prendre
pour la traduction, l’impression et publication de la collection des ouvrages
anglais publiés sur la traite de l’esclavage des Nègres, est d’avis que
rien ne peut être plus avantageux à la Société que d’accepter l’offre faite
- 26 -

par M. le comte de Mirabeau, savoir que la collection sera imprimée
aux frais du libraire Lejai, et publié dans la manière indiquée par
l’avertissement dont il va être question ; que ce libraire, payera
entre les mains de la personne désignée par le Comité, 36 livres par feuille
de traduction, pour être par lui payée ou aux traducteurs, ou s’ils
sacrifient leurs honoraires, au bien général de cette association : que
l’on doit commencer le recueil par la publication des ouvrages de Mrs
Bénézet et Clarkson, en y faisant les additions et retranchements
nécessaires d’après l’avis de Mrs Carra et de Bourge.

Avertissement. La nécessité d’éclairer les esprits sur l’importante
question de l’abolition de la traite et de l’esclavage des Nègres, nous fait
croire que nous rendrions un vrai service au public, en lui offrant le
recueil de tout ce qui a paru, et de tout ce qui paraîtra en Angleterre
sur cette matière. Nous avons d’abord présumé pouvoir en insérer la
majeure partie dans ce journal ; mais, accablés par l’abondance, nous
nous bornerons à publier les lettres, les faits, les détails des discussions
parlementaires, réservant tout le reste pour un appendix ou supplément à
ce journal, qui sera principalement consacré au développement de
cette intéressante question. Ce recueil composera plusieurs volumes ;
il nous est impossible d’en fixer le nombre maintenant. Mais, nous
mettons sous presse les deux premiers qui renferment l’ouvrage curieux de
Bénézet, et le traité de M. Clarkson, qui a remporté le prix de
l’université de Cambridge.

Chaque volume de ce supplément à nos numéros sera de 25 feuilles
in 8°. Nous en publierons chaque quinzaine un cahier d’à peu près six
feuilles, en sorte que le volume sera complet au bout de deux mois, et qu’à
la fin de l’année, il y aura six volumes.

Le prix de chaque cahier sera de 15 sous, ce qui porte le prix du
volume, (franc de port), pour chacun des souscripteurs de notre journal

à 3 livres"
ou pour les six volumes de l’année, à 18 livres"
Le prix du volume sera, pour les personnes qui ne
souscriront pas à l’Analyse des papiers anglais, et qui ne
voudront acquérir que le supplément, de


livres"

Le Jay fils, libraire, rue de l’Echelle Saint Honoré recevra les soumissions
et souscriptions, et toutes les lettres qui seront adressées relativement à cette
entreprise.

Détails historiques de M. Bénézet, sur la Guinée, et sur le
commerce des esclaves,etc.
18
Les détails historiques de M. Bénézet sur la Guinée, relativement à la
- 27 -

traite des Nègres, m’ont paru d’autant plus intéressants qu’ils démontrent
d’une manière positive, que l’esclavage de ces êtres infortunés, n’est point l’effet
d’une nature aride et marâtre dans leurs contrées, ni du caractère féroce
des habitants ; mais, celui d’un vertige accidentel, et d’une corruption
étrangère, introduite chez eux par l’avarice et la cupidité des Européens.
Ce sont ces derniers qui, profitant de l’innocence et de la bonne foi des
peuplades africaines, établies à différentes profondeurs dans les terres sur
une côte de treize cents lieues de longueur, ont porté chez elles avec le goût des
liqueurs spiritueuses et des armes à feu, le flambeau de la discorde et de la
guerre. C’est la soif de l’or qui, après avoir poussé les nations les plus
policées de notre continent à dépeupler l’Amérique, pour en rester seuls
les maîtres, dépeuple sans cesse l’Afrique, non pour repeupler le nouveau
monde mais pour exploiter les trésors qu’il renferme. Le tableau des
iniquités et des cruautés dont la plupart des marchands d’esclaves et des
planteurs américains se sont rendus coupables dans tous les temps envers les
Nègres, ne peut qu’exciter vivement la compassion et l’indignation des
hommes sensibles et éclairés ; surtout quand on leur présente d’un
autre côté le caractère timide et simple des victimes exposées au sort
déplorable d’une éternelle captivité sous un ciel étranger. C’est par un
tel contraste que M. Bénézet plaide la cause de l’humanité violée si
authentiquement, et si cruellement en la personne des esclaves Nègres.

Les extraits qui suivent ces détails établissent sous différents rapports
le droit naturel de la liberté pour tous les hommes, et, par conséquent,
pour les Nègres, qui sont hommes comme nous. Georges Wallace et l’évêque
de Glocester
, dont on cite les opinions dans ces extraits, s’expriment sur
le même objet avec une grande chaleur. Ainsi, la traduction de l’ouvrage
de M. Bénézet et des extraits qui suivent, me paraissent d’une grande
importance, non seulement pour attirer l’attention du public sur nos travaux
mais pour la fixer et nous encourager à continuer par de nouveaux
développements du même genre.

L’ouvrage de Clarkson 19 traite de l’histoire de l’esclavage, du
commerce des esclaves en Afrique, et de l’esclavage des Nègres, dans les
colonies européennes.
La première partie n’a point le coloris sombre qui convient à l’histoire
de l’erreur et de l’oppression.
La seconde ne renferme pas, à beaucoup près, assez de détails sur
l’Afrique. Si le livre de M. Bénézet ne remplit pas d’avance cette
lacune, il faudra y suppléer par un certain nombre de renseignements tirés
de Sparrmann 20 et des voyageurs qui l’ont précédé.
La troisième ne manque ni de clarté ni d’exactitude, quant aux
- 28 -

faits. On y trouve la place toute marquée de plusieurs mouvements
d’éloquence qui n’y sont qu’en germe, comme par exemple, l’apostrophe
au Grand Alfred, morceau qui peut devenir très oratoire.

Le chapitre où l’auteur prouve que les Nègres ne sont pas inférieurs
aux blancs dans l’échelle des êtres, contient une dissertation de 20 pages
dans laquelle il prouve que les africains ne descendent ni de Caïn
ni de ChaM. Dans son dernier chapitre il enchérit sur tous ceux
qui ont écrit avant lui sur l’importance des opinions religieuses.
Il attribue les tremblements de terre qui désolent les Antilles depuis
169221, jusqu’à ce jour, à la colère de Dieu, provoquée par la servitude
des nègres.

Voici la traduction littérale de la récapitulation qui termine
l’ouvrage.
Si la liberté n’est qu’un droit accidentel ; si les hommes ne sont
pas d’une nature supérieure aux brutes ; si chaque devoir social est un
malheur ; si la cruauté est digne d’une haute estime ; si le meurtre
doit être honoré ; si le christianisme n’est qu’un mensonge, il est
évident qu’on peut se livrer au commerce des esclaves sans remords et
sans crime. Mais, si le contraire est vrai, comme la raison le démontre ;
il faut regarder la servitude comme la plus impie de toutes les coutumes,
puisqu’elle heurte la raison, la justice, la nature, les principes des
lois et du gouvernement, enfin, la religion naturelle et la révélation
.

Ce mélange de faux et de vrai, ces aperçus si vagues n’ont
point découragé le traducteur. Il a rempli sa tâche avec une extrême
fidélité, si l’ouvrage se distribuait gratuitement aux frais de la
société, en le laissant tel qu’il est, peut-être serait-il à la portée
d’un plus grand nombre de lecteurs ; mais, pour le vendre, il faut
en retrancher au moins la moitié.

Le Comité a arrêté que ces deux rapports seraient enregistrés,
a accédé à la résolution et a résolu que le Comité particulier des
traductions et publication serait invité à continuer son travail.

M. de Warville a lu ensuite copie de la lettre qui lui a été
adressée par M. Jefferson, ambassadeur des États-Unis en France,
laquelle lettre contient ce qui suit :

Paris, 11 février 1788,

Monsieur, je suis très sensible à l’honneur que vous me faites en me
proposant de devenir membre de la société pour l’abolition de la traite
des Noirs. Vous savez que personne ne désire plus ardemment que moi de
- 29 -

voir l’abolition non seulement de ce trafic, mais de l’esclavage, et
certainement personne ne sera plus disposé à faire tous les sacrifices possibles
pour cet objet. Mais, l’influence et les lumières que donne la Société des
amis par cette institution en France, sont bien au-dessus du besoin de mon
association. Je suis ici comme serviteur public, et ceux que je sers n’ayant
jamais eu le pouvoir de donner leur voix contre l’esclavage, c’est un devoir
pour moi d’éviter de montrer trop publiquement mon désir de le voir aboli.
Sans servir la cause ici, cette démonstration me rendrait peut être moins
capable de la servir au-delà de l’océan. J’espère que vous approuverez
la prudence de ces motifs qui dirigent ma conduite, et que vous êtes
convaincu de mes souhaits pour le succès de cette entreprise, et des sentiments
d’estime, etc. Signé Jefferson.

Sur la motion faite par M. de Warville que quoi que cette lettre lui ait
été adressée personnellement, elle serait portée sur le registre de la Société,
afin qu’elle puisse être un témoignage toujours subsistant de l’approbation
donnée à notre Société par l’ambassadeur de la Confédération
républicaine des États où le commerce des Nègres a été pour la première
fois aboli, afin encore qu’elle puisse être un monument qui atteste les
motifs raisonnables qui ont empêché le respectable M. Jefferson d’être
de ce Comité, arrêté que cette lettre sera transcrite sur le registre
et qu’il sera envoyé une lettre de remerciement au nom du Comité à M.
Jefferson.

M. de Warville a dit ensuite :

Messieurs
Il serait contre tous les principes de continuer nos assemblées, si nous ne
nous occupions pas, enfin, de l’organisation de notre Comité, et de la Société
générale ; nous ne pouvons ouvrir publiquement de souscription, sans
avoir arrêté ce travail essentiel.
Pour fixer avec précision et sagesse, les éléments de la constitution de
notre Société, pour tirer la ligne de démarcation qui doit séparer les droits
et les devoirs de la Société et du Comité, il faut ne jamais perdre de vue
l’objet de cette institution.

Cet objet consiste à concourir avec la Société de Londres à l’abolition
de la traite et de l’esclavage des Nègres.

On ne peut effectuer cette grande réforme, sans s’être procuré les lumières
nécessaires pour la rendre tout à la fois utile aux Nègres, aux planteurs, aux
métropoles. Ces lumières ne peuvent être que le produit des recherches vastes
et continuelles. Une société nombreuse n’est pas susceptible de ce travail. Il ne
peut être confié qu’à un Comité peu nombreux, et dont les membres joignent, à
des connaissances étendues et variées, un zèle infatigable et des talents utiles.
- 30 -

Ce serait, ce me semble, très bien définir ce comité que de l’appeler un
Comité de Lumières.

De la nécessité de ne composer ce Comité que d’un petit nombre
d’hommes actifs et éclairés, résulte la nécessité de ne pas admettre dans
son sein indifféremment tous les souscripteurs qui se présenteront.
En les refusant cependant, il faut que le refus soit le voeu d’une loi
et non le voeu de tels ou tels individus. Car, l’amour propre, dans ce
dernier cas, serait humilié, et si l’on veut attirer beaucoup de souscripteurs,
pour réussir, il faut éviter d’humilier.

La Société générale devra être composée de tous ceux qui
souscrivent pour l’exécution de ce projet. Il ne faudra pas, pour y être
admis, de ballotte, ni de scrutin, parce qu’il n’en faut point pour faire
une bonne oeuvre. L’aumône est bonne, de quelque main qu’elle sorte.
Ainsi, autant il faudra être rigoureux pour former le Comité, autant
il faudra l’être peu pour être reçu dans la Société.

L’inutilité de trier les souscripteurs doit être un motif pour
déterminer à ne pas donner à la Société générale, une
influence trop grande sur l’élection et la rénovation du Comité. Il y
aurait trop de danger, il y aurait trop à craindre de l’ignorance ou de la
séduction de ceux qui voudraient travestir l’objet de cette Société.

Je me bornerai à ce peu d’observations qui doivent mettre en garde
sur les principes constitutifs à adopter pour notre Société ; mon but, quant à
présent, n’est que de proposer les arrêtés suivants, qui doivent conduire à
l’organisation de notre Société.

Arrêté qu’il sera nommé un Comité pour dresser le plan de la
Société et du Comité général ; que ce plan, après avoir été discuté,
article par article, par les commissaires, sera présenté au Comité
général, pour y être fait des observations par écrit, discuté et approuvé.

Arrêté que ce comité sera composé de Messieurs22

Arrêté que chacun des membres du Comité général pourra d’avance
prendre communication du plan, et y fournir ses observations.
Arrêté que Messieurs les commissaires sont invités de s’en occuper
promptement

Délibérant sur la proposition de ces arrêtés, M. Clavière a
proposé qu’au lieu de nommer un Comité particulier pour ces
règlements à faire, M. Brissot de Warville fut chargé d’en dresser un,
- 31 -

dont il enverrait copie, à mi-marge, à tous les membres, lesquels seraient
tenus de la lui renvoyer avec leurs observations, et après cette opération,
M. de Warville en dresserait un, conforme aux idées les plus générales,
lequel serait présenté à ce Comité pour y être discuté article par
article.
Cette proposition a été unanimement acceptée.

M. de Warville a proposé ensuite les arrêtés suivants, qui ont passé
unanimement.

Arrêté que M. Brissot de Warville est autorisé à faire faire un
cachet, en cuivre, de la grandeur d’un écu de trois livres, semblable à celui
de la Société de Londres, représentant un esclave enchaîné demandant la
liberté, avec ces mots autour : Je suis ton frère. Au bas de la date du 19.
février 1788.

Arrêté que le coût en sera payé des fonds de la Société.

Arrêté que pour que l’imitation soit plus exacte, le comité de Londres
sera invité à nous envoyer une empreinte de son cachet.

M. Brack a dit que quelques formalités de justice empêchaient que
l’on ne pût conclure le marché pour le loyer de l’appartement qu’il avait été
autorisé à louer pour le Comité, qu’il passerait le bail aussitôt que
ces formalités seraient terminées.

Ajourné à mardi prochain.

Brissot de Warville É. Clavière

- 32 -

Séance du 18 Mars 1788,
Tenue N° 2, rue de Grammont.
M. Brack, président.

M. de Warville a dit que M. Clavière ne pouvait se rendre à
l’assemblée, parce qu’une affaire de la plus grande importance pour
lui l’en empêchait ; qu’il était, en conséquence, nécessaire de procéder à
l’élection d’un membre pour le remplacer, aujourd’hui, dans la chaire.
M. Brack a été unanimement élu président.

M. de Warville a lu ensuite la lettre suivante, qui lui a été
adressée par M. Granville Sharp

Londres, 8 mars 1788.

Monsieur, votre lettre du 25 février dernier, a été mise sous les
yeux du Comité, qui m’a chargé de vous exprimer la satisfaction qu’il
ressent à la vue des avantages qui résulteront en faveur de la cause de la
justice et de l’humanité, de l’institution de votre Société, dont nous
désirons cordialement que les efforts soient couronnés du succès, et de
connaître à fur et mesure les progrès.

La réputation d’amie de l’humanité que la nation française
possède depuis si longtemps à juste titre, nous donne lieu d’espérer que
votre Société augmentera rapidement, et que beaucoup de personnes élevées
en place, se réuniront à vous, et que l’esprit généreux de philanthropie, qui
est le fondement de votre institution, pénétrera graduellement dans les
ordres les plus éminents de l’État, et effectuera les grands desseins que
nous avons en vue.

Nous vous remercions pour le mémoire intéressant relatif aux sucres
de la Cochinchine23, et nous espérons que vous voudrez bien étendre vos
recherches à toutes les circonstances qui pourront jeter la lumière sur
l’objet de votre attention, et nous communiquer vos découvertes.

Les articles que vous nous avez déjà envoyés sont portés dans un
registre où nous consacrons tous les renseignements utiles qui nous sont
adressés : permettez-nous de vous inviter à adopter le même plan.

Me référant à ma lettre du 29 février dernier, et espérant que
vous recevrez les livres, je suis avec une grande considération, etc.
(Signé) Granville Sharp, président du Comité.

P.S. vos observations sur les avantages du travail libre dans la
Cochinchine, m’ont été personnellement très agréables (car j’écris ce Post
Scriptum
comme individu particulier), parce que j’ai pris beaucoup de
peine la dernière année pour concourir à l’établissement d’une culture
libre à Sierre Leone, en Afrique où l’esclavage et la traite des Nègres
sont prohibés, et où j’ai proposé de faire, du travail libre, un moyen
- 33 -
de commerce, pour régler les prix de tous les articles de commerce au lieu
d’argent, car, j’espère que des coupons pour le travail libre, (si le règlement
est exécuté), formeront un papier monnayé, qui ne sera pas susceptible
de dépréciation24.
Je vous ai envoyé quelques exemplaires de ce règlement25, afin que vous puissiez
le donner à ceux des membres de votre Comité, que vous jugerez plus disposés à
suivre cet objet plus attentivement. Si vous en désirez davantage, j’en ai
à votre service.

Autre P.S. M. Sharp ayant appris qu’il est probable que la douane
de France ne laissera pas passer ces règlements, les garde pour vous les
envoyer par l’occasion d’autres livres qui vous seront adressés par la Société.

M. de Warville a dit qu’il avait reçu une boîte de livres, envoyés par
la Société de Londres, dont la liste suit ; que suivant la prière du Comité
de Londres, il avait envoyé à M. de La Fayette, un exemplaire de chacun
des ouvrages qui étaient envoyés au nombre de six ; que ce présent du Comité
de Londres était accompagné du cachet, en pierre noire, de la Société de
Londres et de douze médailles en pierres noires et blanches, représentant un
nègre avec des fers aux pieds et aux mains.

Liste des livres envoyés par la Société de Londres

  • 6 exemplaires Recherches de Ramsay 26
  • 6 exemplaires Lettre de Sinillo
  • 6 exemplaires Pensées sur l’esclavage
  • 6 exemplaires État de la cause des Africains27
  • 6 exemplaires Avertissement de Bénézet28
  • 6 exemplaires Sermon de l’Évêque de Chester29
  • 6 exemplaires Serieuse adresse30
  • 6 exemplaires Fragments de Day31
  • 6 exemplaires Pensées de Wesley32
  • 6 exemplaires Pensées de Neutin33
  • 6 exemplaires Détails de Falconbridge34
  • 6 exemplaires Lettre du doyen de Middleham35
  • 6 exemplaires Rapport du Comité36
  • 2 exemplaires Lettres d’Africanus37
  • 2 exemplaires Eclogues de l’Indien occidental38
  • 1 exemplaire Malheurs de l’Afrique39
  • 1 exemplaire Esclavage
  • 1 exemplaires Hanna More40
  • 1 exemplaire Discours de Peckard41
  • 1 exemplaire Sermon de Priestley42
  • 1 exemplaire Sermon de Mason43
  • 1 exemplaire de Hughes44
  • 1 exemplaire de Aguker45

- 34 -

Après cette lecture, il a été arrêté qu’il serait fait des
remerciements au Comité.
Arrêté que les livres envoyés par la Société de Londres seront
communiqués au Comité particulier du travail pour qu’il en fasse son
rapport.
Arrêté qu’en attendant que le cachet de la Société, avec une légende
française soit fini, toutes les lettres qui seront envoyées au nom du Comité
seront cachetées avec celui envoyé par la Société de Londres.

M. de Warville a lu le modèle de la réponse aux lettres précédentes
du Comité de Londres, et il a été arrêté qu’elle serait écrite ainsi
qu’il suit :

Paris le 19 mars 1788.

Monsieur, j’ai communiqué au Comité les lettres que vous m’avez
fait l’honneur de m’adresser, au nom du Comité de Londres, en date des
26 février et 8 mars derniers, et telle est la réponse que je suis chargé de
vous faire.

J’ai déjà eu l’honneur de vous adresser des détails relatifs à notre
première assemblée. Le Comité se propose à l’exemple du vôtre de
tenir un registre, pour ceux qu’on lui communiquera. Le Comité
s’assemble régulièrement toutes les semaines, et tient registre de ses
transactions. Nous avons cru devoir nous occuper d’abord de développer
l’objet de notre assemblée. Ce point était nécessaire pour l’instruction
publique. Nous l’avons fait dans un discours qui a déjà été imprimé
dans un journal intitulé : Analyse des papiers anglais. Il va être réimprimé
avec des notes et et des corrections ; nous aurons soin de vous en faire parvenir
un certain nombre d’exemplaires, aussitôt que l’impression sera achevée.

Dans notre dernière séance nous avons arrêté de traduire et de publier
les ouvrages publiés en Angleterre sur la traite et l’esclavage des Nègres. Ce
travail a été renvoyé à un Comité particulier, qui est chargé de veiller
constamment à cette partie essentielle de notre établissement. Car, il
importe extrêmement d’éclairer sur cette matière l’opinion publique
en France. Nous prenons des arrangements pour que la collection de ces
ouvrages s’imprime dès à présent et se suive sans interruption. On doit
commencer ce recueil par Historical account, de Bénézet et le traité
de M. Clarkson 46 ; il est nécessaire de vous prévenir qu’en faisant ces traductions,
nous serons obligés de faire des changements, des additions, des retranchements
qui sont nécessités par le goût des lecteurs français, par l’état actuel de
l’opinion publique, et par toutes les circonstances dont nous sommes
environnées. Mais ces changements, auparavant d’être effectués, seront soumis
à l’examen du Comité.

Dans la séance prochaine, nous devons nous occuper de la formation
et de l’organisation de la Société en général et du Comité. Nous aurions bien
- 35 -
désiré, à cet égard, avoir le plan de votre société et de votre Comité ; nous
tâcherons de nous y conformer autant que les circonstances nous le permettront,
mais, cela nous paraît essentiel pour l’harmonie générale qui doit régner
entre nous.

Il est un point important sur lequel nous prions le Comité de Londres
de vouloir bien nous faire une réponse précise. C’est l’affiliation des deux
Sociétés ; indépendamment de ce que la déclaration de cette affiliation est
nécessaire pour l’objet que se proposent les deux Sociétés, pour les rendre
respectables dans l’opinion publique, pour ne faire qu’une masse plus
solide encore à opposer à l’intérêt particulier, et aux obstacles qui s’élèvent ;
indépendamment, dis-je, de ces motifs, il en est de particuliers sur lesquels on
ne peut s’expliquer par écrit, qui décident de l’ordre des choses où nous
existons et qui nous font désirer cette affiliation.

Nous regardons comme un bon augure de cette affiliation, l’envoi que
vous nous avez fait des médaillons et de votre cachet, dont nous vous remercions.

Il nous semble encore qu’une conséquence de cette affiliation est que
tous les membres que nous recevrons ici soient, de droit, membres honoraires
de votre Société de Londres, et vice versa.

Il nous semble, enfin, que les Français que vous agrégerez d’abord à
votre Société devront toujours se faire agréger ensuite à la nôtre ; le refus
de la dernière association, serait ou l’effet d’une insouciance pour la Société
française, qui ne pourrait que lui être funeste, ou l’effet d’une pusillanimité
qui ne mérite aucun ménagement.

Sur certains points, nous désirons que vous vouliez bien proposez au
Comité des résolutions qui puissent remplir les vues du nôtre, et concourir
d’autant plus à l’harmonie générale, que nous désirons établir entre les
deux Sociétés, et dont nous devons donner l’exemple aux deux Nations, à
l’Europe entière, car étant animés des mêmes vues que vous, nous ne
regarderons cette oeuvre d’humanité entièrement accomplie, que lorsque
toutes les nations qui tolèrent encore l’esclavage l’auront entièrement
aboli, et nous déclarons que nous emploierons tous nos efforts pour porter à
cette généreuse résolution les nations voisines, et avec lesquelles nous sommes
en rapport.

Nous ne devons pas douter qu’il n’y ait en France, dans toutes les classes
de citoyens, dans la plus haute noblesse comme dans le clergé, des hommes
qui s’empresseront de concourir à l’objet de cette Société. Mais, nous n’avons
pas cru devoir leur en faire part avant d’avoir assuré les bases de notre
association, avant d’avoir fondé le terrain sur lequel nous marchions, et la
manière dont serait envisagée par le gouvernement la formation de cette Société.

Nous avons cependant cru pouvoir nous écarter de cette circonspection
à l’égard de trois personnes distinguées ou par leur réputation, ou par leur
place, ou par leur naissance. M. le marquis de La Fayette est une de ces
personnes. Aussitôt que le projet de cette Société a été jeté, je me suis empressé
- 36 -
personnellement, avec M. Clavière de lui en faire part, à le presser de se
rendre à la première assemblée. M. de La Fayette nous a répondu, en
nous témoignant sa satisfaction, en nous parlant de l’existence de
votre Société, en nous présageant ses succès. Vous voyez, Monsieur, que
nous avons prévenu à son égard, le voeu du Comité de Londres. Depuis le
Comité a résolu de lui faire une nouvelle invitation, et dans le même
temps nous nous sommes empressés de lui faire part de ce que vous nous avez
marqué sur ses dispositions favorables. Dans un rendez-vous qu’il m’a
donné aujourd’hui, il nous a déclaré à M. Clavière et à moi qu’il se
regardait comme un des membres de notre Société, et il nous a fait part
des moyens qu’il avait pris et qu’il prendrait soit auprès du Ministère, soit
pour engager des personnes de considération à se joindre à notre Société ;
nous devons, d’après ses promesses, espérer que notre Société se consolidera
de plus en plus par l’accession de personnages distingués.

Nous avons adressé, la semaine dernière, par une occasion, à M.
Philips, un article intéressant sur les Nègres des îles de Bourbon et de
France, et nous serons toujours empressés de recueillir ces faits et de vous
les communiquer. La réciprocité de cette communication ne pourra qu’être
utile aux deux Sociétés et aux deux Nations.

Nous avons cherché à prendre des éclaircissements sur la contrebande
qui se fait de la part des marchands anglais, pour gagner la prime accordée
par le gouvernement de France pour l’importation des Nègres dans nos
colonies, et voici ce que nous avons appris.

Le gouvernement de France accorde 40 livres de prime par chaque tonneau,
aux vaisseaux français qui font la traite de nos îles. Pour l’avantage du
négociant le vaisseau est jaugé rigoureusement ; ce qui doit rendre la
prime très forte. Indépendamment de cette première prime, lorsque le
vaisseau arrive de la côte aux îles, il y a une seconde prime très considérable
par chaque tête de Nègres ; mais, cette prime varie en raison des lieux
où les Noirs sont débarqués.

Il paraît que la traite française languit toujours malgré ces
faveurs : mais, elles ont donné lieu à la spéculation dont vous nous parlez.
Des Français prêtent leur nom à des marchands anglais qui font la traite.
Ils partagent les profits, on nous assure qu’une des principales maisons
engagées dans ce commerce est celle de M. Le Couteux, associé avec un
marchand de Nègres, établi à Liverpool, dont nous ignorons le nom. Nous
chercherons la confirmation de ce fait, et à nous procurer des renseignements
plus étendus.

Nous vous remercions des livres que vous avez bien voulu nous faire
passer. Ils entreront dans la collection dont il a été question. Ceux destinés
à M. de La Fayette, lui ont été remis aussitôt.

