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Kuttner-Homs, Stanislas

skuttnerhoms@gmail.com

Directeur de thèse : Corinne Jouanno

Titre de la thèse : La littérature byzantine comme littérature autoréférentielle : L’autoréférence dans l’oeuvre de Nicétas Choniatès

Projet de thèse :

L’idée d’une étude sur l’autoréférence provient de trois précédents travaux de recherches sur les Poèmes du Pauvre Prodrome (XIIe s.), le De signis de Nicétas Chôniatès (XII-XIIIe s.) et l’Imago veris de Manuel II Paléologue (XVe s.). Dans ces trois exemples l’autoréférence porte sur des champs distincts et semble poursuivre des enjeux divers : en jouant ainsi sur la nature et la composition (accentuelle, côlométrique, rythmique) du vers politique, l’autoréférence, chez le Pauvre Prodrome, sert à la composition d’un véritable art poétique ; dans le De signis, elle semble obéir à une confrontation de la forme périodique telle que la définit Aristote (Rh. 3, 9) avec le forme catalogique qui est la forme-cadre choisit par Nicétas ; dans l’ekphrasis de l’empereur Manuel, il s’agit d’autoréférence interne à la production de l’auteur : l’Imago veris est réécrite dans une lettre postérieure (Dennis éd.trad., Man. II Pal., Letters, 45). Cependant, l’autoréférence dans le De signis m’a permis de formuler des hypothèses pour une interprétation de certains passages de ce chapitre extrait de l’Histoire de Nicétas Chôniatès, en faveur d’une lecture non pas historiographique mais « littéraire » du propos de l’auteur : le discours paraît ne parler que du discours. C’est pourquoi, je souhaite porter mon attention sur l’ensemble du corpus connu de cet auteur : son Histoire ou Chronique diégèse, ses lettres, ses discours et un ouvrage de lutte contre les hérésies, le Trésor de l’Orthodoxie ou Panoplie dogmatique.
Si à ma connaissance, excepté le Pseudo-Longin qui enjoint à parler de hauteur lorsqu’on emploie un style élevé (De subl. 43, 5), l’autoréférence n’a pas été conceptualisée par les théoriciens antiques et byzantins, la première étape de mon travail consistera néanmoins à définir l’autoréférence, à travers une lecture systématique des ouvrages critiques antiques, notamment le corpus aristotélicien et les traités depuis le Pseudo-Longin jusqu’à Nicéphore Basilakès (Ier-XIIe s.), afin de permettre une progression cohérente dans l’examen du corpus. Parmi les théoriciens contemporains, les travaux de Daellenbach sur la mise en abyme paraissent en ce cas une orientation à même de complèter et d’élargir cette enquête. De fait, si l’autoréférence est la capacité d’un système à faire référence à lui-même, il ne sera pas sans pertinence de rechercher les bornes de cette notion, aujourd’hui prise dans un réseau d’usages qui court de la peinture à l’informatique, des mathématiques à la philosophie. La question sera donc : qu’est-ce que l’autoréférence en littérature ? A cette définition de l’autoréférence est indissociable un travail sur le concept même de « littérature ». Il sera peut-être utile de partir d’une définition « spontanée » de ce concept pour la confronter avec ce qui fait la littérature dans la civilisation byzantine. On sera sans doute amené à poser la question de la performance et du texte, en soulevant le paradoxe d’une littérature qui se réclame sans cesse de l’écrit, alors que l’exemple de l’œuvre de Nicétas Chôniatès nous le révèle engagé en permanence dans une mise en scène de la voix et du corps de l’orateur, qu’il s’agisse de prononcer un panégyrique dans l’Hippodrome ou de déclamer quelques lignes devant un cénacle intime. Ce paradoxe ne manquera pas de resurgir dans une anthropologie de la lecture et de l’auditeur.
Ces prémices soulèvent autant de questions spécifiques – qu’en est-il des rapports entre l’autoréférence et l’écriture, l’autoréférence et le médium d’écriture, l’autoréférence et la forme, l’autoréférence et le genre littéraire, l’autoréférence et les mots ? Si ces perspectives jouxtent des champs d’étude qui excèdent le cadre de la littérature proprement dite, elles y reviennent néanmoins toujours, et il ne saurait s’agir de dresser un simple constat de la présence de l’autoréférence, mais bien d’insérer celle-ci dans des problématiques plus vastes : la position historique de Nicétas Chôniatès, comme auteur en prise avec la production littéraire qui l’a précédé et comme auteur témoin d’un moment-clef de l’Histoire byzantine, fait que le corpus nicétéen offre une perspective privilégiée pour la délimitation et la caractérisation des moyens de l’autoréférence, et, au-delà, de sa place dans l’économie de la pensée byzantine.