Jarry, Thomas
Agrégé d’Histoire-Géographie
Chargé de recherches détaché
Doctorant (Directeur de thèse : Claude Lorren)
Titre de la thèse : Hommes et territoires dans la Plaine de Caen au Moyen Âge
Administration du site internet de l’UMR (en collaboration avec Micaël Allainguillaume et Bruno Fajal).
(33) 05 61 21 07 71
Activités scientifiques et orientations de recherches
Chargé de recherches détaché au Centre Michel-de-Boüard, je place mon travail scientifique dans le thème II de la politique scientifique du laboratoire, « Village et terroir : habitats, réseaux et structurations. », coordonné par Claire Hanusse. Mon activité a pour cadre la rédaction d’une thèse de doctorat en Histoire médiévale, à l’Université de Caen Basse-Normandie, sous la direction de M. le professeur Claude Lorren. Le sujet en est : « Hommes et territoires dans la Plaine de Caen au Moyen Âge. Structuration de l’espace rural ».
Orientations générales
Dans la voie des recherches de géographie historique, j’inscris mes travaux autour du thème de la construction, de la structuration et de l’utilisation de l’espace rural par la société médiévale (XIe-XVIe siècles). Il s’agit d’une part d’étudier l’appropriation et la gestion du territoire par les hommes qui l’habitent ; d’autre part d’analyser les processus de transformation de l’espace pour définir et quantifier les rythmes du changement. J’aborde plus particulièrement ces thèmes à travers le prisme de l’organisation des paysages agraires en relation avec les structures sociales et économiques ; sont privilégiées les marques laissées au cours du temps par les hommes sur leurs territoires (paysages, propriétés, parcellaires, etc.). Mon travail prend comme point de départ l’analyse des fondements spatiaux des sociétés, à plusieurs échelles (régionale, locale et parcellaire). L’étude se concentre entre le XIIIe et le XVe siècle, en raison d’une abondance documentaire qui favorise les méthodes appliquées, ainsi que d’une relative cohérence documentaire reflétant des préoccupations identiques de gestion de la terre.
L’espace choisi est celui de la Plaine de Caen, de la Dives à la Seulles, qui fournit à mes recherches un terrain d’expérimentation privilégié et un cadre à différentes échelles. À l’échelle régionale, il s’agit de montrer comment s’organise cet espace polarisé par la ville de Caen et ses deux abbayes (abbaye Saint-Étienne et abbaye de la Trinité) depuis le XIe siècle. La richesse particulière des sources archivistiques et archéologiques concernant ce terroir de plaine au Moyen Âge apporte un éclairage nouveau et précis sur la genèse et l’évolution de l’openfield dans le Nord-Ouest de l’Europe. À l’échelle locale, indispensable pour mener une analyse fine, je propose la reconstitution diachronique et régressive d’un parcellaire médiéval (les 3500 hectares des actuels territoires de Rots, Bretteville-l’Orgueilleuse et Norrey-en-Bessin, Calvados, arr. Caen, cant. Tilly-sur-Seulles). Jugée jusque-là périlleuse à cause du caractère lacunaire de la documentation, cette reconstitution est rendue possible par la richesse des sources attachées à l’ancienne baronnie de Rots, qui appartenait aux abbayes Saint-Étienne de Caen et Saint-Ouen de Rouen. Dans une communication au colloque de Paris sur les Terriers et plans-terriers en 1998, j’ai montré alors la validité d’une reconstitution régressive du parcellaire médiéval (article publié en 2002). L’article publié en ligne dans Le Médiéviste et l’Ordinateur, en collaboration avec Benoît Ogier, prolonge cette application avec l’utilisation d’un système d’information géographique.
Enfin les mécanismes et rapports sociaux : là interviennent les relations de pouvoir et de dépendance, les structures seigneuriales, les formes de tenue du sol, les activités productives. L’ancienne baronnie de Rots est proposée comme modèle historique et géographique dans l’espace retenu. Sont ainsi ouvertes des voies concernant la terminologie agraire, la perception de l’espace et le travail des arpenteurs et des géomètres au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime.