Vous pouvez nous envoyer par les diligences, tous les livres que vous
jugerez à propos. Ils passent très librement en France.

J’ai l’honneur d’être, etc.


- 37 -

M. de Warville a dit ensuite que M. Clavière étant absent, il allait
rendre compte à la Société de l’entevue que M. Clavière et lui avaient eue
avec M. le marquis de La Fayette aujourd’hui même.

Il a dit que M. La Fayette s’était regardé dès la naissance de la
Société, comme un de ses membres, parce que depuis très longtemps il s’occupait
des moyens de faire adoucir le sort des Nègres dans nos colonies, et de prouver
aux planteurs que leur intérêt était de leur rendre la liberté, qu’il avait donc
vu avec joie se former la Société, et l’invitation qui lui avait été faite de
s’y joindre, qu’il répondrait, par écrit, à cette invitation.

À l’égard des démarches qu’il avait ci-devant promis à M. Clavière
de faire auprès de M. l’archevêque de Sens, il nous a dit qu’il avait vu ce
ministre dimanche dernier, qu’il lui avait fait part de l’établissement de
la Société, de sa composition, de son objet ; qu’il l’avait assuré que cet
objet n’était autre que de répandre des lumières sur la question importante
de la cause des Nègres, de traduire et de publier les ouvrages anglais imprimés
sur cette matière ; que la souscription qui devrait s’ouvrir avait pour objet
de fournir à ces dépenses, sur quoi le ministre lui avait répondu : qu’il
voyait avec douleur toujours subsister la traite et l’esclavage des Nègres,
qu’il serait à désirer qu’on pût trouver un moyen de les abolir, en conciliant,
avec cette abolition, l’intérêt des planteurs, et qu’une société qui s’élevait
dans la vue de chercher et de trouver ce moyen, ne pouvait qu’attendre
la protection du gouvernement ; mais qu’il fallait qu’elle s’attachât à
prouver qu’il était de l’intérêt des planteurs et du fisc de substituer le travail
libre au travail esclave, et qu’en général, la Société devait mettre
beaucoup de prudence et de sagesse dans ses assemblées, dans ses démarches,
dans ses écrits ; que, dans ce cas, il verrait, avec beaucoup de plaisir,
les progrès de ce Comité de travail.

M. de Warville a lu ensuite la lettre suivante de M. le marquis
de La Fayette.

Paris, le 15 mars 1788

Monsieur, je suis infiniment flatté de la double adoption que vous avez
eu la bonté de m’annoncer ; depuis longtemps, mon coeur forme des voeux pour la
révolution dont la Société de Londres et celle de Paris vont s’occuper. Je pense
comme vous, Monsieur, qu’il est nécessaire d’y préparer doucement les esprits, et
je crois même que les idées générales de l’administration, et les calculs particuliers
du plus avide intérêt peuvent s’y concilier avec les sentiments de la justice et de
l’humanité. Je regarderai toujours comme un bonheur d’admirer de près les
travaux de votre Société, & je vous prie de lui offrir l’hommage de ma respectueuse
reconnaissance pour la bonté qu’elle a eue de m’admettre parmi ses membres.
C’est dans ces sentiments que j’ai l’honneur d’être, etc. signé La Fayette.


- 38 -

M. le comte de Mirabeau a fait ensuite la motion qu’aucun
souscripteur de la Société ne pût venir à l’assemblée du Comité,
sans que la proposition en eût été faite par un membre, et sans
que l’admission eût été résolue à la pluralité, et l’invitation envoyée
par le secrétaire.

M. Brack a proposé d’ajouter à cette motion que le souscripteur
fût-il même colon, pût assister au Comité de travail.

Il a été délibéré en plusieurs tours sur ces deux propositions, et il
a été arrêté de suspendre la décision de la seconde question proposée par
M. Brack jusqu’après la fixation des règlements, et de se borner, quant
à présent, à admettre la motion de M. le comte de Mirabeau.

Arrêté que le règlement sera présenté et discuté au Comité,
vendredi prochain, à l’effet de quoi tous les membres seront expressément
invités de s’y trouver.

M. de Warville a dit qu’il s’était présenté pour souscrire à la
Société, M. Pampelune.

M. Brack en a présenté trois autres, savoir,

  • M. de Montcloux, fils, fermier général,
  • M. de la Villeneuve, conseiller à la Cour des Aides de Paris
  • et M. de Blaire, colon, conseiller à la cours des Aides de Paris.

Ces quatre souscripteurs ont été admis.

Sur la proposition faite par M. de Warville, il a été arrêté unanimement
qu’on insérerait à la fin du discours du 19 février, l’avertissement pour
la collection déjà imprimée dans l’Analyse des papiers anglais.

Sur la question faite si l’on enverrait officiellement les discours
aux ministres, magistrats, hommes en place, hommes de lettres, etc.
quelle serait la forme de l’envoi :
Il a été arrêté que ceux des membres qui connaissaient les
ministres ou leurs entours, les enverraient ou les remettraient comme
d’eux-mêmes ; que pour les magistrats et hommes de lettres, il faudrait
envoyer le discours sans aucune lettre qui l’accompagnât, qu’il y
aurait à faire une distinction pour douze ou quinze personnes les plus
distinguées par leurs lumières, ou leur amour pour l’humanité et la
liberté ; que chaucun des membres pourrait nommer à la séance
prochaine, les personnes qu’il croirait susceptibles de cette distinction
pour ensuite être proposées au Comité, et que le secrétaire serait
chargé de faire le modèle de la lettre d’envoi, et de le proposer à la
séance prochaine.

Arrêté que le Comité devant, pour remplir un des objets,
- 39 -
principaux de son institution, d’ouvrir des correspondances au dehors, il sera
envoyé plusieurs exemplaires du discours du 19 février au directeur et au
secrétaire du Cercle des Philadelphes au Cap, avec une lettre signée par
le président, pour faire part au Cercle de l’objet du présent établissement,
pour l’inviter à concourir à son objet, et, en conséquence, donner tous les
renseignements possibles sur l’état des Nègres.

Arrêté qu’il sera envoyé copie du présent arrêté aux directeur et
secrétaire du Cercle des Philadelphes.

Ajourné à vendredi prochain.

Brissot de Warville

Séance du 25 mars 1788,
tenue N°2 Rue de Grammont.
M. Clavière, président.

Sur la proposition faite par M. de Warville, il a été arrêté qu’il serait
ouvert un registre particulier pour y consigner les faits et les documents particuliers
qui seront adressés au Comité sur la traite et l’esclavage des Nègres.

M. de Warville a lu le détail de trois faits relatifs à cette matière, et il a
été arrêté qu’il serait consigné dans le registre des documents, et envoyé à la
Société de Londres.

M. de Warville a dit que les souscripteurs dont les noms avaient été lus à la
dernière séance désiraient assister à la séance prochaine. Il a été arrêté de
suspendre leur admission jusqu’après les règlements.

On a procédé ensuite à la lecture des règlements. Le titre et les
trois premiers articles ont été arrêtés après avoir recueilli les opinions, prises
en plusieurs tours ; mais il a été arrêté de ne les enregistrer qu’après que
le règlement entier aurait été approuvé, et l’examen en a été
continué à vendredi prochain.

É. Clavière

Séance du 28 mars 1788
tenue N° 2 rue de Grammont
M. Clavière, président .

On a continué la lecture et l’examen des règlements depuis
le 4e jusqu’au 13e et le Comité s’est ajourné au 31 mars

Brissot de Warville É. Clavière

Séance du 31 mars 1788
M. Brack, président.

On a continué la lecture et l’examen des règlements depuis
le 14e jusqu’au 22e.

Arrêté que l’examen en serait continué continué au 4 avril.


- 40 -

Arrêté que le Comité s’ajourne à demain mardi.

Et sur la motion faite par M. Brack
que le Comité voulût bien admettre à la séance de demain
avec M. le marquis de la Fayette qui y avait été invité
MM. de Montcloux, de la Villeneuve, de Blaire, qui
avaient été présentés par lui dans la séance du 18 mars
en outre MM. de Trudaine, Malartic de Fonda
Le Roy, de Petitval, l’abbé Colin, qu’il présente
comme membres.

Sur quoi délibéré, il a été arrêté que les six dernières
personnes seraient avec les autres invitées à assister à l’assemblée de demain
sans cependant tirer à conséquence pour l’avenir, les règlements
de la Société n’étant pas encore finis, et le Comité n’ayant
point encore arrêté de résolution sur la double question : combien
de membres de la Société accueille-t-on à chaque séance du Comité ?
Auront-ils voix délibératives ou simplement consultative ? Il a été
arrêté qu’on recueillerait les voix sans tirer à conséquence
également.

Brissot de Warville

Séance tenue le 1er avril 1788
Rue de Grammont n° 2e
Mr Clavière, président

Membres de la Société présents :

  • M. Le marquis de La Fayette
  • M. de Montencloux
  • M. de Villeneuve
  • M. de Blaire
  • M. du Rouvray
  • M. de Fonda

M. de Warville a lu un discours sur un nouveau plan
de travail dressé par le Comité, à la pluralité des voix.

Il a été :

Arrêté que l’examen en sera renvoyé à un Comité
dont les membres sont ci-après nommés, pour en donner
les opinions, dresser leur rapport et le plan dans lequel
- 41 -

devrait s’exécuter le travail proposé.

Arrêté que les commissaires sont les mêmes personnes
qui sont déjà chargées des traductions, qu’ils examineront
le discours et détermineront s’il doit être enregistré, en tout, ou
en partie, ou avec des changements. M. Blaire a été invité
à se joindre au Comité pour cet objet, à quoi il veut bien se prêter.

M. de Warville a dit ensuite que le discours du 19 février
dernier, a après avoir subi de nouvelles corrections des commissaires
était sur le point d’être mis sous presse ; mais qu’avant il était
nécessaire d’indiquer la personne qui serait dénommée pour
donner des renseignements au public et recevoir les contributions,
que cette nomination ne pouvant avoir lieu que postérieurement
à l’approbation des règlements, il était nécessaire pour ne pas
faire languir le public, d’imprimer à la fin du discours
l’avertissement suivant, après que l’arrêté qui le prend aura
passé au Comité.

Arrêté qu’à la fin du discours du 19 février, on imprimera
l’avis suivant :
Les personnes qui désireront avoir des renseignements sur
la Société, adresseront leurs lettres pour le Comité à Le Jay je,
libraire rue de l’Echelle.

Sur quoi ayant été délibéré en deux tours il a été
arrêté que la résolution cy-dessus est renvoyé à mardi prochain.

M. de Warville a lu ensuite le modèle de la lettre suivante
à M. Graville Sharp.

Monsieur,

M. Brissot de Warville se préparant à nous quitter
vers la fin de ce mois pour faire un voyage dans les États-
Unis de l’Amérique, nous croyons devoir profiter de cette
occasion, pour faire affilier notre Société à celle établie en
Amérique dont l’objet est le même que le nôtre et pour recueillir
sur le grand objet de nos travaux une foule d’instruction dont
nous avons besoin, indépendamment des lettres et des pouvoirs
dont nous chargerons M. Brissot de Warville, nous désirerions que le
Comité de Londres voulut bien lui en donner une de
- 42 -

de recommandation pour ces diverses sociétés avec lesquelles vous
êtes sans doute en correspondance, et vous nous obligerez de nous
l’adresser le plus tôt qu’il vous sera possible, attendu la proximité
du départ de cet ami ; nous nous empresserons de vous faire part
dans le temps de tous les renseignements que M. Brissot de Warville aura
rassemblé sur cette matière. Si d’ailleurs vous avez des instructions
particulières ou des commissions à lui donner pour le nouveau
continent, il se fera un vrai plaisir de s’en charger.

Nous voyons par les papiers publiés que le rapport du Bureau
du Conseil privé sur la traite des Nègres est prêt à paraître.
Vous nous obligerez de nous en faire passer un exemplaire à
l’adresse de M. le comte de Mirabeau sous le couvert de
M. le comte de Montmorin.

Nous chargerons M. du Rouvray ancien procureur général
de Genève, aujourd’hui naturalisé Irlandais, un des membre de
notre Société qui retourne en Irlande, de vous rendre compte
en passant à Londres des progrès de notre Société et du succès
de l’assemblée que nous avons tenue aujourd’hui.

ci-joint quelques faits qui peut être ne seront pas inutiles
à vos travaux.
Nous vous prions d’adresser dorénavant vos lettres à mon
adresse ci-dessous que M. de Warville vous a déjà donnée.

J’ai l’honneur d’être avec un véritable respect.

Après avoir été délibéré sur cette lettre, il a été arrêté qu’elle
serait envoyée à M. Granville Sharp et signée par le président.
Arrêté qu’on insèrera dans la même lettre les faits
dont lecture a été faite dans la séance de mardi dernier ainsi que le suivant :

Passage tiré d’un Essai nouvellement publié sur
l’administration des colonies françaises et particulièrement
d’une partie de Saint Domingue 2 volumes in 8° Monory 1788 Paris.47

Si on appliquait, y est-il dit, à l’encouragement de la
population des Nègres, les mêmes primes que le
gouvernement accorde pour leur traite, il en résulterait
sans doute deux grands biens ; le premier serait d’avoir
- 43 -

partout et peu à peu des nègres créoles et acclimatés, le second
la suppression du commerce et de la navigation des côtes
d’Afrique qui est si destructive de l’espèce humaine.

N.B. L’auteur parait avoir résidé longtemps à Saint Domingue.

Arrêté que cet article sera consigné dans le registre des documents.

Arrêté d’envoyer l’article ci-dessus à la Société de Londres
accompagné des observations faites à ce sujet dans la Société.
Ces observations se réduisent à ceci, que cet ouvrage paraissant
avoir été écrit par un auteur qui n’est pas l’ami de la liberté des
Nègres, le passage cité n’en devient que plus concluant, pour
prouver que, quand les gouvernements voudront y prêter les
mains, il sera très facile d’augmenter la population des
Nègres dans les colonies, de n’avoir plus recours à la traite
et que les Créoles sont préférables aux Nègres transplantés.

M. de Warville a dit ensuite

Vous devez vous rappeler, Messieurs, qu’il a paru dans
Le Mercure, ou dans d’autres journaux de l’année dernière
des lettres relatives aux fers, aux mentonnières de fer et à
d’autres instruments, qu’on expédiait de Bordeaux pour
punir, c’est à dire martiner les pauvres Nègres ; l’objet de la Société
étant de rassembler tout ce qui a paru propre à éclairer
cette grande cause, il importe d’arrêter qu’il sera fait des
recherches des dites lettres pour être ensuite insérées dans
le registre des matériaux, documentsetc. et d’autoriser le secrétaire
à écrire à Bordeaux pour avoir des renseignements.

Arrêté que M. le M. le secrétaire prendra des informations
non seulement à Bordeaux, mais aussi dans les autres ports
qui arment pour la traite tels que Le Havre, La Rochelle
et Nantes.

M. de Warville a lu des extraits relatifs à l’état des
Sociétés instituées dans les États-Unis de l’Amérique pour
l’abolition de la traite des Nègres tirés en partie de l’ouvrage
publié en Angleterre par un anonyme sous le nom d’Africanier48.

Il a été arrêté que cet extrait serait inséré dans l’Analyse
- 44 -

des papiers anglais
et envoyé aux autres journaux, comme
ayant été lus dans la présente Société et comme pouvant
être très utile à la cause des Nègres.

M. le président a demandé ensuite aux membres
s’ils n’avaient rien, chacun à leur tour, à proposer.

M. le marquis de la Fayette a dit qu’il avait entendu
parler d’un planteur de Saint Domingue nommé M. de Galifet
qui rendait des Nègres tellement heureux qu’il était passé
en proverbe de dire, heureux comme un Nègre de Galifet, qu’il
serait utile de savoir, s’il existait encore, quels procédés il avait
suivi.

M. Blaire a répondu qu’il existait encore, M. Galifet,
qu’il était lié avec lui, qu’il prendrait des renseignements.

M. de Warville a observé que ce M. Galifet n’était
pas le même que celui cité dans le proverbe, qu’il en
était l’héritier et qu’on l’avait assuré que l’habitation était
conduite sur d’autres principes et avait décliné entre ses
mains49.

Sur quoi il a été arrêté que M. de Blaire serait invité à
faire des recherches et à les communiquer.

M. du Rouvray a dit que retournant en Angleterre
il offrait d’y faire pour la Société ce qu’elle désirerait.

M. du Rouvray a été invité de voir M. Sharp et
quelqu’autres membres du Comité de Londres, pour leur
faire part des progrès de l’établissement en France qu’il en
serait fait mention dans le lettre à écrire à M. Sharp.

M. de la Villeneuve a observé qu’il avait entendu lire
dans cette séance une note du discours du 19 février 1788 qui
doit être mis sous presse, laquelle contenait une expression
dure pour les planteurs qu’il croyait nécessaire d’adoucir.

La note a été relue par M. de Warville ; elle se trouve
à la page 28 en ces termes quand nous disons tous nous n’excluons pas
même de cette bonne oeuvre les planteurs.

Sur quoi ayant été délibéré ; il a été arrêté que M. le
- 45 -

secrétaire
serait prié de substituer à ces expressions d’autres
par lesquelles les planteurs seraient invités à se joindre à la
bonne oeuvre.

Le marquis de la Fayette a présenté pour membres
de la Société

  • M. le duc de La Rochefoucauld
  • M. le duc de Charost
  • M. Short.

M. Blaire a présenté

  • M. Bouteiller colon.

M. Brak a présenté

  • M. du Cabrol

Toutes ces personnes ont été admises unanimement.

Ajourné à mardi prochain

Brissot de Warville É. Clavière

Séance du vendredi 4 avril 1788.
N° 2 rue de Grammont
M. Brack, président pour l’absence de
M. Clavière.

On a continué l’examen des règlements et ensuite le Comité
s’est ajourné au dimanche 6 avril.

Brissot de Warville

Séance du dimanche 6 avril.
N° 2 rue de Grammont
mr Brack, président pour l’absence de M. Clavière.

M. de Warville a lu la lettre suivante adressée au Comité
par M. Clavière.

Messieurs
Ne pouvant avoir l’honneur d’assister demain au Comité, permettez
moi de vous tracer mon opinion sur la fin de votre travail et sur l’assemblée
de mardi.
- 46 -
Jusqu’à ce qu’il y ait assez de membres pour composer une assemblée
générale qui mérite ce nom, il me semble que nous devons traiter toute notre
affaire comme nous pourrons. L’amitié et la bienfaisance en ont été jusqu’ici
les uniques liens, et ces sentiments ont assez d’énergie dans un petit nombre
pour surmonter les premières difficultés sans choc avec personne. Ils suffisent
pour nous diriger encore quelques jours dans la formation du Comité, de
la manière la plus propre à ses premiers succès. Mais je serais de
l’avis de statuer, pour le temps où la forme est invariablement nécessaire ;
que dans le cas d’élection des membres du Comité l’assemblée générale
nommera dix de ses membres qui, joints au Comité, remplaceront les
vacances.

On commencera par une indication que chaque électeur fera d’un nombre
de personnes égal à celui des membres à élire.

On sortira ensuite de cette indication en prenant parmi les personnes
qui ont eu le plus de suffrages, un nombre double de candidats ; et sur ce
nombre, les électeurs choisiront à la pluralité des suffrages les personnes
qui devront remplir les places vacantes.

En parlant de dix électeurs choisis par l’assemblée générale, je
suppose que le Comité doit être porté à vingt-et-un membres. Ce nombre
vous paraîtra nécessaire pour obtenir quelques personnes qui s’effraieraient
de l’assiduité, lorsque le petit nombre en ferait un devoir absolu.

Je crois important de conserver aux membres du Comité qui
auront fini leur temps, la faculté de rentrer par l’élection. Dans les
corps politique, la rotation doit être sévèrement observé, mais
dans les sociétés de bienfaisance et d’instruction, il faut, ce me semble,
laisser un moyen ouvert à la continuation des services ; pourvu qu’elle
soit approuvée. C’est une occasion de donner des marques d’approbation
à un membre distingué, pourvu que sa réélection ne soit faite que dans
la forme fixée pour l’élection, c’est-à-dire avec compétiteurs, sans cela elle
devient l’habitude d’un fade et insignifiant compliment.

Au moyen de cet arrangement, on pourrait statuer qu’on
ne sera membre du Comité que pour trois ans et que chaque année il
y aura sept membres à élire.
Mais comment établir l’ordre dès à présent ? Il me semble
- 47 -
qu’il faut statuer que l’année prochaine, 7 membres sortiront par le sort comme
ayant fait leurs trois ans. L’année suivante, 7 autres de la même manière.
Les 7 restants, arrivant à leur troisième année, se trouveront dans le cas du
règlement ; et comme on aura la faculté d’être élu de nouveau, il me paraît que
cette marche ne fera perdre à aucun des membres actuels du Comité l’agrément
de payer pendant un certain temps son tribut de service.

À l’égard de l’assemblée de mardi, je désirerais bien que tout
ce qu’il y a actuellement de personnes invitées ou prévenues y fussent admises, et
que ce fut sur elles que la porte fut fermée pour ne plus recevoir de membres.

On prendrait cette résolution de concert avec elles, et ce serait l’objet d’un
discours du président. Il féliciterait la Société de ce qu’elle a le bonheur d’être
parvenue à un nombre suffisant pour ne plus douter de sa durée, et d’une
rapide et considérable augmentation. Il en tirerait la raison de ne plus recevoir
que des contribuants qui seraient invités à une assemblée générale aussitôt que
l’on pourrait lui donner une solennité intéressante.

Il serait donc arrêté que la liste des membres actuels de la Société
serait imprimée à la suite du discours avec leur demeure, et que chacun
d’eux serait autorisé à recevoir des souscrivants et des souscriptions, en
prévenant que les souscripteurs seraient membres de la Société et avertir du
jour de la première assemblée générale. Par ce moyen nous serions débarassé
d’une manière heureuse du choix d’un bureau de souscriptions.

Viendrait ensuite l’objet des règlements. Le président préviendrait l’assemblée
qu’ils sont l’ouvrage des fondateurs de la Société ; mais que la perfection
des règlements n’étant point une chose pressante et ceux qui existent ne renfermant
aucune sanction pénible pour personne, l’assemblée serait priée de les admettre
provisionnellement tels qu’ils sont, et de fixer le terme de six mois ou un
an pour une révision : qu’en attendant chaque membre de la Société aurait
le temps de réfléchir à tout ce qui peut donner à la Société une base solide,
agréable à tous ses membres et favorable à son but.

On parlerait ensuite du Comité dans lequel il est important de renfermer les
discussions qui ont pour but des résolutions ; c’est à dire la voix délibérative ;
et, quant à son nombre, on le laisserait à 15 pour à présent, ensuite il serait
porté à vingt quelque temps après la publication du discours et de la liste
des membres actuels de la Société. Ces 15 seraient chargés de s’assembler
une fois la semaine.


- 48 -

Il y aurait un autre jour de la semaine désigné, où les membres
de la Société pourraient se rendre au salon et y prendre connaissance
des affaires. Personne ne serait obligé de s’y rendre, si ce n’est le
secrétaire pour donner la communication qu’on désirerait, et recevoir
les mémoires, propositions ou observations qu’on jugerait à propos
de faire passer au Comité.

Cette méthode ou une autre semblable vaudrait mieux que
des assemblées où il y eut des délibérants et des consultants. Il
n’en paraît résulter que gêne pour les uns ou les autres, et surtout
une prérogative qui pourrait quelquefois occasionner des désagréments.

Je soumets, Messieurs, ces idées à votre sagesse et vous prie de
les accueillir avec votre indulgence ordinaire pour votre dévoué président

Signé É. Clavière.

Arrêté que cette lettre sera consignée dans le Registre de la Société

On a procédé ensuite à l’examen des derniers articles du règlement
et après les avoir fixés, on a relu le règlement en entier tel qu’il suit,
et il a été arrêté qu’il serait exécuté provisoirement et qu’il serait
présenté à la séance de mardi, afin de le faire connaître
de messieurs les membres de la Société qui pourront y assister.50

Règlement de la Société instituée à Paris pour
s’occuper, avec celle d’Amérique et de Londres, de l’abolition
de la traite et de l’esclavage des Nègres.

Article 1er.

La Société sera composée de toutes les personnes, ou régnicoles
ou étrangères, qui contribueront, en payant le montant de la
souscription ci après, à l’abolition de la traite et de l’esclavage des
Nègres.

2e.

Pour être membre de la Société il faudra souscrire au moins
pour deux louis d’or et renouveler la souscription chaque année.

3e.

Tous ceux qui se présenteront pour souscrire seront admis
indistinctement et sans aucun examen de quelque nation, de quelque
sexe, de quelque classe et de quelque profession qu’ils soient.


- 49 -

4e.

On publiera tous les six mois le total des souscriptions.

5e.

Tous les souscripteurs excepté les personnes du sexe pourront assister à
l’assemblée générale.

6e.

Il y aura tous les mois une assemblée générale pour entendre les rapports
du Comité de travail, et pour y délibérer d’objets généraux relatifs à la Société
présentée d’abord au Comité et qui seront toujours désignés dans les cartes
d’invitation.

7e.

Le Comité sera chargé de présider, par un de ses membres,
l’assemblée générale et d’y proposer toutes les matières à délibérer

8e.

Les fonctions du membre chargé de présider, seront de maintenir l’ordre
pendant les séances, de donner la parole, de poser les questions, de les
résumer, de recueillir les opinions, de signer le Registre et les résolutions
de la Société.

9e.

Les discussions se feront de la manière suivante.
Le président indiquera la motion sur laquelle on doit délibérer ; ensuite il
demandera les opinions en commençant à sa droite.
La discussion finie, le président résumera les opinions et ira aux voix pour
déterminer celle qui doit l’emporter.

10e.

On ne pourra faire que deux tours sur chaque question, à moins que le
président, ne jugeant pas la question suffisamment éclaircie, ne fasse un troisième
tour par oui ou non.
Nul ne pourra parler hors de son rang.

11e.

Tous les membres seront tenus d’obéir à l’ordre donné par le
président


- 50 -

12e.
Du Comité du travail.

Le Comité de travail sera composé de vingt-et-un membres de la
Société qui auront payé la souscription, ils auront seuls voix délibérative.

13e.

Les fonctions de ce Comité seront de s’occuper à correspondre avec
la Société de Londres, d’Amérique et des autres pays, de recueillir
tous les renseignements, ouvrages relatifs à la traite et à l’esclavage
des Nègres ; d’examiner ce qui pourra être publié, de suivre, en un mot,
toutes les démarches qui pourront tendre à effectuer cette abolition.

14e.

Sept de ces membres seront membres compétents pour décider une
question ordinaire.

15e.

Le président du Comité sera pour trois mois.

16e.

Le président sera nommé par le Comité et jamais il ne pourra être continué ;
mais il pourra être recréé après une interruption de trois mois ; tout
membre devra accepter la nomination qui sera faite de sa personne, ou
il sera obligé d’expliquer les raisons de son refus dont le Comité sera
juge.
Quand le président sera absent, il sera remplacé par un membre
présent qui sera nommé président pour la séance.

