Atelier « Sources textuelles et société : outils, édition et recherches »
Responsable : Pierre Bauduin.
Acteurs : Bruno Fajal, Véronique Gazeau, Damien Jeanne, Thomas Jarry, Jacques Le Maho, Christophe Maneuvrier.
L’atelier « sources textuelles et société : outils, édition et recherches » se veut à la fois un lieu de rencontre et de réflexion sur les thématiques de l’écrit dans les sociétés médiévales, un espace d’expérimentation technique et éditoriale fondé sur des principes de mutualisation des ressources et de libre diffusion des savoirs, un centre de ressources pour les thématiques développées dans plusieurs axes du CRAHM. Par définition, il ne se réduit à aucun de ces axes, mais au contraire entend les appuyer tous et participer au dialogue entre les historiens travaillant tant à partir des sources textuelles qu’archéologiques. Son émergence anticipe, souhaitons-le, une évolution des structures que l’équipe appelle de ses vœux en proposant une demande d’ITA en sources anciennes. L’atelier « sources textuelles et société : outils, édition et recherches » est issu du projet « sources textuelles et production documentaire dans la Normandie médiévale », approuvé par le CNRS (APN, 2000). Ce projet visait à l’élaboration d’outils de travail permettant d’orienter la recherche sur les sources écrites de la Normandie médiévale. L’objectif était également de poursuivre la réflexion sur les conditions de la production écrite et l’appropriation de celle-ci par une société. Cette recherche associait au départ une demi douzaine de chercheurs ; d’autres collaborations ont ensuite été sollicitées en particulier pour un projet de publication des actes de Robert Courteheuse, le comité de rédaction de la revue électronique Tabularia et le projet SCRIPTA. Le chantier a avancé dans plusieurs directions :
- La revue électronique Tabularia (dir. P. Bauduin, secrétaire de rédaction B. Fajal), lancée en octobre 2001 : http://wwww.unicaen.fr/mrsh/crahm/revue/tabularia
- Le projet SCRIPTA (resp. P. Bauduin, autres acteurs : V. Gazeau, M.-A. Lucas-Avenel (CERLAM)). SCRIPTA est le Site Caennais de Recherche Informatique et de Publication Textes Anciens : il est encore à un stade expérimental. Il vise à l’élaboration d’une base de données des actes normands des Xe- XIIIe siècles. Des contacts ont été pris, en vue de l’élaboration de l’outil, dès 2001 avec la section textes diplomatiques de l’Atelier de Recherches sur les Textes Médiévaux (Nancy II) et en 2003 avec l’Ecole des Chartes et les responsables du projet de base de données des actes royaux anglo-normands développé à la Modern History Faculty d’Oxford. Des collaborations ont également été nouées avec des chercheurs d’autres disciplines (langues anciennes notamment) dans la perspective d’utilisations communes de la base. Les attendus étaient les suivants. Il apparaissait essentiel de concevoir d’emblée un outil de recherche qui soit à terme facilement accessible à l’ensemble des chercheurs. Le choix d’un système de gestion de base de données de type MySQL associé à un langage serveur (PHP) permettant l’interfaçage de la base sur le Web, a été retenu. Il importait en effet que :
- le projet soit expérimenté avec un système facilement compatible avec d’autres systèmes afin de permettre un échange de données avec d’autres bases de données ou d’autres projets de même nature.
- l’interface d’utilisation, à la fois pour remplir la base de données et la consulter, soit facilement utilisable, dans la mesure où cet outil s’adressera d’abord à des spécialistes non informaticiens.
- que soient mis en place plusieurs types d’accès correspondant à différents profils d’utilisateurs. Parallèlement, depuis 2002 un important travail de documentation bibliographique et de recherche dans les dépôts d’archives et de bibliothèques a été entrepris pour la collecte de la documentation. Une partie de cette documentation a été saisie en attendant son incrémentation dans la base.