La mise en regard des sources archéologiques, cartographiques et textuelles
Les livres fonciers et les terriers de l’abbaye Saint-Étienne de Caen constituent le cœur de mon corpus documentaire. Une vingtaine de pièces est conservée en tout ou partie pour les XIIIe et XVe siècles dans les dépôts d’archives publics. La plus importante de ces listes est le « marchement et declaricion du terrour de Roos » dressé en 1479-1482 par le trésorier de l’abbaye (Arch. dép. Calvados, H 3226). Ce texte a été édité dans le cadre de mon travail de D.E.A. à l’Université de Caen Basse-Normandie en 1999. Deux sources ont déjà été publiées : un plan parcellaire normand du XVe siècle, celui du terroir d’Allemagne (auj. Fleury-sur-Orne, Calvados, arr. et cant. Caen), paru dans Histoire et Sociétés rurales (2005) ; une liste de rentes de l’abbaye Saint-Étienne de Caen au XIIIe siècle (paru dans Tabularia). Le dépouillement, la transcription et l’étude d’une partie des registres du tabellionnage caennais (plus de 7000 feuillets de 1381 à 1502), soit un an d’activité des tabellions Sanxon Camail et Jehan Dieulegart en 1475, me donnent matière à enrichir encore l’étude de la gestion foncière et spatiale autour de la ville de Caen.
Les sources archéologiques sont également mobilisées, dès lors que l’échelle d’étude, au niveau parcellaire, est la même. Des comparaisons sont en cours entre mes recherches et les nombreuses et riches fouilles d’habitats de la Plaine de Caen : la delle Saint-Martin à Mondeville par Claude Lorren, la Sente à Grentheville et Saint-Ursin à Courseulles par Claire Hanusse, par exemple.
L’espace, à travers les éléments visibles du paysage et les parcellaires, est la source que je reconstitue pour l’étudier conjointement avec la société qui l’utilise et l’organise. La méthode de reconstitution régressive me permet de remonter aux parcellaires médiévaux par l’intermédiaire des documents contemporains et modernes. Ce travail de très longue haleine est en cours pour la baronnie de Rots afin d’établir un plan précis du finage médiéval. Des premiers éléments ont été rendus publics lors de séminaires universitaires : « Limites de paroisses, limites de seigneuries : quelques exemples dans la Plaine de Caen », séminaire « Territoires et communautés » de l’Université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, dirigé par Monique Bourin et Élisabeth Zadora-Rio, le 26 février 2004 ; « Logiques spatiales des marchements de l’abbaye Saint-Étienne de Caen à la fin du XVe siècle », séminaire de l’Université de Paris-VII Denis-Diderot, dirigé par Mathieu Arnoux, le 26 mai 2004.
Le logiciel MacMap® est utilisé pour construire un système d’information géographique rendant possible cette démarche ; là encore, le travail en équipe est privilégié et il a donné lieu à une publication conjointe avec Benoît Ogier, informaticien en charge du développement technique du logiciel (dans Le Médiéviste et l’Ordinateur). Le développement de cette méthodologie se poursuit dans le même esprit de coopération avec les autres membres du CRAHM qui utilisent MacMap®, comme Claire Hanusse et Cécile Niel.
Ainsi, je m’inscris dans un champ d’études qui considère le paysage comme objet d’histoire, comme composante essentielle des dynamiques territoriales. Reconstituer les parcellaires et les réseaux routiers, étudier les systèmes agraires, brosser le tableau de ce paysage médiéval imposent de mener une enquête sur la longue durée qui prend en compte l’ensemble des facteurs qui agissent les uns sur les autres (relations économiques et sociales, habitat, réseau viaire, encadrement politique, etc.). Cela rend indispensable une analyse à grande échelle en se concentrant sur une micro-région, avant d’indispensables comparaisons géographiques, avec les terroirs limitrophes et avec les terroirs de même organisation. Toutes les sources (cadastrales, textuelles, archéologique, iconographiques, microtoponymiques) sont mobilisées pour répondre à la question de la traduction spatiale des processus historiques.
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