Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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Des pots dans la tombe (IXe au XVIIIe siècle). Regards croisés sur une pratique funéraire en Europe de l'Ouest




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Journée d’étude : Les manuscrits post-Gutenberg

par Micael Allainguillaume - publié le , mis à jour le

Cette journée d’étude a été organisée, par le Centre Michel de Boüard et l’équipe Erlis, dans le cadre de la chaire d’excellence de Matthew James Driscoll. Elle rassemblait des chercheurs d’Islande, Finlande, Danemark et France, travaillant sur les manuscrits postérieurs à l’invention de l’imprimerie.

La chaire d’excellence de Matthew James Driscoll s’inscrit dans le cadre des programmes de recherche en cours à la MRSH, au CRAHAM et à ERLIS – dont l’un des programmes est consacré à l’analyse d’influences et réceptions croisées. Une première journée d’étude sur les manuscrits post-Gutenberg, a ainsi permis un aperçu de la pratique manuscrite en Europe du XVIe au XIXe siècle.

Matthew James Driscoll, professeur à l’université de Copenhague et membre de l’Institut arnamagnéen, a donc ouvert la journée en proposant une bibliographie introductive sur la situation du manuscrit dans le contexte post-Gutenberg et a exposé différentes raisons de la culture manuscrite en Europe du Nord : raisons idéologiques, politiques, linguistiques et économiques. S’appuyant sur propre programme de recherche, il s’est ensuite attaché à décrire la situation de l’Islande pendant les années de l’après Réforme – la copie manuscrite des sagas conjointe à l’existence de l’imprimerie – en exposant la quantité manuscrite copiée, le contexte de production et en tentant de définir le public visé. Son intervention a été suivie par celle de Margrét Eggertsdóttir, de l’université d’Islande, également membre de l’Institut arnamagnéen, pour une communication sur un exemple plus spécifique : la piété populaire et les pratiques de publication dans le diocèse de Hólar entre 1670 et 1770. Ce diocèse a été un lieu de l’établissement du luthéranisme et Margrét Eggertsdóttir s’est attachée à montrer le statut semi-officiel de la littérature des sagas et l’absence de tentative pour imprimer cette littérature. Elle a aussi insisté sur la vie littéraire des manuscrits, indépendante de leur publication sous forme imprimée et sur le fait que si l’invention de l’imprimerie avait eu un véritable impact dans le diocèse de Hólar, nous ne pouvions pas le surestimer par rapport à la production manuscrite. Silvia Hufnagel, doctorante à l’université de Copenhague, a quant à elle établi une différenciation entre les manuscrits copiés pour l’étude et les manuscrits copiés pour la lecture à partir d’une étude codicologique quantitative sur 31 manuscrits datant du XVIIe au XXe siècle relatant sous trois formes différentes une histoire islandaise médiévale, la saga de Sörla sterka.

C’est au sujet de la pratique manuscrite populaire au XIXe siècle en Finlande, qu’Anna Kuismin, de l’université de Helsinki, a communiqué, en établissant ses spécificités et en cherchant à définir le genre textuel de cette littérature.

S’agissant de la culture manuscrite française, Subha Sree Patsupathy, doctorante à l’université de Caen (CRHQ), a proposé, à partir de son travail de thèse, une intervention sur la tension entre imprimés et manuscrits dans l’œuvre de Castel de Saint-Pierre. Le philosophe a annoté un grand nombre de ses imprimés, pour améliorer ses idées et l’expression de celles-ci, permettant aujourd’hui de retracer l’évolution de sa pensée.

François Moureau, professeur de littérature française à l’université de Paris-Sorbonne, a, de son côté, proposé une typologie des pratiques de manuscrits à l’âge classique dont certains aspects avaient été développés dans son ouvrage La plume et le plomb (Presses Paris Sorbonne, 2006). Il a reprécisé les raisons de leur non publication sous forme imprimée malgré leur circulation et a terminé sa communication par une rapide histoire de l’intérêt pour la copie manuscrite : du désintérêt total et sa destruction systématique après impression au XVIIe jusqu’au fétichisme du XIXe siècle en passant par les pratiques du collectionnisme du XVIIIe siècle.

Cette journée a donc permis d’envisager les différents types d’écrits manuscrits après la naissance de l’imprimerie et par des exemples, soit géographiques, soit temporels, de proposer des hypothèses analytiques et typologiques d’écriture, d’usages et des publics des manuscrits.

Une prochaine manifestation dans le cadre de la chaire d’excellence de Matthew James Driscoll aura lieu le 3 février 2012, une table ronde intitulée « Autour de la collection arnamagnéenne : expériences dans les domaines de la conservation, de la valorisation et de l’exploitation du patrimoine écrit (XVIIe-XVIIIe) ».

Marie Bisson (CRAHAM – UMR 6273)