Le projet de base de données a reçu un appui de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de Caen dans le cadre d’un appel d’offre destiné à promouvoir les recherches pluridisciplinaires en sciences humaines et sociales (février 2004). La construction de l’outil de base de données SCRIPTA a été réalisée entre juin et octobre 2004, avec le concours d’un stagiaire du DESS NAPI et du CRISI (Centre de Ressources Informatiques et des Systèmes d’Information, qui en assure la maintenance). Une première tranche de textes (350 actes) a été rentrée de la base (2005) et son traitement est en cours. Le perfectionnement de l’outil d’interrogation des données a été réalisé, à l’aide d’un vacataire encadré par le CRISI (février mars 2006). L’entrée d’une seconde tranche de textes est intervenue en mai 2006. La base compte aujourd’hui (août 2006) plus de 1700 actes. L’évolution technologique actuelle rend indispensable une intégration à des systèmes d’interrogation élargis à d’autres corpus, tandis que doivent être également prises en compte les potentialités du standard xml dans l’optique d’une éventuelle conversion des données à ce langage.
- L’expérience acquise a permis à certains membres de l’équipe d’être associé à deux autres projets : « Les chartes comme instrument de pouvoir dans les sociétés médiévales » coordonné par Benoît-Michel Tock (Lille 3) dans le cadre de l’ACI (Action Concertée Incitative) « Réseau national des MSH » 2004. Ce projet associant 5 MSH (Caen, Grenoble-Chambéry, Dijon, Lille, Toulouse) a été approuvé par le Ministère délégué à la recherche (27 juillet 2004). P. Bauduin en assume la responsabilité pour le pôle caennais. Ce projet se donne un double objectif. D’une part, il vise à encourager une réflexion commune sur les chartes comme instruments de pouvoir au Moyen Age. D’autre part, il entend lutter contre la dispersion documentaire et la difficulté d’accès aux actes en favorisant la constitution de bases de données informatisées des actes médiévaux. A ce titre une réflexion commune a été engagée sur l’élaboration des outils nécessaires, notamment la base ChaGal (Chartae Galliae) actuellement en construction.
Le projet d’atelier international « Histoire et Informatique » (ATHIS) coordonné par Jean-Philippe Genet (Université de Paris I, LAMOP) et associant des partenaires français (le réseau Menestrel, CRAHM, CESCM, IRHT, CIHAM, École nationale des Chartes, Ecole Française de Rome) et étrangers (Université de Florence, Reti Medievali). Ce projet se donne un objectif d’information (afin de suivre au plus près l’évolution rapide des technologies disponibles pour la recherche historique), et de diffusion (mieux faire comprendre ces technologies au sein de la communauté scientifique des historiens) des techniques informatiques appliquées à l’histoire. Une série d’ateliers est prévue à cet effet et Pierre Bauduin est intervenu pour présenter l’exemple de la revue électronique Tabularia au colloque « De l’archive à l’open archive : l’historien et internet » (Rome 23-25 mars 2006). L’implication du CRAHM, dans ces domaines, déborder largement les seules sources écrites puisque le laboratoire sera également sollicité pour une autre rencontre prévue à Rome en novembre 2007 sur le thème « archéologues, géographes et historiens face à l’espace ».
- Un travail important de documentation a été réalisé. Il comprend le repérage, la collecte et la saisie de textes et de données bibliographiques. En outre, cela a permis au CRAHM d’acquérir et de compléter un fonds de microfilms et de clichés numériques d’actes, qui doit encore être enrichi. Depuis 2001, ces ressources sont consultées régulièrement par des chercheurs français et étrangers. Plusieurs chercheurs associés au projet « données textuelles » sont sollicités à titre d’expert pour des projets de recherche et de publication. Des collaborations avec d’autres équipes de recherche ont été engagées et les activités de la composante « sources textuelles » ont pu participer au rattachement de certains chercheurs à l’équipe (y compris des doctorants). Ses compétences en matière éditoriales sont reconnues puisque une stagiaire (niveau Master « édition et mémoire des textes ») a été accueillie au printemps 2006 et encadrée par B. Fajal. Enfin, trois étudiants qui entament leur parcours de thèse sous la direction de Véronique Gazeau rejoindront à terme les travaux de l’atelier « sources textuelles et société » : Grégory Combalbert (doctorant, allocataire moniteur), Tamiko Fujimoto (doctorante), Coraline Coutant (étudiante à l’Ecole nationale des Chartes, M 2 Caen).