17e.

Les fontions de président seront les mêmes dans le Comité que
celles de président de la Société générale indiquées article 8e.

18e.

Le secrétaire sera élu à la pluralité des voix par le Comité.
Il devra remplir les fonctions de cette place pendant un an, et pourra
être continué aussi longtemps qu’il sera confirmé par le Comité.
Le Comité pourra toujours le destituer en cas de motifs suffisants ;
sur lesquels il devra préalablement être entendu, mais cette décision ne
pourra être prononcée qu’à la majorité des deux tiers des membres
présents qui devront être au moins au nombre de neuf.


- 51 -

19e.

Les fonctions de secrétaire seront d’entretenir les correspondances,
d’en faire le rapport au Comité, de faire passer aux membres et aux
étrangers les résultats des assemblées, de faire imprimer et distribuer
ce que la Société ordonnera, d’envoyer les billets d’invitation pour les
assemblées générale et particulières, de signer le Registre et les extraits,
de veiller à la bibliothèque et aux archives de la Société.

20e.

Il y aura un trésorier nommé qui sera membre du Comité, chargé de
recevoir les souscriptions, de payer les dépenses ordonnées par le Comité, et
de rendre les comptes tous les six mois.
Le trésorier sera en fonction pendant un an ; il pourra être continué
au-delà.
Il sera tenu d’apporter à la première séance du Comité de chaque mois
un bordereau de la recette et de la dépense du mois, et chaque président
sera tenu de vérfier avant de sortir de la présidence l’état de la caisse et
d’en instruire le Comité.

21e.

Le Comité des vingt-et-un membres se recrutera de la façon suivante.
Cinq sortiront tous les ans par le sort de la ballotte.
Ils seront remplacés par cinq autres dont trois nommés par le Comité et
deux par l’assemblée générale.
En cas de mort ou de démission d’un membre, le Comité en choisira un autre
à la pluralité des voix.

22e.

Les discussions et délibérations du Comité se feront en la manière prescrite par
les articles : 9, 10, 11.
Lorsqu’il s’élevera une discussion trop vive entre deux membres, qui pourrait
troubler l’ordre, ils seront obligés de s’en rapporter au jugement du Comité et
si dans le cas de pareille discussion le président n’interposait pas son autorité
assez à temps, chaque membre, en s’adressant à lui, pourra demander l’ordre.

23e.

Les souscripteurs de la Société ne pourront être admis pour assister à une séance
du Comité, qu’après une résolution préalable du Comité prise à la pluralité des
voix sur une invitation du secrétaire ; on ne pourra admettre plus de cinq
- 52 -
à la même séance : y compris les membres des sociétés de Londres
et d’Amérique qui pourront être à Paris.

24e.

Quand un membre de la Société aura quelque proposition à faire au Comité, il
sera tenu de la lui adresser par écrit, le Comité lui indiquera le jour où elle pourra
être discutée et le membre y sera appelé et entendu.

25e.

Si les circonstances exigeaient quelques réformes ou quelques innovations
dans les règlements, elles se feront dans un Comité qui ne sera pas moindre de
treize membres, et dans ce cas à la pluralité de 9. Lorsque le nombre
des opinants sera au-dessus de 13 le changement ne pourra être fait qu’à
la majorité des deux tiers, et quand le nombre ne sera pas divisible par 3,
le président départagera.

26e.

À la fin de l’année 1788, le présent règlement sera soumis dans
totalité à la révision du Comité.

Séance tenue le mardi
8 avril 1788
2 Rue de Grammont.
M. Clavière, président.

Membres de la Société présents :
MM.
  • Le marquis de La Fayette
  • Le duc de La Rochefoucauld
  • Petitval
  • Blair
  • Bouteiller
  • Volney
  • du Rouvray
  • Montcloux
  • de Funda.

M. le président a lu le discours suivant.


- 53 -
Messieurs

En nous félicitant de l’augmentation honorable et intéressante que notre Société
a reçue dans sa dernière séance et dans celle d’aujourd’hui, permettez-moi de
remarquer que nous nous y sommes attendus.

Notre Société repose sur les saints devoirs de l’humanité. Des actes de
bienveillance sont l’unique travail qu’elle se propose, en faut-il davantage
au coeur du Français ? Sa précieuse sensibilité ne le fait-elle pas accourir partout
où il peut aider à la faiblesse, tarir les larmes des malheureux, en un mot
faire le bien ?

Mais puisque nous avons le bonheur d’être assez nombreux pour soutenir les
travaux commencés, puisque notre Société renferme tout ce qui peut donner de la
confiance dans ses intentions, puisque tant de membres distinguées par leurs qualités,
leurs lumières et leur rang, lui assurent les accroissements dont elle a besoin, vous
penserez sans doute, Messieurs, qu’il convient de prendre une détermination
relativement à de nouveaux membres.

Vous voyez que dans une assemblée plus nombreuse, nos délibérations,
renouvelées chaque semaine, deviendraient trop longues, et que si nous gagnions
du côté des Lumières, nous risquerions de ne pouvoir rien résoudre qu’avec
une décourageante lenteur.

Mais avant de passer aux arrêtés que la circonstance exige, il est peut-être
utile de retracer en peu de mots l’objet de notre association.
L’abolition de l’esclavage des Nègres est le but principal auquel nous tendons.
Je crois pouvoir dire avec vérité, que si cet esclavage n’existait pas, dans ce
siècle d’instruction sur les droits des hommes, celui qui proposerait de l’établir,
encourrait un blâme universel, et sans doute des expressions plus fortes
caractériseraient mieux les sentiments qu’un tel homme ne manquerait pas
d’élever contre lui.

Mais l’esclavage existe et se trouve malheureusement lié à un ordre de
choses, où l’on rencontre les impérieuses maximes de la politique, les intérêts
respectables de la propriété, et la persévérance d’une cupidité d’autant plus
active qu’elle s’appuye sur une longue habitude de préjugés nombreux et
commodes.

Cependant, Messieurs, ce que toute l’Europe rejetterait comme criminel, est
- 54 -
par cela même condamné à prendre fin. C’est de cette fin si désirable ;
de cette fin que la sagesse humaine peut prévoir, et que plusieurs événements
ont préparé, que notre Société doit s’occuper.

Nous ne cherchons à provoquer aucune de ces révolutions
qui commandées par la force, n’entraînent jamais la persuasion. Nous
désirons suivre la marche de la raison universelle dont l’empire s’avance ;
de cette raison que nous voyons porter les hommes, tantôt individuellement,
tantôt en masse, et par le seul ascendant du vrai, vers une existence toujours
meilleure, toujours plus propre à les faire jouir des avantages infini de
la confraternité.

Recevoir nous-mêmes l’instruction et la répandre, voilà les deux
points auxquels nos travaux se rapportent. À mesure que nous
recueillerons des faits instructifs, et des discussions importantes sur tout
ce qui est relatif à l’esclavage des Nègres, à la circonspection et à la
sagesse, qui doit enfin leur donner le même état civil que les Blancs,
nous publieront ces faits et ces discussions ; et il viendra enfin
un moment où, résumant nous-mêmes tout ce que nous aurons
publié, nous présenterons au Gouvernement, au public, aux
planteurs, aux commerçants, aux armateurs et aux Nègres
eux-mêmes, le véritable état de la question ; les vrais convenances
de chacun, et peut-être l’unique plan, le seul sage à suivre pour
concilier tous les intérêts avec celui qui doit les dominer tous, l’intérêt
de la justice et de l’humanité. Et pourquoi ne nous en flatterions-
nous pas ? Ce plan ne sera pas notre ouvrage, il sera le résultat
d’une opinion prépondérante sur laquelle nous ne pourrons pas nous
méprendre. Ce que nous publierons élèvera cette opinion, nous ne ferons
que peser et enregistrer les suffrages qui constateront son existence.

Dans ce moment, Messieurs, nous ne sommes que les
imitateurs des bons Quakers, que l’écho en quelque sorte d’une Société qui
a mis devant elle un but semblable au nôtre et cette circonstance est
heureuse. Nous nous aiderons de ses travaux ; elle nous y invite. La
publier a du être notre première résolution, puisque cela seul suffit pour
faire germer toutes les idées, pour que la liberté soit rendue aux
Noirs dans les possessions françaises, non par une imitation ―
- 55 -
servile, mais par une conviction raisonnée qui fera de cette liberté un
présent donné avec autant de joie qu’il sera reçu.

En même tems que nous nous occuperons de ces publications,
nous nous instruirons nous-mêmes ; ainsi notre marche est tout à la fois
simple et facile, elle n’exige de nous que de l’assiduité, de la persévérance
et des règles strictement observées pour prévenir la confusion et le désordre
dans nos délibérations. Car le sacrifice de tous ces mouvements qui, malgré
les meilleures intentions, détruisent ou retardent les succès les plus désirables,
ne nous coûtera point : notre but nous rendra insensible aux épines de
l’amour propre. Nous savons tous que sans cette condition le succès
de toute réforme dans les objets de discussion publique sera toujours
très incertain.

Ces règles qui doivent faciliter nos discussions, les premiers fondateurs de
la Société ont cru devoir s’en occuper ; et former, en attendant qu’elle fut plus
nombreuse, un petit corps de règlements propre à diriger ses premiers pas.

Nul doute, Messieurs, que le lien de la Société sera plus ou moins fort
selon la nature de ses règlements, qu’ils doivent être faits avec soin et que
pour cet effet ils doivent être l’expression de la volonté générale, mais nous
devons attendre qu’une association plus nombreuse concourre à cette volonté.
Ainsi, Messieurs, en vous proposant d’accepter la législation provisionnelle des
fondateurs de la Société, quelque défectueuse qu’elle puisse être, nous ne
faisons que nous conformer à la nature des choses, à l’époque où une
Société se forme, elle peut se passer de la perfection dans ses règlements.

Son but et le désir de s’accroître et de se fortifier ont plus d’efficacité
pour la maintenir que les codes les plus parfaits.
Nous nous bornerons donc, Messieurs, à vous faire la lecture de
nos règlements, et à recueillir les observations qu’ils vous feront naître en
attendant le terme fixé pour leur révision, terme où cet ouvrage appartiendra
sans doute à une Société plus nombreuse.

Qu’il me soit permis, Messieurs, avant de passer à la lecture des
règlements de témoigner à Mr le secrétaire mes regrets de voir
interrompre ses travaux par une absence qui, nécessairement, sera longue.
C’est à son zèle, à la chaleur généreuse de son âme pour le bien, que
nous devons de nous voir rassemblés par la plus noble des intentions.

Il eut été à désirer qu’il ne s’éloignât pas de nous aussi promptement,
- 56 -
et que son activité infatigable veilla encore quelque temps sur le
mouvement qu’il nous a communiqué. Le voyage intéressant qu’il va
entreprendre et dont il ne peut que rapporter d’utiles instructions, doit
nous faire résigner avec moins de peine à son absence. Mais il est
important que nous profitions encore de tous ses moments. Pour
cet effet nous devons nous hâter de lui nommer un successeur
auquel il puisse transmettre les idées qu’il s’est faites de ses fonctions et les
moyens qu’il avait de les remplir d’une manière aussi satisfaisante pour
la Société.

M. Clavière a annoncé ensuite qu’on allait procéder à la
lecture des règlements.

M. Carra a demandé qu’auparavant la lecture des règlements, il
fut fait des remerciements à M. le président, et que son discours
fut porté sur le Registre de la Société, laquelle motion a été agrée.

Ensuite on a procédé à la lecture des règlements arrêtés dans la
précédente séance.


M. Bergasse a fait ensuite la motion que copie fut envoyée à chacun
des membres présents desdits règlements, et que les observations qu’ils
feront sur ces règlements fussent adressées dans la quinzaine au secrétaire
pour en être fait rapport et délibéré.

Sur laquelle motion après plusieurs tours, il a été arrêté que lesdits
règlements seraient exécutés provisoirement, que copie serait envoyée à chaque
membre de la Société pour pouvoir faire ses observations et les adresser dans
la quinzaine au secrétaire du Comité, qu’il en sera ensuite délibéré dans une
assemblée générale fixé au mardi 29 du présent mois.

Sur la motion faite par M. le président que tous les membres qui se
présenteront jusqu’à l’époque de l’assemblée générale fussent admis, il a été agréé
à l’affirmative.

Et attendu la résignation de M. Brissot de Warville à la place de
secrétaire, il a été arrêté qu’il serait procédé mardi prochain à l’élection d’un
secrétaire, et en même temps à celle des membres nécessaires pour compléter
le Comité.

Arrêté que le secrétaire à élire doit être membre de la Société, savoir l’anglais
recevoir des honoraires lesquels seront fixés à 1800 livres sauf à augmenter
- 57 -
par la suite, et qu’il ne pourra refuser ni rendre ces honoraires sous
quelque prétexte que ce soit.
Arrêté qu’il aura un commis, lequel sera payé à raison de 600 livres par an
outre le logement. Arrêté que le secrétaire sera toujours membre du Comité.

M. de Warville a lu ensuite le discours qui suit.
Messieurs

Je me proposais aujourd’hui de vous entretenir de quelques uns des ouvrages
qui nous ont été dernièrement adressés par la Société de Londres. Mais le
défaut de temps m’a forcé de me restreindre à un seul qui n’ajoutera pas
peu de poids à la cause des Nègres, et par le nom de son auteur et par
la manière frappante dont elle y est défendue. C’est un sermon prêché sur la
traite des Nègres dans une unitaire par le célèbre Priestley.
Je n’ai pas besoin de vous observer ici, Mrs, combien il serait avantageux
pour le succès de la cause que nous défendons que nos ministres de
l’Evangile adoptant la pratique des Protestants, employassent tout l’ascendant
de leur ministère pour persuader au nom de la religion des hommes que
nous voulons ramener par le cacul de leurs intérêts. L’influence de la religion
a sans contredit, avec l’influence des papiers publics, de puissants ressorts pour
opérer en Amérique la révolution heureuse qui rendra la liberté à une partie de ce
continent et quel pouvoir n’aurait pas, parmi nous, sur des esprits encore attachés
aux principes du christianisme, le prêtre qui montrerait toutes les vengeances du
ciel suspendues sur la tête des hommes qui martyrisent des hommes.
Faisons donc des voeux, faisons des efforts pour engager dans cette cause
sainte les ministres de notre religion. Publions pour les y amener le discours
de l’écrivain célèbre51, dont je veux vous citer quelques morceaux, écrivain qui ne
laisse pas s’opérer une bonne action publique à laquelle il ne s’empresse de
prendre une part active ; car voilà la vraie destination, le premier devoir du
talent.

Ce n’est pas qu’on ne trouve quelques erreurs dans ce discours ; il en est
une surtout que je dois remarquer, parce qu’elle me semble outrageante pour
des hommes qui, quoique étrangers à notre religion, ont cependant rendu de
grands services au genre humain soit en l’éclairant, soit en l’adoucissant.

Priestley fait hommage à la religion chrétienne de tous les efforts que
- 58 -
l’on fait de tous côtés pour étendre la liberté, pour élever la dignité de l’homme,
pour abolir l’esclavage. Les païens n’avait point de semblables
idées de nos droits.

Priestley oubliait dans ce moment tant de grandes vérités développées par le
païen Sénèque, avec son énergie ordinaire sur la liberté et sur l’esclavage. Je ne
vous en citerai qu’un fragment, mais il est décisif.

J’apprend avec plaisir, dit-il, à un de ses amis, que tu admets tes
esclaves dans ta familiarité. Ta prudence exige cette conduite, elle honore tes
lumières. Ce sont des esclaves ? Oui, mais des hommes. Ce sont des
esclaves, oui, mais tes commensaux. Ce sont des esclaves, oui, mais d’humbles
amis. Ce sont des esclaves enfin, oui, mais tes esclaves, car la fortune
peut tout sur toi comme sur eux. Ils sont nos égaux, nos frères, et cependant
comment les traitons-nous ? ― C’est avec les fouets qu’on appaise leurs
trop justes plaintes. Les même inévitables n’échappent pas au
châtiment. Toussent-ils, éternuent-ils, sanglotent-ils, on les en punit : on
les punit d’appartenir encore par quelque côté à la nature, aussi de là résulte
que ceux qui sont forcés d’être muets devant leurs maîtres, parlent contre eux.
Mais ceux qui ne sont pas condamnés au silence, ceux sur qui les maîtres laissent
tomber des regards de bonté, se montrent leurs amis dans leurs malheurs, ils se
jettent au devant du coup qui doit les percer. Ces esclaves parlent dans les repas ;
mais ils se taisent au milieu des lectures. Que devient donc ce fameux
proverbe ? Autant d’esclaves, autant d’ennemis. La Nature ne les a point faits
nos ennemis, c’est notre cruauté seule...
52

Sénèque présente ensuite l’image d’une foule de fonctions dégoûtantes
auxquelles on condamne les esclaves à Rome. Il se récrie avec une vigoureuse
indignation contre ces avilissement, contre ces atrocités... Croyons donc que
les philosophes de l’Antiquité avaient comme nous des idées saines sur les
droits sacrés de chaque individu.

Je ne prétends pas vous offrir une analyse détaillée de ce discours, mais vous
en présenter quelques idées ou neuves ou développées d’une manière frappante.

Priestley se plaint avec raison qu’on ait attendu si tard pour s’élever contre
l’usage barbare de l’esclavage. Si les scènes révoltantes, dit-il, sur lesquelles
l’attention publique se fixe maintenant, eussent été depuis longtemps présentées
au public, elles n’auraient pas sans doute existé jusqu’à nos jours. La
nation indignée comme elle l’est aujourd’hui, eut depuis longtemps signifié
- 59 -
à ses représentants son opinion par la voie des remontrances et des pétitions,
et la législature eut parlé. Peut-être même à l’aspect de tableaux aussi affligeants,
beaucoup de planteurs, beaucoup d’armateurs eussent refusé de se jeter dans un
commerce aussi atroce... La lumière a paru, s’écrie-t-il, et il ne reste plus
d’excuse pour le crime. Qui le continue, qui tolère son existence, est également
coupable. Nation, gouvernement, individus, tous ceux qui n’emploient pas leurs
efforts pour le faire abolir à jamais, seront également condamnés par l’éternel.
Et en effet reste-t-il une justification à ce crime ? Dira-t-on que les tableaux
que j’ai présentés ne sont que des abus accidentels de ce trafic, et que ceux-là
seuls méritent le blâme qui les occasionnent ?.. Vain sophisme ! Ici le trafic et
l’abus sont si étroitement liés qu’il est impossible de les disjoindre, qu’autoriser l’un
c’est autoriser les autres. Ainsi donc autoriser la traite, c’est autoriser le massacre
des 100,000 hommes qu’il faut assassiner pour obtenir les 100,000 autres que
vous exportez, c’est autoriser les incendies, les rapts, les violations de tous les
droits de l’homme, c’est autoriser les suicides, la seule ressource du Noir
énergique, l’infanticide le seul moyen de soustraire à la torture son
malheureux enfant. C’est autoriser la mort de 25,000 Nègres qui dans la
traversée périssent soit de faim, soit de maladie, c’est autoriser la mort des
25,000 autres que le désespoir, le regret d’être à jamais privés de leur patrie
enlève pendant les deux premières années de l’esclavage. Je dis plus, autoriser le
trafic des Nègres, c’est autoriser l’atrocité calculée de ces planteurs qui, certains
de trouver dans ce trafic des recrues perpétuelles, s’inquiètent peu d’adoucir, de
prolonger l’existence de leurs esclaves, et ne cessent d’épuiser leur sang pour le
convertir en or... Ne les traiteraient-ils pas au moins comme les animaux
utiles si la recrue n’était pas si facile et si assurée. Encore une fois ce
trafic ne peut pas exister sans ces abus, ils en sont le cortège inséparable.
S’occuper d’abolir l’abus seul est donc une chimère, c’est le trafic qu’il faut
abolir.

Ce serait en vain que nous prétendrions nous décharger de la part que nous
avons à ce crime en le rejetant sur les armateurs, sur les planteurs. Il est
bien d’autres coupables... Ils le sont ceux qui y prennent intérêt, sous quelque
forme qu’ils le masquent ; ils le sont ceux qui le protègent par leurs armes ; ils le
sont ceux qui prêtent leurs vaisseaux, qui les assurent ; ils le sont ceux qui,
étant éclairés, n’emploient pas leurs lumières à éclairer leurs pas dans cet
affreux trafic, ceux qui étant dans la législature, n’emploient pas leur
- 60 -
influence pour l’amener à l’abolition de ce trafic ; ils le sont surtout ceux
qui étant à la tête du gouvernement protègent ce commerce. Ah ! S’ils
résistaient au concours de lumières qui frappe aujourd’hui tous les
yeux, de quelle masse effrayante de forfaits ils auraient à répondre au
tribunal de l’Eternel. 150,000 hommes massacrés tous les ans pour
en condamner 50,000 autres à un esclavage qui les précipite infailliblement
tous au tombeau dans un espace de neuf ans : comment reposer à côté
d’une image aussi épouvantable...

Détournons, Messieurs, nos regards de ce spectacle affligeant, et
lisons ce que le bon Priestley nous raconte des heureux effets de l’abolition
de l’esclavage entreprise par les Quakers... Guidés dit-il, par les
plus purs principes de l’humanité et du christianisme, ils ont affranchi
leurs esclaves et ils ont trouvé même à leur surprise qu’ils retiraient plus de
profits de leur travail libre et en leur payant des gages, que lorsqu’ils les
employaient comme esclaves et sans leur donner aucun salaire. Ces nègres
travaillent avec satisfaction et gaieté !

Ce qu’on propose à l’Angleterre d’exécuter, dit-il encore, l’a déjà été
par divers États-Unis de l’Amérique. Notre patrie ne peut que s’honorer
de suivre leur exemple, et tout individu qui employera ses talents ou son crédit
à amener cette révolution, aura part à cette gloire. Mais à cet égard nous devons
tous céder la première place aux Quakers qui ont été les premiers à se
montrer les amis des droits de l’humanité et ce qui est plus encore, ceux qui ont été
les premiers à rejeter les avantages qu’ils auraient pu, comme les autres,
tirer du trafic inhumain de leurs semblables. Ajoutons, à ces Quakers,
qui bien convaincus de l’injustice de l’esclavage, et du droit des Nègres
lui ont sans calculer sacrifié leur propriété.

Vous partagez sans doute, Messieurs, l’impression douce que m’ont fait
naître ces idées philanthropiques et religieuses. Puissions-nous les répandre partout
les faire éclore dans les âmes de nos compatriotes. Ils ont le même germe que
nous de sensibilité, d’équité : il ne faut que le féconder. Amenons-les par la
sensibilité à s’occuper de cette cause, à vouloir la discuter : tel doit être notre but.

Pourquoi les circonstances me forcent-elle à suspendre en ce moment
la part que je désirais prendre à une révolution aussi humaine ? C’est avec une
véritable douleur que je me vois forcé de résigner la place à laquelle votre
indulgence m’avait provisoirement appelé. Mais en la quittant, en m’éloignant
- 61 -
de ces lieux momentanément, j’emporte avec moi la douce pensée que j’ai
contribué à remuer en faveur des Noirs, des hommes doués de talents, d’énergie,
de sensibilité, que je laisse dans cette société respectable de vrais amis, de vrais
frères, que j’en ai acquis de nouveaux. Loin de vous, j’habiterai parmi vous,
j’assisterai en esprit à vos travaux. Loin de vous je tâcherai de me rendre
encore utile à ces infortunés. Honoré de la mission dont vous voudrez
bien me revêtir, je veux dans le nouveau monde découvrir de nouvelles
preuves de la dureté des bourreaux des Nègres, de l’absurdité du calcul
sur lequel est fondé l’esclavage. Je tâcherai de recueillir les moyens qui dans
les états du Nord ont oté à l’affranchissement les inconvénients qui se
préparent dans ceux du Midi. Enfin, je veux recueillir les faits qui doivent
prouver irrésistiblement le principe décisif que le travail libre produit plus que le
travail esclave.

Ô comme je vais réjouir l’âme des Américains, des quakers, en leur
apprenant qu’il existe en France, à Paris même, un Société d’hommes qui
s’empressent de suivre leur exemple ! Comme je réjouirai les Nègres que je
rencontrerai en leur apprenant, que les maîtres de cette capitale d’où
sort le tonnerre qui gronde sans cesse sur leur tête s’occupe des moyens
d’adoucir leur sort, et de leur rendre un jour la liberté.

J’en suis sûr, des larmes de joie couleront de leurs yeux. Non, non,
ce ne sont pas des vengeances qu’il méditeront quand ils verront tomber
leurs fers. Donnons leur du pain, qu’ils goûtent enfin le repos, qu’ils aient
enfin la liberté d’embrasser leurs enfants, de jouir avec eux et leurs épouses des
douceurs de la vie domestique et ils seront loin de s’occuper de vengeances.
Au contraire, ils nous regarderont, nous aimeront comme leurs libérateurs.
Le Nègre est tendre mari, bon père, la vengeance n’habite pas dans
une âme qu’animent ces sentiments, à qui on rend le droit d’en jouir.

Ô vous dont j’ai jusqu’ici secondé les efforts. Ô mes ami, mes frères,
soutenez-vous dans votre ouvrage, n’abandonnez pas cette bonne oeuvre, que
les obstacles ne vous découragent pas. Songez que dès à présent vous
n’appartenez plus à vous-mêmes, que cette cause vous réclame à jamais ;
songez qu’il est sans doute déjà dans les colonies, des Nègres instruits que
des Sociétés s’occupent du soin d’adoucir leur sort, cette nouvelle a déjà
peut être suspendu leurs larmes... Ne trompez pas leurs espoirs.
Mettez-vous sans cesse à leur place. Oh ! Comme vous seriez ardents
- 62 -
à invoquer les défenseurs de la liberté, à les conjurer de redoubler de
zèle et de constance... Faîtes donc ce que vous désireriez alors ; travaillez,
et sous quelque prétexte que ce soit, ne désertez jamais votre poste.

En vous unissant à cette Société, vous avez fait tacitement le serment de
défendre ces malheureux ; vous ne pouvez y renoncer qu’en devenant coupables,
et vous le seriez d’autant plus qu’en trahissant cette cause, vous feriez
rétrograder celle de la liberté en général, qui doit vous occuper. Car ne cessons
de le dire : rien de bon durablement, hors de la liberté, elle est l’essence de
l’homme, elle constitue sa dignité, sa grandeur, elle est la base de sa
sociabilité, de sa perfectibilité ; voilà ce qu’il faut démontrer pour les Nègres, et
ce qui est démontré pour eux ne peut qu’être utile aux Blancs de toutes les
contrées de la terre.

Arrêté qu’il sera dressé un modèle de lettres à écrire au nom du Comité
aux diverses Sociétés des États-Unis d’Amérique pour les engager à donner
toute confiance à Brissot de Warville sur les arrangements à prendre
pour affilier notre Société aux leurs, pour établir une correspondance constante.

M. de Warville a lu ensuite l’avertissement suivant.

Abolition de la traite des Nègres.
Comité pour l’abolition de la traite des Nègres établi
à Londres.
18 mars 1788.

