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Réunion du vendredi 19 juin 2009

Présents : A. Alduc-Le Bagousse, C. Allinne, A. Bocquet-Liénard, V. Brunet, G.-R. Delahaye, J.-C. Fossey, Y. Hamonou, V. Hincker, X. Huet, A. Mayer, C. Niel, B. Picquenard-Poret,L. Wailliez.

Excusés : P. Bauduin, É. Broine, V. Gallien, C. Hanusse, J.-Y. Langlois, C. Pilet, J. Pilet-Lemière, Y. Rose, C. Treffort.

Maintes fois ajournée, la vingt-septième séance du groupe s’est tenue le vendredi 19 juin 2009, avec une première partie réservée au fonctionnement scientifique du groupe de travail : calendrier et organisation matérielle des séances, propositions d’intervention, nouvelles orientations et projets collectifs. La prochaine réunion est prévue le vendredi 11 décembre 2009 (voir l’ordre du jour détaillé ci-dessous) et une journée d’étude spécifiquement consacrée aux céramiques dans les pratiques funéraires de la fin du Moyen Âge sera organisée au printemps 2010.

La suite de la matinée était consacrée à de courtes présentations de travaux archéologiques et anthropologiques en cours :

C. NIEL (Centre Michel de Boüard – CRAHAM) : Présentation des résultats des campagnes de fouilles programmées 2008 dans l’église Saint-Pierre de Thaon (Calvados) et sur le site du cimetière de la léproserie médiévale Saint-Thomas à Aizier (Eure).

Saint-Pierre de Thaon :

Depuis 2000, date du début de la fouille des zones sépulcrales, près de 340 sépultures ont été identifiées dans l’église Saint-Pierre ou à ses abords immédiats. Même si les investigations n’ont pu être poursuivies dans le chœur et la travée sous clocher en raison des importantes remontées de la nappe phréatique, il apparaît très probable, à l’issue de la campagne 2008, que la majorité des individus inhumés à l’intérieur de l’édifice a maintenant été exhumée. En effet, dans certains secteurs de la nef jusqu’alors très densément occupés, comme les travées IV et V, les niveaux atteints n’ont livré que de rares sépultures, fortement remaniées ou partielles. Des structures maçonnées, qui pourraient correspondre à l’installation du premier édifice cultuel au cours du VIIe siècle, ont été mises en évidence sous les inhumations. La plupart des sépultures sont des cercueils de forme trapézoïdale, majoritairement orientés O-E ; chevillés ou cloués, ils sont présents dans l’ensemble des secteurs de l’église et essentiellement rattachés aux périodes postérieures au XIIe siècle.

La fouille 2008 a été marquée par la découverte dans la partie nord de la nef d’un exemplaire exceptionnellement bien conservé, puisque tous les éléments constitutifs du cercueil étaient encore en place, sauf le couvercle composé de trois planches chevauchées à clin, qui s’est effondré sur la partie médiane du corps. Outre ces vestiges ligneux, des restes de peau et de tissus, ainsi que des fragments de décor en fils métalliques (probablement du laiton) et des boutons en bois, dont la disposition sur le corps évoque la fermeture d’une soutane, ont été identifiés. Ces éléments vestimentaires et l’orientation particulière de cette sépulture, où le défunt repose tête à l’est, à l’inverse de l’ensemble des inhumations pratiquées dans l’église romane, sauf celle d’un homme étudié en 2003, permettent d’émettre l’hypothèse d’une sépulture d’ecclésiastique. Sa datation reste à préciser mais s’inscrirait plutôt dans la dernière phase d’inhumation, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Plusieurs sépultures identifiées les années précédentes ont également été fouillées, confirmant l’existence de nombreuses inhumations de jeunes enfants devant le chevet ancien et le long des murs latéraux (Xe-XIe s.) de la nef. Une inhumation simultanée d’une femme et d’un enfant d’environ 5-9 ans, a été mise au jour dans les niveaux antérieurs au XIVe siècle. Par ailleurs, plusieurs sépultures avec calages de pierres indiquent un alignement de tombes dans la travée I, immédiatement à l’ouest du portail Xe-XIe s.

La fouille s’est poursuivie en 2009 dans la nef.