Outre l’élaboration d’outils et le développement de projets éditoriaux, la réflexion des membres de l’équipe s’est orientée dans plusieurs directions, qui constituent également des projets de recherche de l’atelier.
1 – Une première concerne les sources narratives et plus particulièrement hagiographiques.
À l’occasion de la publication de la nouvelle édition de la Chronique de Fréculf de Lisieux, par Michael Allen, Ch. Maneuvrier a co-organisé la table ronde « Autour de Fréculf de Lisieux : écrire l’Histoire dans la province ecclésiastique de Rouen au IXe siècle » (Lisieux, 26 avril 2003), organisée par le CRAHM et la Société historique de Lisieux. Sept communications ont été présentées, dont celle de M. Allen (Université de Chicago) et de deux membres de l’équipe, Ch. Maneuvrier (« Le récit de la translation des reliques de saint Regnobert : histoire d’une éphémère fondation monastique effectuée aux portes de Lisieux sous l’épiscopat de Fréculf » ») et J. Le Maho (« La dispersion des bibliothèques du diocèse de Rouen au temps des invasions normandes : autour d’un manuscrit carolingien anciennement conservé à la Sainte-Trinité de Fécamp »). Les actes de cette table ronde ont été publiés dans la revue électronique Tabularia.
Les translations de reliques ont également retenu l’attention de J. Le Maho dans d’autres perspectives. Ce dernier s’est attaché à étudier l’histoire de deux translations de reliques du deuxième quart du Xe siècle sur la frontière sud du duché. L’une, datée de 937, concerne le transfert des restes de saint Agile, abbé de Rebais, à Marcilly (Eure), l’autre celui des reliques de saint Maxime, évêque de Riez (Alpes Maritimes) dans la région de Vernon (Eure). Toutes deux sont en relation avec une invasion hongroise en Bourgogne et dans l’Est parisien. Ce transfert de corps saints aux portes de la Normandie est mis en rapport avec la présence à Marcilly et à Vernon de Liégarde de Vermandois, femme de Guillaume Longue-Épée, deuxième duc de Normandie (927-942). Au delà de l’aspect anecdotique de cet épisode, on voit ici tout l’intérêt des translations de reliques pour l’histoire de la période, fondamentale mais très mal documentée, des débuts du duché de Normandie. Brièvement exposés dans un premier article de 2004 (« En marge des invasions hongroises du Xe siècle en France : translations de reliques aux portes de la Normandie », Les Cahiers vernonnais, n° 26, 2004, p. 5-16), les résultats de cette enquête feront prochainement l’objet d’une nouvelle publication où seront notamment évoqués les compléments apportés par les travaux de François Dolbeau et de Jean-Claude Malsy au dossier des reliques de saint Maxime, ces éléments confirmant la thèse de reliques accueillies par Liégarde de Vermandois, puis transmises aux moines de Fontenelle.
Les recherches sur les sources hagiographiques normandes au Xe siècle ont été poursuivies par Jacques le Maho dans d’autres directions. Bien que les historiens aient coutume de déplorer l’extrême pauvreté des sources narratives du Xe siècle en Normandie, les textes hagiographiques de cette période n’ont que faiblement retenu l’attention des chercheurs depuis la parution de l’essai de Felice Lifshitz, de l’université de Miami (USA), sur les Vies de saint Romain, évêque de Rouen (The Norman Conquest of Pious Neustria, Toronto, 1995). Ces sources constituent pourtant, pour la seule province de Rouen, un corpus d’une réelle importance, et qui recèle des informations de premier ordre sur l’histoire religieuse, culturelle et même parfois politique du duché au Xe siècle.