L’esprit de la Société ayant été malicieusement altéré et défiguré dans des
- 63 -
bruits publics, par lesquels on a voulu faire croire que l’objet de ses
efforts actuels était le projet extravagant de faire affranchir immédiatement
les Nègres des colonies anglaises ; la Société pense qu’il est de son devoir
de déclarer publiquement publiquement, qu’elle adhère uniformément à la
base première de son institution savoir l’abolition de la traite, convaincue,
comme elle l’est, que si cette abolition a lieu, non seulement on écartera
un mal très alarmant, mais que même, il en résultera infailliblement dans
les colonies des règlements qui tendront immédiatement au bonheur des
Nègres qui y existent, et à l’amélioration de leur état public civil et religieux.

Morning Herald 21 mars 1788

Arrêté que cet avertissement sera envoyé à tous les journaux français et
qu’il sera inséré dans le registre des documents.

Monsieur le président a demandé ensuite si quelqu’un des membres
n’avait pas de propositions à faire. Mr Brack a dit que le procès
de monsieur Cabrol, qu’il avait présenté comme souscripteur à une
des dernières séances, s’instruisait ; que son avocat désirerait avoir
des renseignements du Comité.
Arrêté qu’il lui sera fourni tous les renseignements qui dépendront du
Comité.

On a présenté ensuite les personnes suivantes comme souscripteurs.
Monsieur Bréban a présenté :
Mr de Piles. 19 rue de Grammont.
Monsieur le marquis de la Fayette a présenté :
Monsieur le marquis de Condorcet hôtel de la Monnaye.
Mr de Warville a présenté :
MM. Blot et du Rouvrai.
M. de Bréban a présenté
Monsieur Esmangard conseiller au parlement rue des Capucines
M.53 a présenté :
Monsieur d’Hières rue Jacob.
M.54 a présenté :
Monsieur de Menage vieille rue du temple vis à vis la Rue du roi de Sicile
- 64 -
M. de Montcloux a présenté :
Monsieur des Faucheret rue du Paradis,
M. de Gramagnac
M. Brack a présenté :
M. Moreau.
M. de Warville a présenté :
M. Garlike attaché à l’ambassade d’Angleterre à Madrid,
M. Garail avocat au parlement rue de Bièvre N° 51.

Brissot de Warville E. Clavière

Séance tenue le 15 avril
N̊2 Rue de Grammont
M. Clavière, président.

Membres présents :
MM.
  • du Rouvray
  • Valady
  • Pamplune
  • Carra
  • Du Chesnai
  • Cerisier
  • de Bourge
  • de Blaire
  • Trudaine
  • le Roy
  • de Petitval
  • de la Villeneuve
  • de Montcloux
  • de Funda
  • Blot
  • Brack
  • Brissot de Warville.

- 65 -

M. le président a dit
que suivant la résolution de la dernière séance l’on est assemblé pour
procéder à l’élection du secrétaire, d’un président et des membres de la
Société nécessaire pour compléter le Comité, que depuis la dernière séance,
on n’avait pu s’assurer de l’acceptation d’un membre pour cette place,
qu’il serait difficile d’ailleurs de procéder dans une assemblée aussi peu
complète pour un choix de personnes dont il fallait auparavant connaître
les dispositions, qu’il lui paraissait plus convenable de nommer 7 commissaires
lesquels indiqueraient à l’assemblée ceux de ses membres qui leur
paraîtraient les plus propres à remplir ces places. Sur quoi étant
délibéré.

Monsieur de Warville a dit qu’il lui paraissait nécessaire de faire un
amendement à la motion de M. le président, que cet amendement était :
sans que ladite nomination des Commissaires pût préjudicier à la forme
prescrite par les règlements pour les élections. Il a dit, pour soutenir cet
amendement, que les règlements adoptés provisoirement devaient diriger les
élections, que ces règlements les renvoyaient au Comité seul, et que par
conséquent les autres membres de la Société présents ne pouvaient avoir
le droit de voter dans les élections, que si on admettait leur opinion, ce serait
vicier l’élection de nullité.

Cet amendement ayant été négativé l’on a passé à délibérer sur le fond
de la proposition de Mr le président et en conséquence il a été arrêté.

Que pour éviter les lenteurs et les difficultés qu’entraîneraient ces dites
élections, il sera nommé une commission composée de 7 membres laquelle
sera chargée d’indiquer en nombre double à la prochaine assemblée les
membres les plus propres à remplir les susdites fonctions, et à s’assurer
de leur acceptation.

Arrêté que l’on s’en tiendra pour le présent à l’élection de cinq membres
du Comité à joindre aux douze existants et que pour cet effet la Commission
nommera dix membres de la Société sur lesquels l’assemblée générale
en choisira cinq.

Étant ensuite procédé à l’élection des membres qui doivent
composer la susdite commission :


- 66 -

On a élu à la ballotte
MM.

  • Brissot de Warville
  • Brack
  • Montcloux
  • de Bréban
  • Clavière
  • du Rouvray
  • de Trudaine

lesquels ont accepté.

Arrêté que M. Couchery est nommé commis de la Société, aux
appointements de 600 livres, pour copier les lettres, transcrire les
registres conformément à la délibération 55.
Arrêté qu’il assistera aux délibérations pour y copier et remplir les
fonctions de sa place.

Arrêté qu’on suspendra d’admettre dans les assemblées aucun
nouveau membre jusqu’à ce qu’il ait été définitivement statué par
l’assemblée générale sur les règlements.

M. de Blair a proposé pour membres de la Société.

  • M. Bérard, rue Meslay N° 12.
  • M. le comte de Coustard Saint rue Notre Dame des Victoires N° 31.

M. Brack a proposé

  • M. Duvaucel, fermier général.

M. le président a proposé au nom de Mr le marquis de Lafayette.

  • M. le duc d’Havré

M. de Warville a proposé

  • M. l’évêque de Chartres,
  • M. Cuchet.
  • M. Gallois.

M. Valady a présenté


  • - 67 -
  • M. Mercier, rue des Maçons place Sorbonne.
  • M. D’Avaux, cul-de-sac Saint-Dominique près le Luxembourg
  • M. le comte de Dampierre, rue des Petits Champs au coin de
    celle de Saint-Anne
  • M. le marquis de Mons, officier aux gardes, rue des Petits
    Champs N° 126.
  • M. Thierry, ancien négociant, rue du Faubourg Roch près la rue Poissonnière
    N° 7.
  • M. Dufossé, rue Saint-Honoré au duc de Chartres
  • M. Korn, rue des Poulies maison du menuisier.
  • M. Nordaud, chirurgien, rue de Verneuil.
  • M. Gay, médecin, hôtel d’Orléans rue des Bons Enfants
  • M. Pigott.

La séance ajournée à mardi prochain.

Brissot de Warville É. Clavière

Séance tenue le mardi 22 avril
N° 2 Rue de Grammont.
M. É. Clavière, président.

Membres présents :

MM.MM.
  • le duc de Charost
  • du Rouvrai
  • Carra
  • le marquis de Condorcet
  • Bréban
  • de Bourges
  • de Blair
  • le comte de Coustard Saint Lo
  • Valady
  • Le duc de la Rochefoucauld
  • D’Hières
  • Du Chesnai
  • Cuchet
  • L’abbé Colin
  • Pampelune
  • de Montcloux
  • Esmangard
  • Desfaucheret
  • Brack
  • Blot
  • de la Villeneuve.


- 68 -

M. de Warville a ouvert la séance par la lecture de la traduction
d’une lettre que la Société de Londres lui a adressé et dont suit la
teneur

Monsieur

Le Comité me charge de vous accuser la réception de votre intéressante
lettre du 19 mars. Les détails qui regardent votre Société nous sont très
agréables, et nous espérons beaucoup de son zèle et de sa modération.
Nous ne pouvons qu’approuver votre plan judicieux concernant la traduction
des ouvrages anglais. Nous vous envoyons comme supplément des livres
que vous avez précédemment reçus, une nouvelle édition des Recherches de Bénézet
sur la Guinée56. On y a joint un appendix avec une courte notice
sur l’auteur. Vous recevrez aussi une nouvelle édition de l’essai de
Clarkson 57, et une autre de la lettre du docteur Nikoll 58, toutes deux considérablement
augmentées.

Vous avez très bien fait d’expliquer au public les intentions de votre Société, nous
serons fort aises de recevoir les exemplaires que vous nous annoncez.
Nous vous donnerons, de grand coeur, tous les renseignements possibles
sur la constitution de notre Société. Nos règlements se bornent en ce moment,
aux assemblées hebdomadaires du Comité, et aux affaires indispensablement nécessaires
qu’on a coutume de distribuer entre divers comités.

Le prix de notre souscription est de deux guinées ; beaucoup de souscripteurs
en ont donné davantage, chacun d’eux est reconnu membre de la Société.

Ces fonds ont déjà servi à imprimer et répandre les livres et pamphlets,
que nous avons jugé les plus propres à éclairer le public impartial, et
nos succès ont surpassé nos espérances. Une partie de ces fonds est aussi
destinée aux dépenses qui deviendront nécessaires lorsque la rédaction sera
portée à la Chambre des Communes, ce qui ne peut plus tarder longtemps.
Comme des souscripteurs sont dispersés en divers endroits, il y a quelque
difficulté à former une assemblée générale et nous n’avons encore arrêté
aucune disposition ; mais nous en sommes essentiellement occupés.

Quelque puisse être la décision du Parlement d’Angleterre,
- 69 -
nous joindrons cordialement nos efforts aux vôtres pour faire connaître
et sentir
aux autre spuissances européennes l’iniquité de la traite
des Nègres ; vous pouvez compter que nous éviterons scrupuleusement tout
ce qui pourrait compromettre notre bonne intelligence. Attirés par le même
objet nous vous regardons comme partie de même système. Mais des
circonstances locales nous forcent à n’embrasser la cause commune que
comme alliés, plutôt que d’être une seule et même Société. Peut-être toutefois
,n’avons-nous pas bien compris le sens de ce mot affiliation* *

Ceux de vos compatriotes que nous aurons l’honneur de
recevoir parmi nous devront, à plus forte raison, être membre de votre
Société.

Nous vous remercions des détails relatifs aux fraudes mises en
usage par quelques anglais pour obtenir les primes proposées à vos
négociants par votre gouvernement. Vous nous ferez plaisir d’ajouter
quelques éclaircissements ultérieurs sur ce chapitre, ainsi que sur les
cause de la décadence de votre commerce, si pourtant vous pouvez
le faire sans indiscrétion.

Le marquis de La Fayette est certainement une excellente acquisition
pour votre Société. Son activité et son zèle unis à l’influence que lui
donnent, parmi toutes les classes de citoyens, ses aimables qualités
ne peuvent que produire les effets les plus désirables.

Nos adversaires nous attaquent de toutes parts. Un de leurs principaux
arguments est que l’abandon de la traite fera grand tord à l’Angleterre,
sans produire le bien général qu’on en attend, parce que, disent-ils, les autres
États s’empareront de cette branche de commerce ; ce que nous sommes
bien éloignés de penser. La manière péremptoire de détruire cette objection, est
de prouver que personne n’a un véritable intérêt à la traite des esclaves.
C’est ce que M. Clarkson se propose d’établir dans un essai qu’il prépare sur
l’impolitique de ce genre de trafic59. Sitôt que l’ouvrage sera prêt, nous
nous empresserons de vous en envoyer un exemplaire. Peut-être aussi
aurez-vous quelques lumières à nous communiquer sur cet intéressant sujet.

Je suis avec un grand respect, Monsieur, votre très obéissant et très fidèle
serviteur. Signé Graville Sharp .

- 70 -

P.S. Nous vous remercions de la notice concernant les Nègres des
îles de France et de Bourbon. Elle n’est point arrivée assez tôt pour être mise
sous les yeux du Comité.
Vous recevrez, par la première occasion, les livres annoncés

M. le président a ensuite fait lecture d’une lettre de la Société de Londres
en date du 8 avril 1788 contenant une recommandation en faveur de M. de
Warville
adressée par ladite Société de Londres aux Sociétés établies tant à
New York qu’à Philadelphie pour l’abolition de l’esclavage, dont la
teneur suit.

Extraits des registres de la Société instituée à Londres pour
l’abolition de la traite des Nègres.
8 avril 1788

Au Comité tenu en conséquence de l’ajournement à 5 heures
et demie du soir.

Présents :
MM.

  • Robert Barclay
  • Georges Harrisson
  • Samuel Hoare
  • Jacques Phillips
  • Richard Phillips
  • Jean LLoyd
  • Dr Huoper
  • Guillaume Dillivyn
  • Philippe Samson
  • Josiah Wedgwood
  • le Révérend M. Clarkson
  • Joseph Wood
  • Guillaume Meston Pitt
  • Joseph Smith

M. Brissot de Warville, membre honoraire de notre Société et l’un des
secrétaire d’une semblable institution établie à Paris, se proposant de faire
un voyage dans l’Amérique septentrionale, où il désire se procurer
tous les renseignements relatifs à l’esclavage pratiqué dans les
- 71 -
colonies.

Résolu que le Comité recommande le dit M. Brissot de Warville
à la réception amicale, et aux bons offices du comité de la Société de
Pennsylvanie instituée pour étendre l’abolition de l’esclavage et pour venir
au secours des Nègres libres illicitement retenus en esclavage et à la
Société établie à New York pour l’affranchissement des esclaves, et
les prie de vouloir bien l’aider dans les recherches qu’il se propose de
faire.

Signé en l’absence du président Samuel Hoare, trésorier.


Londres 15 avril 1788.
Monsieur,

Le Comité a reçu votre lettre du 2 courant, avec les extraits qui
l’accompagnaient, et qui renfermaient des détails trop utiles pour que la Société
n’en reçoive pas toujours de semblables avec plaisir. Nous tâcherons
d’en tirer parti avec la suite de cette affaire ; pour la faire réussir parmi
nous et ici. Il est bien à souhaiter qu’on puisse recueillir la plus
grande quantité possible de faits bien authentiques dérivant du
commerce de l’espèce humaine, et nous souhaitons sincèrement que
Mr de Warville puisse, après un heureux voyage en Amérique, réussir
dans cet objet de ses recherches. Nous vous remercions du dessein
où vous êtes de nous communiquer les renseignements qu’il pourra
recueillir, et de le recommander aux Société de Philadelphie et de
New York. Ci-joint une copie de notre résolution pour ce dernier objet
arrêtée à notre dernier Comité

Nous recevrons avec plaisir de M. du Rouvray les détails que
vous nous annoncez sur vos transactions par rapport à l’intéressant
objet de notre institution. ils n’est pas encore en notre pouvoir de vous informer
du temps où finira l’examen des témoins qui se fait devant le
conseil privé sur la traite des esclaves, mais nous espérons que
ce bill sera présenté au Parlement dans le cours de ce mois et
nous ne manquerons pas de vous informer de tous les événements qui
pourront affecter nos vues générales. Je suis sincèrement tout à vous.

Signé en l’absence du président. Samuel Hoare, trésorier.
A M. Etienne Clavière.

- 72 -

Étant opiné sur les pièces ci-dessus, arrêté qu’elle seront enregistrées
dans les registres de la Société. Et qu’en général, toutes les lettres qui
pourront être adressées à l’avenir à notre Société par celles de Londres ou
d’Amérique devront toujours être consignées dans nos registres, sans
qu’il soit besoin à cet effet d’une résolution expresse.

Les commissaires chargés dans l’assemblée précédente de porter
à celle-ci une indication au nombre double pour les places de secrétaire,
de trésorier et de cinq membres du Comité ont fait un rapport écrit de
ce qui concerne ces trois objets.
Comme suit.

Rapport des commissaires nommés par la Société instituée pour
l’abolition de la traite des Nègres dans la séance du 15 avril
à l’effet d’indiquer les personnes les plus propres à remplir les places
de secrétaire, de trésorier et de cinq membres du Comité.

Les Commissaires, avant de passer à l’examen des diverses personnes
qui pouvaient être nommées à la place de secrétaire, ont observé que ce
choix était tout à la fois difficile et important, que les fonctions de
cette place étaient nombreuses, qu’elle exigeait beaucoup de qualités, et
qu’en conséquence, les honoraires fixés par la Société étant très
modiques, elle devait dédommager celui qui serait élu secrétaire par toutes
les prérogatives et les honneurs qu’elle pourrait lui accorder. L’objet
entrepris par la Société exige qu’elle entretienne une correspondance
suivie avec celle de Londres ; il s’en établira bientôt une avec celle
d’Amérique. Les recherches que la Société se propose de faire dans
les colonies françaises sur l’état des Nègres, sur leur nombre
leur population et dépopulation, sur notre commerce en Guinée,
l’engageront nécessairement dans des correspondances très nombreuses,
correspondances qui seront entretenues par son secrétaire.

Il est une autre branche de travaux qui lui demandera
beaucoup de soins encore, c’est de recueillir dans les papiers
anglais et français tout ce qui sera relatif soit aux Nègres de tous
- 73 -
les pays, soit aux succès des Sociétés formées pour les
affranchir. Il devra même porter une attention continuelle pour
faire imprimer dans les journaux et papiers publics français,
après les avoir présentés au Comité, tous les avis, lettres, mémoires,
arrêtés des Sociétés, qui pourront être utiles au bien de la cause.
Les travaux aux séances du Comité et aux assemblées générales
devront être préparés par lui. Les résultats seront également
rédigés par lui ; pour le détail de tous ces travaux, le Comité se
réfère au discours prononcé par l’ancien secrétaire à la séance
du 4 mars. La Société de Londres, dont l’existence remonte
à un temps plus éloigné que la nôtre, partage ces différents
travaux entre plusieurs comités, et il sera nécessaire de suivre
cet exemple lorsque les correspondances se multiplieront,
lorsque les divers ouvrages entrepris par la Société seront commencés.
Jusqu’à cette époque, tout le fardeau doit peser sur le secrétaire
seul. Pour le soutenir avec succès, il faut qu’il réunisse beaucoup
de qualités, qu’à la connaissance familière de la langue anglaise,
il joigne le talent de s’exprimer dans la sienne avec facilité,
de rédiger avec clarté, il faut que, si l’on ne peut avoir un homme
de lettre célèbre, il faut au moins que le secrétaire soit versé
dans les lettres et surtout dans la politique, enfin il faut
qu’il ait une activité constante, et qu’il soit embrasé de cet amour
du bien public qui seul produit une énergie soutenue et au-dessus
de tous les obstacles.

La réunion de ces qualités étant très rare et la Société ne pouvant
assurer à celui qui, les possédant, se dévouerait au succès de la bonne
oeuvre qu’elle a entrepris, un sort digne de lui, elle doit balancer
la modicité de son traitement par les honneurs, d’autant plus que le
secrétaire est, pour ainsi dire, la cheville ouvrière de toute notre machine.


- 74 -

Le Comité croit donc qu’on doit s’attacher à modifier l’article
18 des règlements provisoires et à en écarter tout ce qui pourrait
alarmer la délicatesse des candidats.

Telles sont les considérations que les Commissaires ont
eu sous les yeux en s’occupant de l’indication qu’ils étaient chargés
de faire. Leur choix est tombé d’abord unanimement sur M.
Volney. Ceux des Commissaires qui devaient le voir et lui proposer cette
place n’ont pu le rencontrer qu’hier lundi ; malgré toutes les instances
qu’ils ont employées, pour l’engager à accepter, il leur a déclaré
que des circonstances décisives l’empêchaient d’accepter l’honneur
qu’on voulait bien lui faire. Ce refus, auquel la Commission ne s’était
pas attendu, a conduit les Commissaires à de nouvelles réflexions
sur l’extrême importance de cette place, surtout à l’époque si
intéressante où se trouve la Société, sur la difficulté qu’il y a de
se former une idée juste de la capacité des diverses personnes
qui pourraient être présentées à cette place et du degré d’attention qu’elles
pourraient y consacrer et en conséquence, ils ont résolu de proposer
à cette assemblée une prorogation des pouvoirs de la Commission
pour l’indication d’un secrétaire pendant le terme d’un mois
au plus afin de lui donner les moyens de fixer ses idées à cet
égard d’une manière vraiment avantageuse à la Société.

Passant ensuite à l’indication ou choix à faire pour la place de
trésorier, le Comité a indiqué
MM. de Bréban et Brack.

Enfin le Comité a terminé par le choix de dix personnes pour
être membres du Comité, il a observé que ce choix exigeait dans les
personnes qui seraient élues, de l’assiduité à suivre les séances du
Comité, de la bonne volonté, du zèle pour se charger d’une partie
des travaux, des connaissances pour les faire réussir et c’est encore
- 75 -
dans ces vues que la Commission a indiqué.
MM.

  • de Blaire
  • de Charost
  • Colins
  • de Condorcet
  • Cuchet
  • Gallois
  • de Gramagnac
  • de la Rochefoucault
  • Moreau
  • de Piles

Lecture faite dudit rapport étant opiné sur ce qui concerne la 1ère partie
par laquelle les commissaires demandent prorogration pour le terme d’un
mois relativement à l’indication du secrétaire. Arrêté par les
motifs énoncés audit rapport, d’accorder ladite prorogation.

Il a été ensuite procédé par scrutin à l’élection d’un trésorier
sur l’indication de MM. Bréban et Brack faite par le Comité.
M. de Bréban a été élu trésorier à la pluralité des suffrages.

Étant procédé ensuite par scrutin, à l’élection des cinq
membres du Comité, les suffrages se sont remis en faveur
de MM.

  • Le duc de la Rochefoucauld
  • Le marquis de Condorcet
  • Cuchet
  • Le duc de Charost
  • De Blair

Ensuite, sur la motion faite par Monsieur du Rouvray
- 76 -
que vu l’impossibilité de rien terminer à la prochaine assemblée
pour les règlements et la nécessité de ne point différer leur entière
confection, il y a lieu de décerner dès à présent par voie de scrutin
une commission composée de 7 membres présents de la Société
à l’effet de recueillir les observations des membres de la Société
sur le projet de règlements lus à l’assemblée par le Comité et de
dresser un projet qui soit porté à l’assemblée générale dans le
terme de 15 jours.
Cette proposition a été approuvée à la pluralité.

Avant que de procéder à l’élection des 7 membres de ladite
commission, il a été résolu, sur la proposition de M. le
duc de Charost que le président et le secrétaire seront
membres nés de ladite commission et qu’ils devront l’être dans
toutes les commissions qu’on pourra décerner à l’avenir

Étant ensuite procédé par scrutin à l’élection des membres qui
devront composer ladite commission. Le choix est tombé sur
Messieurs

  • Le marquis de Condorcet
  • Le duc de la Rochefoucauld
  • Du Rouvray
  • De Blair
  • Le duc de Charost
  • De Bréban
  • De Montcloux

Et comme le prochain départ de M. du Rouvray l’empêche
d’assister à la Commission dont il est membre, et qu’un autre membre
pourrait également être obligé de s’absenter on a
60 indiqué pour les remplacer comme ayant après les
élus le plus grand nombre de suffrages. MM. Brack et Duchesnai.

M. du Rouvrai a ensuite proposé qu’il soit arrêté que, par suite
- 77 -
des délibérations des précédentes séances, pour faciliter à chacun des
membres de la Société la connaissance du projet des règlements
proposés par le Comité et la remise des observations, ceux des membres
qui ont reçu copie dudit projet seront priés de vouloir bien les
communiquer aux membres qu’ils ont présentés et introduits dans la
Société et que les uns et les autres feront parvenir leurs observations
à Mr le président ou Mr le secrétaire, entre six et huit jours
et que dans le cas où ils ne pourraient pas le faire, ils seraient
tenus d’en prévenir le secrétaire pour avoir de nouvelles copies.
Cet arrêté a été approuvé.

L’assemblée prenant en considération le prochain départ de M.
Jacques Pierre Brissot de Warville, secrétaire actuel de la Société, pour l’Amérique
septentrionale, où il se propose de recueillir les informations les plus
exactes relativement au commerce et à l’esclavage des Nègres,
elle a résolu de recommander de la manière la plus pressante,
la personne dudit M. de Warville à qui notre Société a les plus
grandes obligations, et le but qu’il se propose, à l’amitié et aux
bons offices des diverses sociétés établies pour le même objet que la
nôtre en Angleterre, en Amérique et partout ailleurs où la Providence
pourra l’adresser. Résolu de plus, que ledit M. Brissot de Warville sera
chargé d’établir entre lesdites sociétés et la nôtre une relation de
fraternité et une correspondance mutuelle, offrant d’accueillir de
même toutes les personnes qui pourraient nous être recommandées de
leur part.

Résolu enfin que vu la difficulté d’assembler assez tôt le Comité de
la Société, l’on charge la commission de sept membres déjà décernée
dans cette séance, d’expédier audit M. Brissot de Warville les lettres
nécessaires, avec copie de la présente résolution et Mr le président
de les signer.


- 78 -

Monsieur de Warville a présenté ensuite des exemplaires imprimés
du discours par lui prononcé à cette Société le 19 février, lesquels ont
été distribués entre les différents membres : avec invitation de le répandre
dans le public.

Sur la motion faire par M. de Bréban que les règlements
contenant un article qui ne permettait pas au secrétaire de refuser les
honoraires de sa charge, il fallait arrêter que monsieur de Warville
qui, dès la naissance de la Société a rempli cette fonction, recevrait
le prix de ses services en proportion des appointements fixés par la
décision de l’assemblée.

M. de Warville a supplié M. de Bréban de lui laisser dans les
services qu’il a rendus à la Société, le mérite et la satisfaction de les
avoir rendus gratuitement, et comme il a témoigné que ce serait lui
faire une peine sensible que d’insister sur une motion qui gênait sa
délicatesse et pourrait faire suspecter le dévouement désintéressé avec
lequel il s’était livré aux travaux qu’exigeait l’enfance de la Société, il
a été arrêté qu’il serait fait mention dans le registre, de la motion
de M. de Bréban, et du refus de M. de Warville.

M. de Bourges a fait observer qu’on n’avait pas encore déterminé
sous quel titre l’assemblée avait été tenue jusqu’ici, que l’on semblait
distinguer l’assemblée générale qui aura lieu mardi prochain de celle
actuellement convoquée, qu’il lui paraissait cependant que comme tous
les membres de l’assemblée ne l’étaient pas du Comité, il fallait
à leur convocation un titre qui donnât aux suffrages et aux arrêtés
la force législative, et qu’il n’y en avait pas d’autre que celui
d’assemblée générale. Étant délibéré sur ladite motion, il a été arrêté que jusqu’à
présent, les membres avaient siégé en assemblée générale.

Sur la proposition faite par M. de Warville, il a été arrêté de
révoquer la résolution de la précédente assemblée portant qu’on
suspendra d’admettre dans les assemblées aucun nouveau membre
jusqu’à ce qu’il ait été définitivement statué par l’assemblée générale
sur les règlements.