Saint-Thomas d’Aizier :

Le site de la léproserie se trouve en pleine forêt de Brotonne, sur les hauteurs des rives de la Seine. Sa fouille exhaustive est en cours depuis 1998 sous la direction de M.-C. Truc. Plusieurs bâtiments et structures annexes ont été dégagés. L’exploration du cimetière, dont l’enclos est matérialisé par un fossé délimitant la zone sépulcrale au sud, a commencé en 2004. 148 sépultures sont maintenant identifiées sur le site d’Aizier, dont 56 au cours de la campagne 2008.

Trois secteurs d’inhumation distincts ont été mis en évidence : deux zones extérieures, l’une très densément utilisée au nord de la chapelle, avec six à sept niveaux d’inhumations, l’autre au sud dans un secteur peu perturbé, avec une trentaine de sépultures relativement bien conservées. Cette dernière zone a fait l’objet d’un décapage complet à la pelle mécanique pour vérifier la présence d’éventuelles fosses supplémentaires, mais aucune nouvelle tombe n’y a été rencontrée. Des inhumations ont également été pratiquées à l’intérieur de l’édifice du XIIe-XVIe siècle. Si le chœur, fouillé en intégralité, est vierge d’inhumation, la nef, par contre, accueille un nombre important de tombes réparties dans un espace restreint. 39 sépultures en place montrent une certaine organisation de l’espace sépulcral et l’existence probable d’une matérialisation au sol des tombes. En effet, l’implantation des fosses plus ou moins alignées semble se concentrer essentiellement sur les parties latérales de la nef, la partie centrale de cette dernière étant nettement moins densément occupée. Les recoupements et les réductions de sépultures observées dans la partie sud de l’édifice démontrent une utilisation funéraire intensive de la chapelle Saint-Thomas et traduisent sans doute l’attrait du sanctuaire et la volonté de la part des défunts ou de leurs familles de se faire inhumer ad sanctos.

Les premiers résultats de l’étude anthropologique montrent une répartition équilibrée des deux sexes sauf dans la nef où il existe a priori une nette prédominance masculine. La présence de quelques sépultures d’enfants dans le cimetière nord est également remarquée, celles des plus petits étant concentrées non loin des murs (sous les gouttières). Les analyses montrent que, quel que soit le secteur d’inhumation, nef comprise, la très grande majorité des individus présentent des atteintes pathologiques caractéristiques de la lèpre, confirmant ainsi très clairement la fonction hospitalière spécialisée de l’établissement religieux. De plus, l’ensemble de cette population présente un état sanitaire global extrêmement médiocre avec de nombreuses affections carentielles perceptibles autant chez les adultes que chez les enfants. Les squelettes issus des campagnes de fouilles antérieures à 2007 ont été transférés au Centre d’Études Paléopathologiques du Nord sous la direction de Joël Blondiaux pour confirmer et affiner les diagnostics.

La fouille programmée s’est poursuivie en 2009 sous la direction de Cécile Niel pour compléter l’exploration du cimetière nord.

Vincent HINCKER (Service d’archéologie CG 14) : Présentation des fouilles et premières analyses de deux cimetières mérovingiens dans le Calvados : Falaise « Vâton » et Banneville-la-Campagne.

Banneville-la-Campagne :

Au début de l’année 2009, une opération de fouille préventive, motivée par un projet d’aménagements routiers, a permis d’étudier sur le territoire de la commune de Banneville-la-Campagne une série d’enclos fossoyés protohistoriques, un large tronçon d’un chemin mis en place au début de la période antique et un petit ensemble funéraire de la période mérovingienne. Ce dernier se développe en bordure du chemin dit Saunier, qui partait de l’estuaire de l’Orne et rejoignait, en direction du sud, la voie reliant Vieux à Lisieux. Les 68 tombes s’alignent grossièrement sur deux rangées parallèles le long de la chaussée. D’une manière générale, les vestiges osseux sont très mal conservés ; plusieurs sépultures n’en contenaient plus aucun, et leur présence n’a pu être déduite qu’en fonction de la mise au jour de mobilier. À cette première difficulté s’ajoute l’absence de lisibilité des fosses sépulcrales, creusées à des profondeurs variées. Malgré ces lacunes, l’analyse conjointe des pratiques funéraires et du mobilier accompagnant les défunts permet de restituer le schéma de développement du cimetière du nord vers le sud.