C’est ce que Jacques Le Maho s’est attaché à montrer à travers l’analyse de trois textes hagiographiques, tous trois du Xe siècle : deux Vies de saint Romain et de saint Ouen, évêques de Rouen, et une Vie de sainte Clotilde, reine de France. Cette étude a permis d’établir que les Vies en question sont toutes trois issues d’un processus de réécriture et qu’elles sont vraisemblablement l’œuvre d’un seul et même auteur du Soissonnais, travaillant à la demande de l’archevêque de Rouen Hugues II (942-989). Il pourrait s’agir de Gérard, abbé de Saint-Crépin de Soissons autour des années 960. Il faudrait donc renoncer à voir dans la Vita Romani une œuvre de Gérard de Brogne comme l’a soutenu Felice Lifshitz, et dans la Vita Chrothildis une œuvre d’Adson de Montierender pour la reine Gerberge, comme Karl-Ferdinand Werner en avait fait l’hypothèse. Les trois Vies étaient sans doute destinées à former un livret hagiographique à l’usage de l’Église de Rouen, les saints Romain et Ouen étant l’objet d’une grande vénération à Rouen même et le souvenir de sainte Clotilde étant très présent au bourg d’Andely dans la vallée de la Seine, propriété des archevêques de Rouen. La rédaction de ces textes à Soissons, donc loin de Rouen, montre que la province de Normandie eut beau accomplir d’immenses efforts pour relever ses églises et ses monastères après 911, elle demeurait cependant tributaire de l’extérieur pour la production littéraire et la reconstitution de son patrimoine écrit.
Dans le prolongement d’une étude publiée dans le n°1 de la revue Tabularia en 2001, Jacques Le Maho a poursuivi ses travaux sur les Vies des saints Aycadre et Hugues, abbés de Jumièges. Ces recherches, ont fait l’objet d’un article dans les Beihefte der Francia ("Autour de la renaissance monastique de Xe siècle en Normandie : les vies des saints Aycadre et Hugues de Jumièges", in Livrets, collections et textes : études sur la tradition hagiographique latine, dir. Martin HEINZELMANN, Ostfildern, Jan Thorbecke Verlag (Beihefte der Francia, 63), 2006, p. 285-322), apportent de nouveaux éléments à l’hypothèse de textes rédigés par Annon, abbé de Jumièges et de Saint-Mesmin de Micy, près d’Orléans (942-970). Il s’avère également qu’Annon est probablement aussi l’auteur d’une Vie de saint Eucher, évêque d’Orléans, et de la « Complainte sur la mort de Guillaume Longue-Épée ». Ces quatre oeuvres auraient été écrites autour des années 950 et 960, à Saint-Mesmin de Micy plutôt qu’à Jumièges. Enfin, une nouvelle analyse de la Complainte a montré que la structure de ce texte s’apparente de très près à celle des pièces liturgiques (messes, hymnes) procédant du résumé et de la réécriture rythmique ou rimée d’une Vie de saint en prose ; d’où l’hypothèse d’une Vita deperdita de Guillaume Longue-Épée qui aurait servi de base, non seulement à la Complainte, mais également à une série de documents et de textes narratifs évoquant plus ou moins directement la vie et les actes du deuxième duc de Normandie. Au nombre de ces oeuvres dérivées, il convient de citer notamment les Gesta de Dudon de Saint-Quentin, l’Histoire de France de Richer, les Annales de Rouen, les Gesta de Guillaume de Jumièges, les Annales de Jumièges et une chronique de Fleury. À partir de ces textes, selon une méthode inspirée des travaux de Monique Goullet sur les techniques de la « réécriture hagiographique », Jacques Le Maho a entrepris de reconstituer le synopsis de la Vie perdue. Complétée par des analyses philologiques et lexicographiques, la recherche ne trouvera son aboutissement que d’ici à un ou deux ans. D’ores et déjà, cependant, apparaît une étroite dépendance de la Vita Guillelmi à l’égard de la Vie de Géraud d’Aurillac, écrite vers 920 par Odon de Cluny. Ses nombreuses correspondances thématiques et lexicales avec les Vies des saints Aycadre, Hugues et Eucher permettent également de penser que la Vita Guillelmi est du même auteur et donc probablement de l’abbé Annon lui-même. Enfin, il apparaît que les Gesta de Dudon de Saint-Quentin, considérés jusqu’ici comme le texte fondateur de l’historiographie normande, ne sont en réalité, pour les livres II et III relatifs aux principats de Rollon et de Guillaume Longue-Épée, qu’une simple réécriture de la Vita Guillelmi, enrichie d’artifices narratifs et d’emprunts à des sources annalistiques carolingiennes.