- 79 -

M. Brack a dit qu’ayant été ci-devant autorisé par la Société
à louer un appartement propre à y tenir les séances des divers comités,
il en avait trouvé un qui pourrait remplir cet objet et de plus recevoir le secrétaire
et le sous secrétaire, qu’il était situé à l’hôtel de Lussans, rue Croix
des petits champs, qu’il était question d’en passer le bail avec le propriétaire
qu’il serait nécessaire d’y sacrifier environ 300 livres tant pour le papier que pour
acheter différentes choses laissées par le précédent locataire et de garnir cet
appartement des meubles nécessaires pour la tenue des séances. Sur
quoi ayant été délibéré, il a été arrêté que M. Brack et M. Bréban
étaient autorisés à passer le bail aux conditions les plus avantageuses
pour la Société, à faire tous les achats et réparations nécessaires à
garnir cet appartement de meubles comme chaises, tables, etc..
En observant néanmoins que tout cet ameublement serait le plus simple
possible.

Arrêté que les engagements contractés à cet égard par MM. Brack
et de Bréban lient la Société de façon à ce qu’elle en sera entièrement
responsable et qu’elle garantira de tout événement MM. Brack et
de Bréban qui n’agissent ici que comme ses mandataires.

M. le marquis de Condorcet a présenté

  • M. le baron de Diétrick

M. de Montcloux a présenté
  • M. Lavoisier, membre de l’Académie des sciences, fermier général
    demeurant à l’Arsenal

M. Carra a présenté M.61
  • Monsieur Bergerot, directeur des Fermes, Hôtel des Fermes

M. du Rouvray a présenté
  • M. Bidermann, négociant à Bruxelles

Ajourné en assemblée générale à mardi prochain.

Brissot de Warville É. Clavière

- 80 -


Séance du Mardi
29 avril 1788. N° 2 rue de Grammont.
M. du Rouvrai, président pour l’absence de M. Clavière.

Membres présents :

MessieursMessieurs
  • De Bréban
  • Carra
  • Bergerot
  • Le baron de Diétrick
  • De Bourge
  • De Blair
  • L’abbé Colin
  • De Montcloux
  • De Grammagnac
  • Le comte de Coustard Saint-Lo
  • Brack
  • Garail
  • De Valady
  • Blot
  • Duchesnai
  • De Gallois
  • Bergasse
  • Charton de la Terrière
  • Cerisier
  • Lanthenas
  • De la Villeneuve
  • Le marquis de Pampelune
  • Le marquis de Lafayette.

M. de Warville a lu une liste des livres envoyés par le Comité
de Londres.

Arrêté qu’il sera fait des remerciements au Comité de Londres
pour les livres ci-dessus détaillés.

M. du Rouvray a communiqué à l’assemblée le projet de lettre suivant
à écrire en faveur de M. de Warville aux Société de Londres et
d’Amérique et à celles des autres pays qui ont pour but l’abolition
de l’esclavage des Nègres.
Cette lettre a été approuvée.

La Société établie à Paris à l’instar de celles d’Angleterre et d’Amérique
pour opérer l’abolition de la traite et de l’esclavage des Nègres.

Au comité de la Société de Londres pour l’abolition de la traite des
Nègres.

Au comité de la Société de Pennsylvanie pour l’abolition de l’esclavage et
le soulagement des Nègres libres illégalement retenus en servitude.

A la Société établie à New York pour l’affranchissement des esclaves et
à toutes les Sociétés établies en Amérique dans des vues de
bienfaisance et de philanthropie, et notamment à celles des Quakers
et des Moraves, en général à tous les hommes qui désirent l’affran
chissement des esclaves et les progrès de la liberté générale et de la paix
universelle.

La conformité qui existe entre les vues de notre Société et les vôtres
nous engage à vous informer que M. Jacques-Pierre Brissot de Warville, qui
a été jusqu’à présent notre secrétaire, et qui par ses sentiments d’humanité,
ses lumières et un zèle infatigable a principalement contribué à
l’établissement et aux progrès de notre Société, a entrepris un voyage
dans l’Amérique septentrionale ; que dans le cours de ce voyage il
se propose de recueillir toutes les lumières possibles sur le sort des
- 82 -
Nègres dans cette partie du monde, sur les mesures prises, soit pour les
affranchir soit pour mettre fin à leur importation, sur les résultats actuels de
ces mesures, tant par rapport à la culture des terres qu’au caractère moral des
Nègres et en général sur tout ce qui concerne cette malheureuse mais intéressante
portion de l’espère humaine et peut servir à déterminer en sa faveur les
gouvernements et les individus. Et comme le succès de la recherche de M. Brissot
de Warville
dépend principalement des secours qu’il a droit d’attendre de toutes les personnes
qui s’occupent du même objet, nous vous prions instamment de l’aider de tout votre
pouvoir et de lui rendre, soit personnellement en considération de ses vertus et des
principes de bienveillance universelle et de liberté qui règnent dans ses ouvrages, soit
en vue du but qu’il se propose, tous les services qu’il sera dans le cas de vous
demander et nous vous offrons de rendre les mêmes services à ceux que vous nous adresserez.
Nous chargeons de plus et autorisons le dit sieur Brissot de Warville de prendre en notre
nom, de concert avec vous, toutes les mesures nécessaires pour établir entre notre Société
et la vôtre une relation de fraternité et de correspondance mutuelle : à quoi nous espérons
que vous ne refuserez pas de concourir, et nous vous prions d’ajouter pleine et entière foi
à tout ce que le dit M. de Warville vous exposera à ce sujet de notre part.
En foi de quoi nous avons fait apposer à cette lettre le sceau de notre Société
et la signature de notre président

signé E. Clavière

M. de Warville a lu un discours de sa composition contenant le
précis des transactions de la Société et un extrait de la nouvelle
lettre de M. Nikoll 68 sur l’abolition de la traite des Nègres.
Il a été arrêté que M. de Warville serait remercié pour ce discours
que l’on consignera dans les archives de la Société et qui sera
renvoyé au Comité pour déterminer quelle portion de ce discours
il pourrait être convenable de communiquer au public par la voie
de l’impression dans les journaux.

M. Carra a fait lecture d’une note sur Las Casas, évêque de
Chiapa extrait de l’ouvrage de Bénezet sur l’esclavage des Nègres
et ensuite d’un discours de sa composition dans lequel il développe
ses idées sur les moyens de parvenir au but que se propose la Société et
résout quelques-unes des principales objections élevées à cet égard.
Sur quoi opiné il a été résolu, en remerciant M. Carra de ses
communications intéressantes que les deux pièces ci-dessus
mentionnées seront insérées dans les archives
- 83 -
de la Société et renvoyées au Comité pour examiner ce qu’il pourra être
convenable d’en communiquer au public par la voie de l’impression dans
les journaux.

M. de Grammagnac a fait ensuite lecture d’un discours de sa
composition, où il démontre l’injustice du préjugé qui met les Nègres
au-dessous des Blancs, et où par quelques traits frappants il fait voir de
quelle énergie est capable l’âme d’un Nègre profondément ulcéré par le
sentiment de ses maux. L’arrêté concernant Mr Grammagnac est le même
que pour M. Carra.

M. Garail a lu un discours de sa composition où il prouve
l’influence pernicieuse que l’habitude de commander en despote
a sur les moeurs des colons.
Arrêté que M. Garail sera remercié pour le discours dont il a bien voulu
faire part à la Société, et que le Comité sera chargé d’examiner ce qu’il
sera convenable d’en communiquer au public par la voie de l’impression
dans les journaux

Sur la motion faite par M. de Montcloux que l’on pouvait charger
le Comité de choisir et de déterminer seul ce que l’on devrait communiquer
au public dans les journaux, parce que les règlements contenaient un article
qui soumet cet examen à l’approbation de la Société, que la Société n’était
autre chose que l’assemblée générale et que l’on devait en modifier cet
article ou s’y conformer.
Il a été arrêté qu’on renverra à la commission des règlements cette
motion pour y être discutée que, provisoirement, le Comité pourra faire
imprimer ce qu’il jugera à propos.

M. de Blair a observé, qu’une commission avait été chargée d’examiner
les règlements de la Société, qu’elle ne s’était pas encore occupée de son
objet, et que le premier besoin d’une association quelconque étant un régime
sagement conçu et ordonné il demandait que le Comité s’en occupât
incessamment.
Arrêté que les membres de cette commission s’assembleront
au plus tôt à cet effet.


- 84 -

M. de Bourge a dit que plusieurs personnes distinguées par leur
talent auraient accepté et même sollicité la place de secrétaire si le
refus qu’avait fait monsieur de Warville des appointements attachés à
ses fonctions ne les mettait dans l’alternative de paraître
moins délicats que lui en les acceptant ou de consacrer gratuitement à
la Société leurs temps et leur travail, et il a fait en conséquence la
motion : que M. de Warville reçût les honoraires qu’il avait d’abord
refusées.
M. le président a observé à M. de Bourge que les règlements qui
ont fixé les honoraires du secrétaire n’existaient pas encore lors
de la nomination de M. de Warville à cette place, que dans l’article
qui concernait le secrétaire on avait déterminé les appointements pour
l’avenir non pour le passé, enfin que les règlements ne pouvant avoir un
effet rétroactif, on devait laisser M. de Warville parfaitement libre de
suivre les mouvements de sa délicatesse.
Résolu que d’après le motif qui ôte toute analogie entre M. de
Warville
et le secrétaire qui doit être nommé, l’arrêté de la
dernière séance à cet égard doit être exécuté.

M. Brack a observé que c’était mal à propos que M. du
Cabrol
se trouvait inscrit sur le registre de la séance du 1er avril
au nombre des souscripteurs, qu’il n’avait point été proposé et qu’il
demandait qu’on rectifiât cette erreur.
Arrêté que le nom de M. du Cabrol sera retranché de la liste
des souscripteurs attendu qu’il n’a pas été présenté

Sur la motion faite par M. de Montcloux pour régler le
temps que doivent durer les séances.
Arrêté après plusieurs délibérations tant sur cette motion que
sur les amendements proposés, que l’heure des assemblées sera
indiquée à 5 heures et demi, que la séance sera ouverte à
6h précises, qu’après 9h il n’y aura plus de motion nouvelle
et que M. le président seul pourra lever la séance.


- 85 -

M. de Blair a présenté M. de Pastoret, conseiller à la Cour des Aides,
quai d’Anjou Ile Saint-Louis N°19.
et M. Cotin banquier, rue et chaussée d’Antin 6.

Ajourné en Comité à mardi prochain.

Brack pour du Rouvray de Warville

Séance tenue le mardi
6 mai 1788 rue Croix des petits champs.
M. de Bréban élu président pour l’absence
de M. Clavière.

Membres présents :
MM.

  • De Bourge
  • Carra
  • Cerisier
  • De Valady
  • Cuchet
  • Brack
  • L’abbé Colin membre de la Société agréé à la séance par le Comité.

M. de Warville a lu la lettre suivante écrite à M. Brack
par M. le commandeur Champion


- 86 -

Je loue fort, mon ami, le zèle ardent qui vous dévore en faveur
de ces pauvres Nègres dont la cause est vraiment celle de l’humanité
et de la philanthropie. J’ai toujours détesté ce Las Casas dont le
génie plus ambitieux que bienfaisant prétendit affranchir une partie
du monde en asservissant l’autre et compléta à peu près la somme
de maux qu’il était au pouvoir des Espagnols de faire aux habitants
des deux hémisphères. Comptez-moi, je vous prie, parmi les associés
à votre Comité et mandez-moi quelles sont les conditions que vous
vous proposez d’ouvrir.

J’aurais fort désiré avant mon départ vous agréger quelques
avalonais mais Trois lignes effacées par délibération du 20 mai
É. Clavière

D’ailleurs, si vous voulez que je vous le dise, il existe peu d’hommes
capables de sentir le plaisir de faire du bien à une si grande distance.
Cette jouissance suppose une énergie de pensées et de
qui ne se trouve guère que là, où les âmes fortes et élevées,
associées à de grands talents, font germer les sublimes idées
du bien public et d’un bonheur universel.

Je vous félicite d’être le point central des opérations relatives à
l’affranchissement des Nègres et je ne doute point, mon ami, que vous ne
regrettiez beaucoup de ne pouvoir dérober quelques instants à votre
travail pour les consacrer à votre Comité.

Si je puis vous être utile en Champagne pour y propager les
idées, les et y répandre les écrits de votre association,
comptez sur moi comme sur un agent exact et zélé.

Arrêté qu’il sera écrit une lettre de remerciements au nom du Comité
à M. Champion.

Sur la motion faite par M. de de Warville de consigner dans le
registre des documents et d’envoyer aux journaux un article contenant
- 87 -
les règlements adoptés à la Havane et ailleurs pour l’affranchisse
ment graduel des esclaves.
Arrêté d’insérer dans le registre des documents l’article ci-dessus
désigné.
Arrêté que cet article sera envoyé aux journaux français sans
cependant l’envoyer au nom du Comité.

Arrêté qu’attendu le départ subit de M. du Rouvray pour
l’Irlande, le registre n’ayant pu être signé par lui à la dernière
assemblée, il sera signé par M. Brack.

Arrêté que toutes les séances écoulées depuis la résignations de
M. Brissot de Warville seront signées par lui jusqu’au moment de son départ.

Arrêté que dorénavant, les membres qui présenteront un souscripteur
seront responsables de la souscription si elle n’est pas payée.

Arrêté que la liste des membres reçus jusqu’à ce jour sera imprimée
et tiré au nombre de 300 exemplaires, dont partie sera remise
entre les mains de M. de Warville pour en faire usage en Amérique,
et le reste sera déposé au Bureau de la Société pour le distribuer
quand elle le jugera à propos.

Arrêté que M. Brissot de Warville est autorisé à retirer des
mains de M. Lejay tout ce qui concerne la traduction de la
collection des écrits sur l’abolition de la traite des Nègres
et à la remettre entre les mains de M. Cuchet.

Arrêté qu’à l’assemblée générale prochaine il sera procédé à
l’élection de cinq membres du Comité.

Arrêté qu’il sera recommandé à la Commission des règlements de
s’occuper d’un article qui pourvoie à ce que les membres du Comité soient
tenus d’y assister régulièrement, à moins qu’ils n’aient donné des raisons
pour s’en dispenser pendant un certain temps, et à ce que dans le cas d’une
absence constante ils soient déclarer déchus du droit d’y assister et
remplacés.

Sur la motion faite de M. Cuchet, que les circonstances actuelles
- 88 -
absorbant toute l’attention publique, on risquerait, en publiant les
traductions des ouvrages anglais concernant la traite et l’esclavage
des Nègres, de ne pas être lu, et qu’il convient de retarder l’impression
desdites traductions jusqu’à ce que les troubles actuels soient finis.
Arrêté que la publication des traductions sera suspendue jusqu’à
ce que le Comité juge à propos de la reprendre.

Arrêté qu’en attendant ce moment, le Comité s’occupera de l’examen
et du jugement des traductions déjà faites.

Arrêté que les personnes qui s’en occupent seront invitées à
continuer leurs travaux.

Arrêté que pour le prix des traductions déjà faites, le règlement
en est renvoyés à Mrs le président, le secrétaire, Cuchet, et les
traducteurs, ainsi que pour aviser aux moyens de le payer.

M. de Warville a demandé que M. Pigot fut admis à la prochaine
assemblée et invité.
Arrêté qu’il sera admis.

M. de Warville a présenté pour M. Bergasse
M. le comte d’Avaux
M. Brack a présenté M. Champion
M. de Bréban a présenté Mr Daudignac
M. Carra a présenté M. le comte de la Cépède, garde adjoint du
cabinet d’histoire naturelle au Jardin du Roi.

Ajourné en Comité à mardi prochain.

Brissot de Warville de Bréban

- 89 -

Séance tenue
le vingt Mai 1788,
Hôtel de Lussans, rue Croix des petits champs.
M. Clavière, président.

Membres présents :
Messieurs

  • Carra
  • de Bourge
  • de Blair
  • Cuchet
  • de Valady
  • Cerisier
  • de Montcloux
  • Brack
  • Pigot
  • Garail
  • de Gramagnac
  • de Bréban
  • de Warville.

M. de Warville a fait lecture d’une lettre à écrire au nom du Comité à
M. le président de la Société de Londres.
Cette lettre a été a été approuvée, ainsi qu’il suit.

Monsieur

Nous avons reçu les recommandations que vous nous avez adressées pour
M. Brissot de Warville ainsi que votre lettre instructive du 11 avril. Nous
vous remercions du zèle obligeant avec lequel vous recommandez aux
sociétés d’Amérique notre ancien secrétaire qui va partir sous
huit jours.

Nous avons pareillement reçu tous les livres de votre dernier envoi, et nous vous
prions en particulier d’accepter nos remerciements pour les exemplaires de vos ouvrages :
ce sont des lumières bien précieuses dans la cause des Nègres, et nous nous
empresserons à les répandre ici ainsi que les livres de M. Nickoll 69 et Clarkson 70,
aussitôt que les circonstances le permettront.

En vous proposant de nous affilier à votre Société, nous n’avions en vue que
d’établir entre les deux Sociétés, une union, une fraternité que la conformité
de nos vues autorise et nécessite ; l’alliance que vous nous proposez
- 90 -
à la place remplit notre objet. Recevez-en donc encore nos remerciements.

Vous nous ferez un vrai plaisir de nous adresser quelques exemplaires du
nouvel ouvrage de M. Clarkson quand il paraîtra. Nous attendons avec impa
tience le jour où cette grande cause sera portée au Parlement d’Angleterre
mais nous craignons que sa décision ne soit différée ici, et que les
circonstances où nous, nous trouvons ne ralentissent l’intérêt pour les Nègres.
L’attention publique est absorbée entièrement par les objets nationaux et par
cette considération, nous attendrons encore quelque temps avant de publier les
traductions déjà faites. Ce retard n’apportera aucun préjudice aux travaux
de la Société. Nous vous enverrons la liste des membres qui s’imprime.

Vous avez du recevoir par un ami 12 exemplaires du discours prononcé à
l’ouverture de cette Société, nous vous en enverrons d’autres avec la liste.

Nous avons l’honneur etc.

Arrêté que dérogeant à la délibération prise dans la dernière
assemblée, on ne fera que tirer 50 exemplaires de la liste des
membres de la Société, qu’on donnera à M. de Warville pour
emporter avec lui en Amérique.

M. de Warville a proposé de consigner dans le registre des
documents et d’envoyer à la Société de Londres un extrait des
Éphémérides du citoyen inséré dans le journal de l’Analyse
des Papiers anglais71 Nos 72.
Arrêté qu’on enverra à la Société et qu’on consignera
dans le registre des documents ledit extrait.

M. de Warville a lu ensuite deux arrêtés contenant la défense
d’importer des Nègres dans les États de Virginie et de Rhode Island,
en date du mois d’octobre 1786 et 1787 imprimés dans les
journaux américains et a proposé de les insérer dans le registre
des documents, ce qui a été arrêté.

Arrêté que M. le secrétaire voudra bien extraire du registre
tous les arrêtés relatifs aux formes qui y sont insérés et les
communiquer à la Commission des règlements.

Arrêté que l’on réparera l’oubli que l’on a fait d’un arrêté de
la dernière séance qui autorisait M. de Warville à charger un
membre de la Société de remplir par interim sa place vacante,
jusqu’à ce que l’assemblée générale ait déterminé le choix
d’un secrétaire et en vertu de cette délibération, M. de Warville
a proposé M. de Gramagnac qui a été agréé par le Comité.


- 91 -

Sur la proposition faite par M. Clavière de suspendre l’assemblée
du Comité, attendu les circonstances où se trouve la France, et de
ne la convoquer que lorsqu’il y aura matière. Arrêté que l’assemblée
du Comité est prorogée jusqu’à ce que M. le président la convoque.

La commission chargée de s’occuper des règlements a été
ajournée à mardi prochain.

Brissot de Warville É. Clavière

Séance de la
Commission pour les règlements tenue dans
l’appartement de la Société des Amis des Noirs,
Rue Croix des petits champs. Le 27 mai 1788.

Membres présents :
MM.

  • Clavière, président
  • le duc de Charost
  • De Moncloux fils
  • De Bréban
  • De Warville
  • De Gramagnac faisant les fonction de secrétaire.

M. de Blair n’ayant pu assiter à la séance y a laissé un plan
de règlement de sa composition dont on a lu le préambule.
M. le président a lu un second préambule donné par M.
le marquis de Lafayette.

Comme chacun de ces préambules contient des idées précieuses,
mais n’a pas paru remplir entièrement le but qu’on se propose, il a
été arrêté que M. de Montcloux fils pour aider au travail du secrétaire,
rapprocherait les idées de ces préambules et n’en ferait qu’un des trois.

Il a été question, ensuite, de déterminer un nom pour la Société, et,
des différents qui ont été proposés, celui d’Amis des Noirs a été
unanimement adopté comme plus simple, plus intelligible et
plus propre à exprimer le but de la Société.


- 92 -

La difficulté de procéder à la composition des règlements, d’après
les nombreuses réflexions des membres de la Commission a fait agréer
que M. de Montcloux se chargerait du rapprochement de ce qui avait
été écrit sur cette matière et ferait choix de ce qui lui paraîtrait
valoir le mieux.

M. le président ayant jugé que la discussion du Parlement
d’Angleterre était assez intéressante pour assembler tous les
membres. Il a été arrêté que mardi prochain, l’assemblée générale
serait convoquée.

Arrêté que le mercredi lendemain de ladite assemblée, la
Commission des règlements s’assemblera pour s’en occuper.

Arrêté que M. le secrétaire proposera un modèle de lettre
à écrire à la Société de Londres pour la remercier de son attention
à nous envoyer l’extrait des débats du Parlement.

Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire par intérim
É. Clavière

Assemblée générale
de la Société des Amis
des Noirs. Tenue le 3 juin 1788.

Membres présents :
MM.

  • De Clavière, président
  • De Gramagnac faisant les fonctions de secrétaire
  • De Bourge
  • De Valady
  • L’abbé Colin
  • L’abbé Guyot
  • De Blaire

  • - 93 -
  • De Montcloux
  • Lanthenas
  • De Bréban
  • De Pastoret
  • Cuchet.

La séance a été ouverte par la lecture de la traduction de l’extrait
des débats de la Chambre des Communes au sujet de la motion
faite par M. Pitt relativement à l’abolition de la traite des Nègres.
Cet extrait qui nous a été envoyé par la Société de Londres étant un
de ces morceaux qui font époque dans le progrès de la cause des
Noirs a été déposé dans les archives de la Société.

Sur ce que M. de Bréban a dit que M. Lejai avait présenté
un mémoire considérable pour les frais d’impression, et que la Société
avait désiré que cette affaire fut terminée ; M. Cuchet a reçu les
remerciements des membres sur ce qu’il a bien voulu s’en charger, ne
présumant pas que M. Lejai fit difficulté de lui remettre tous
les comptes à cet égard.

Arrêté que toutes les fois que l’assemblée générale serait
convoquée, les billets d’invitation instruiraient les membres des
objets qui y seraient traités, des lectures qu’on devrait y faire et de
tous les motifs connus qui auraient déterminé la convocation.

Arrêté qu’avant de transcrire sur le registre le résultat
des différentes séances de la Société, il serait fait sur une feuille
volante et lu au Comité, afin d’éviter les omissions ou erreurs et
d’être plus sûr de l’unanimité.

É. Clavière président Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire par intérim

- 94 -

Assemblée
des commissaires nommés pour
la rédaction des règlements
de la Société des Amis des
Noirs le 25 juillet 1788.

La commission nommée pour la rédaction des règlements de la
Société après s’être assemblée plusieurs fois pour cet objet est enfin
parvenue, après un travail très suivi, à présenter un plan qui lui
a paru complet et devoir remplir les vues de la Société. Cette
rédaction a été terminée, ainsi que le discours préliminaire
qu’on a jugé à propos de mettre à la tête des règlements, le
vendredi 25 juillet 1788, jour auquel M. le président a convoqué
l’assemblée générale pour le 5 août 1788 afin de lui présenter le
résultat du travail des commissaires.

É. Clavière président Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire par intérim

Assemblée
générale de la Société des Amis
des Noirs tenue le 5 août 1788.
M. Clavière, président. M. Gramagnac faisant les fonctions de secrétaire.


- 95 -

Membres présents :

Membres du Comité Membres de la Société
MM. MM.
  • De Blaire
  • De Condorcet
  • Le duc de la Rochefoucauld
  • Cerisier
  • Carra
  • Brack
  • Cuchet
  • De Bourge
  • Le baron de Diétrick
  • De Montcloux
  • De Piles
  • L’abbé Colin
  • Lavoisier
  • Fortin
  • De Saint Alphonse
  • Le comte d’Avaux
  • De la Villeneuve
  • Daudignac
  • Bergerot
  • Du Faucheret
  • Garail
  • D’Hières
  • Lanthenas
  • Pétri
  • L’abbé Guyot.

M. le président a ouvert la séance par la lecture d’un discours dans
lequel il a rendu compte des assemblées de la Commission nommée pour la
rédaction des règlements, des soins constants qu’elle avait apporté à son travail
et des raisons qui avaient retardé si longtemps l’assemblée générale qui
devait prononcer sur le plan de règlements que MM. les Commissaires lui
présentaient. Il a informé la Société de l’envoi que M. Porphire du
Donjon
lui avait fait de son ouvrage intitulé, Tableau précis de la
malheureuse condition des Nègres dans les colonies d’Amérique73 avec
lettre par laquelle l’auteur le prie de faire hommage à la Société de cette
traduction.


- 96 -

M. de Montcloux a fait lecture du préambule qui doit précéder les
règlements. Ce préambule offre au public le tableaux affligeant de l’esclavage.
des Nègres et du trafic révoltant de ces malheureux. Il fait sentir la
nécessité d’abolir la traite et de détruire les préjugés que l’avarice et le
défaut de lumières entretient à cet égard. On y expose ensuite les motifs
d’association qui ont réuni les défenseurs de la cause des Noirs ; enfin
l’assemblée ayant trouvé que ce préambule renfermait à peu près tout
ce qui était le plus propre à exciter les sentiments d’humanité et à
augmenter le nombre de ses membres en répandant dans le public
une idée favorable de la Société, l’a adopté.

M. le président a fait lecture du plan des règlements et a proposé
une motion pour que l’on déterminât si les règlements seraient jugés
article par article, ou si on les adopterait en bloc d’après une ou deux
lectures. Les suffrages se sont réunis sur ce dernier moyen de procéder
à leur jugement.

Étant ensuite délibéré sur lesdits règlements, il a été décidé qu’ils
seraient adoptés tels qu’ils étaient présentés ; cette adoption n’ayant aucun
inconvénient puisqu’ils doivent être soumis à une révision annuelle, et que
pendant cet interval, l’expérience ferait suffisamment connaître quelles
seraient les additions et corrections dont ils seraient susceptibles.

M. le président a demandé que l’assemblée prononçât sur
l’impression des règlements, du préambule et de la liste des membres de
la Société.

Il a été arrêté que sauf quelques révisions légères, les règlements
et le préambule seraient imprimés le plus tôt possible avec la liste des
membres.

M. le président a prié l’assemblée de déterminer ce qu’on
ferait à l’égard de M. Porphire.
Sur quoi étant délibéré, on a arrêté qu’il serait fait à M. Porphire
- 97 -
des remerciements au nom de la Société et qu’aussitôt que les règlements
seraient imprimés, on lui en enverrait un exemplaire. M. le président
s’est chargé d’écrire la lettre de remerciements à M. Porphire et de la
signer au nom de la Société.