Le noyau initial comprenait une tombe masculine et une tombe féminine, bordées au nord par des tombes de fillettes ou de jeunes filles. L’homme a été inhumé dans un contenant en bois maintenu à l’aide de ferrures de type cercueil ou brancard. Il portait une ceinture avec une garniture, une aumônière avec ornements en alliage à base d’argent, un bol en verre à décor moulé et un éperon porté au pied droit. Des traces de pillage observées au niveau du membre supérieur gauche s’expliquent par le prélèvement d’une épée. La femme qui l’accompagne portait divers bijoux en argent et était dotée d’un gobelet en verre apode. Les fillettes et les adolescentes portaient toutes trois des colliers composés de perles en verre et en ambre. L’une d’elles reposait dans un cercueil monoxyle ou en forme de V. Dans ce noyau primitif, tous les défunts reposent la tête au nord. Une modification d’orientation intervient à la génération suivante, à compter de laquelle les défunts reposent tête à l’est. Là encore, se remarque la tombe d’un porteur d’épée accompagnée d’une tombe féminine dotée d’objets de parures de qualité et d’un gobelet en verre. L’utilisation de la nécropole se prolonge jusqu’à la charnière entre les VIe et VIIe siècles.

Les défunts paraissent avoir été inhumés dans des coffrages de planches assemblés à même la tombe, dont ne subsistent plus que les rares pierres ayant servi à les caler. Le mobilier d’accompagnement, relativement abondant, comprend des armes (lances, scramasaxes), des récipients (deux gobelets en céramique et quatre gobelets en verre), des garnitures de ceintures en bronze ou en fer, une fibule, deux épingles de poitrine et des aumônières auxquelles s’ajoutent divers ustensiles liés à la vie quotidienne (aiguille, couteau, fiche bélière, silex, etc.). Il reflète la volonté de déposer dans les tombes un mobilier classique de la période, sans pourtant en avoir vraiment les moyens : les bijoux et les ornementations d’aumônière ont une très faible teneur en argent, la fibule en alliage cuivreux est un surmoulage maladroit d’un original probablement en argent et un galet arrondi remplace la bille de cristal de roche suspendue en guise de pendentif de cordelière. La communauté qui a utilisé ce cimetière ne paraît pas avoir eu les moyens de reproduire le faste funéraire observé dans les nécropoles toutes proches de Frénouville (Pilet 1977), de Giberville (Pilet 1990) et de Sannerville (Pilet 1992). L’étude de la petite nécropole de Banneville-la-Campagne permet d’aborder un type de cimetière qui, par sa chronologie, diffère de ceux reconnus jusqu’ici dans la Plaine de Caen. Ces nécropoles éphémères, rassemblant les tombes de trois ou quatre générations, témoignent d’établissements abandonnés largement avant la grande phase de mutation du réseau de cimetière, qui intervient au cours de la seconde moitié du VIIe siècle.

Falaise « Vâton » :

Une première campagne de fouilles menée en 2008 sur le site de la Sente au lieu-dit « Vâton » sur le territoire de la commune de Falaise a permis de reconnaître la superposition d’installations antiques et d’une nécropole mérovingienne.

Pour la période antique, les vestiges comprennent un ensemble de maçonneries qui permet d’identifier trois espaces accolés les uns aux autres selon un axe N-S. Le premier est encadré par d’imposants massifs de fondations qui devaient soutenir des élévations importantes en volume et en hauteur. Pour les deux autres, les massifs de fondations sont de moins bonne facture et sont venus tour à tour prendre appui sur le bâti préexistant pour former un ensemble de trois aires. Cette succession de trois initiatives distinctes est illustrée par le choix de matériaux lithiques différents et par les dimensions respectives des massifs de fondation. Le souci d’aménager un ensemble cohérent ressort néanmoins de la disposition de l’espace méridional, qui vient corriger les discordances de tracé introduites lors de la mise en place de la structure médiane. Ces trois aménagements participent donc d’une installation bâtie manifestement isolée, qui fut édifiée le long d’une limite parcellaire structurante dans le paysage. À l’intérieur, ils paraissent tous trois avoir été décaissés avant d’être remblayés avec un matériau globalement homogène. L’arasement poussé des vestiges ne permet pas d’en identifier l’agencement interne. Les vestiges exhumés appartiennent aux fondations ou aux installations souterraines. Ces dernières comprennent une sépulture de bélier implanté dans le premier aménagement maçonné et une structure énigmatique composée d’un monolithe parallélépipédique en calcaire sur lequel des vases - essentiellement des cruches - ont été posés ou brisés. L’exploration du dernier aménagement maçonné est restée trop superficielle pour y identifier la présence de possibles structures souterraines.