En marge de ces préoccupations centrées sur l’hagiographie, J. le Maho s’est attaché aux témoignages écrits relatifs au sort des monastères au moment des incursions scandinaves, un thème qui rejoint celui, plus général, des Scandinaves et l’Occident présenté dans l’axe « Migration, intégration, acculturation ». Outre un article sur « La dispersion des bibliothèques du diocèse de Rouen … » cité ci-dessus, il a repris le dossier d’une lettre (v. 885-890) de Gautier, évêque d’Orléans, éditée par Bernhard Bischoff. J. le Maho a identifié la communauté concernée (= la Croix-Saint-Ouen (comm. La Croix-St-Leufroy, Eure) et non les moines de Saint-Ouen de Rouen). Cette lettre permet d’en savoir un peu plus sur le sort de cette communauté entre 884, date de la confirmation des biens de sa mense conventuelle par le roi Carloman II, et 918, date de l’attribution par Charles le Simple des derniers restes de son patrimoine à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés (Jacques LE MAHO, « Une nouvelle source pour l’histoire du monastère de la Croix-Saint-Ouen à la fin du IXe siècle », Tabularia « Documents », n° 5, 2005, p. 1-15, 10 mars 2005).
2 – La poursuite des recherches sur les actes médiévaux reste une priorité, avec plusieurs projets d’édition.
La préparation d’un recueil des actes de Robert Courteheuse, duc de Normandie (1087-1106) (P. Bauduin, V. Gazeau).
Ce projet est destiné à prolonger la publication des actes des ducs de Normandie conduite, après les travaux de Marie Fauroux (1961) et de David Bates (1998) jusqu’en 1087. Il associe des chercheurs britanniques. Un recensement et une première saisie des actes (45) ont été opérés. Une seconde phase du projet s’est ouverte avec la collation de ces documents aux chartes conservées dans les fonds d’archives et de bibliothèques. Le support éditorial prévu pourrait être dans un premier temps la base SCRIPTA, dont l’une des fonctionnalités permet une assistance à l’édition de textes.
Les sources documentaires de l’abbaye de Cormeilles aux XIe-XIIe siècles (V. Gazeau, Ch. Maneuvrier).
Fondée en 1060 par Guillaume Fils-Osbern, l’abbaye de Cormeilles est certainement l’une des abbayes « moyennes » de Normandie dont l’histoire et le patrimoine sont parmi les plus mal connus. Supprimée en 1779 après une lente agonie, elle n’a quasiment pas laissé d’archives anciennes, en dehors de deux actes d’Henri II Plantagenêt (dont une confirmation générale des biens continentaux de l’abbaye) et d’une bulle d’Alexandre III, du 27 avril 1169. Conservée en originale à la Bibliothèque nationale de France, cette bulle n’a jamais été publiée depuis l’ouvrage d’Arthur Du Monstier, paru en 1663. C’est pourtant une source unique pour l’histoire de cette abbaye, en particulier pour ses possessions anglaises. Les informations qu’elle contient, mises en parallèle avec celles provenant du cartulaire du prieuré anglais de Newent (conservé à la British Library (BL, Add. 18461)), devraient permettre enfin de connaître le patrimoine de cette abbaye normande, notamment par son prologue (qui constitue une sorte de mémorandum de la fondation de Cormeilles) ainsi que grâce à une grande pancarte inédite de Robert de Leicester.