M. le trésorier a fait observer à l’assemblée que l’on avait besoin
d’un garçon de Bureau et que M. de Warville, à son départ, avait
beaucoup recommandé celui qu’il avait employé jusqu’alors pour le service
de la Société, mais que des raisons d’économie avaient fait renvoyer ;
qu’il désirait, attendu le besoin et l’activité du sujet, que la Société le
reprît à son service et lui allouât la somme de cinquante écus pour
gages.
Cette motion a été unanimement approuvée.

M. le président a ensuite observé que MM. les auteurs du
Journal de Paris, du Mercure de France et de l’Analyse des papiers
anglais
, insérant dans leurs feuilles la plupart des choses relatives
à l’objet de la Société des Amis des Noirs, il serait à propos que
la Société, par effet de procédé honnête envers eux, souscrivît pour les
trois journaux.
Il a été arrêté qu’on souscrirait pour lesdits journaux.
Sur la motion faite de souscrire pour les papiers anglais, il a été observé
que les fonds de la Société ne lui permettant pas encore cette dépense,
il était nécessaire d’attendre que ses fonds fussent un peu plus augmentés.

M. de Bréban a dit que M. de Valadi avait présenté dès la
naissance de la Société plusieurs souscripteurs qui n’avaient point rempli
leur souscription ; qu’on leur avait écrit, qu’on avait envoyé chez eux
pour s’assurer de leur consentement, qu’un seul avait répondu pour
refuser, et que le silence des autres pouvant être regardé comme un
refus, il demandait qu’on l’autorisât à effacer leur nom des
registres de la Société.
Cette motion a été unanimement approuvée.


- 98 -

Arrêté que le Comité serait convoqué pour le mardi 12.

É. Clavière Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du Comité
tenue le mardi 12 août 1788.

Membres présents :
MM.

  • De Clavière, président
  • De Gramagnac, secrétaire
  • De Bréban
  • De Blaire
  • Cerisier
  • Cuchet
  • De Bourge
  • Carra
  • Beaupoil de Saint-Aulaire
  • Brack.

Ayant été délibéré sur ce qu’il était à propos de faire relativement
aux six feuilles de la traduction de Bénézet imprimées par M.
Le Jay, il a été arrêté que puisque M. Le Jay en avait fait les
frais et que sur ces frais il n’y avait rien à réduire M. le
trésorier
serait autorisé à le rembourser, conformément aux
délibérations.

Sur la motion faite par M. Carra relativement à la
continuation de la traduction de cet ouvrage74. Le Comité a cru
nécessaire de différer jusq’au mois de septembre pour décider, si
l’on achèverait de le traduire et de l’imprimer.

M. Cuchet s’est chargé de faire les démarches
nécessaire pour obtenir la permission d’imprimer les règlements
et le préambule.


- 99 -

M. le trésorier a présenté ensuite au Comité le bordereau de la
recette et de la dépense de la Société depuis le 19 février 1788
jusqu’au premier août de la même année. La recette effective s’est
trouvée être de 2668 livres et la dépense a monté à la somme de
1515 livres 15 sous. A resté par conséquent à la caisse à l’époque du 1er août 1352 livres 5 sous.
M. le trésorier a reçu les remerciements dus à ses soins et son
bordereau a été déposé dans les archives de la Société.

M. Brack a dit avoir reçu une lettre de l’université de Gottingen,
par laquelle on lui témoigne la plus grande impatience de recevoir un
exemplaire des règlements de la Société.

Le Comité s’est ajourné pour le mardi 20 août.

Gramagnac Docteur en médecine É. Clavière

Assemblée du Comité
tenue le mardi 20 août 1788.

Membres présents :
MM.

  • Clavière, président,
  • Gramagnac, faisant les fonction de secrétaire
  • Cuchet
  • De Bourge,
  • De Montcloux membre de la Société
  • De Boufflers membre de la Société.

M. le président a fait lecture du procès verbal de la dernière séance
du Comité. Ce procès verbal a été approuvé.

M. Cuchet a rendu compte de la mission qui lui avait été confiée
par le Comité, et a dit qu’ayant présenté à M. Vidau de La Tour 75
- 100 -
le préambule et les règlements, et lui ayant demandé son agrément
pour leur impression, celui-ci lui avait répondu qu’il avait entendu parler
de la Société des Amis des Noirs, mais qu’avant de permettre de publier
les motifs et les bases de sa constitution, il se croyait obligé de consulter
les ministres et principalement M. de la Luzerne76, qu’il allait envoyé
aussitôt à ce dernier les manuscrits que lui remettait M. Cuchet
mais qu’il pensait qu’on obtiendrait bien difficilement la permission qu’on
sollicitait. M. Cuchet lui a fait observer que la Société étant tolérée,
les règlements qui formaient sa constitution, et le préambule qui
rendait compte du but de son établissement devaient l’être aussi.

M. de Montcloux a dit que M. de Boufflers avait
promis de parler à M. de la Luzerne des règlements et du préambule
de la Société, et comme on formait une délibération sur une lettre
à écrire à M. de Boufflers, celui-ci est arrivé à l’assemblée ; étant
consulté sur l’objet dont il avait promis de parler à M. de la Luzerne,
il a dit qu’il ne doutait pas que ce ministre n’accueillît les démarches
de la Société et ne favorisât la pureté de ses intentions, malgré les
nouvelles qu’on recevait de Saint-Domingue et les réclamations
des colons, qui se plaignaient que les Nègres éclairés sur les droits
de leur liberté, et sur les efforts que l’on tente pour la leur rendre
murmuraient dans les habitations et semblaient présager des révoltes.
M. de Boufflers a demandé une copie du Préambule et des
règlements qu’on a promis de lui envoyer.

M. de Bourges a observé que M. de la Luzerne pourrait
objecter relativement à la publicité que la Société veut donner à ses
règlements et à son préambule l’effet que l’arrêt de M. de Castries 77
produisit sur les Nègres qui, prenant pour une annonce de leur liberté
ce qui n’était qu’une amélioration de leur sort, se révoltèrent avec fureur et
voulurent, en brisant leurs fers, hâter l’instant de leur délivrance ;
et qu’il était à craindre que s’ils apprenaient que le gouvernement
- 101 -
autorise une Société qui s’occupe de leur affranchissement, ils ne
voulussent tenter des efforts dangereux.

On a répondu à M. de Bourges que la modestie du titre de la Société
dissiperait facilement les craintes qu’on pourrait concevoir de la publicité
que l’on veut donner à son existence.

M. Gramagnac a fait observer que les objets qu’on avait à proposer
à l’assemblée générale exigeant une très prompte décision, il serait
peut-être à propos de hâter le jour de sa convocation ; que depuis longtemps
M. Daudibert sollicitait une réponse, sur la proposition qu’il avait
faite à la Société relativement à la captivité des Français dans les
États barbaresque, et qu’il serait de l’honnêteté de le satisfaire
le plus tôt possible.

M. de de Montcloux a ajouté sur la motion précédente que
l’assemblée générale n’avait pas été informée de la prière qu’on
avait faite à M. Clavière de continuer ses fonctions de président,
qu’elle n’avait point encore non plus approuvé la décision qui confiait à M.
Gramagnac l’intérim de la place de secrétaire, et qu’il était cependant
très nécessaire que l’assemblée agréa dans peu les offres de
bonne volonté qui faisait accepter à M. Gramagnac les fonctions de
cette place.

On a répondu à tous ces motifs que l’assemblée générale était fixée au
premier mardi de septembre et que l’intervalle était trop court pour que l’on
prématurât la convocation des membres.

M. Clavière a fait sentir que les circonstances présentes
réduisant les effets publics à un taux très modique, on pourrait peut-être
saisir cet instant de crise pour former à la Société un fonds qui, réalisé
dans la suite, produirait une somme plus ou moins considérable pour les
dépenses les plus indispensables, et que l’on trouverait facilement de quoi
acheter des effets en faisant un emprunt sur la Société même.

On a trouvé que la proposition de M. Clavière méritait d’être prise en
- 102 -
considération et d’être portée à l’assemblée générale.

Le Comité a ajourné à mardi prochain

É. Clavière Gramagnac
Docteur en médecine

Le mardi 26 août, jour auquel le Comité devait s’assembler,
il n’y a point eu de travail faute du nombre compétant pour rendre
les délibérations valables.

Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée Générale
tenue le mardi 2 septembre.

Membres présents :
MMrs
de Bourge, président en l’absence de M. Clavière

  • Gramagnac, secrétaire
  • Cuchet
  • De Condorcet
  • De Blaire
  • Du Port
  • Le baron de Diétrick
  • De Petitval
  • Gairal
  • Lavoisier
  • De Montcloux fils
  • De Pastoret
  • L’abbé Colin
  • Short
  • Le comte d'Avaux
  • Lanthenas
  • Pétri.


- 103 -

La séance a été ouverte par la lecture des procès verbaux de l’assemblée
générale précédente et des différentes séances du Comité.
Il a été décidé en approuvant ces procès verbaux qu’ils seraient
inscrits sur le Registre de la Société.

Mr le président a lu ensuite une motion faite par Mr de Montcloux
savoir : que « l’Assemblée générale ayant invité Mr le président à
continuer ses fonctions jusqu’à l’époque où les nominations doivent
être faites dans la forme prescrite il paraissait nécessaire, en
témoignant à Mr Gramagnac la reconnaissance de la Société
pour son zèle, de prendre une délibération pour le prier de remplir
par intérim les fonctions de secrétaire jusqu’à l’époque prescrite
par les règlements pour la nomination. »

Mr Gramagnac, en recevant les remerciements de l’Assemblée a été
prié de lui continuer ses services dans les fonctions de secrétaire
jusqu’à la nomination.

M. le président a fait part de la proposition que Mr Clavière avait
faite dans une des séances du Comité, et qu’on avait jugé à propos
de porter à l’Assemblée générale : cette proposition avait pour
objet de profiter du rabais des effets publics pour en faire un
fonds de la Société, par un emprunt fait sur elle-même.

On n’a pas jugé à propos de prendre en considération ladite
proposition, soit parce que les cirsconstances n’étaient plus les mêmes
que dans le temps où elle avait été faite, soit parce que la présence
de Mr Clavière aurait été nécessaire pour la développer exactement.

Mr de Gramagnac a lu ensuite un discours dans lequel il
propose un plan de division pour le travail du Comité, dans les
vues de faciliter les recherches et d’établir un ordre exact dans
le recueil des documents.

Étant délibéré sur l’adoption du plan proposé dans ce discours,
l’Assemblée en a renvoyé l’examen au Comité.


- 104 -

M. le président a lu une motion faite par Mr de Montcloux
par laquelle il proposait qu’on nommât quatre membres du Comité
qui seraient chargés par elle, conjointement avec M. Cuchet
de hâter l’impression des règlements qui ont été envoyés par
Mr Vidau de la Tour au ministre de la Marine.
Il a été arrêté que pour l’objet que proposait M. de Moncloux
on nommerait quatre commissaires qui seraient chargés de
faire auprès de M. de La Luzerne, toutes les démarches
nécessaires pour hâter la permission qu’on sollicite.
Étant procédé à la nomination de MM. les commissaires
le choix est tombé sur Mr le duc de la Rochefoucault,
Mr le marquis de Condorcet, Mr le chevalier de Boufflers
et Mr de Blaire.

On a lu ensuite une motion dans laquelle M. de Montcloux
proposait que « chacun des membres de la Société des
Amis des Noirs serait invité à faire ses efforts pour se
procurer des renseignements certains.

  • 1° Sur l’état actuel de la traite dans chacun des
    états qui s’occupent de ce trafic.
  • 2° Sur les lois qui la dirigent et jusqu’à quel point elles sont observées.
  • 3° Sur l’état actuel des esclaves dans les différentes colonies
    où l’esclavage subsiste, sur l’emploi de ces esclaves, sur le
    produit de leurs travaux.
  • 4° Sur les lois qui sont relatives à l’esclavage dans chacune
    de ces colonies et jusqu’à quel point elles sont observées.

Indépendamment de l’invitation particulière qui serait faite à
chacun des membres de s’occuper de ce travail et d’en
envoyer le résultat au Comité, cette même invitation serait insérée
dans les journaux au nom de la Société des Amis des Noirs ».

Étant délibéré sur cette motion Mr de Condorcet a proposé
de la renvoyer au Comité pour qu’il en fut fait une suite de
questions plus détaillées propres à y répandre le jour et
l’intérêt qu’elles méritent.


- 105 -

Mr de Blaire, en approuvant la motion, en a fait une autre dans laquelle
il a demandé que la Société autorisât M. le trésorier

  • à acheter le livre
    de Mr Moreau de Saint-Méry sur la constitution des colonies, 5 volumes
    in 4° dont la suite ne tardera pas à paraître78
  • à tâcher de recueillir tous les règlements relatifs à la
    traite des Nègres, et de prendre des informations pour se procurer
    tous ceux qui sont en vigueur dans les pays étrangers sur cette
    matière. Cette dépense lui paraissant indispensable.

Sur l’avis de M. de Montcloux, il a été arrêté que l’examen
de cette motion serait renvoyé au Comité et sur celui de M.
de Blaire, qu’on attendrait le retour de M. le trésorier pour le
consulter sur les moyens de la Société et sur les facultés qu’elle
peut avoir de faire les dépenses proposées.

Mr de Gramagnac a demandé à la Société qu’elle déterminât
la réponse qu’on devait faire à Mr Daudibert qui leur avait
proposé de joindre à l’objet qui les occupe celui de porter ses vues
d’humanité sur les Français que les Barbaresques réduisent en
servitude.

Il a été arrêté qu’on répondrait à Mr Daudibert que la Société
ne pouvait pas s’occuper de l’objet qu’il lui propose et en a autorisé
Mr le secrétaire à lui faire une réponse au nom de l’assemblée générale.

Mr de Gramagnac a demandé s’il n’y aurait quelque moyen de
rendre MM. les membres du Comité plus assidus aux
assemblées.
Pour aider à cette demande on a lu une motion de Mr de
Montcloux
relative au même objet dans laquelle il expose
que « les règlements généraux n’exprimant pas d’une manière
assez positive le voeu de la Société des Amis des Noirs de laisser au
Comité la liberté d’appeler à ses assemblées particulières un certain
nombre de membres de l’assemblée générale, l’article qui le porte ne
se trouvant pas placé au chapitre Comité, il sera inséré à la
suite dudit chapitre l’article suivant :
Le Comité pourra appeler des membres de l’assemblée
générale jusqu’au nombre de cinq pour assister à ses assemblées
- 106 -
particulières et ces membres y auront voix délibérative ; ces
membres ne pourront être ainsi admis au Comité sans cette
invitation qui leur sera envoyée pour chacune des séances du Comité ».

Mr le marquis de Condorcet a observé que l’on avait pris,
pour former le Comité, des précautions dont l’effet pourrait être détruit
par la permission qu’on donnerait d’appeler aux séance du Comité
des membres de l’assemblée générale et de leur accorder voix
délibérative.

Arrêté que par les raisons de Mr de Condorcet et en outre par la
considération qu’on ne peut altérer les règlements que dans un
an, cette motion ne pouvait être admise.

Mr Gramagnac a proposé de déterminer la forme d’un cachet
et a présenté deux modèles apportés par Mr de Montcloux.

Il a été arrêté que le Comité serait chargé de le faire exécuter
de la manière qu’il le jugerait à propos.

Mr Cuchet a présenté à l’assemblée les billets imprimés
de présentation et il a été prié d’en faire imprimer un pareil
nombre pour quittance de souscription.

Ajourné en Comité au mardi 9 septembre .

De Bourge Gramagnac
Docteur en médecine

Le mardi 9, faute d’un nombre compétant, le Comité n’a
pu rien délibérer.

Gramagnac secrétaire
Docteur en médecine

Le mardi 16 septembre, les membres du Comité n’étant pas en
nombre suffisant, il n’y a eu lieu à aucune délibération. Cependant,
M. le duc de la Rochefoucault a fait le rapport de ses démarches
en qualité de Commissaire auprès de Mr de La Luzerne pour
obtenir la permission d’imprimer les règlements de la Société.
Il nous a dit que ce ministre ne consentirait pas à laisser
- 107 -
imprimer des règlements où une Société avait des jours d’assemblée
fixes, de peur d’aller contre les intentions du Gouvernement.
Mr le duc de La Rochefoucault a cependant assuré qu’il ne négligerait
rien pour réussir dans la Commission dont il était chargé.

Les membres présents étaient MM. Clavière, Gramagnac,
de Blaire, le duc de La Rochefoucault, Cerisier, de Bourge.

Gramagnac secrétaire
Docteur en médecine

Séance du Comité tenue le
23 septembre 1788

Membres présents :

MM.MM
  • Clavière, président
  • Gramagnac, secrétaire
  • De Bréban, trésorier
  • De Bourge
  • De Blaire
  • Cerisier
  • Cuchet.

Dans cette assemblée, on n’a pu s’occuper que d’un des articles
renvoyés par l’assemblée générale et qui était l’examen du
discours de Mr Gramagnac, qui proposait de faire cinq registre
de documents sous les titres d’Humanité, Religion, Politique,
Intérêts des colons et des armateurs. La pluralité des
voix a été pour réunir l’Humanité et la Religion sous le même
chapitre et d’ajouter aux autres celui de la législation. Quant au
plan du discours, il a été approuvé et attendu que c’était une preuve
du zèle et de l’ordre que Mr le secrétaire veut mettre dans ses
fonctions, on a adopté toutes les divisions qu’il croirait nécessaires
pour l’avancement des lumières de la Société.

Le 30, faute d’un nombre compétent pour former un comité complet
il n’y a eu lieu à aucune délibération.

Les membres présents étaient MM. Clavière, Gramagnac,
de Bréban, de Blaire, Brack, Cuchet

Gramagnac secrétaire
Docteur en médecine
É. Clavière

Assemblée générale tenue le mardi sept octobre 1788

Membres présents :

MM.MM.
  • De Bourge
  • Cerisier
  • Carra
  • Clavière, président
  • De Bréban, trésorier
  • Brack
  • Cuchet
  • Soufflot
  • de Pastoret
  • Lanthenas
  • Pétri
  • L’abbé Colin
  • Gramagnac, secrétaire .

Mr le secrétaire a fait lecture du procès verbal de la dernière
assemblée générale. Ce procès verbal a été approuvé. Il a lu
ensuite les procès verbaux des séances du Comité.

M. le président a rendu compte.
I° De l’inutilité des tentatives qui ont été faites pour obtenir du
Ministère la permission d’imprimer les règlements et le
préambule de la Société.
2° De l’arrivée d’un membre du Comité de Londres, spécialement
chargé de s’informer de la situation de la Société de Paris,
et de lui offrir tous les secours dont elle aurait besoin pour
hâter ses progrès.
3° Des ouvrages que la Société de Londres a envoyé à celle
de Paris, et dont M. Gramagnac avait bien voulu se
charger de traduire les plus intéressants


- 109 -

M. le trésorier a présenté le tableau de la recette et de la dépense
de la Société, et a demandé à être autorisé par l’assemblée à
faire la provision de bois, à acheter deux feux l’un pour le salon,
l’autre pour la chambre de M. le secrétaire et d’un poêle
pour l’antichambre.
L’assemblée l’a autorisé à faire toutes ces dépenses.

M. Gramagnac a lu la traduction des questions à faire à
ceux qui ont été à la traite des Nègres et sur les côtes d’Afrique.

Il a lu ensuite un discours dans lequel il proposait trois motions.

La Ière d’imprimer dans l’étranger les règlements de la Société
et le préambule.

La 2ème de traduire et faire imprimer les questions et les procès
verbaux de la Société de Londres.

La 3ème de traduire et faire imprimer l’ouvrage de Clarkson 79
en acceptant les secours que nous offre la Société de Londres
et de mettre à la suite les règlements de la Société de Paris.

La première n’a pas été adoptée.
Sur la seconde, il a été arrêté que l’existence de la Société étant encore
trop incertaine pour qu’on l’exposât aux dangers où pourrait l’entraîner
une impression faite, sous quel prétexte que ce fût, contre le gré des ministres,
on ne pouvait encore s’occuper de cette proposition.
M. le président a demandé qu’on se contentât seulement d’imprimer
sans leur donner aucune authenticité et de répandre sous le manteau
de la Société de Londres, les questions que celle-ci a proposé a proposé à ceux
qui connaissent la traite des Nègres et la côte d’Afrique.
Il a été arrêté sur l’avis de M. de Pastoret que la décision de cet
objet serait renvoyée à la prochaine assemblée générale.
La troisième motion, offrant un projet qu’on ne peut réaliser sans
risquer de trahir le silence que s’impose notre Société jusqu’à ce qu’elle
soit autorisée par le gouvernement, a été
rejetée.


- 110 -

M. le président a représenté à l’assemblée que la
convocation des États généraux offrant à la Société l’occasion
de rendre son existence publique et d’obtenir même l’approbation
dont elle a besoin pour se se soutenir, il serait à propos que l’on
s’occupât dès à présent d’arrêter le plan et la forme d’un mémoire
à porter aux États généraux. Et comme cette proposition a
paru assez intéressante pour mériter une discussion plus étendue
que celle qu’on pourrait lui accorder dans la présente
assemblée, il a été arrêté qu’on écrirait à tous les
membres de la Société pour les inviter à communiquer au
Comité les idées qu’ils pourraient avoir sur la composition de
ce mémoire, et que M. le secrétaire voudrait bien se
charger de présenter le modèle de cette lettre au prochain
Comité.

Ajourné en Comité à mardi prochain.

É. Clavière Gramagnac Docteur en médecine

Il n’y a point eu de Comité dans l’intervalle du sept
octobre au quatre novembre.

Assemblée générale du 4 novembre.

Membres présents :
MM.

  • de Bourge, président en l’absence de M. Clavière
  • Gramagnac, secrétaire
  • De Bréban, trésorier
  • L’abbé Guyot
  • Musnier de Montengis
  • Lanthenas
  • D’Ières
  • Pétry.

M. le secrétaire a fait lecture du procès verbal de
l’assemblée générale précédente. Ce procès verbal a été approuvé.


- 111 -

Sur ce que M. le président a demandé par quels moyens on informerait
les membres de la Société de la résolution qu’on avait prise d’envoyer
aux États généraux un mémoire auquel pourraient concourir tous
ceux des membres qui voudraient s’en occuper.

Il a été arrêté que le Comité serait chargé d’en instruire
les membres de la Société par une lettre dont M. le secrétaire
lui présenterait un modèle, et que le Comité recevrait les mémoires
particulières pour décider celui qui devrait être préféré.

M. le trésorier a lu à l’assemblée une lettre de Mr Bridel
adressée à M. le président par laquelle il réclame avec instance
le prix de la traduction d’un ouvrage de Clarkson qu’il dit
avoir faite à la prière de M. de Warville.

M. le trésorier qui avait déjà expliqué très poliment les
raisons qui empêchaient la Société de faire imprimer et continuer
les traductions, a fait lecture à l’assemblée d’une lettre par
laquelle il marque à Mr Bridel que la Société ignore jusqu’à quel
point ont pu s’étendre les ordres de M. de Warville relativement
à cette traduction, et qu’il n’existe aucune trace dans ses registres
des engagements contractés à ce sujet.

M. de Breban ajoute que M. Bridel est le maître de
faire imprimer sa traduction à ses dépens et que la Société
n’a aucune prétention à la propriété du manuscrit qui sera
remis à la personne chargée de le réclamer.
Qu’à l’égard de la traduction de la lettre du Capitaine
Smith
dont parle aussi M. Bridel, la Société se croit libre
d’en disposer en vertu des 7 livres sterlings qui ont été remises
à M. Bridel.

Cette réponse a été approuvé par la Société et M. le trésorier
a été autorisé à l’envoyer à M. Bridel.

M. le secrétaire a été prié de faire mention de ces
lettres sur le registre.

Mr le président a fait observer que les règlements avaient
fixé à l’époque de l’assemblée générale du mois de septembre
l’élection d’un nouveau président et qu’on avait oublié
de s’y conformer. Il a ajouté que M. Clavière ayant demandé
- 112 -
plusieurs fois à être dispensé d’en remplir plus longtemps
les fonctions, il fallait céder à ses instances et choisir un
président dont le nom et les talents fussent également propres
à favoriser l’avancement de la Société et lui attirer la
considération qu’elle doit avoir dans le public.

M. de Bréban a représenté qu’il croyait l’assemblée
trop peu nombreuse pour s’occuper d’une élection qui
devait recevoir l’approbation de tous les membres de
la Société, qu’en conséquence son avis était de
remettre ce choix à l’assemblée générale suivante
et que pour le faciliter, on enverrait à chacun des
membres, une liste de toutes les personnes qui
composent la Société.
Cette motion a été entièrement approuvée.

de Bourge Gramagnac Docteur en médecine
Membres du ComitéMembres de la Société
MM.MM.
  • Gramagnac
  • Duchesnai
  • Cuchet
  • De Bréban
  • Brack
  • É. Clavière
  • Gougenot
  • Bergerot
  • De Montcloux
  • Gallois
  • De Pastoret
  • Soufflot
  • D’Audignac
  • Pétri
  • Dière
  • Clavière (Le jeune)

Assemblée Générale, tenue le 2 décembre 1788.
présidée par M. Duchesnay.

Le rapport de l’assemblée générale précédente ayant été
lu, il a été approuvé et enregistré.

Il a été fait lecture ensuite d’un discours sur la nécessité
et les moyens de détruire l’esclavage dans les colonies
, dont
l’auteur, M. Ladébat de Bordeaux, a fait hommage à la Société80.
Ce discours où l’on propose de convertir en serfs de glèbe81
- 113 -
les esclaves des colonies, avant de leur donner entièrement la liberté
a fait d’autant plus plaisir à l’assemblée, qu’il a été écrit dans un des
ports de France, où l’on arme le plus pour la traite, et qu’il prouve en
même temps combien nous pourrions former de correspondances
intéressantes dans les Provinces. M. le secrétaire a été chargé de
le déposer dans les archives de la Société, et d’écrire de la part de
la Société à l’auteur, une lettre de remerciements signée de M. le
. Cette lettre a été envoyée, avec prière à M. de Ladébat
de nous envoyer quelques exemplaires de son ouvrage, pour le faire
passer aux Sociétés de Londres et d’Amérique.

On a procédé ensuite à l’élection d’un nouveau président. Les
suffrages se sont réunis en faveur de M. le marquis de Condorcet,
à qui M. de Clavière s’est chargé de porter le voeu de la Société en
le priant d’agréer qu’il se démît de ses fonctions entre ses mains.

M. Clavière a ensuite fait part à l’assemblée de la prochaine arrivée
de M. Brissot de Warville, dont le retour a été annoncé pour le
mois de janvier 1789.

M. de de Montcloux a représenté que les règlements fixaient au mois
de janvier le remplacement des membres du Comité qui doivent
sortir de leurs fonctions à cette époque, et que pour les remplacer,
il fallait que l’assemblée générale choisît huit de ses membres,
qui, joints à sept autres du Comité, proposeraient pour l’élection le
nombre prescrit par les règlements.
Le choix de ces huit commissaires a tombé sur MM.
de Montcloux, de Pastoret, Bergerot, Gallois, Dieres, D’Audignac,
Clavière (le jeune) et Gougenot.