Le mobilier céramique déposé ou jeté sur le monolithe permet de fixer l’utilisation des aménagements maçonnés à une période comprise entre la seconde moitié du Ier et le milieu du IIIe siècle. La fonction de ces installations demeure encore énigmatique, leur forme et leur agencement ne paraissent pas relever d’une démarche purement utilitariste. L’analyse critique des vestiges exhumés conduit plutôt à les envisager comme un lieu sacré ou plus probablement religieux. Cette dernière interprétation résulte de la présence sur le site d’une fosse accueillant les résidus d’un bûcher funéraire implantée dans le comblement d’un fossé parcellaire, qui a lui-même déterminé la disposition des aménagements maçonnés. Dans cette perspective d’analyse, qui reste encore très conjecturale, ces aménagements pourraient être identifiés à un monument funéraire ostentatoire sur lequel se seraient fixés des jardins ou enclos funéraires.

Ce n’est que quatre siècles plus tard que l’emplacement de cette construction est utilisé en tant qu’aire sépulcrale. Bien qu’il soit alors probablement ruiné, l’édifice antique n’en a pas moins polarisé les tombes qui le ceinturent. Au sud, les sépultures se densifient considérablement, entraînant un nombre important de réductions et de recoupements, absents au niveau des sépultures implantées le long et à l’intérieur de l’édifice antique. Sur l’ensemble du cimetière, les tombes ne paraissent pas suivre d’orientation privilégiée, puisqu’elles peuvent être aussi bien disposées selon un axe N-S que selon un axe E-O. Cette absence de cohérence apparente, doublée des nombreux indices de recoupement, reste surprenante d’autant que l’ensemble des 49 sépultures fouillées jusqu’à ce jour se place dans une fourchette chronologique restreinte, couvrant la seconde moitié du VIIe et le tout début du siècle suivant. Cette datation est fournie par les pièces de mobilier (garnitures de ceinture, fibules, et chaîne ventrale) qui garnissent près de 40 % des inhumations étudiées.

La fouille du site a été achevée en 2009.


Pour clore la matinée, A. ALDUC-LE BAGOUSSE et C. NIEL (Centre Michel de Boüard – CRAHAM) présentent un bref compte-rendu de l’inventaire des reliquaires installés dans une chapelle aménagée en 1915 dans le transept ouest de la cathédrale Notre-Dame par Monseigneur Guérard, évêque de Coutances et d’Avranches. Cette opération s’est déroulée le 2 décembre 2008 en présence de Mmes Josiane Pagnon, conservatrice, et Clara Lemoussu, conservatrice adjointe, des Antiquités et Objets d’Art de la Manche, de Mrs l’abbé Daniel Jamelot, responsable de la commission Arts Sacrés du diocèse de Coutances-Avranches, et Éric Barré, chercheur associé au Centre de Recherche d’Histoire Quantitative de l’université de Caen. Après ouverture de la vitrine par M. Pascal Lemière, sacristain de l’église cathédrale, les onze reliquaires qu’elle contenait ont été transportés dans la salle du chapitre, un numéro leur a été affecté en fonction de l’ordre dans lequel ils ont été sortis de l’armoire, puis tous ont été photographiés, mesurés, inventoriés selon les normes de la conservation des Antiquités et Objets d’Art de la Manche. Après avoir procédé à un premier examen confirmant la nature humaine de l’ensemble des pièces présentées, le contenu de quatre grandes châsses rectangulaires en bois et de deux reliquaires appliques a été transféré pour étude au laboratoire de paléoanthropologie du CRAHAM.

Une communication sur ce thème sera présentée lors du colloque « La cathédrale de Coutances. Art et histoire », Cerisy-la-Salle (7 au 11 octobre 2009) : Éric Barré, Armelle Alduc-Le Bagousse et Cécile Niel : « Les reliques de la cathédrale de Coutances. Aperçus d’une étude ».