Les cartulaires des léproseries (D. Jeanne).
Documents rares, ces registres occupent un champ nouveau de la recherche. La province ecclésiastique de Rouen dispose du tiers des cartulaires de la France du Nord (soit 7 sur 22). La Normandie occidentale et centrale est bien dotée et compte à elle seule 6 registres. Si ces recueils témoignent de l’importance patrimoniale des institutions, leur élaboration répond aussi à un besoin mémoriel par la sélection des archives disponibles dans un moment historique particulier (la guerre de Cent Ans le plus souvent). Nouveau champ de la recherche, les cartulaires de la Normandie centrale et occidentale n’ont pas été édités, ni étudiés de manière globale. Ces sources inédites permettent une approche du réel, un suivi de la chronologie des donations, l’évolution des modes de gestion des patrimoines fonciers, des types de rentes, des pratiques agricoles et de l’insertion des léproseries dans l’économie médiévale, notamment comme « banques agricoles ». L’édition des comptes de Saint-Lazare de Falaise (entre 1468 et 1502 non sans lacunes), conservé aux Archives départementales du Calvados (386 E dépôt 636 ) contribue à saisir le concret, la vie quotidienne et matérielle d’une léproserie en cours de reconstruction dans le dernier tiers du XVe siècle. Aujourd’hui les cartulaires de Bayeux, Caen et de Falaise sont édités et attendent leur publication. L’édition du cartulaire de Bolleville est en cours. A noter que les transcriptions des cartulaires de Saint-Gilles de Pont-Audemer et de Saint-Nicolas de Gravigny sont restées inédites (S. MESMIN-MAC DOUGALL, The Leper Hospital of Saint-Gilles de Pont-Audemer : an edition of its cartulary and an examination of the problem of leprosy in the twelfth and early thirteen century, Thèse de doctorat de philosophie, Université de Reading, département d’Histoire, 1978, 2 vol. B. TABUTEAU, Une léproserie normande au Moyen Âge. Le prieuré de Saint-Nicolas d’Évreux du XIIe au XVIe siècle. Histoire et corpus des sources, Thèse de Doctorat d’Histoire nouveau régime, Rouen, 1993-1995, 5 vol.).
Le registre de Guillaume Guérart, tabellion de Lisieux (1390-1393) (Ch. Maneuvrier).
Ce registre de tabellionage, l’un des plus anciens pour la Normandie et la France du Nord, a été détruit en 1944. L’acquisition par la société historique de Lisieux, en 2005, de copies effectuées par Etienne Deville au début du XXe siècle et la découverte à la même époque d’autres copies effectuées par Charles Engelhard, peu avant 1905, permettent cependant de reconstituer une part importante du registre, soit environ 30 % de l’ensemble des actes qu’il contenait au moment de sa destruction (dont beaucoup étaient dès lors devenus illisibles). La publication de ce tabellionage – le premier pour la France du Nord ? – sera effectuée par la Société historique de Lisieux, en collaboration avec le CRAHM et le Pôle rural de la MRSH de Caen. Une présentation de ce registre a été réalisée lors du 41e congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie qui se tiendra à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados) du 12 au 15 octobre 2006, et qui a pour thème : « Justice et gens de justice en Normandie ».
3 – Le croisement des sources textuelles médiévales avec d’autres thématiques de recherche développées dans l’équipe est envisagé à partir de plusieurs autres chantiers.
L’écrit et les liens sociaux (P. Bauduin).