M. le trésorier a rendu compte d’une réponse de M. Bridel, qui
propose à la Société de conserver sa traduction, si elle en veut faire
usage, et qu’il s’en confie entièrement à elle pour le bénéfice qui
pourrait résulter de son impression ; que cependant si la Société
refuse de garder le manuscrit, il se propose d’en traiter avec un libraire.

Il a été arrêté que M. le trésorier voudra bien se charger d’écrire
à M. Bridel, que les circonstances où se trouve actuellement la
Société, ne lui permettant pas de rien faire imprimer, elle s’empressera
de rendre à M. Bridel, un manuscrit qui peut être utile à son auteur.

Bellier-Duchesnay Gramagnac

Le nombre insuffisant des membres qui se sont rendus au premier
Comité du mois de décembre, a fait remettre les suivants
au moment où nous pourrions être présidé par M. le
marquis de Condorcet.

Gramagnac
Docteur en médecine

- 114 -

Assemblée Générale tenue le
13 Janvier 1789

Membres présents :
M. le marquis de Condorcet, président, et M.M.
Duchesnay, de Clavière, Daudignac, de Montcloux, de Fondat,
de Petitval, Bergerot, Henry, Cuchet, Jean Jacques Clavière, de Roman,
Gallois, le duc de Charost, de Lanthenas, de Pastoret, de Brack.

Après avoir fourni à l’assemblée le rapport sur feuille
volante de l’assemblée du 2 décembre, M. le secrétaire a fait
lecture du précis de ce qui s’est passé durant les 6 mois précédents.

Il a fait sentir combien la Société avait acquis de considérations
en Angleterre et en Amérique et la nécessité de soutenir une
réputation aussi flatteuse. Il a fait part des lettres les plus intéressantes
qu’on avait reçues, des ouvrages les plus importants que la Société
de Londres avait envoyés ; il a loué surtout celui de Clarkson 82
dont il a offert de faire imprimer la traduction, moyennant que
les membres de la Société voulussent souscrire. En parlant de la
liste des souscripteurs d’Angleterre, il a témoigné le désir qu’il
aurait qu’on admit des souscripteurs correspondants et qu’on invitât
les provinces à concourir à l’avancement de la Société, soit par
leurs lumières, soit par des contributions pécuniaires. Parmi les lettres
qu’a lues M. le secrétaire, les plus intéressantes sont celle qui a été
écrite à M. Necker par M. Granville Sharp, président de la
Société de Londres, qui lui a envoyé un exemplaire de l’ouvrage de
Clarkson 83, et la copie d’une lettre écrite de Bristol qui fait mention
d’un événement arrivé à la Côte d’Or, à bord d’un vaisseau négrier
du Havre de Grâce84.

M. le président a proposé de délibérer sur l’impression des
règlements et il a été arrêté qu’après une légère révision des articles
qui les composent et du discours qui doit les précéder, on les mettrait
aussitôt sous presse. M. Cuchet s’est chargé de ce soin et a promis
obligeamment non seulement d’en presser l’exécution, mais encore
d’en faire poster les exemplaires dans les provinces par les voies
- 115 -
les plus faciles et les plus promptes.

Un des articles des règlements a souffert un changement
considérable, d’après la motion faite relativement aux souscriptions
de province. Il a été arrêté qu’il y aurait trois classes de
souscripteurs. Celle des membres résidant à Paris et formant
proprement la Société et dont la cotisation serait de deux louis.
Celle des associés correspondants qui payeraient la somme de 24 livres
et qui auraient voix dans l’assemblée lorsqu’ils seraient à Paris.
Enfin une troisième classe formée des souscripteurs de tous pays
concourant au bien de l’établissement par une contribution pécuniaire quelconque.

Les membres de l’assemblée ont accueilli favorablement
la proposition que leur a fait M. de Gramagnac de souscrire
pour l’impression de la traduction française de l’Essai sur les
désavantages politiques de la traite des Nègres par Clarkson 85,
et entre 17 personnes il a été fait une souscription pour 291 exemplaires.

L’assemblée n’étant pas assez nombreuse pour pouvoir élire huit
nouveaux membres du Comité, en remplacement de ceux qui
ont donné leur démission ou qui sont absents, on n’en a élu
que quatre et la pluralité des voix a été pour M.M. de Montcloux,
de Petitval, de Pastoret et Gallois.

On a procédé ensuite à l’élection d’un trésorier. Cette place avait
été remplie auparavant par M. de Bréban, dont la bonne volonté
et les soins s’étaient trop bien manifestés pour qu’il ne fut pas confirmé
dans les mêmes fonctions et prié unanimement de vouloir bien
continuer à les remplir.

Conformément aux règlements, on a nommé cinq commissaires
pour l’élection futures du secrétaire : le choix est tombé sur M.M.
d’Audignac, de Fondat, Bergerot, Henry, Jean Jacques Clavière.

Arrêté que l’assemblée du Comité serait convoquée pour mardi
20 du courant.

M. Gallois a proposé pour être admis à la Société M.
Agasse de Cresne, et le billet de présentation a été signé
par le parrain et quatre autres membres de la Société

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine

- 116 -

Assemblée du Comité tenue le 20
Janvier 1789. Présidée par M. le marquis de Condorcet.

Membres présents :
MM.
le duc de Charost, de Blaire, Étienne Clavière, Duchesnay,
Gallois, de Petitval, de Montcloux, Bergasse, de Bréban,
le marquis de Condorcet, de Pastoret, Cuchet.
Commissaires :
de Fondat, Bergerot, Henry, d’Audignac, Clavière (Jeune).

M. le président après avoir lu l’article des règlements
qui concerne l’élection du secrétaire a tiré au sort les deux
membres d’entre les commissaires pour la vérification des scrutins
et les membres du Comité ont été invités a nommer un sujet.

Au premier scrutin il y a eu 8 voix pour M. de Gramagnac
et 7 pour M. Gallois. M. le président s’est assuré de l’acception
des deux et l’a déclarée à l’assemblée.

On a procédé ensuite à un second scutin où la pluralité des
voix a été pour M. Bergasse qui n’a pas accepté et pour M. Henry,
qui a accepté. Attendu la nécessité de présenter à l’assemblée 4
sujets qui aient accepté, on a formé un troisième scrutin, et
M. de Bourge a été nommé et réputé acceptant.

M. le président a fait lecture d’une lettre de M. Carra,
par laquelle il donne sa démission de membre à la Société et
sollicite la restitution du manuscrit de la traduction de Bénézet 86
en proposant qu’on lui rende les feuilles déjà imprimées aux dépens
de la Société. Le Comité a décidé unanimement qu’on rendrait
à M. Carra son manuscrit et qu’on lui donnerait même
les feuilles imprimées de sa traduction.

Sur la motion faite par M. le secrétaire, pour savoir si l’on
écrirait aux dames qui sont membres de la Société ; il a été arrêté
qu’elles seraient invitées à renouveller leur souscription.

Sur le renouvellement de la motion déjà faite pour
l’abonnement de la Société pour les journaux, M. le trésorier
s’est chargé de souscrire pour qu’elle reçût incessamment le Journal
de Paris
et le Le Mercure de France ; quant à l’abonnement pour un
- 117 -
Papier anglais, le plus propre à nous informer exactement
de ce qui se passe relativement à la cause des Noirs, il a été
arrêté qu’on consulterait M. de Warville.

M. Cuchet ayant demandé sous quel format le Comité
désirait que les règlements fussent imprimés, il a été arrêté que
ce serait in-octavo et que les dits règlements seraient tirés au nombre
de deux mille exemplaires.

Sur la proposition faite de laisser le logement de la Société
ouvert chaque jour aux membres qui désireraient y venir lire
ou causer, le Comité a décidé que cette décision serait renvoyée
à l’assemblée générale.

Deux nouveaux membres, M. Servat et M. Croharé ont
été présentés et leur billet de présentation a été signé suivant
la teneur des règlements

de Condorcet Gramagnac, secrétaire

Assemblée du Comité tenue le 27 janvier
1789.

Membres présents :
M.M.
Le marquis de Condorcet, président,
de Bréban, de Blaire, Cuchet, de Montcloux, de
Petitval
, Duchesnay, Clavière et Gramagnac.

M. le président a présenté six nouveaux membres : M. le
comte de Rochechouart, le prince de Léon, le vicomte de Valence,
le chevalier Théodore de Lameth, le marquis du Châtelet et le chevalier
de Lameth
.

M. de Blaire a présenté M. Hocquart de Trémilly avocat
général de la Cour des aides ; les billets de présentations de ces
messieurs ont été signés suivant la teneur des règlements.

M. le président a fait une motion par laquelle il a fait
sentir combien il était essentiel que la cause des Noirs et de
- 118 -
leur esclavage fut présentée aux États Généraux ; il a dit qu’il était
d’avis qu’on écrivit une lettre aux bailliages et aux assemblées
municipales, pour leur donner connaissance de la constitution
de la Société, pour les prier de prendre en considération le but qu’elle
se propose et de porter à l’Assemblée des États la question de l’abolition
de la traite des Noirs et de leur esclavage. Ce projet a été
unanimement approuvé et le Comité a témoigné le désir
d’avoir une lettre qui en remplissant ses vues fût signée
de la majeure partie des membres de la Société et imprimée
à l’effet d’être envoyée à tous les bailliages.

M. de Condorcet a dit qu’il avait déjà tracé le modèle
de cette lettre et qu’il demandait à le soumettre au jugement
du Comité.
La lecture de cette lettre a fait le plus grand plaisir ; il en a été
fait des remerciements à M. le président et il a été arrêté qu’elle
serait lue à l’assemblée générale.

M. de Clavière étant survenu a fait part à l’assemblée de
l’arrivée de M. de Warville et de l’intention où il était de lire
à l’assemblée générale prochaine, ce qu’il avait recueilli dans les
Sociétés d’Amérique et de Londres relativement à l’abolition de
la traite et de l’esclavage. M. Gramagnac a été prié d’en prévenir
les membres dans les lettres de convocation.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée Générale de la Société,
tenue le 3 février 1789. Présidée par M. de Condorcet.

Membres présents :
Du Comité
:
M.M.
de Warville, de Blaire, de Montcloux, le marquis de Condorcet,
Gallois, Étienne Clavière, de Petitval, de Bréban, de Brack,
de Pastoret, le duc de la Rochefoucault, Duchesnay, le
duc de Charost, et Cuchet.
Membres de l’assemblée :
M.M.
Croharé, Gougenot, de Lanthenas, de Sannois,
chevalier de Boufflers, de Saint Alphonse, le comte de Rochechouart
- 119 -
le marquis du Châtelet, Mollien, Bergon, le vicomte de Ricey,
Servat, de Trudaine, de la Sablière, Jean-Jacques Clavière,
de Fondat, Montagis, de la Mothe, le Prince de Léon,
Hocquart de Trémilly, le comte de Gouvernet, Fortin, de
la Villeneuve
, Bergerot, le comte de Lameth, M.M.
les chevalier de Lameth , D’Audignac, le comte Charles de
Lameth
, de Roman, l’abbé Guillot, Henry, le
comte de Crillon, et le Prince Emmanuel de Salm.

M. le secrétaire a fait lecture des procès verbaux des
assemblées tenues le 13, le 20, et le 27 janvier et a été autorisé
à les enregistrer.

M. le président ayant lu à haute voix l’article des
règlements qui concerne l’élection d’un secrétaire, on a formé
un scrutin, et chacun ayant été invité à donner sa voix à
deux des 4 sujets qui ont été présentés, la pluralité des suffrages
a été pour M. de Gramagnac.

M. de Condorcet a lu ensuite un modèle de lettre à
envoyer aux bailliages et sénéchaussées du royaume pour
les supplier de présenter la cause des Noirs aux États généraux
afin que l’abolition de la traite y fut prise en considération87.
Cette lecture a excité les plus grands applaudissements et la
lettre a été signée des officiers et de trente-deux membres de
l’assemblée qui ont arrêté qu’elle serait imprimée, revêtue de
toutes les signatures y apposées et de toutes celles que voudraient
y mettre les autres membres de la Société.
Des raisons particulières ayant empêché quelques
personnes de donner leurs signatures et la réflexion en ayant
déterminer d’autres à effacer celle qu’elles avaient déjà données,
il a été arrêté d’après la motion de M. le président que la
lettre serait exposée sur le bureau de la Société jusqu’au
prochain Comité, afin que chacun en pût prendre lecture de
nouveau et faire ses observations.

M. de Gramagnac a déposé entre les mains de M. le
président
l’inventaire signé de lui, des livres et manuscrits
contenus dans les archives de la Société.

Ce jour même, M. Cuchet, a remis à la Société les règlements imprimés.


- 120 -

M. de Warville a lu ensuite le résultat de ses
recherches et de ses observations sur l’esclavage des Noirs
en Amérique et sur les progrès qu’a faits dans les sociétés
de Londres et de Philadelphie, la question de l’abolition de
de la traite des Nègres et de leur servitude.

Après la lecture de ce discours, qui a excité le plus grand
intérêt, M. de Bréban a fait une motion par laquelle il
a demandé qu’il fut arrêté qu’on l’imprimerait aux frais de
la Société, après que l’auteur y avait mis la dernière main.
Cette motion a été unanimement approuvée88.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du comité tenue le 10 février 1789,
présidée par M. le marquis de Condorcet.

Membres présents :
M.M.
Le marquis de Condorcet, de Clavière, Duchesnay,
de Bréban, de Warville, de Petitval, de Montcloux
et Cuchet

Sur l’avis qu’a donné M. Clavière qu’il paraissait quelques
écrits relatifs à la question dont s’occupe la Société, il a été
arrêté que M. le secrétaire chargerait quelque libraire de l’avertir
lorsqu’il paraîtrait quelques productions dans ce genre.

M. le trésorier a présenté le compte général des recettes
et dépenses, faites pendant l’année 1788 et cet état a été signé
par les officiers et membres présents, pour être ensuite déposé
dans les archives de la Société.

La liste des membres ne s’étant pas trouvée assez exacte,
on a arrêté qu’elle serait réimprimée.

M. le trésorier ayant fait observer l’insufisance des sièges
lorsqu’il y avait une assemblée générale, le comité a décidé
qu’on ajouterait des bancs autour du salon.

M. de Gramagnac a demandé ensuite s’il ne serait pas
nécessaire d’envoyer aux sociétés d’Amérique et de Londres
les différents ouvrages qui paraitraient relativement à la
- 121 -
question de la traite et de l’esclavage ; il a été arrêté que cet
envoi ne serait fait qu’autant qu’il serait accompagné d’une
lettre où M. le secrétaire expliquerait le jugement que la
Société en aurait porté.

Arrêté qu’on enverrait aux dames membres de la Société
deux exemplaires des règlements, sans autre formalité que
celle d’un billet d’envoi.

Sur l’avis renouvelé par M. Clavière d’avoir des relations
avec les différents cercles et sociétés existant à Paris et autres lieux
du royaume ou des pays étrangers, M. le secrétaire a été
chargé de faire une liste des académies, sociétés, clubs, à la
quelle M. de Warville a été engagé de joindre ses observations
sur les sociétés étrangères afin d’écrire aux unes et aux autres
des lettres analogues à leur institution et leur envoyer nos
règlements.

Sur la motion faite par M. de Clavière de prendre des
renseignements sur la Société de Philadelphie de Saint Domingue,
il a été arrêté que l’on déciderait de ce qu’on devrait faire à cet
égard au prochain Comité.

Après avoir discuté les moyens de faire parvenir d’une manière
sûre, à sa destination, la lettre écrite aux bailliages et sénéchaussées,
il a été arrêté qu’on s’en rapporterait sur cela à la prudence de M. le
président, et qu’elle serait imprimée tout de suite afin
de profiter des circonstances plus ou moins prochaines pour les
adresser et les faire parvenir à propos.

M. de Warville a demandé qu’on nommât deux commissaires
pour examiner le discours qu’il avait lu à l’assemblée générale
dernière et auquel il se proposait de faire des additions et
corrections.Il a été fait un scrutin et M.M. de Clavière et
de Pastoret ont été élus à cet effet.

Quant à l’impression de ce discours, M. de Montcloux a
observé qu’elle n’avait point été consentie par l’assemblée générale
et qu’elle ne pouvait l’être, puisque M. le président ne s’était point
assuré de l’unanimité des suffrages ; et qu’il n’avait pris
l’acclamation des membres que comme un applaudissement fait
au discours de M. de Warville, mais non comme une approbation
de la motion faite par M. de Bréban après l’heure de 8 1/2 sonnée.


- 122 -

M. de Montcloux a ajouté qu’il regardait comme très
essentiel de faire aucune dépense extraordinaire avant qu’on
ne fût assuré des fonds nécessaires pour payer celles qui sont
portées par les règlements. Cette motion a été approuvée unanimement.

M. de Clavière a représenté qu’il était de l’essence des
assemblées du comité de chercher à acquérir des lumières et
des instructions sur la culture des colonies, et il a été arrêté
qu’on s’occuperait des moyens les plus importants, les plus prompts
et les plus convenables pour remplir ce but et produire enfin
des résultats.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du comité tenue le 17 février 1789.
Présidée par M. le marquis de Condorcet.

Membres présents :
M.M.
le marquis de Condorcet, de Petitval, de Blaire, Gallois,
de Montcloux, Cuchet, de Bréban, le duc de Charost.

La séance a été ouverte par la lecture de la traduction
d’une lettre de M. Franklin, adressée à M. de Clavière avec
4 exemplaires des règlements de la Société instituée à Philadelphie
pour l’abolition de l’esclavage.

M. Gramagnac a lu quelques réflexions sur l’envoi des
règlements aux différentes sociétés de bienfaisances et académies
de Paris. Il a fait sentir ensuite la nécessité de former un plan
de travail pour le Comité ; et sur la motion qu’il a faite à ce
sujet, il a été arrêté que chaque membre du Comité serait
invité particulièrement à communiquer ses idées sur cet objet
et à donner lui-même un plan de travail relatif au but que
se propose la Société.

Il a été fait lecture ensuite d’une lettre qui accompagnait
l’envoi de 21 exemplaires d’une réponse à l’ouvrage de M.
Malouet 89. L’auteur, qui est membre de la Société, ne s’est pas nommé.

M. le président a dit que quelques membres de la Société
désiraient et croyaient qu’il était plus convenable que la lettre
- 123 -
qui devait être envoyée aux bailliages et sénéchaussées des
provinces, ne fût signée que du président et du secrétaire ; en
conséquence il a demandé si l’on pouvait proposer de revenir
sur une délibération déjà prise par l’assemblée générale.
Les avis ont été très partagés, mais la réflexion faite par
M. de Blaire, que peut être quelques membres de l’assemblée
avaient, ainsi que lui, signé cette lettre, dans la pensée que
les signatures ne seraient pas imprimées, et ne devaient servir
qu’à rendre plus authentique une pièce destinée à rentrer dans
les archives de la Société, a suspendu le jugement du Comité,
qui s’est référé à une assemblée générale, convoquée pour
le samedi suivant.M. le président s’est chargé d’exposer à
cette assemblée la nature de la difficulté qui s’était élevée.

Il a été arrêté qu’on procèderait sur le champs à l’impression
de la lettre sur le format in-4°.

Arrêté que l’envoi des règlements faits aux académies et aux
sociétés de bienfaisance, ainsi qu’au Lycée, serait accompagné
d’une lettre de la part de la Société. M. de Condorcet s’est
chargé de la lettre pour les académies et M. Gramagnac
de celles pour les autres sociétés.

Arrêté qu’on procéderait dans l’assemblée générale prochaine
à l’élection des membres qui doivent compléter le Comité.

La prochaine convocation du Comité a été remise au premier
jeudi de Carême

de Condorcet

Assemblée générale extraordinaire,
tenue le 21 février 1789, présidée par M. de Condorcet.

Membres présents :
Du Comité :
M.M.
Le marquis de Condorcet, Duchesnay, de Bourge, de Montcloux,
de Blaire, de Bréban, de Petitval, Cuchet, le
duc de Charost, de Clavière.
De l’assemblée... : M.M. Henry, le baron de Diétrick,
- 124 -
le Roy de Camilly, de Lanthenas, Cottin, de la
Villeuneuve
, Croharé, Benoît de la Mothe, de Sannois,
le comte de Rochechouart, Agasse de Cresne et Jean-Jacques Clavière.

M. le président en développant les motifs qui avaient
déterminé le Comité à demander une assemblée générale
extraordinaire, a dit que plusieurs membres de la Société
lui avaient représenté que si la lettre qu’on avait délibéré
d’envoyer aux bailliages n’était revêtue que de la signature
de quelques personnes, il en résulterait un mauvais effet, et qu’il
proposait de ne la faire partir que signée du président et du
secrétaire et du trésorier. On a recueilli les voix sur cette
motion et la crainte de revenir sur une délibération déjà
prise par l’assemblée générale, a causé du partage dans
les avis. Cependant, après le nombre de tours d’opinions nécessaires
pour éclaircir l’objet de la discussion, la pluralité des
membres présents, convaincus que, puisque dans l’assemblée
générale précédente, il avait été arrêté que cette lettre resterait
déposée sur le bureau de la Société pour que chacun pût
faire ses observations, retirer ou laisser leurs signatures,
c’était une preuve que la délibération sur la forme de l’envoi
n’était pas entièrement prise, et que ce ne serait point contrarier
l’esprit des règlements, ni du bon ordre, que d’arrêter définitivement
que cette lettre serait envoyée revêtue de la signatures des officiers
seulement. Pour donner plus de poids encore à cet envoi et
à un acte consenti par la totalité des membres, M. de
Montcloux
a proposé d’envoyer avec cette lettre la liste
des membres de la Société, ce qui serait l’équivalent des
signatures, puisque la lettre portait le certificat d’une
approbation générale. Cette motion, conciliatrice à tous égards,
a été unanimement approuvée, et c’est ainsi que sans aller
contre une délibération déjà prise, on n’a fait que la réduire
à son véritable sens et à son effet direct.

On a proposé et approuvé d’envoyer des exemplaires des règlements
aux différents députés des provinces, actuellement à Paris.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire

- 125 -

Assemblée du comité tenue le 26 février 1789,
présidée par M. de Condorcet.

Membres présents :
M.M. le marquis de Condorcet, de Petitval, de Bourge,
de Clavière,
de Montcloux, Cuchet, Gallois, de Bréban.

M. le président ayant fait sentir la nécessité de
conserver le modèle des lettres de convocation, il a été
décidé qu’on en garderait copie dans un registre particulier,
et qu’on lirait à chaque comité le procès verbal de la séance
précédente.

M. le président a fait lecture d’un modèle de lettre
destinée à accompagner l’envoi des lettres aux bailliages
et il a été arrêté qu’il en serait tiré le nombre de copies nécessaires.

M. le duc de Charost ne pouvant se rendre ce jour-là
au comité, a adressé à M. le président un plan de travail, sur
lequel M.M. les membres du comité avaient été invités à
envoyer des mémoires. Les 3 points principaux de ce plan
sont les renseignements sur les Noirs en Afrique et sur
l’état actuel du pays et sur les effets de l’abolition de la traite ;
2°. Recherches sur l’état de la culture de l’industrie et
du commerce dans les colonies en général. Vues sur les
moyens d’adoucir le sort des nègres et tableau des succès du
nouveau régime ; 3°. Mémoires et traductions relatives aux
recherches et au fond de la question.

M. de Montcloux a ensuite communiqué ses idées sur
le même objet : il propose de prendre pour plan de travail celui
qu’a suivi M. Fossard, dans l’ouvrage qu’il a fait paraître sur
l’abolition de la traite des nègres90, et d’y joindre quelques idées
à prendre dans le plan tracé dans la seconde partie de la
réponse à M. Malouet par un membre de la Société91.

M. de Petitval a lu ensuite un mémoire sur le même
objet : il y applaudit au plan qui forme la seconde partie de
la réponse à M. Malouet et désirerait qu’on le suivit s’il
n’était pas un peu long. Il conclut enfin que son désir serait
que, quant à présent, le comité se bornât à discuter : 1°. les
- 126 -
avantages qui résulteraient pour la France de renoncer
à la traite des Nègres, sans renoncer au commerce d’Afrique ;
2°. à prouver que le défaut de renouvellement annuel
des esclaves ne peut faire tort à la culture des colonies ;
3°. à l’examen de la législation des colonies relativement
aux Noirs, et où doit se trouver nécessairement le principe
de leur affranchissement.

M. Clavière a été d’avis qu’on prit pour plan de travail
celui que trace le membre de notre Société qui a répondu
à M. Malouet, comme renfermant tous les points de vue
sur lesquels la question doit être considérée.

Enfin, les trois mémoires de M. le duc de Charost,
de M. de Montcloux et de M. de Petitval, contenant des
vues excellentes, ont été remis par M. le président à M. le
secrétaire, en le chargeant de former d’après eux et les autres
ouvrages où il pourrait trouver des idées relatives à ce plan
de travail, une espèce de table de toutes les questions dont il
est nécessaire que la Société se fasse un plan de travail, et
où chaque membre pourra choisir l’objet sur lequel il
lui sera plus agréable et plus facile de procurer des renseignements.

M. de Gramagnac a lu les modèles des lettres qui
doivent accompagner les envois des règlements aux
différentes sociétés de bienfaisance et d’instruction établies à
Paris. Ces modèles ont été approuvés, et M. le secrétaire a
été prié de faire les envois le plus tôt possible.

M. le président s’est chargé de parler aux députés
des Philadelphes de Saint Domingue, actuellement à Paris92.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire

- 127 -

Assemblée Générale
du 3 mars 1789. Présidée
par M. le marquis de Condorcet.

Membres présents :
du Comité :

M.M. le marquis de Condorcet, de Bourge, de Montcloux,
Duchesnay, Cuchet, de Bréban, Clavière et Gallois.

Membres de l’assemblée :
M.M.
Le marquis de la Feuillade, de Meulan, Croharé, le comte
de Gouvernet
, de la Mothe, Henry, Leroy de Camilly,
de Villeneuve, Agasse de Cresne, le comte de Rochechouart,
Bergerot et Lanthenas.

M. Gramagnac a fait lecture de différents procès verbaux des
assemblées précédentes et a été autorisé à les enregistrer. Il a lu la
lettre qui accompagnait les 21 exemplaires de la réponse à M.
Malouet par un membre de la Société93. Il a lu aussi la traduction
d’une lettre écrite à la Société par M. Granville Sharp où se trouve
réfutée la citation que M. Malouet a faite d’un passage de Locke.

M. le président a mis en délibération si l’on commencerait par
compléter le Comité avant d’élire le président, et la pluralité des avis
a été pour qu’on élût le président. On formé un scrutin et le plus
grand nombre des suffrages a été pour M. Clavière

Comme parmi les commissaires déjà nommés pour l’élection
des membres du comité qui n’avait pas été achevée, il y en avait trois
qui étaient devenus membres du comité, il a fallu les remplacer
et par la voie du scrutin, M.M. le comte de Rochechouart, le
comte de Gouvernet et Henry ont été adjoints à M.M. Bergerot,
Dières, Daudignac, Clavière jeune, et Gougenot.