L’éclairage apporté sur ce thème envisagera d’abord le domaine des liens qui nous informent sur l’organisation des groupes sociaux et les mécanismes de régulation de la société. À ce titre il participe à une réflexion commune sur les acteurs du pouvoir. L’ampleur du thème invite toutefois à orienter l’enquête sur des groupements déterminés, en particulier ceux qui sont fondés sur la parenté. Il s’agira de poursuivre une enquête dont les premiers résultats ont été publiés par P. Bauduin dans différents articles publiés depuis 2002. Celle-ci a suivi plusieurs directions : les modes de désignation des parents (« Désigner les parents : le champ de la parenté dans l’œuvre des premiers chroniqueurs normands », Anglo-Norman Studies, XXIV (2001), Woodbridge, Boydell Press, 2002, p. 71-84 ; « La parentèle de Guillaume le Conquérant : l’aperçu des sources diplomatiques », in La Normandie et l’Angleterre au Moyen Age, Actes du colloque de Cerisy-la-Salle 4-7 octobre 2001, P. Bouet et V. Gazeau (éd.), Caen, Publications du CRAHM, 2003, p. 23-37) ; la parenté spirituelle (« Quelques observations sur la parenté spirituelle en Normandie (Xe-XIIe siècle) », in Mélanges Pierre Bouet, Cahier des Annales de Normandie, n° 32, 2002, p. 81-91) ; les pratiques matrimoniales (« L’insertion des Normands dans le monde franc fin IXe-début Xe siècle : l’exemple des pratiques matrimoniales », in La progression des Vikings, des raids à la colonisation, A.-M. Flambard Héricher (éd.) Publications de l’Université de Rouen (Cahiers du GRHIS, 14), 2003, p. 105-117) ; les transferts patrimoniaux entre époux (« Du bon usage de la dos dans la Normandie ducale (Xe-début XIIe siècle) » in Dots et douaires dans le haut Moyen Age, F. Bougard, L. Feller, R. Le Jan, dir., Rome, Ecole Française de Rome, 2002, p. 429-465) ; « Autour de la dos d’Adelize de Tosny : mariage et contrôle du territoire en Normandie (XIe-XIIe siècles) », in Les pouvoirs locaux dans la France du centre et de l’ouest (VIIIe-XIe siècles). Implantation et moyens d’action, D. Barthélemy et O. Bruand (dir.), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 157-173), les structures de parenté (« Observations sur les structures familiales de l’aristocratie normande au XIe siècle », in Liens personnels, réseaux, solidarités en France et dans les îles Britanniques (XIe-XXe siècle), Actes de la table ronde organisée par le GDR 2136 et l’Université de Glasgow (10-11 mai 2002), D. Bates, V. Gazeau, E. Anceau, F. Lachaud, F.-J. Ruggiu (éd.), Paris, Publications de la Sorbonne, 2006, p. 15-27). Le nom et les modes de dénomination, à la croisée de l’onomastique, de l’histoire sociale et de la prosopographie, posent des problèmes spécifiques, en même temps qu’ils révèlent les mutations sociales et culturelles en cours dans la société médiévale. Ils doivent être étudiés à partir d’une base documentaire solide, qui prenne en considération le processus de production écrite. Comment les noms sont-ils transmis par la documentation écrite ? Quelle est la part de la personne dénommée, du commanditaire de l’acte ou du scribe dans le processus ? Selon quelles normes de transcription ? Le nom et la qualité sociale de l’individu sont également l’objet de fréquentes mentions en interligne : si le sujet a fait l’objet d’enquêtes ponctuelles, l’étude du phénomène doit encore être précisé et évalué à l’échelle régionale et dans la perspective d’une comparaison entre les différents foyers documentaires. Les modes de désignation des parents, des groupes de parenté, des acteurs sociaux appellent des remarques du même ordre, invitant à réfléchir également sur le contexte de l’inscription des individus et de leur(s) qualité(s) dans les textes. Ainsi, les conclusions que l’on peut tirer d’une étude de la société, doivent-elles être préalablement fondées sur une analyse de la documentation qui prenne en considération la manière dont a été produite et transmise l’information.
Les inscriptions médiévales.
En liaison avec le GTR « Inhumations en contexte religieux », Ch. Maneuvrier a commencé à reprendre un inventaire systématique des inscriptions – notamment funéraires – médiévales découvertes en Normandie. Cet inventaire, conduit dans le prolongement du tome 22 du Corpus des inscriptions de la France médiévale publié par le CESCM de Poitiers en 2002, concerne principalement les inscriptions lapidaires.