M. de Bréban a fait part à l’assemblée de l’offre que lui faisait
M. de Montredon résidant à Paris, de se charger des traductions
que le comité aurait à faire faire. Il a été arrêté que M. de Bréban
voudrait bien lui faire des remerciements de la part de la Société.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire

- 128 -

Assemblée extraordinaire
des commissaires
tenue le 7 mars 1789

Membres présents :
du Comité :
M.M.
de Montcloux, de Bréban, Cuchet et Gallois.
Commissaires :
Le comte de Rochechouart, Henry, de Gouvernet, Bergerot.

En l’absence de M. le marquis de Condorcet, M. de Montcloux
a rempli les fonctions de président. M. de Bréban, pressé par des
affaires, a présenté par écrit les scrutins des deux M.M. de Clavière94,
et a laissé en s’en allant le nom de dix membres de la Société pour
lesquels il votait.

Avant de procéder à l’élection, M. le président a fait une motion
pour savoir si dans la circonstance dont il s’agissait on pouvait
admettre les scrutins des membres qui ne les avaient pas présentés
eux-mêmes ? Parmis les inconvénients nombreux qu’il y aurait eu à les
admettre, celui de ne pouvoir revenir en cas de besoin à un second scrutin
a fait rejeter cette méthode, ainsi M.M. les commissaires n’ont point
admis les suffrages par choix de M.M. de Clavière , non seulement
en vertu de la décision, mais parce que leurs scrutins conformes entre eux
ne portaient les noms que de cinq personnes au lieu de dix. Le scrutin
de M. de Bréban a été admis pour le premier tour seulement, mais
n’aurait pu servir pour un second dans le cas où l’on eut été obligé
de le faire. Les dix membres qui ont réuni le plus de suffrages sont
M.M. le comte de Gouvernet, le marquis de la Feuillade, le baron de Diétrick,
le marquis de Lafayette, de Vayne, La Villeuneuve, de Sannois, Daudignac,
le comte de Rochechouart et Henry

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du Comité tenue le 10 mars 1789

Feuille, Membres du comité présensprésents :
M.M.
Duchesnay, de Bourge, de Warville, Clavière, de Bréban
de Pastoret. Président M. de Warville.


- 129 -

Après lecture faite de l’assemblée des commissaires pour
l’élection des membres du comité, M. de Warville a dit que le
voyage qu’il venait de faire en Hollande ne lui avait pas permis
de mettre la dernière main au discours qu’il avait lu à l’assemblée
générale de la Société, mais qu’il se proposait de le faire incessamment
et de lire à la prochaine assemblée générale d’autres morceaux qu’il
n’avait eu l’honneur de lui communiquer.

M. de Bréban a fait viser par le Comité un compte montant
à la somme de ce 161 livres.

La difficulté de faire 500 copies manuscrits pour l’envoi de
la lettre aux bailliages a fait prendre le partie au Comité de
les faire imprimer.

M. de Gramagnac ayant demandé si le Comité se chargeait
de faire la lettre pour les académies de provinces, il a été arrêté
qu’on attendrait pour cet objet l’arrivée de M. le marquis de Condorcet

M. de Clavière ayant proposé de faire imprimer un exemplaire
de nos règlements in-4° destiné à rester sur le bureau pour
y être consulté au besoin et auquel serait adaptée une table des
articles par ordre alphabétique, la pluralité des avis a été pour que cet
exemplaire fut écrit à la main afin d’éviter les frais, mais toujours
accompagné de la table des matières.

M. de Warville a demandé si le comité ne jugeait pas à propos
d’envoyer les règlements de la Société aux ministres, mais des
motifs de prudence ont empêché qu’on accédât à sa demande.

M. de Warville a dit que dans son voyage en Hollande, il avait
cherché les moyens d’y fonder une société à l’instar de celle des Amis
des Noirs, et qu’il avait communiqué ses idées sur cet objet à M.
Vandame qui avait témoigné assez d’empressement à exécuter le
projet ; qu’il y avait même d’autres personnes très portées en faveur
de l’abolition de la traite. En conséquence M. de Warville a fait
une motion pour engager la Société à lier une correspondance
avec les personnes afin de propager nos vues d’humanité. M. de
Clavière
n’a pas été d’avis de surcharger le Comité de cette
correspondance, mais a désiré que M. de Warville engageât ces étrangers
à se faire recevoir du nombre de nos associés. Les autres membres
du Comité, en faisant des remerciements à M. de Warville des nouvelles
preuves de son zèle, l’ont prié de se charger du soin de nous ménager
- 130 -
la bienveillance de ces messieurs et de chercher à les lier
à notre institution sans pour cela que le Comité fut dans le
cas de correspondre avec eux pour le moment.

M. de Warville ayant fait sentir la nécessité de se
procurer un Voyage de Sierre Leone par un Anglais nommé
Matthews 95, où se trouvaient des détails intéressants pour le but de
la Société, le Comité a consenti à en faire l’acquisition et d’y joindre
également l’acte d’assemblée de la Jamaïque96.

Il a été arrêté que l’ouvrage de M. Frossard 97 serait envoyé
à la Société de Londres accompagné d’un extrait dont M. de
Clavière
a été prié de se charger.

Le secrétaire ayant fait lecture d’un modèle de lettre à envoyer
à l’académie de Bordeaux, il a été arrêté que cette lettre serait
communiqué à M. le marquis de Condorcet

La nécessité d’avoir quelque journal qui voulût rendre compte
des travaux de la Société a décidé le comité à souscrire pour le
Journal encyclopédique

Brissot de Warville Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du Comité, 17 mars 1789.

Membres présents :
M.M.
Duchesnay, de Bréban, de Bourge, Clavière, Cuchet, le
marquis de Valady et Gallois. Président : M. Duchesnay
et M. Clanon, négociant, nouveau membre étranger, en présentation.

Le regret de s’être réuni vainement a fait mettre en délibération
si le Comité pouvait se regarder comme complet, le septième membre
s’étant absenté sans faire acte de son départ. La pluralité des avis
a été qu’on pouvait, en pareil cas, délibérer sur des objets peu importants.
En conséquence ayant demandé si on l’autorisait à faire des envois
des règlements de la Société en Province, il a été arrêté que l’on s’en
rapporterait entièrement à lui pour ce soin.

M. de Gramagnac ayant demandé qu’on délibèrât sur l’envoi
des règlements et de la Réponse à M. Malouet98 à la Société de
Londres. Il a été arrêté que l’envoi de la Réponse à M. Malouet ne
serait fait qu’autant qu’elle serait accompagnée d’un extrait explicatif
- 131 -
de l’ouvrage dont on a chargé M. le secrétaire

M. Duchesnay a demandé si l’analyse des ouvrages ne
devait pas être l’objet du travail de quelques commissaires nommés
à cet effet. La pluralité des avis a été pour qu’on s’en tînt à ce qui
est porté par le Registre et les règlements ; c’est à dire que M. le
secrétaire serait chargé de ces sortes de rapports ou extraits à moins
que quelque membre voulût bien s’occuper de ce travail, ce qui
ne manquerait jamais d’être agréable à la Société. Et il a été
arrêté que cette analyse serait soumise à l’examen du Comité.

Quant à l’impression des lettres de convocation il a été arrêté
que ce serait l’assemblée générale qui en déciderait d’après le
prix que coûterait la chose et que c’était l’objet d’une motion à faire.

Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire

Assemblée du Comité 24 mars 1789

Membres présents :
M.M.
de Bourge, de Gallois, de Warville, de Bréban, Clavière,
Duchesnay, de Pastoret,... Président : M. de Warwille.

Le secrétaire a fait lecture du procès verbal de la séance précédente.

Il a mis ensuite sous les yeux du Comité l’extrait qu’il avait été
chargé de faire de la Réponse à M. Malouet99. On a trouvé que cet
extrait avait plutôt la forme d’un rapport propre à lire à l’assemblée
générale que d’une analyse propre à être adressée à la Société de Londres
avec l’envoi de cette réponse. Il a été arrêté que ce rapport qui
paraissait trop étendu à quelques membres et trop abrégé à d’autres
serait retouché et lu à l’assemblée générale du mois d’avril prochain.
Et que la Réponse à M. Malouet serait envoyée à Londres à la
Société, sans extrait.

Le secrétaire a communiqué au Comité des lettres qui accusaient
la réception de la lettre aux bailliages.

M. de Warville a ajouté aux archives de la Société quelques
pièces relatives à l’abolition de l’esclavage en Amérique et entre autres
ouvrages qui manquaient à la collection, les poésies de la négresse
nommée Philis Cathleux, domestique de M. Wheatley à Boston100.


- 132 -

Le secrétaire a demandé si le comité jugeait à propos
de demander à M. Philips un nouvel ouvrage intitulé Idées
impartiales sur la liberté et l’esclavage101. On a arrêté que l’on attendrait
qu’il y eut d’autres demandes à joindre à celle-là.

Le secrétaire ayant dit que la Société de Londres, en apprenant
que l’ouvrage de Clarkson 102 s’imprimait par souscription, avait
demandé qu’il lui en fut retenu 25 exemplaires dont elle enverrait
le montant. M. de Clavière a été d’avis, ainsi que la pluralité
des membres, d’envoyer les exemplaires aux frais de la Société et
n’a point regardé cette demande comme une affaire personnelle
entre la Société de Londres et l’éditeur ainsi que quelques autres
personnes le pensaient. Cette question a d’ailleurs été renvoyée à l’assemblée
générale, comme objet d’une motion à y faire.

Brissot de Warville Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire

Assemblée du Comité, 31 mars 1789. Présidée par M. de Condorcet.

Membres présents :
M.M.
de Montcloux, le marquis de Condorcet, Cuchet, de Bourge,
Duchesnay,
de Warville, Gallois, de Pastoret et Clavière.

Après lecture du procès verbal de la séance précédente, le
secrétaire a lu l’extrait qu’il avait fait de la Réponse à M.
Malouet103. Il a demandé ensuite qu’on arrêtât la forme des billets
de convocation pour l’assemblée générale prochaine et M. de
Warville
qui s’était chargé d’y faire quelques lectures a promis
d’envoyer par écrit la note des différents objets qu’il se proposait d’y
apporter.

Au sujet des recherches qu’il y aurait à demander sur la
traite dans les ports de mer, M. le marquis de Condorcet a dit
qu’il écrirait au Havre pour obtenir des renseignements sur cette
matière.

M. Gramagnac a fait lecture de différentes lettres qui
accusaient la réception de la requête que la Société a présenté aux
présidents des trois ordres dans chaque bailliage. Il a lu également
la lettre de M. de Souligné, directeur des fermes à Lyon, qui témoigne
à la Société ses remerciements de l’avoir admis au nombre de ses
- 133 -
associés régnicoles et promet de ne rien négliger pour que la lettre
aux bailliages soit prise en considération.

M. de Condorcet a fait son rapport de quelques villes où
les assemblées relatives aux États généraux avaient pris la cause
des Noirs en considération et a promis d’en informer plus amplement
la Société à l’assemblée générale du 7 avril.

Le Lycée étant la seule société qui ait répondu à l’envoi
de nos règlements, il a été arrêté qu’on écrirait de nouveau et
qu’on ferait un nouvel envoi aux autres de peur que le premier
eut été égaré.

M. Gramagnac a eu l’honneur de présenter à chacun des
membres du Comité un exemplaire de la traduction de l’ouvrage
de Clarkson 104.

de Condorcet Gramagnac
Docteur en médecine
secrétaire

Assemblée Générale
du 7 avril 1789 présidée par M. Clavière.

Membres présents :
Comité :
M.M. de Bourge, le marquis de Condorcet, Gallois, le Roi de Petitval,
de Blaire, de Montcloux, de Brack, de Warville, Clavière, de
Bréban
, Duchesnay et Cuchet

Membres présents :
De la Société :
M.M. Lanthenas, Desessarts, Pampelune, Le Roy de Camilly,
le maréchal de Beauvau, du Roverray, (Dumont, de Dublin), de Meulan,
Dupleix de Mézy, de Vaynes, le Baron de Diétrick, Agasse de Cresne,
l’abbé Sieyès, Henry, Daudignac, le marquisdu Châtelet, le marquis de la
Feuillade
, Croharé, le comte de Rochechouart, Gougenot.

Les procès verbaux ayant été revus et approuvé, le secrétaire a
informé l’assemblée des différents ouvrages dont M. de Warville avait enrichi
les archives de la Société.

M. le comte de Rochechouart a communiqué à l’assemblée une lettre
de M. Pussaye, remplie des sentiments les plus favorables en faveur de
l’abolition de la traite. Il a également informé la Société du refus que le grand
- 134 -
bailly d’Alençon
avait fait de prendre en considération la lettre que
la Société avait adressée aux trois ordres de son bailliage

M. de Condorcet a fait lecture de la liste des bailliages où l’on
avait admis l’examen de la cause des Noirs. Le clergé et la noblesse de
Mantes a porté sur ses cahiers la demande de l’abolition de la traite
et de l’esclavage ; le tiers état de Senlis ; la noblesse de Beauvais ; la noblesse
et le tiers état de Laon de Laon, la noblesse de Chaumont en Vexin ; le
clergé de Melun ; la noblesse et le tiers état de Péronne en ont fait autant.
Le bailliage de Montfort Lamaury a approuvé les intentions de notre
Société mais n’a point porté sa demande sur ses cahiers.

Le secrétaire a lu la traduction de ce qui s’est passé dans la
chambre des communes le 23 mars 1789, lorsque M. Wilberforce a fait
la motion de former un Comité pour juger la question d’abolir la traite
des Noirs. Cette traduction est conservée dans les archives de la Société.

On a procédé à l’élection des cinq membres qui manquaient pour
compléter le Comité. M. de Bourge et M. Lanthenas ont été appelés
pour vérifier les scrutins avec les officiers et la pluralité des suffrages
a été pour M.M. le baron de Diétrick, le marquis de La Fayette, le
comte de Rochechouart, Henry et de Vayne.

Le trésorier a mis sous les yeux de l’assemblée et fait signer par
le président sortant de charge, l’état des dépenses et recettes depuis
le mois de janvier jusqu’au premier avril.

Le secrétaire a lu une motion sur la Réponse à M. Malouet105,
et s’est contenté d’annoncer à la Société que le rapport que lui en
avait demandé le Comité avait été exécuté.

M. Gramagnac a proposé dans une motion par écrit de faire
l’emplette de quatre ouvrages relatifs à la question dont s’occupe
la Société. L’assemblée a décidé que l’on en ferait l’acquisition le
plus tôt possible des deniers de la Société. Elle n’a point consenti à
l’achat des gravures exécutées à Londres et proposées par souscription.

Arrêté que la Société de Londres serait priée d’agréer les 25
exemplaires de la traduction de Clarkson106 qu’elle avait demandés
et offert de payer.

M. Gramagnac ayant renouvelé la motion anciennement
faite au sujet de l’abonnement pour quelque gazette anglaise, il a
été arrêté que l’on prierait la Société de Londres de nous envoyer avec
exactitude tous les détails de la discussion qui va être faite à la
Chambre des communes relativement à l’abolition de la traite.


- 135 -

M. de Warville a fait lecture d’un discours sur la nécessité et
la forme d’un mémoire à présenter aux États généraux. Le discours
dans lequel on a entendu le compte le plus intéressant des ouvrages
qui ont paru tant en Angleterre qu’en France sur l’abolition de la
traite et les maux qu’elle cause, ainsi que sur l’esclavage où l’auteur
fait sentir tout les dangers qu’il y aurait à ce que les colons fussent
admis comme députés aux États généraux ; où il développe l’esprit que
les planteurs y apporteraient et tout le mal qui en résulterait pour les
malheureux Noirs ; où il trace un plan de travail propre à remplir toutes les
vues et les désirs de la Société ; ce discours, dis-je, a été très vivement applaudi.

M. de Warville a proposé les trois arrêtés suivants. Qu’il serait fait
un mémoire pour la Société des Amis des Noirs adressé aux États
généraux107, à l’effet de les engager à nommer un comité pour instruire
la cause des Noirs, lequel mémoire avant d’être imprimé, serait lu
à la Société. Cette motion a été admise.
Que la Société choisirait trois membres pour suivre auprès des États
généraux l’effet de ce mémoire et en général pour y suivre et défendre
la cause des Noirs. Approuvé, moyennant que le Comité fut chargé de
la présentation des trois membres.
Troisièmement, que les trois députés rendraient compte des progrès
de leur mission, soit à la Société, soit, dans des cas urgents, au Comité
. Également approuvé.

L’assemblée générale a jugé à propos de différer l’élection des
députés jusqu’à l’époque qui paraîtrait le plus favorable pour suivre
la cause des Noirs auprès des États généraux

É. Clavière Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du Comité
du 15 avril 1789. Présidée par M. Clavière.

Membres présents :
M.M.
de Bourge, le marquis de Condorcet, Cuchet, Gallois, de Vaynes,
Henry, de Warville, de Bréban, le baron de Diétrick, Clavière.

Le secrétaire a fait lecture à l’assemblée, du procès verbal
de l’assemblée générale précédente.


- 136 -

M. de Warville ayant demandé combien il serait nommé
de rédacteurs pour le mémoire à présenter aux États généraux, arrêté
qu’une seule personne serait chargée de cette rédaction, chaque membre
de la Société étant néanmoins libre et même invité à travailler sur
cette matière.

Arrêté qu’il serait convoqué pour le samedi 18 courant une
assemblée générale extraordinaire pour la nomination du rédacteur.

Arrêté que le comité présenterait trois membres à l’assemblée
générale pour qu’elle choisît l’un d’eux pour rédacteur.

On a procédé à cette élection par voie de scrutin et la pluralité
des suffrages a été pour M.M. de Warville, Gallois, le marquis de
Condorcet
et l’abbé Sieyès, quoiqu’il eut été décidé par l’arrêté
précédent qu’il ne serait présenté que trois membres à l’assemblée
générale. Cependant, les suffrages s’étant trouvés égaux entre M.
le marquis de Condorcet et M. l’abbé Sieyès, le Comité n’a pas voulu
les départager et a préféré les présenter tous les deux.

Arrêté que la nomination des députés aux États généraux
pour y suivre la cause des Noirs serait différée.

Sur la motion faite par M. Henry de trouver un moyen de
subvenir aux dépenses qu’exigerait cette députation, il a été arrêté
sur l’avis du trésorier qu’on proposerait quand il en serait temps
à l’assemblée générale, que les frais fussent prélevés par mandats
sur la caisse de la Société et remboursés ensuite par une cotisation
proportionnée au montant des avances.

Le secrétaire a informé le comité de la réponse que lui
avait faite Madame de Fougeret et de l’envoi qu’elle y avait joint de
deux exemplaires des règlements de La charité maternelle, ainsi que
de l’annonce d’une réponse à l’assemblée générale de cette Société
à celle des Amis des Noirs.

Il a été fait lecture d’une lettre de M. l’archevêque de Tours et
de quelques autres relatives à l’envoi de la requête aux bailliages.

M. de Warville a lu l’extrait de différents cahiers où se trouve
la demande aux États généraux de prendre en considération le sort des Noirs.

Le secrétaire a lu un modèle de lettre à envoyer au président de
la Société de Londres avec les livres qui lui sont destinés.

Arrêté que M. de Warville voudrait bien se charger de répondre
à M. le marquis de La Feuillade au sujet du Mémoire aux États
généraux qu’il lui avait adressé.


- 137 -

Arrêté que les propositions que M. de Brack faisait dans une
lettre à M. de Warville de se réunir à M. d’Épinay pour des
recherches sur la traite et d’écrire à Rome pour obtenir des
renseignements des prêtres noirs de la prédicande seraient acceptées.

Arrêté qu’il serait fait un cachet sur lequel serait inscrit
tout simplement Société des Amis des Noirs.

Clavière

Assemblée Générale extraordinaire
du 18 avril 1789. Présidée par M. Clavière.

Membres présents :
Comité :
M.M. de Petitval, Gallois, le marquis de Condorcet, Cuchet,
Duchesnay, de Warville, de Bréban, Henry, de Blaire, Clavière
de Brack, de Bourge, le marquis de La Fayette

Membres présents :
de la Société :
M.M. le comte de Pontécoulant, Doazan, marquis de Pampelune,
de la Mothe, Lanthenas, marquis de la Feuillade, Desessarts,
Agasse de Cresne, Daudignac, de Pilles, de Meulan, de Boulongne,
du Roveray, Dumont, le maréchal de Beauvau, Cottin, l’
abbé Sieyès, l’abbé Langeard, d’Hières, et Le Roy.

Cette assemblée ayant été convoquée pour la nomination
d’un rédacteur du mémoire à présenter aux États généraux, on est
allé au scrutin et M. de Warville a été élu entre M.M. le
marquis de Condorcet , l’abbé Sieyès et Gallois.

Lecture a été faite du mémoire de M. le marquis de la Feuillade
il a été arrêté qu’il serait nommé des commissaires pour décider
si le mémoire que l’auteur a offert de faire imprimer à ses frais
et de soumettre aux corrections qu’on lui conseillerait d’y faire
serait imprimé en son nom ou en celui de la Société.

Le nombre de commissaire a été de quatre, savoir M.M.
le marquis de Condorcet, l’abbé Sieyès, de Warville et Gallois

M. de Warville a fait lecture de deux lettres dont l’une d’un
- 138 -
quaker a singulièrement touché les auditeurs par le dévouement
entier de l’auteur pour le service de l’humanité et l’assemblée a
fort approuvé les remerciements que M. de Warville s’est chargé
d’ajouter à la réponse à ces deux lettres.

É. Clavière Gramagnac
Docteur en médecine

Assemblée du Comité
du 28 avril 1789, présidée par M. Clavière.

Membres présents :
M.M.
de Bréban, Henry, de Bourge, de Warville, Duchesnay,
Clavière, de Diétrick, de Rochechouart, Cuchet.

Sur la motion faite par M. de Bourge d’envoyer à l’assemblée
des électeurs du tiers état de Paris la lettre que la Société avait
adressée aux bailliages et sénéchaussées des provinces ; il a été arrêté
que M. de Bourge serait chargé de remettre au président de cette
assemblée cette lettre accompagné d’un exemplaire des règlements
de la Société et d’une lettre d’envoi signée du secrétaire. M. de Bourge
a été autorisé à parler au nom de la Société dans la motion qu’il
se proposait de faire en faveur des Noirs.

Le secrétaire a remis sous enveloppe scellée du sceau de la
Société, à M. de Bourge les trois pièces ci-dessus.

Arrêté que le secrétaire aurait soin d’envoyer la lettre de M.
de Condorcet à l’assemblée de la noblesse de la vicomté et prévoté de Paris.

Arrêté qu’attendu les circonstances actuelles, l’assemblée générale
du premier mardi de mai serait remis au mardi 12 du même mois108.

Clavière

- 139 -

Assemblée Générale
tenue le 19 mai 1789.
Présidée par M. Clavière.

Membres présents :
du Comité :
M.M.
de Clavière, de Pastoret, Gallois, le duc de la Rochefoucault,
le marquis de Condorcet, le comte de Rochechouart, de Warville,
de Bréban, d’Épinay, Henry, le duc de Charost, de Brack.

de la Société :

M.M.
L’abbé Coulon, Mollien, Bergon, Pigot, Lepage, le
marquis de la Feuillade, Lanthenas, le comte de Pontécoulant, de Montengis,
Croharé,
de la Mothe, Le Roi, Le Roy de Camilly, l’abbé Guyot
et Gougenot.

Lecture ayant été faite des procès verbaux des assemblées
précédentes, M. le président a informé les membres de la Société
de l’envoi que le marquis de la Feuillade avait fait au Comité de trente
exemplaires de sa Lettre aux États généraux.

Le président a lu les deux articles du discours de M. Necker
à l’ouverture des États généraux qui ont rapport à l’abolition de la
traite des Noirs et à l’adoucissement de leur sort dans les colonies.

Il a fait ensuite une motion pour proposer de faire des remerciements
à M. Necker et a demandé de quelle manière il fallait les lui adresser.
L’assemblée générale a arrêté que le Comité serait chargé d’écrire
à M. Necker une lettre dans laquelle il lui exprimerait la satisfaction
que la Société des Amis des Noirs a ressentie en lisant le dernier
article de son discours relatif à la traite des Noirs.

Arrêté que relativement au premier article du discours de
M. Necker, où il est question de la diminution des primes accordées
pour la traite des Noirs, le Comité aura soin d’exprimer à M.
Necker son opinion sur cette diminution que la Société ne peut
croire conciliable avec les principes d’humanité et de justice qui doivent
déterminer le jugement de cette question, parce que le vol et
- 140 -
l’assassinat ne peuvent admettre ni modification ni diminution.

Arrêté que la lettre du Comité sera imprimée, distribuée et
envoyée aux journaux et papiers publics109.

Arrêté que l’extrait du discours de M. Necker et la lettre
à ce ministre seront envoyés aux sociétés de Londres et d’Amérique.

M. le président a fait part à l’assemblée d’une lettre que
M. de Warville lui a adressé pour le prier de faire hommage de
sa part à la Société de son ouvrage intitulé Plan de conduite
pour les députés du peuple aux États généraux de 1789110 dans
lequel se trouvent des notes très étendues sur l’abolition de la traite.

Le secrétaire a communiqué à l’assemblée une lettre de
M. Granville Sharp, président de la Société de Londres, qui
annonce un envoi de quelques ouvrages relatifs à l’abolition de la traite.

Sur la motion qu’a faite M. le président de faire graver
en France comme en Angleterre le plan en section du navire négrier
dit le Brooks, il a été arrêté que M. de Warville parlerait à M.
La Fosse, graveur, et que le Comité prendrait les moyens les plus
économiques pour faire copier cette gravure, dont la Société de
Londres nous a envoyé quelques épreuves.

M. de Warville a fait lecture de quelques réflexions sur les
maux que les Noirs éprouvent dans la traversée d’Afrique en Amérique.

Arrêté que des épreuves de cette gravure seraient mises publiquement
en vente, comme un moyen de produire une plus grande impression.

Arrêté que le commis de la Société serait conservé jusqu’à ce
que le secrétaire de la Société crut que les travaux de cette même
Société permissent de faire l’économie de ses appointements.

Arrêté qu’il serait fait des remerciements à M. Frossard de la
part de la Société pour l’ouvrage utile qu’il a fait imprimer sur
l’abolition de la traite et les maux qu’elle cause111, et que M. Frossard
serait invité à continuer ses travaux et à en faire part à la Société.

Arrêté qu’on ferait recueil des diverses recommandations que
les bailliages ont fait dans leurs cahiers aux États généraux pour
les engager à prendre en considération la cause des Noirs, et que
ces recommandations seraient imprimées à la suite de la lettre
des remerciements à M. Necker et envoyées aux sociétés de Londres et d’Amérique.

M. de Brack ayant proposé d’admettre gratuitement
M. l’abbé Sibire qui aurait des renseignements utiles
à donner à la Société sur la traite d’Afrique, l’assemblée
- 141 -